Quantcast
RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes

30 

Est-il encore permis de voter à gauche quand on est de gauche ?

Ainsi donc, parmi d’autres hommes de gauche insoupçonnables, Patrick Braouezec, ancien député-maire communiste, "mesurant les conséquences dramatiques d’un second tour droite-extrême droite", vient d’annoncer dans Le Monde daté du 8 mars, qu’il votera pour Emmanuel Macron dès le premier tour.

Et ceci après avoir commencé par ces mots : "Chacun connaît
mes convictions et mes engagements". Je l’avoue : les bras m’en tombent !
 Jusque là, l’élection présidentielle permettait d’appliquer un principe simple, que d’aucuns avaient résumé par une formule : "Au premier tour on choisit, au second on élimine". Sous-entendu : si le candidat qu’on pense être le meilleur n’est pas qualifié au terme du
premier tour, on peut éventuellement voter au second pour celui qui semble un moindre mal, mais après avoir commencé en tout cas par voter "selon ses convictions et ses engagements".

Comme beaucoup à gauche, c’est ainsi que pour ma part j’ai toujours procédé, soutenant au 
premier tour le candidat de mon choix (Marie-Georges Buffet, Jean-Luc Mélenchon...) et votant au second pour le socialiste arrivé en tête (Ségolène Royal, François Hollande...). 
Or voilà que cette conception démocratique du vote est désormais caduque pour un certain nombre d’électeurs de gauche, et qu’il leur parait nécessaire d’en soutenir une autre, supposée plus réaliste parce que fondée sur les sondages. Et tel vieux militant du PS, approuvant Braouezec, de m’expliquer sans sourciller qu’il votera lui aussi pour Emmanuel Macron qu’il n’apprécie guère, et ce pour les mêmes raisons qui l’ont conduit à voter à la primaire de droite pour Alain Juppé qu’il déteste. Dans le passé, j’avais déjà entendu brandir
 l’argument du "vote utile" pour justifier quelques cabrioles électorales, mais je dois dire que je n’avais jamais été confronté à l’élaboration de stratagèmes aussi tortueux !
 Tout cela n’est pourtant pas un hasard. Cette confusion des esprits ne signe rien d’autre que l’actuelle victoire idéologique de la droite, qui pousse désormais des hommes et des femmes de gauche à cultiver la finasserie et le paradoxe comme les formes ultimes du pragmatisme.
 J’ai par exemple sous les yeux la "lettre à Jean-Luc Mélenchon" que Raphaël Glucksmann a publiée le 4 mars sur le site de L’Obs. Elle comporte huit paragraphes et les cinq premiers sont dithyrambiques.
 Le leader de la France insoumise, écrit d’emblée Glucksmann, est tout bonnement "le meilleur". Et il ne mégotte pas sur les arguments pour justifier un tel éloge ! Il explique que c’est "l’enfant chéri des noces de la littérature et de l’histoire", de très loin le plus érudit de
tous les candidats. Il ajoute que c’est le plus politique, au sens le plus noble du terme, "à mille lieues des arrangements d’appareils moribonds", et le "dernier héritier d’une grande et belle tradition" qui l’a fait tomber fou amoureux de la France. Et puis surtout, il rappelle que c’est celui qui a eu raison avant les autres.
"Raison sur le Parti socialiste, rassemblement de notables passés en un siècle de Jaurès à Séguéla, incapables de transformer une société qui, in fine, leur convient parfaitement. Raison sur la nécessaire conversion écologique des vieux logiciels productivistes de la gauche postmarxiste. Et au delà, raison sur..." Etc, etc.

Bref, il se fait le plus efficace des agents électoraux et dès lors, s’il était une conclusion logique qu’on pouvait attendre d’une telle apologie, c’était bien celle de voter des deux mains pour ledit Mélenchon !
 Eh bien, pas du tout ! Rappelant le "sacrifice" de François Bayrou, voilà le jeune essayiste qui évoque un sortilège étrange frappant cette élection – "sortilège étrange", ce sont les termes employés par le rationaliste qu’il est. Et que veut d’après lui ledit sortilège ? Que les plus dignes des candidats renoncent à se présenter. D’où cette adresse à Mélenchon qu’on peut ainsi formuler : "Retirez-vous, Jean-Luc, puisque vous êtes le meilleur." 
On en conviendra : cette dialectique est incroyable. En fait, tout repose sur une affirmation dont je vois bien qu’elle semble évidente à Raphaël Glucksmann comme à Patrick Braouzec : Mélenchon (et pas davantage Hamon, d’ailleurs) ne peut pas être élu président, alors autant 
qu’il oublie son programme et ses électeurs avec. A suivre un tel raisonnement, on se demanderait même pourquoi continuent de se présenter à l’élection présidentielle des candidats qui, d’après les sondages, ne sont pas assurés d’être au second tour. 
Or il y a pourtant au moins une raison : c’est qu’une élection démocratique suppose la confrontation des idées, et pas la prise en compte anticipée d’un résultat aléatoire. Il n’y a rien de plus insupportable que les évidences qu’on veut nous faire gober : qu’il n’y a pas d’autre système possible que le libéralisme, pas d’autre Europe possible que celle d’Angela Merkel, et pas d’autres candidats sérieux que ceux dont les sondages nous disent qu’ils seront au second tour.
 Que celui qui soutient en connaissance de cause le programme d’Emmanuel Macron vote pour lui, quoi de plus normal ? Mais au nom de quoi les électeurs potentiels de la France insoumise devraient-ils renoncer ainsi à soutenir le candidat qui leur semble justement "le meilleur" ? Au lieu de tympaniser les oreilles de Mélenchon qui poursuit son bonhomme de chemin sans 
rien cacher de ce qu’il est et veut, est-ce qu’il ne serait pas plus juste de commencer par demander à tous ceux qui ont accepté de participer à la primaire organisée par le Parti socialiste de soutenir Benoît Hamon sans lui tirer dans le dos ? Et je ne parle même pas de la conduite indigne de ceux qui eux aussi ont filé chez Macron, mais après avoir reproché tant et plus à Mélenchon de ne pas jouer le jeu de la primaire ! 
Bref, on l’aura compris, je suis résolument pour que les électeurs de gauche ne votent pas sous la pression de certitudes qui n’en sont pas. Aux Etats-Unis, les partisans d’Hillary Clinton eux aussi n’ont cessé de vanter sa stature présidentielle, reprochant à Bernie Sanders de ne pas se rendre à l’évidence. Résultat : Trump a été élu et chacun s’est alors posé la question de savoir si Sanders n’aurait pas été un bien meilleur candidat. Eh bien voilà, pour que le meilleur gagne, encore faut-il qu’il se présente et que ceux qui devraient le soutenir ne renient pas leurs "convictions et engagements". En ce qui me concerne, pas question en tout cas de laisser BVA et l’IFOP guider ma main : au premier tour, je voterai pour le candidat dont le programme convient vraiment à l’homme de gauche que je reste : Jean-Luc Mélenchon.

Gérard MILLER

Source

PS (LGS) : vu récemment l’émission “Faites entrez l’accusé” consacrée à l’affaire de Bruay-en-Artois. En 1972, elle avait remué la France entière. Les lecteurs du Grand Soir se souviennent-ils que Serge July s’était servi de ce drame comme tremplin pour sa carrière journalistico-politique. Il était à l’époque maoïste. Gérard Miller accompagna-t-il le futur grand patron de presse dans cette entreprise monomaniaque ?

URL de cet article 31636
   
Du bon usage de la laïcité
sous la direction de Marc Jacquemain et Nadine Rosa-Rosso. Depuis quelques années, une frange de la mouvance laïque, qui se baptise elle-même « laïcité de combat », développe un prosélytisme anti-religieux qui vise essentiellement l’islam et, très accessoirement, les autres religions. Cela nous paraît un très mauvais combat pour la laïcité. Cette logique va-t-en-guerre est d’autant plus malvenue qu’elle se développe dans un contexte marqué, dans le monde, par l’unilatéralisme militaire américain, et, chez (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

Le capitalisme est le génocide le plus respecté dans le Monde.

Ernesto Che Guevara.


Reporters Sans Frontières, la liberté de la presse et mon hamster à moi.
Sur le site du magazine états-unien The Nation on trouve l’information suivante : Le 27 juillet 2004, lors de la convention du Parti Démocrate qui se tenait à Boston, les trois principales chaînes de télévision hertziennes des Etats-Unis - ABC, NBC et CBS - n’ont diffusé AUCUNE information sur le déroulement de la convention ce jour-là . Pas une image, pas un seul commentaire sur un événement politique majeur à quelques mois des élections présidentielles aux Etats-Unis. Pour la première fois de (...)
21 
Le DECODEX Alternatif (méfiez-vous des imitations)
(mise à jour le 19/02/2017) Le Grand Soir, toujours à l’écoute de ses lecteurs (réguliers, occasionnels ou accidentels) vous offre le DECODEX ALTERNATIF, un vrai DECODEX rédigé par de vrais gens dotés d’une véritable expérience. Ces analyses ne sont basées ni sur une vague impression après un survol rapide, ni sur un coup de fil à « Conspiracywatch », mais sur l’expérience de militants/bénévoles chevronnés de « l’information alternative ». Contrairement à d’autres DECODEX de bas de gamme qui circulent sur le (...)
96 
Lorsque les psychopathes prennent le contrôle de la société
NdT - Quelques extraits (en vrac) traitant des psychopathes et de leur emprise sur les sociétés modernes où il s’épanouissent à merveille jusqu’au point de devenir une minorité dirigeante. Des passages paraîtront étrangement familiers et feront probablement penser à des situations et/ou des personnages existants ou ayant existé. Tu me dis "psychopathe" et soudain je pense à pas mal d’hommes et de femmes politiques. (attention : ce texte comporte une traduction non professionnelle d’un jargon (...)
40 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.