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Etat néolibéral, République bananière et pantouflage au sommet.

illustration : dazibaoueb.fr

Etat néolibéral, République bananière et pantouflage au sommet.

3 mai 2009 - Christian Delarue

République bananière n’est pas un concept de science politique mais une figure de style à portée critique qui indique des dérives importantes voire systèmiques.

Nombreux sont ceux qui comme Bernard Maris, ce 30 avril au matin, critiquent la trahison scandaleuse d’une fraction de personnages haut placés qui ont commencé par faire une carrière, courte parfois, au service de l’Etat et donc au service de l’intérêt général, en principe au moins, avant d’aller dans le privé servir la logique de profit, de marchandisation et de privatisation... et surtout se servir soi-même. Une double dérive.

Pour une définition du pantouflage on peut lire aisément "En savoir plus sur le pantouflage" (1). Au passage on y apprend que les pantoufleurs, phénomène ancien du XIX ème siècle, sont de nos jours à la fois l’origine et le produit de la vague de privatisation des années 86 et suivantes. Le pantouflage a favorisé la constitution d’un capitaliste managérial d’un nouveau genre formé par l’Etat après passage à l’ENA. Les pantoufleurs constituent une "élite politicoadministrative étroite" (cf D Chagnolleau).

*

I - CRITIQUE DU PANTOUFLAGE

*

D’abord les critiques les plus entendues puis celle plus radicale mais moins courante.

A) Les premiers niveaux de critique :

1) La première critique : la confusion du sommet et de la base de la fonction publique.

Il ne suffit pas de souligner l’aspect peu moral de cette pratique, même si un commission de déontologie intervient. Il importe en premier lieu de dire que la mesure de généralisation (2) de 2007 à tous les fonctionnaires n’a que peu à voir avec le pantouflage des hauts fonctionnaire. Dans un cas il s’agit de personnages qui sont des hauts dirigeants, qui passant du public au privé, participent aux décisions des sociétés transnationales et ramassent au passage des revenus exorbitants (mesurés en X fois le SMIC) , des revenus non distribués à ceux et celle qui travaillent, qui produisent. Dans l’autre cas, le salarié sous statut public devient salarié sous contrat privé. Dans les deux situations il reste travailleur. Quand à la mobilité interne aux différentes administrations elle est en cours de développement. La chose n’était pas particulièrement favorisée auparavant.

2) La seconde critique plus décisive : l’importation du "sale boulot" (C Dejours) effectué dans le privé.

Dans ce cadre on évoque le pantouflage qui opère dans l’autre sens, du privé vers le public : Après des années au sommet des grandes entreprises, comme à Vivendi-Véolia par exemple (3) on passe au sommet de l’Etat pour le moderniser sur le modèle de l’entreprise privée. Il s’agit alors de libéraliser L’Etat, de le rendre « modeste » et plus efficace, de rendre la force de travaail plus soumise et plus travailleuse (la fameuse "valeur travail" et la « culture de résultats ») . Le pantouflage dans ce sens vise à introduire artificiellement dans le public ce qui est déjà si nuisible dans le privé à savoir la dureté des rapports sociaux capitaliste de production. Autrement dit on introduit au coeur de la fonction publique par ce pantoufflage ce qu’il y a de plus barbare dans la société civile.

Enfin il s’agit globalement de mettre l’Etat beaucoup plus au service du capital qu’il ne l’est déjà et ce par le jeux de ces pratiques malsaines qui mélangent les genres. On touche alors là la critique fondamentale de second niveau qui s’en prend à la racine du système.

B) Second niveau de critique : vers la République bananière

Il s’agit d’une double critique plus radicale, plus décisive pour l’élaboration de perspectives.

1) La dilution des frontières du public et du privé.

Le pantouflage c’est un peu comme le partenariat public privé (PPP) ou les techniques de contractualisation, cela participe de la tendance contemporaine à diluer la frontière entre le secteur public et le secteur privé au profit de l’appropriation privé et donc de la dépossession du plus grand nombre.

2) La collusion du sommet de l’encadrement public avec une fraction de la bourgeoisie.

Le pantouflage, c’est aussi sans doute aussi autre chose, à savoir une collusion avec la bourgeoisie, avec la classe dominante. Et c’est grave. Cela participe de la corruption de la République (cf Yves MENY 4). On tend vers la République bananière.

Une fraction de la haute fonction publique a été tentée par le prestige "bling bling" au temps du désenchantement du monde. Il faut relever cet aspect déterminant. Quand on théorise "la fin de l’histoire" et donc l’effacement de la perspective du socialisme pour laisser comme seul horizon celui de l’aménagement du capitalisme à ses marges on ne saurait s’étonner de ces évolutions des mentalités collectives.

*

II - PERSPECTIVES POUR UNE ALTERNATIVE

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Il s’agit d’une contribution à débattre. Rien d’exhaustif ici.

On trouve dans l’imaginaire national et dans le réel de quoi rappeler la vocation du fonctionnaire en terme de valeur républicaines mais aussi plus spécifiquement de service de l’intérêt général non rabattu sur la marchandisation et la rentabilité fétichisée mais cela ne saurait suffire. Il faut une réponse de l’ordre du réel transformé.

A) Fortifier l’attachement à la République et à ses valeurs.

La République est un enjeu de débat, elle est tirée sur sa droite par les libéraux et sur sa gauche par les socialistes. Malgré tout, il semble nécessaire de fortifier ce rattachement pour éviter la pente de la République bananière faite d’arbitraire, d’opacité et de privilège ce qui nous ramènerait à devoir "refaire 1789",... y compris le cas échéant en coupant la tête du Roi pseudo-républicain. La République est peut-être la véritable modernité à défendre contre les "modernisateurs" libéraux.

Contre la République bananière réhabilitons la loi contre le contrat.

La période de la mondialisation néolibérale correspond à une montée de la contractualisation qui favorise les inégalités et l’opacité et donc le fort contre le faible. Le rôle de la loi a changé. Il y a la loi qui pose des statuts socialement sécurisant pour le public et le privé et la loi qui contractualise et fragilise les individus face à la "concurrence libre et non faussée". Il y a la loi qui ôte les protections entre le fort et le faible et la loi qui les garantie.

Contre la République du darwinisme social et néolibéral, il faut assurer le respect du "carré républicain" : Liberté, Egalité, Fraternité, Laïcité.

Le système libéral organise plus la sélection à tout crin et la mise en concurrence de tous contre tous que la solidarité et l’égalité. Ce système s’approche de la sélection des forts et de l’élimination des faibles. Ce qui se nomme darwinisme social, et non République. NB Le darwinisme social n’a rien à voir avec Darwin mais beaucoup plus avec la sociobiologie. C’est l’idéologie cachée des dominants.

Par rapports aux valeurs du "carré républicain", les libéraux ont courte vue puisqu’ils ne retiennent que le premier terme du carré à savoir la liberté. Et encore, c’est surtout à la liberté d’entreprendre pour faire du profit à laquelle ils pensent surtout. La droite et parfois les sociaux-libéraux répètent ici que dit le MEDEF. Les fonctionnaires, surtout ceux du sommet de l’Etat, n’ont pas à faire de même.

Réhabilitons une certaine idée du fonctionnaire indépendant par rapport aux pouvoirs économiques.

Les hauts fonctionnaires doivent s’attacher tant que faire se peut, par logique de résistance, à ne pas mettre l’Etat au service du capitalisme et de sa logique mais au contraire tendre à la satisfaction des besoins sociaux du peuple-classe. Certes, il ne faut pas trop se faire d’illusion sur ce pouvoir en positif au temps du retour au "pur capitalisme" (M Husson). D’une certaine manière le fonctionnaire ainsi compris a du mal à obéir à la droite et même à la gauche social-libérale.

La forme que prend l’Etat aujourd’hui -sur-policier et infra-social pour être concis (6) - incite à chercher des points d’appui pour la résistance et même l’offensive. A cet égard il est possible de prendre appui sur l’idéologie juridico-étatique du siècle dernier. En effet, toute une tradition juridique, contestée par les juristes libéraux, a accordé à l’Etat des missions fortes et de longues durées qui viennent "construire le social" contre le marché et non simplement compenser les défaillances du marché. Il ne faut pas sans doute pas accorder à cette tradition plus que ce qu’elle a pu obtenir au meilleur de son temps à savoir la pratique légitimée du "socialisme municipal" et celle de "l’économie mixte" avec ses services publics et ses entreprises nationalisées (5). Ces avancées réelles et supposées - les juristes spécialisés feront le tri - contre le capitalisme et le marché font partie de l’imaginaire du peuple-classe français, un imaginaire certes largement refoulé par le désenchantement du monde mais que l’altermondialisme porteur d’une nouvelle transcendance sociale et laïque peut réhabiliter. Et souvent cela commence par des petites choses, des mots : préférer usager à client, y introduire la citoyenneté mais pas sous le marché, refuser le resserrement du réseau de service public au profit d’un éparpillement non calé sur le développement inégal et combiné du capitalisme, etc...

B) Briser la logique des revenus faramineux qui "démoralise" les hauts fonctionnaires tentés par la cupidité outrancière.

Les très hauts revenus des grands patrons et le prestige associé seraient les vecteurs attractifs des hauts fonctionnaires. Ces derniers sont pourtant très bien payés (surtout ceux des autres pays) et avec de très belles primes en sus mais ils voient qu’ils pourraient avoir plus encore dans le privé et avec plus de prestige encore. Il faut briser matériellement cette dynamique du "toujours plus !"car l’appel à une autre déontologie ne saurait suffire en présence d’une telle dérive systémique.

En suivant la philosophie d’Eric Fromm, on peut affirmer qu’avec le désenchantement du monde la dynamique de l’ultra-cupidité et l’hyper possesssivité est à l’oeuvre contre "l’être" du haut fonctionnaire (alors que pour le fonctionnaire de base - catégorie A, B et C - il faudrait des augmentations de salaire conséquentes).

Dans le privé, les stocks-option et les primes aux licenciements ne sont que l’écume du système et pourtant c’est cela qui génère aujourd’hui la colère des licenciés. C’est cela qui discrédite aussi, au passage, le dispositif administratif en cours de "salaire au mérite". Les sommes faramineuses vont à ceux qui font du "sale boulot" nuisible à quasiment toute la société. Il faut supprimer cela.

La justice sociale avec ses deux volets le salarial et le fiscal admet sans doute des différentiation de revenu mais sur des bases justes et sans surprises et surtout avec deux grandes limites, un plancher en dessous duquel on ne saurait descendre, un plafond au-dessus duquel on ne saurait dépasser.

Le plancher - cité ici pour mémoire - c’est le salaire minimal du travail salarié et le revenu minimal de civilisation pour les sans emploi. Ce salaire doit permettre de vivre correctement. Il n’est pas nécessairement élevé dans une société riche de services publics qui allouent les prestations de satisfaction des besoins élémentaires selon une grille de tarification qui prévoie la gratuité pour les sans emploi.

Le plafond - qui nous intéresse plus ici - se calcule en terme de multiplicateur du salaire minimal de travail salarié. Pour ATTAC il faut instaurer un éventail maximum des revenus de 1 (niveau du SMIC à temps plein) à 5 (pour les plus hauts revenus). La société civilisée doit impérativement ponctionner les revenus des riches pour faire vivre les plus défavorisé. Il ne s’agit pas d’amputer les couches moyennes aisées.

http://www.france.attac.org/spip.php?article6591

Christian Delarue

ATTAC France

1) En savoir plus sur le pantouflage.

http://www.challenges.fr/actualites/politique_economique/20090225.CHA1...

Lire aussi l’étude scientifique suivante : DU PANTOUFLAGE OU LA "DESCENTE DU CIEL" par Dominique CHAGNOLLAUD I - La naissance du pantouflage II - Les cause du pantouflage Perte de prestige, Moindre revenu

http://www.revue-pouvoirs.fr/IMG/pdf/80Pouvoirs_p77-87_pantouflage.pdf...>>

2) Pantouflage des fonctionnaires : le décret de la loi du 2 février 2007 publié au JO

http://www.maire-info.com/article.asp?param=8272&PARAM2=PLUS

3) Pantouflage, corruption structurelle ?

http://anticor.org/2009/04/21/pantouflage-corruption-structurelle/

4) Yves Mény : La Corruption de la République

http://www.oboulo.com/yves-meny-corruption-republique-9788.html

Sur un couac datant de 1996 cf. Pantouflage : l’onde de choc Par Delanglade Sabine, publié le 19/12/1996

http://www.lexpress.fr/informations/pantouflage-l-onde-de-choc_619968.html

5) Après 1946 apparait sous l’effet d’un rapport de force national et international une configuration particulière Etat-société civile qui se nomme à la suite de Nicolas Benies, "Etat social". Le capitalisme doit céder des droits mais il reste dominant. L’Etat est alors un appareil ambigu car au coeur de ce rapport de force. Il est fondamentalement au service de l’accumulation du capital mais n’est pas totalement au service de la bourgeoisie et des grandes entreprises capitalistes notamment celles cotées en bourse et très internationalisées. Par exemple, L’Etat planificateur corrige les excès du développement inégal et combiné du capitalisme français mais le mal développement perdure. De même, l’interventionnisme en urbanisme ne laisse pas tout au marché car des dispositifs comme les ZAC, zones d’aménagement concerté, permettent de prendre en compte l’avis des habitants et les besoins sociaux moins solvables.
Salaire des Hauts fonctionnaires en Europe : un comparatif qui pousse à étendre le frein au "toujours plus" aux autres hauts fonctionaires des pays riches. Cela passe par la limitation des plus hauts revenus du privé

http://www.syndim.net/Public/Etudes/ocde.pdf

http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article646

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