Dans la guerre anti-impérialiste, l’Iran a gagné la première manche

Que la contradiction principale de notre temps soit la contradiction entre l’impérialisme et l’anti-impérialisme, qu’elle s’exprime aujourd’hui même, avec une violence inouïe, à travers l’agression criminelle contre le Liban, qu’elle ait explosé durant 40 jours avec l’attaque féroce contre la République islamique d’Iran, est une évidence qui saute aux yeux. Mais comme toutes les contradictions, elle déploie ses effets sous des formes inattendues, et son exaspération dans la lutte réserve parfois bien des surprises.

Il faut dire que, dans un premier temps, l’association de malfaiteurs entre les prédateurs de Washington et les génocidaires de Tel Aviv a bien cru qu’elle avait les moyens de l’emporter. Ces fauteurs de guerre se considéraient comme la force dominante, et la République islamique d’Iran ne représentait, à leurs yeux, que l’aspect secondaire de la contradiction principale. Ce pays en développement leur apparaissait comme une puissance régionale fragile, vermoulue, qui ne résisterait pas aux coups de boutoir de la cybernétique militaire : elle serait vaincue par l’appareil militaire impérialiste, telle était leur conviction, au terme d’un affrontement rapide et dévastateur.

Or le déroulement des événements a infligé à cette prétention narcissique la terrible blessure du principe de réalité, et ce qui passait pour l’aspect principal de la contradiction (l’impérialisme) pouvait être ravalé au rang d’aspect secondaire : inattendue, la remarquable résistance de l’Iran face à la déferlante militaire israélo-américaine a fait la démonstration que cette nation souveraine, forte d’une détermination inébranlable, longuement préparée à cette épreuve de force, avait des moyens suffisants pour opposer une résistance de longue durée à l’agression impérialiste.

De ce renversement imprévu du rapport de forces, on connaît maintenant les raisons. Un rapport de forces politique d’abord : contrairement à ce que croyaient les bellicistes de Washington et Tel-Aviv, les contradictions internes de la société iranienne, loin d’atteindre un stade paroxystique sous l’effet de l’agression étrangère, ont été cautérisées par cette négation insupportable de la souveraineté nationale iranienne que représentaient les bombardements frénétiques de l’agresseur. Menacée dans son existence, blessée dans son orgueil national, la République islamique d’Iran s’est montrée politiquement beaucoup plus solide que ses ennemis ne l’imaginaient, et la Cinquième colonne est restée aux abonnés absents.

À l’inverse, le camp impérialiste souffrait et souffre toujours de contradictions multiples, tant il est clair que les États-Unis, l’entité sioniste et les pétro-monarchies du Golfe poursuivent des agendas différents. Même entre Washington et Tel Aviv, pourtant comparses dans l’agression militaire et complices dans le crime de masse, les contradictions ont éclaté lorsque Trump a décidé d’accepter un cessez-le-feu, le 9 avril, dans des conditions qui laissent penser que cette décision a été prise à l’encontre de la volonté israélienne de poursuivre l’agression. Que l’entité ait immédiatement et lâchement agressé le Liban, le premier jour de la mise en l’application du cessez-le-feu, n’est pas un hasard.

Car il y avait en germe, dans la relation entre les deux pays, une certaine divergence quant aux objectifs et à la conduite de la guerre : si l’hyper-impérialisme fanfaronnant de Trump s’est fait l’auxiliaire zélé de l’expansionnisme suprémaciste de Netanyahou, ce fut le temps d’une guerre de 40 jours, mais peut-être pas jusqu’à la fin des temps ! Il y a fort à parier que l’agenda apocalyptique des génocidaires de Tel Aviv excède largement le calendrier électoral de Trump : ce qui serait plutôt une bonne nouvelle et nous indiquerait aussi, en passant, lequel est le plus fou des deux.

Que Washington ait marqué une pause dans l’alignement pavlovien sur les délires de l’entité-colon, il suffit d’ailleurs de lire la presse israélienne pour s’en apercevoir : depuis le 9 avril, elle ne cesse de pleurnicher et de clamer son indignation devant l’abandon dont Israël serait l’objet de la part des États-Unis. Le déchaînement de violence contre le Liban, de ce point de vue, est un acte de pure vengeance, et donc un aveu de faiblesse stratégique.

On pourrait faire une analyse comparable quant aux contradictions qui ont traversé les relations entre les États-Unis et les pétro-monarchies durant ce conflit. Les régimes arabes de la région n’avaient aucun intérêt à la poursuite d’une guerre qu’ils n’ont pas voulue, qui perturbe l’accumulation capitaliste de leur économie de rente, et qui a pour conséquence le filtrage draconien du passage des navires dans le détroit d’Ormuz par les autorités iraniennes.

Défaut d’anticipation des stratèges de Washington ? Cette arme économique a pourtant été utilisée par les Iraniens comme ils l’avaient annoncé, si jamais l’envie reprenait à leurs adversaires de mener une nouvelle agression. En tout cas, une chose est certaine : dans cette asymétrie qui oppose une puissance moyenne et un empire pourvu de moyens colossaux, l’arme économique la plus efficace n’était clairement pas du côté américain, mais du côté iranien. Inversant les termes de la contradiction principale, l’asymétrie du conflit sur le plan militaire se monnayait d’une asymétrie inverse sur le plan économique.

Or le rapport de forces était d’autant plus favorable à la République islamique d’Iran que sa stratégie militaire proprement dite tenait parfaitement compte de la disproportion des moyens : en misant quasi exclusivement sur sa capacité de riposte balistique, Téhéran pouvait utiliser tous les leviers d’une puissance régionale dotée d’un haut potentiel scientifique et technique, d’un complexe militaro-industriel endogène, d’une capacité de production de missiles et de drones à bas prix, et d’une géographie propice à la protection de ses installations militaires vitales.

C’est ce nœud de forces insoupçonné qui est venu télescoper l’ambition américaine d’imposer la capitulation de l’Iran au terme d’une guerre courte et décisive. En accentuant les contradictions secondaires du camp impérialiste, sans oublier les contradictions internes de la classe dirigeante et du peuple américain, la stratégie iranienne a manifestement marqué des points.

Il est encore trop tôt pour dire que l’Iran a gagné la guerre, mais il est certain qu’il a remporté la première manche, laquelle ressemble étrangement, toutes proportions gardées, à cette “guerre des 12 jours” (juin 2025) qui s’est terminée par une reculade du duo impérialiste. L’issue momentanée de ce conflit montre qu’une puissance régionale qui subit les sanctions occidentales depuis 20 ans peut tenir la dragée haute à des agresseurs qui s’imaginaient pouvoir la vaincre rapidement.

C’est pourquoi cette guerre revêt une dimension hautement symbolique : c’est une guerre de libération, anti-coloniale et anti-impérialiste. C’est un combat défensif mené par une nation souveraine contre un empire prédateur qui a juré sa perte. C’est aussi une lutte légitime contre un ectoplasme colonial et génocidaire. La démonstration qui est faite depuis 40 jours réitère celle de Dien Bien Phu en 1954, ou celle de la victoire du peuple algérien en 1962. Elle témoigne de la capacité de résistance des peuples qui ont su repousser l’impérialisme en lui imposant un terrain de lutte dont il est incapable de sortir vainqueur. La République islamique d’Iran a subi des coups terribles, sa population civile a payé le prix fort de cette guerre d’agression, mais l’État iranien est toujours debout, auréolé de cette victoire du faible sur le fort qui est toujours la caractéristique des victoires sur l’impérialisme et le colonialisme.

COMMENTAIRES  

11/04/2026 13:59 par Vincent

Au delà de Trump-Netanyahu (Epstein) et de leurs motivations diverses, j’ai vu l’Empire (sioniste) thalassocratique anglo-saxon (dont le siège stratégique n’a jamais cessé d’être la City), vouloir infliger de gros dégâts au nœud et carrefour logistique majeur qu’est l’Iran, notamment dans le projet chinois BRI, et dans le INTSC (corridor Nord-Sud).
L’impuissance impériale à empêcher son inéluctable déclin conduira donc à des actions bien pires que ce qui s’est produit dans ce second épisode, n’en doutons pas trop. La décadence morale y compris la plus extrême ne sera certainement pas un frein, en tout cas.
1-0 pour la multipolarité, certes ; mais on n’est même encore pas à la mi-temps, et l’arbitre est très certainement corrompu...

Pour le reste, je note que défendre et revendiquer sa souveraineté, ça passe par s’en donner les moyens et littéralement péter la gueule à l’empire lorsqu’il tente par tous les moyens de la détruire.
"cette victoire du faible sur le fort qui est toujours la caractéristique des victoires sur l’impérialisme"
À bon entendeur...

Pour pousser la métaphore, si on imaginait qu’une majorité de nations à l’ONU avait voté NON à la guerre à l’issue d’un référendum, le vote aurait simplement été annulé et son issue piétinée, et personne ne s’en indignerait trop.
Chez nous c’est comme ça qu’on fonctionne. Parce qu’on est peut-être "le peuple souverain", mais on est avant tout des gentils.
Mmm ?
Bah je préfère quand on s’énerve, comme l’Iran l’a fait en toute légitimité, que quand on se soumet lâchement comme nous autres ne cessons de le faire.

11/04/2026 16:31 par diogène

Avec le cessez-le-feu, les USA pourraient se dépêtrer d’une opération vouée à l’échec depuis le départ et leurs médias pourraient même transformer une déculottée en victoire pour les électeurs américains à la veille des élections de mid-term., les dirigeants européens pourraient retrouver un semblant de dignité en contrôlant leurs sources d’approvisionnement, l’Iran pourraient reprendre la dimension régionale qu’il n’occupe plus depuis des siècles, mais Israël perdrait tout et il est probable que ses dirigeants ne laissent pas le bras armé à son service fuir l’opération et fassent tout pour maintenir les puissants USA dans une guerre totale, voire l’étendre.
Parce que, si les bases US étaient perdues à court ou moyen terme dans la région, les états du golfe chercheraient leur survie avec d’autres partenaires et Israël ne pourrait jamais renouveler l’opération toujours en cours si l’armée américaine battait en retraite.
Le recul des USA signifierait la fin des guerres d’Israël. Alors, il faut craindre que sa politique soit celle du pire et que tout soit fait pour relancer la machine : opérations sous faux drapeau, sacrifice de troupes américaines, crimes de guerre répétés jusqu’à une réaction du Hezbollah, du Yémen, de l’Iran, peut-être d’autres intervenants, Turquie, Égypte, … L’effet domino...
L’atout d’Israël reste le contrôle total sur les médias dominants dans le camp occidental et sur les déclarations officielles.
La concrétisation de ce cessez-le -feu est suspendue aux choix d’Israël, et on peut craindre que la lueur d’espoir de la pause actuelle mette un certain temps pour devenir un soleil radieux.

11/04/2026 20:30 par Vania

Ce paragraphe est fort important : "" ....contrairement à ce que croyaient les bellicistes de Washington et Tel-Aviv, les contradictions internes de la société iranienne, loin d’atteindre un stade paroxystique sous l’effet de l’agression étrangère, ont été cautérisées par cette négation insupportable de la souveraineté nationale iranienne que représentaient les bombardements frénétiques de l’agresseur. Menacée dans son existence, blessée dans son orgueil national, la République islamique d’Iran s’est montrée politiquement beaucoup plus solide que ses ennemis ne l’imaginaient, et la Cinquième colonne est restée aux abonnés absents...""
Malgré la propagande diffusée par les médias occidentaux sur la nocivité du gouvernement, quand l’agression cible toute la population, la réalité s’impose.
C’est la méthode employée par l’empire génocidaire (eeuu/israel ) et ses alliés pour attaquer une nation. 1)La première étape est la diabolisation du gouvernement et des dirigeants du pays. La guerre médiatique et cognitive est permanente Étape.2) Comme la guerre économique,les "sanctions" et le blocus affectent la population , celle-ci va réagir.Étape 3) C’est alors qu’’on infiltre (mossad , cia ) les manifestants et on investit beaucoup d’argent (Trompe a confessé l’envoi d’armes aux manifestants de décembre ) Étape 4) les médias de masse occidentaux parlent en permanence et inventent des "chiffres" extravagantes de morts tout en oubliant les morts des policiers Étape 5) Les politiciens de l’occident, même ceux de l’opposition, crient au scandale et une fois la guerre sanguinaire déclenchée , ils adoptent la position " ni ni "
Voici les étapes illustrées sur le site de C Rodriguez
https://x.com/ChrisRodrigAl/status/2041586817120792794

12/04/2026 09:11 par Alexandre Hédan

J’ai l’impression qu’en cas de négociation (et cela finira par aboutir) l’Iran a tout à gagner économiquement ; je dirais qu’il est en voie d’égaler les Émirats et autres... C’est gagné d’avance... Quant à la résistance elle restera à deux faces, entretenue pour les affaires et illuminée par la remontrance compensatrice à l’hégémonisme occidental mais aussi là-bas ; une schizophrénie entre la réussite et la vindicte morale...

12/04/2026 13:28 par Youcef

Le type de conflit asymétrique a toujours opposé un État contre une organisation non étatique . Il me semble que cette guerre USA -Israël / Iran est la première du genre, une guerre asymétrique entre deux États non égales en termes de puissance de feu. Au stade actuel on constate comment l’Iran à réussie à piéger ses adversaires on rendant inutiles et sans effet tous l’arsenal de destruction de l’empire face à la détermination de la nation Iranienne à défendre son droit à l’existence contrairement à ses adversaires qui continueront à produire une quantité phénoménale de mensonges de tout genre et manipuler l’opinion pour justifier cette guerre injuste et inutile

12/04/2026 18:18 par Carlos Ducasse

Israel Joue son double role de bouc-émissaire sacrifié et veau D’or, avec les champs gaziers volés à la Palestine et au Liban, IL rentre dans le plan bypasser l’Iran et les Monarchies du Golfe

13/04/2026 03:52 par Carlos Ducasse

"la victoire de l’une des puissances et la défaite de l’autre seraient seulement quelque chose de partiel et l’oeuvre incomplète qui incessamment progresse jusqu’à l’équilibre des deux . C’est seulement dans l’égale soumission des deux côtés que le droit absolu est accompli et que surgit la substance éthique comme la puissances négative qui engloutit les deux côtés, ou comme le destin tout puissant et juste" (Phenol)

13/04/2026 21:34 par sylvain

Avec 700000 militaires plus les gardiens de la révolution plus les forces de police et l’ état de guerre je vois pas comment israel pouvait espérer une révolte populaire même si ca avait été une envie majeure du peuple iranien, ce qui ne parait pas évident.

Et oui, le blocus du detroit et les moyens balistiques de l’iran étaient de nototriété publiques depuis des années déjà. Cette guerre est non seulement dégueulasse mais complétement débile

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