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Eyad El-Sarraj : « L’Islam constitue le dernier refuge des nations humiliées »



Le Courrier, mardi 27 Juin 2006


Gaza - Le psychiatre Eyad El-Sarraj analyse les ressorts de l’interminable cycle de violences entre Israéliens et Palestiniens.


Il est parti juste à temps. Quelque heures plus tard, un commando se lançait à l’assaut d’un poste militaire israélien et l’Etat hébreu bouclait complètement la bande de Gaza. Eyad El-Sarraj a mis « quarante-huit heures » pour arriver jusqu’à Genève, via le poste frontière de Rafah puis Le Caire. Le psychiatre palestinien, directeur du Gaza Community Mental Health Program [1], était l’invité de la branche genevoise des Universitaires pour la paix israélo-palestinienne.


Le Courrier : Neuf mois après le désengagement israélien, on a l’impression de revenir à la case départ.

Eyad El-Sarraj : Le cycle des violences ne s’arrête jamais. Cela dure depuis des décennies. La radicalisation des uns entraîne celle des autres. Les Palestiniens ont élu le Hamas et Israël vote de plus en plus à droite. Chacun a besoin de l’autre. Sans occupation, il n’y aurait pas de Hamas et si le mouvement islamiste n’existait pas, Israël l’aurait inventé. Entre deux feux, il y a, de part et d’autre, une majorité silencieuse qui ne veut que la paix et la sécurité. Psychologiquement, nous avons deux peuples - les descendants de l’Holocauste et les dépossédés palestiniens - qui se voient comme les seules victimes. Les deux côtés auraient besoin d’une psychothérapie collective.

Je crois aussi qu’Israël a peur de la paix. Ce serait la chose la plus dangereuse pour l’établissement militaire. L’incarnation de cette peur, c’est la formule de Sharon : « Nous n’avons pas de partenaire pour la paix. » Tragiquement, les Palestiniens rentrent parfaitement dans ce schéma.


Faites-vous référence à la victoire du Hamas aux dernières législatives ?

Voter pour le Hamas, c’était un choix démocratique et rationnel. Mais l’extrême droite israélienne ne pouvait espérer mieux. Il n’y a désormais plus de partenaire, Israël peut donc agir comme bon lui semble.


Qu’a apporté le désengagement israélien de Gaza ?

Nous avons gagné la liberté de circuler à l’intérieur de notre mince territoire. Mais, avec le départ des colons, l’armée israélienne peut utiliser des armes qu’elle n’utilisait pas auparavant. Les bombes assourdissantes ont le même effet déstabilisant que la foudre qui tombe sur votre toit. Le nord de Gaza est sous le feu constant de l’artillerie israélienne. L’année dernière, nous avons réalisé une enquête qui montrait qu’un tiers de la population présente des symptômes de stress post-traumatique. Nous avons été consternés de découvrir qu’un tiers des gamins de douze ans voulaient devenir des martyrs. Au Nord de Gaza, le pourcentage des enfants qui pissent au lit est le plus élevé au monde. Il y a aussi les attaques israéliennes qui tuent des civils.


Et les roquettes Qassam qui tombent sur Israël...

90% d’entre elles nous reviennent dans la figure comme un boomerang. Elles tuent plus de Palestiniens que les Israéliens en assassinent. Les militants doivent être désespérés pour adopter une tactique aussi stupide. La seule explication, c’est que le tir de roquettes est devenu un business et que certains en font beaucoup d’argent. A Gaza, tout le monde veut acheter une arme ou avoir sa milice. L’offre n’arrive pas à suivre et les prix flambent. On ne peut pas non plus ignorer que des régimes, comme la Syrie et l’Iran, financent ces opérations.


La population de Gaza partage-t-elle votre point de vue ?

La petite fille dont la famille a été décimée par une bombe israélienne sur la plage de Gaza a déclaré sur Al-Jazira que les groupes armés devraient arrêter avec les roquettes pour qu’Israël cesse de tuer des Palestiniens. Cela n’a évidemment pas plu aux principaux intéressés. Même si les gens ont peur de le dire ouvertement, je pense qu’une majorité de Gazaouis sont du même avis.


Que pensez-vous du document des prisonniers (lire ci-dessous) ?

Peu importe ma position. L’important c’est ce qu’en pense Israël. Pour Ehud Olmert, il s’agit d’une affaire strictement palestinienne. Lorsqu’Arafat a reconnu Israël, le premier ministre Itzakh Shamir a répondu « et alors ? ». Le Hamas pose donc la question suivante : que se passera-t-il si les Islamistes reconnaissent Israël ? L’Etat hébreu reconnaîtra-t-il, en retour, les droits des Palestiniens ? Arafat a fait cette démarche mais il n’a rien obtenu. Mahmoud Abbas non plus.


Constatez-vous un retour à l’ordre moral à Gaza ?

Cela fait quinze voire même vingt ans qu’on ne boit plus d’alcool en public à Gaza ou que les femmes ne vont plus nager. Paradoxalement, les femmes ont massivement voté Hamas. Lors de la première Intifada, elles étaient encore cantonnées chez elles. Mais, avec les destructions d’habitations, les perquisitions et les bombardements, la violence a fait irruption dans les foyers et les Palestiniennes se sont radicalisées. L’Islam est le dernier refuge des nations humiliées. Car Dieu ne peut être vaincu. Le nationalisme arabe l’a été, tout comme Mahmoud Abbas et l’OLP.


Propos recueillis par Simon Petite



Le soldat contre des prisonniers palestiniens ?


Trois factions armées, les brigades Ezzedine al-Qassam (branche armée du Hamas), les Comités de résistance populaire et l’armée de l’Islam ont exigé dans un communiqué diffusé hier à Gaza la libération de toutes les détenues palestiniennes ainsi que des Palestiniens de moins de 18 ans, en échange d’informations sur le soldat israélien enlevé.

Ces factions ont participé à l’attaque en bordure de la bande de Gaza où le caporal Gilad Shalit, 20 ans, a été enlevé et qui a coûté la vie à deux militaires israéliens ainsi qu’à deux assaillants palestiniens. Les Comités de la résistance populaire ont revendiqué l’enlèvement du soldat israélien, affirmant qu’il était vivant.
« Nous considérons l’Autorité palestinienne et l’ensemble de ses dirigeants, à commencer par le président et tout le gouvernement, comme responsables de l’attaque, avec tout ce que cela implique », a indiqué M. Olmert. « Il n’y aura pas de pardon si on porte atteinte à la vie du soldat », a averti de son côté le ministre de la Défense, Amir Peretz. L’armée israélienne est prête à lancer une opération d’envergure contre les activistes de la bande de Gaza. Israël a exclu tout échange de prisonniers. Selon des sources sécuritaires palestiniennes, des contacts auraient été établi avec les ravisseurs.

Le président palestinien Mahmoud Abbas a pour sa part ordonné hier aux forces de sécurité palestiniennes de procéder à une vaste battue dans la bande de Gaza pour retrouver le soldat israélien enlevé dimanche. M. Abbas a aussi exhorté le Hamas à collaborer. ATS/CO


- Source : Le Courrier de Genève www.lecourrier.ch



Moyen-Age hi-tech à Modi’in Illit, par Michelangelo Cocco.


Palestine : une guerre contre les enfants, par John Pilger - Znet.




- Illustration : José Mercader


[1Voir : www.gcmhp.net.


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