RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher
France/Afrique

François Hollande déjà en Françafrique !

Les présidentielles terminées, on en connaît l’issue : Monsieur Hollande a été élu. On connaissait son programme pour la France et l’Europe, beaucoup moins concernant l’Afrique. Comme Nicolas Sarkozy et François Mitterrand, Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac avant lui, en campagne, François Hollande a multiplié les déclarations d’intention. Annoncés, serait-on tenté de dire, comme d’habitude, le « changement dans les comportements » et bien sûr… « La fin de la françafrique ». Alors, dont acte ? Pas si simple…car, si les mots coûtent peu, les faits eux, parlent et ils sont têtus.

Comment vous croire…

Ainsi, alors que, dès 2011, sans doute en prévision de votre probable élection, Ségolène Royal se pavanait déjà aux côtés de Blaise Compaoré, comment vous croire aujourd’hui Monsieur Hollande ?

Ainsi, alors qu’au moment même où vous prononciez ces mots de « fin de la Françafrique » , trois mois juste avant votre élection à la présidence, vous dépêchiez, coup sur coup, Laurent Fabius chez Ali Bongo et Jean-louis Bianco chez Alassane Ouattara, comment vous croire aujourd’hui, Monsieur Hollande ? (1)
Ainsi, lorsque numéro Un du Parti Socialiste et député à l’Assemblée Nationale, vous avez soutenu, vous, les députés socialistes et votre parti, la vilaine guerre de Sarkozy « l’ami américain » contre la Libye, comment vous croire aujourd’hui, Monsieur Hollande ?

Ainsi, alors que ni vous ni le parti dont vous étiez alors le chef, n’avaient émis la moindre objection à l’intervention armée contre la Côte d’Ivoire, et que pire encore, changeant de cheval en route, vous êtes passé du camp Gbagbo à celui de Ouattara (2), comment vous croire aujourd’hui, Monsieur Hollande ?

Ainsi encore, s’agissant d’un passé qui vous est si proche vous ne revendiquez aucun droit d’inventaire sur les agissements des « Mitterrand Père et fils » en Afrique. Un fils promu par son père(3) chef de la Françafrique d’une funeste période qui vit alors la France se couvrir de honte au Rwanda et laisser assassiner Thomas Sankara, président du Burkina Faso par Blaise Compaoré, l’homme des basses oeuvres, désormais « ami » de…Ségolène Royal ! Comment vous croire Monsieur Hollande ?

Comment vous croire enfin, Monsieur Hollande quand vous n’évoquez même pas d’une phrase, même pas d’un mot, ni l’inadmissible présence militaire française sur le continent, ni le maintien du domaine réservé pour l’Afrique à vous seul, ni enfin, sur le maintien de la sinistre cellule Afrique (4)
Un passé tellement présent !

« La Françafrique est morte…elle est obsolète…C’était bon avant…elle appartient au passé…les chinois ont pris la place des français…etc… ». Affirmations gratuites et néanmoins très « mode » (5). Récurrentes, véhiculées par toutes les officines et entreprises françaises présentes en Afrique, tous les diplomates locaux et les grands médias, elles cherchent à vendre, à la fois aux africains et aux anti-impérialistes, une image différente de la France.

De bonne guerre au fond, sauf que…la Françafrique ne se résume pas à une image. Elle est une réalité politique, institutionnalisée de longue date, faite de corruption d’élites marionnettes, de spoliations et de pillages organisés, planifiés, légiférés, subie par les peuples d’Afrique, depuis des décennies !

Et puis enfin, soyons sérieux, qui, du port de Cotonou à celui de Yaoundé, de celui de Lomé à celui d’Abidjan, autant de structures, parmi d’autres, dont il s’est rendu propriétaire, pourra changer « l’image » de Bolloré en Afrique ? Pour être clair, le monopole du fret maritime sur toute la façade atlantique ajouté à celui du transport vers tout l’Interland (6), c’est très exactement cela la Françafrique ! C’est même 100% la Françafrique en plein essor !

Alors qui, comme pour Bolloré, pourra transformer les Bouygues, les Pinault et Cie en gentils « acteurs du co-développement » ? (7) Qui, concernant uranium et pétrole, changera la nature prédatrice de Total et d’Areva ? Qui pour faire cesser l’exploitation franco-française du manganèse, du cobalt, du coltan, de l’or, des diamants, du bois, du cacao, du coton, de l’huile, de l’arachide, de la banane ?

Quelle rupture ?

A défaut d’un virage à 180° entraînant la suppression de toute présence militaire sur le continent, l’abandon du principe d’ingérence armée, la fin du pillage des richesses locales, supposant de ne plus utiliser les fameuses « Aides Publiques au Développement » (8) au soutien de régimes corrompus « amis de la France », de ne plus imposer la priorité absolue pour les entreprises françaises… A moins de rompre avec la politique néo-coloniale, largement consensuelle droite-gauche, que Monsieur hollande vient de prendre en responsabilité, il y a, on le voit, bien peu de raisons d’être un tant soit peu optimiste.

En réalité, concernant l’Afrique et la trop fameuse « réalpolitik » si chère à la gauche française lorsqu’elle est aux affaires, il n’y a, dans l’imaginaire socialiste, que bien peu d’évolution et, au fond, très peu d’écart entre aujourd’hui et l’époque où Georges Sarre, en 1998, conseiller d’Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères, affirmait sans honte : « De même que les Etats-Unis ont leur arrière-cour en Amérique Latine, la France a besoin d’avoir son arrière-cour en Afrique. »

Le 29 mai 2012

François CHARLES
Directeur de "Force Humanitaire" Montpellier
Professeur associé à ENEA Dakar
Professeur associé à BK université Afrique de l’Ouest (Cotonou)
Site : www.forcehumanitaire.fr

1/ Trois « présidents » frappés d’illégitimité : Ali Bongo, fils de papa Omar, a été « élu » dans la contestation générale, Blaise Compaoré arrive à la tête du Burkina dans le sang du meurtre de Thomas Sankara, Alassane Ouattara a été porté au pouvoir par la seule armée française.

2/ Traditionnellement du côté de Gbagbo, la diplomatie française a brusquement changé son fusil d’épaule, non seulement en soutenant Ouattara, l’homme du FMI, mais en intervenant militairement pour l’installer au pouvoir.

3/ Tellement chef de cette françafrique et tellement imbu de sa personne et tellement fils de papa que les africains l’avaient surnommé « Papamadi »

4/ La « cellule Afrique » (prérogative, décisions unilatérales, secret…) mise en place par Foccart pour le compte de Charles De Gaulle a perduré jusqu’à aujourd’hui où même un changement de nom ne changera rien à l’affaire.

5/ Cette idée simpliste voulant que, la Chine passant devant la France sur le terrain, disparaîtrait la Françafrique, a même accouché d’un ouvrage intitulé…« la Chinafrique » !

6/ Sont dits « pays de l’interland » ceux qui n’ont pas d’accès direct à un port de l’Atlantique

7/ Co-développement est le mot utilisé par Pascal Canfin, tout nouveau ministre français délégué au Développement

8/ Les « APD » regroupent une myriade particulièrement opaque d’institutions, allant du soutien aux régimes « amis », de « l’aide » en subventions à l’exploitation des richesses et matières premières, aux « aides liées » (contrepartie octroyée pour faire « travailler » les entreprises françaises) en passant par les rétro-commissions (aide aux partis politiques), l’aide à la francophonie, le soutien au « rayonnement de la France »… L’association Survie estime que, sur des APD d’un montant de 40 millIards/an, seulement 2% arrivent auprès de ceux auxquels elles étaient soit-disant destinées.

URL de cet article 16817
  

La Stratégie du Choc
Naomi KLEIN
Qu’y a-t-il de commun entre le coup d’état de Pinochet au Chili en 1973, le massacre de la place Tiananmen en 1989, l’effondrement de l’Union soviétique, le naufrage de l’épopée Solidarnösc en Pologne, les difficultés rencontrées par Mandela dans l’Afrique du Sud post-apartheid, les attentats du 11 septembre, la guerre en Irak, le tsunami qui dévasta les côtes du Sri-Lanka en 2004, le cyclone Katrina, l’année suivante, la pratique de la torture partout et en tous lieux - Abou Ghraib ou Guantanamo, aujourd’ (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

(...) je suis d’accord avec le fait que le tsunami a été une merveilleuse occasion de montrer, au-delà du gouvernement des Etats-Unis, le coeur du peuple américain.

Condoleezza "oui, j’ai un grain" Rice
devant la commission sénatoriale des relations étrangères US - janv. 2005

La crise européenne et l’Empire du Capital : leçons à partir de l’expérience latinoaméricaine
Je vous transmets le bonjour très affectueux de plus de 15 millions d’Équatoriennes et d’Équatoriens et une accolade aussi chaleureuse que la lumière du soleil équinoxial dont les rayons nous inondent là où nous vivons, à la Moitié du monde. Nos liens avec la France sont historiques et étroits : depuis les grandes idées libertaires qui se sont propagées à travers le monde portant en elles des fruits décisifs, jusqu’aux accords signés aujourd’hui par le Gouvernement de la Révolution Citoyenne d’Équateur (...)
Le DECODEX Alternatif (méfiez-vous des imitations)
(mise à jour le 19/02/2017) Le Grand Soir, toujours à l’écoute de ses lecteurs (réguliers, occasionnels ou accidentels) vous offre le DECODEX ALTERNATIF, un vrai DECODEX rédigé par de vrais gens dotés d’une véritable expérience. Ces analyses ne sont basées ni sur une vague impression après un survol rapide, ni sur un coup de fil à « Conspiracywatch », mais sur l’expérience de militants/bénévoles chevronnés de « l’information alternative ». Contrairement à d’autres DECODEX de bas de gamme qui circulent sur le (...)
103 
L’UNESCO et le «  symposium international sur la liberté d’expression » : entre instrumentalisation et nouvelle croisade (il fallait le voir pour le croire)
Le 26 janvier 2011, la presse Cubaine a annoncé l’homologation du premier vaccin thérapeutique au monde contre les stades avancés du cancer du poumon. Vous n’en avez pas entendu parler. Soit la presse cubaine ment, soit notre presse, jouissant de sa liberté d’expression légendaire, a décidé de ne pas vous en parler. (1) Le même jour, à l’initiative de la délégation suédoise à l’UNESCO, s’est tenu au siège de l’organisation à Paris un colloque international intitulé « Symposium international sur la liberté (...)
18 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas | Bernard Gensane
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.