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Emir Kusturica : Kosovo, "l’Italie s’est trompée ; elle s’est comportée comme un satellite des USA"

Sur la crise en cours dans les Balkans, nous avons posé quelques questions à Emir Kusturica, le metteur en scène yougoslave et serbe, d’origine bosniaque -il est né à Sarajevo en 1954- auteur de nombreux films parmi lesquels l’extraordinaire Underground ; actuellement, il est probablement devenu le principal ambassadeur de son pays dans le monde. Toujours impliqué dans le cinéma et dans la promotion de jeunes cinéastes, il a fondé dans la zone des montagnes de Zlatvor, près de Mokra Gora, une petite Cinecittà serbe qu’il appelle Sharingrad (la ville multicolore).

Interview à Emir Kusturica
TOMMASO DI FRANCESCO - BELGRADE

Comment jugez-vous la grande manifestation du 21 à Belgrade, les médias internationaux ont parlé de « retour du nationalisme serbe » et d’ « orgueil serbe dans la rue » ?

Moi j’y ai vu une forte réaction émotive, j’y ai vu beaucoup de rage du peuple serbe contre la décision irrationnelle de l’Occident de nous priver du Kosovo, une sorte de nouvelle occupation militaire.

Un véritable vol a été commis, les protagonistes, une fois de plus, sont les Etats-Unis. C’est la même terreur qui continue contre nous depuis 1991-1992, celle qui a commencé en Slovénie, puis en Croatie et à la fin en Bosnie-Herzégovine. Avec l’indépendance du Kosovo, nous sommes arrivés à la dernière phase de la terreur. J’insiste sur le terme de terreur, il n’y a pas d’autre mot pour le définir.

Mais il y a eu malheureusement la dévastation des ambassades et des incidents gratuits…

Je dois dire immédiatement que je suis contre tout type de violence, surtout à l’égard de ces attaques d’ambassades. Mais ces incidents ne peuvent pas cacher le fait que tout a commencé avec la reconnaissance de l’indépendance proclamée de façon unilatérale par les dirigeants de Pristina, contre le droit international et contre la Serbie. Les violences sont le résultat de cette « violence »-là .

Que pensez-vous du fait qu’on découvre maintenant que le jeune homme mort dans l’ambassade est un étudiant de 20 ans, Zoran Vujanovic, réfugié à Novi Sad avec sa famille qui avait fui le Kosovo en juillet 99, peu de temps après l’entrée de l’OTAN ?

Cette jeune vie perdue de façon aussi tragique est un symbole. Comment ne pas le voir ? Ca montre combien notre tragédie est grande. Voilà la conséquence de la décision scélérate de reconnaître l’indépendance de Pristina. Un jeune homme finit sa vie dans l’ambassade du pays qui, par ses bombardements et par le soutien aux terroristes, a été à l’origine de sa fuite de l’endroit où il était né. Avant de mourir je voudrais vraiment voir la fin de toute cette terreur contre nous.

Quand vous avez pris la parole au rassemblement de Belgrade, vous avez dit, au milieu des applaudissements, que vous n’appartenez pas à la mythologie de Hollywood. Quelle aura été la réaction de tous les gens qui aiment le cinéma ?

Je ne peux qu’aimer et respecter le cinéma. Mais si on me reproche d’avoir le « mythe du Kosovo » je suis obligé de répondre que oui, chacun a droit à sa mythologie, chaque peuple surtout. Et le peuple serbe a l’archétype de cette culture extraordinaire, de cette peinture médiévale unique au monde, des écrivains comme Ivo Andric et Milos Crnjavski. Pourquoi quelqu’un aurait-il le mythe de Brad Pitt et nous ne pourrions pas, nous, avoir ce mythe pour le Kosovo où est née notre histoire ?

Que pensez-vous du rôle de l’Italie qui déclare être toujours « amie des Serbes » mais d’abord bombarde de façon « humanitaire » en promettant qu’il n’y aura aucune sécession de ce territoire, et reconnaît ensuite l’indépendance de Pristina ?

J’aime l’Italie, je m’en sens très proche. Mais c’est toujours un satellite américain, une condition grave pour votre autonomie, une condition néfaste pour l’Europe. Vous verrez, la reconnaissance que l’Italie a voulu faire de l’indépendance unilatérale du Kosovo va devenir un boomerang qui pour finir vous abîmera vous aussi.

Edition de dimanche 24 février 2008 de il manifesto
http://abbonati.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/24-Febbraio-2008/art28.php3

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

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On ne mesure pas la puissance d’une idéologie aux seules réponses qu’elle est capable de donner, mais aussi aux questions qu’elle parvient à étouffer.

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