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Interview de Bachar al-Assad avec la chaîne TV russe NTV, 24 juin 2018

Transcription :

Journaliste : Monsieur le Président, nous pouvons maintenant récapituler les événements, parce que Daech est presque vaincu, la ville de Damas est presque (totalement) en sécurité, et elle est sous contrôle des forces gouvernementales, et jusqu’à présent, vous menez des opérations militaires dans le sud et à l’est. Pourriez-vous me dire maintenant, en tant que Président et en tant que médecin de formation, comment vous avez pu manquer (d’identifier) les premiers symptômes de cette guerre, les premiers symptômes de cette invasion dans votre pays, parce que vous appelez cela une invasion ? Que s’est-il passé ?

Président Assad : Nous devons faire la distinction entre les symptômes internes et externes. Pour ce qui est des symptômes internes, nous avons des problèmes comme toute autre société dans notre région, nous faisons partie de cette région, et nous discutons toujours de ces problèmes. Peut-être n’avons-nous pas fait ce qu’il fallait pour résoudre le problème que nous aurions pu résoudre avant la guerre, peut-être pas ; c’est (une question) subjective pour tout syrien, chacun peut avoir son propre point de vue. Mais le facteur externe est très important dans la genèse de cette guerre, car aucun autre pays dans cette région ne vit une guerre similaire, bien que nous ayons les mêmes sociétés et que vous ayez des problèmes plus graves (ailleurs), comme dans les pays du Golfe, où vous n’avez aucune liberté, ni pour les femmes ni pour le peuple, pour quoi que ce soit.

Donc, si (le manque de libertés) était la raison (de cette guerre), par exemple – parce que tel était le slogan au tout début –, pourquoi cela n’a-t-il pas commencé dans ces pays ? Donc ce qui s’est passé n’était pas interne, parce que les mêmes problèmes existent depuis des décennies, certains depuis des siècles. Donc, en fait, c’est là que le facteur externe (est intervenu), et s’il n’était pas (immédiatement) clair, si nous ne l’avons pas vu (dès le début), c’est qu’en réalité, le plan n’a pas été réalisé en Syrie ; il a été réalisé dans certains pays occidentaux comme les États-Unis, la France et le Royaume-Uni principalement. D’autres Etats satellites comme la Turquie, l’Arabie Saoudite et le Qatar planifiaient et envoyaient de l’argent dès le début, après avoir échoué à créer, disons, une révolution spontanée, c’est là qu’ils ont commencé à envoyer de l’argent, et c’est là que le problème a commencé. Nous avons compris tout cela très rapidement, mais peut-être que nous ne pouvions pas le contrôler.

Journaliste : Mais pourquoi n’avez-vous pas vu... Par exemple, quand je suis arrivée dans la Ghouta orientale il y a des mois, j’ai vu des tunnels partout, construits par des ingénieurs, par d’énormes machines, par des bulldozers... Comment cela a-t-il pu se faire à votre insu ? Avez-vous une explication à présent, comment ils ont réussi à construire ces villes souterraines ?

Président Assad : Bien sûr, ils ont pu utiliser les outils qui étaient déjà présents dans cette zone, qu’ils les aient volés au gouvernement, à des entreprises privées, etc., et ils ont reçu un soutien de la Jordanie à travers le désert directement à Al-Ghouta, où le désert est vide, et personne ne peut le contrôler ou l’observer, et nous n’avons pas, bien sûr, des moyens comme des satellites et autres pour voir tout cela. En même temps, quand ils ont commencé à creuser, ils ont commencé à creuser sous les villes, quelque chose que vous ne pouvez pas voir (même avec des satellites).

Journaliste : Quand je suis allée dans la Ghouta orientale, j’ai rencontré des gens qui pouvaient prouver par eux-mêmes qu’ils avaient vu comment al-Nusra utilisait des armes chimiques contre leurs quartiers (résidentiels). J’ai vu toutes ces combinaisons de protection chimique dans des pièces où se trouvaient les quartiers généraux d’al-Nusra, etc. Mais l’Occident affirme que vous avez empoisonné votre propre peuple avec des armes chimiques. Pourquoi cela, pourquoi personne n’écoute-t-il le peuple (syrien) et pourquoi l’Occident insiste-t-il là-dessus ?

Président Assad : Parce que la fable chimique fait partie de leur récit basique contre le gouvernement en Syrie, mais ils ne l’utilisent que lorsque leurs troupes, leurs mandataires (proxies), les terroristes, ont été vaincus en Syrie dans certaines zones. Ils utilisent cette histoire ou ce récit afin d’avoir un prétexte pour intervenir directement, militairement, et d’attaquer l’armée syrienne. C’est ce qui s’est passé plusieurs fois, et chaque fois qu’ils utilisent cette histoire, ce n’est que lorsque leurs proxies, les terroristes, ont été vaincus. Ce devrait être (l’inverse) – je veux dire logiquement, sans même parler de la réalité que nous n’avons pas d’armes chimiques de toute façon, nous les avons détruites...

Journaliste : Vous n’en avez plus du tout ?

Président Assad : Nous n’en avons pas, non. Depuis 2013, nous n’en avons plus. Mais mettez cela de côté. Même si nous en avions, nous aurions plutôt utilisé ces armes lorsque nous étions vaincus, pas quand nous gagnons la guerre. Et en fait, chaque fois que nous gagnons, ils l’utilisent, donc (nous en accuser) est contre la logique, mais cela sert de prétexte pour soutenir les terroristes en Syrie.

Journaliste : Y a-t-il un moyen d’empêcher toutes ces provocations ? Parce que le ministère russe de la Défense dit que l’une de ces provocations est en train d’être préparée à Deir Ezzor, et ils l’ont dit récemment. Comment arrêter ça ?

Président Assad : Vous ne pouvez pas, parce que ce n’est pas le résultat de notre réalité ; c’est le résultat de leur imagination, de leurs médias, c’est quelque chose qui est créé dans leurs propres médias et dans leurs propres pays, et qui est ensuite répandu dans le monde entier sur Internet ou dans différents médias. Donc vous ne pouvez pas empêcher ces provocations. Les Américains ne disent que des mensonges, et ils attaquent tout de suite après. Quand il n’y a pas de respect pour le droit international, quand il n’y a pas d’institutions des Nations Unies efficaces, vous ne pouvez pas parler d’empêcher les provocations, parce que c’est une jungle maintenant, partout dans le monde.

Journaliste : Vous êtes en train de l’emportez, vous contrôlez déjà la plupart des régions du pays, mais il y a tellement d’acteurs en Syrie, tellement de parties qui ont leurs propres intérêts. Les Etats-Unis négocient avec la Turquie à propos de Manbij, Israël mène des négociations quelque part, les Iraniens font des négociations, les Kurdes ont leurs propres intérêts. Comment résoudre tout cela, comment maintenir la Syrie unie ? Parce que maintenant, il semble que la Syrie soit déchirée. Comment arrêter ça ? Parce que vous avez dit que votre principal slogan est « une (seule) Syrie pour une (seule) nation ».

Président Assad : Si vous voulez parler de la Syrie comme étant déchirée, il s’agit, disons, de la géographie, pas de la société ; la société est unifiée, donc nous n’avons pas de problème à ce sujet. Ainsi, nous pouvons considérer la Syrie comme unifiée tant que le peuple est unifié. Quant à être déchiré, il s’agit d’une occupation ; différentes parties de la Syrie sont occupées par les terroristes avec le soutien de l’Occident, principalement les États-Unis et leurs alliés. Donc si vous voulez parler de l’avenir de la Syrie, nous ne les prenons pas en compte. Si vous parlez du processus politique, cela va être un processus politique uniquement syrien. Nous ne prenons pas en compte les intérêts de tout autre pays concernant quelque chose qui est interne. Si vous parlez de la guerre, cela devient maintenant une guerre internationale, parce que c’est comme ça qu’elle a commencé. En fait, il ne s’agissait pas seulement du gouvernement en Syrie ; le gouvernement en Syrie est indépendant, nous avons de bonnes relations avec la Russie, avec la Chine et d’autres pays, et les États-Unis voulaient redessiner la carte du monde politiquement, et peut-être militairement. Donc la Syrie était l’un des principaux champs de bataille pour redessiner cette carte, du moins au Moyen-Orient. C’est pourquoi quand vous parlez de ces intérêts, c’est un combat entre ces puissances : le pouvoir principal, les États-Unis, et leurs alliés, qui supportent les terroristes, et leur but est d’avoir l’hégémonie, (face à) l’autre puissance qui est la Russie, et ses alliés, dont l’objectif est de combattre le terrorisme et de restaurer le droit international.

Journaliste : Mais pourquoi la Syrie a-t-elle été choisie (comme terrain) pour ce match ?

Président Assad : Pour de nombreuses raisons différentes. La Syrie fait partie du groupe de pays considérés comme indépendants (souverains) : la Syrie, l’Iran, la Corée du Nord et maintenant la Russie en tant que pays souverain. L’Occident n’accepte aucune position indépendante. Les Etats-Unis n’acceptent aucune position indépendante de l’Europe. Et c’est pourquoi en Russie, vous avez un problème avec les États-Unis, parce que vous voulez être (une nation) souveraine, et ils ne l’acceptent pas, même si vous êtes une grande puissance, vous ne pouvez pas être indépendant. Voilà une (première) raison. Et nous sommes un petit pays, comment pouvons-nous dire non et oui ? Nous devrions seulement dire oui (aux Etats-Unis). Voilà une (première) raison.

Deuxièmement, la géopolitique de la Syrie, le rôle historique de la société syrienne, bien qu’il soit très modeste, mais c’est une ligne de faille, la ligne de fracture sociale entre les différentes sectes et ethnies. Et quand vous contrôlez cette zone, vous pouvez contrôler tout le reste du Moyen-Orient. C’est pourquoi la lutte contre la Syrie a commencé à l’époque des Pharaons, et le premier traité au monde a eu lieu 12 siècles avant Jésus-Christ, entre les Pharaons et les Hittites, venant du nord et du sud, ils ont combattu en Syrie et ils ont signé le premier traité de l’Histoire. Ainsi, la géopolitique de la Syrie est très importante, et le contrôle de la Syrie a été un but pour les grandes puissances depuis ce temps (reculé) et jusqu’à nos jours. Donc, peu importe que la Syrie soit grande ou petite, ou plus grande ou plus petite, elle a une (grande) importance (stratégique).

Journaliste : Qu’attendez-vous de la Russie à cet égard ? Vous avez tant d’acteurs (présents en Syrie) à propos desquels vous avez affirmé qu’ils devraient tous quitter la Syrie, et que la nation syrienne demandera un jour à tout le monde de quitter ce terrain. Qu’attendez-vous de la Russie à cet égard ? Parce que nous sommes des alliés, nous sommes amis depuis...

Président Assad : L’amitié entre la Syrie et la Russie est ancienne, elle date de six décennies, mais nous avons conclu une alliance militaire depuis plus de quatre décennies.

Nous avons deux raisons : premièrement, la Syrie et la Russie ont un intérêt à combattre et à vaincre le terrorisme, en Syrie, en Russie, partout dans le monde. C’est donc la première attente et le premier but.

La seconde attente est sur le long terme. La Russie est très importante pour l’équilibre du monde, que nous avons perdu depuis l’effondrement de l’Union soviétique. Ainsi, avoir la présence de la Russie, militairement et politiquement, en Syrie, au Moyen-Orient et dans le reste du monde, est très important pour cet équilibre. Ce n’est pas seulement important pour la Russie elle-même et pour les autres grandes puissances, c’est très important pour les pays plus petits comme la Syrie d’avoir cet équilibre. Donc c’est ce que nous attendons de la Russie aux deux niveaux : combattre le terrorisme et avoir un équilibre global.

Journaliste : Je suis allée dans la Ghouta orientale et j’ai vu à quel point elle est détruite, l’ampleur (colossale) des destructions, et d’après ce que je sais, vous avez besoin de 400 milliards de dollars pour reconstruire le pays. Mais l’Occident affirme qu’ils ne donnera pas un centime tant que vous serez au pouvoir. Que pouvez-vous faire dans cette situation ? Parce que vous devez reconstruire tout le pays.

Président Assad : Franchement, c’est la meilleure déclaration occidentale dans toute cette guerre, le fait qu’ils disent qu’ils ne participeront pas à la reconstruction en Syrie, parce que très simplement, nous ne leur permettrons pas d’y participer, qu’ils viennent avec de l’argent ou pas, qu’ils proposent un prêt, un don, ou une subvention, peu importe ; nous n’avons pas besoin de l’Occident. L’Occident n’est pas honnête du tout : il ne donne pas, il ne fait que prendre. Tout d’abord, nous n’avons pas construit la Syrie à travers l’histoire avec de l’argent étranger ; nous l’avons construite avec notre argent, avec nos ressources humaines.Malgré la guerre, nous avons toujours les ressources humaines pour reconstruire tous les secteurs de notre pays. Nous ne sommes pas inquiets à ce sujet.

En ce qui concerne l’argent, avant la guerre, nous n’avions aucune dette, parce que nous avons construit notre pays avec les prêts de nos amis. Donc nous n’avons pas d’argent [de dette]. Vous pouvez avoir des prêts de vos amis, vous pouvez avoir de l’argent des Syriens vivant à l’étranger, des Syriens vivant à l’intérieur et de l’argent du gouvernement. Donc nous ne sommes pas inquiets à ce sujet. Cela peut prendre plus de temps, mais nous ne sommes pas du tout inquiets au sujet de la reconstruction de la Syrie. N’oubliez pas que la reconstruction après la guerre, quand vous parlez de 400 milliards, plus ou moins – c’est approximatif –, c’est toute une économie, tout un marché, tout un investissement. Donc lorsque les Européens parlent de venir participer à la reconstruction, ils ne viennent pas pour aider la Syrie ; ils viennent pour prendre de l’argent. Et de nombreuses entreprises européennes sont en train de prendre contact avec nous pour qu’on leur permette de venir investir en Syrie.

Journaliste : Cela se fait en privé ?

Président Assad : En privé, bien sûr. Mais bien sûr, avec le soutien de leurs gouvernements. Donc ils ont besoin de ce marché, ils sont dans une situation désastreuse sur le plan économique depuis 2008, la plupart des pays européens. Ils ont besoin de nombreux marchés. La Syrie est l’un d’entre eux, et nous n’allons pas leur permettre de faire partie de ce marché, tout simplement.

Journaliste : Quand nous parlons de la reconstruction de tout le pays, cela signifie le rétablissement de la confiance et de l’amitié entre les Syriens, parce que nous pouvons voir la situation en partie comme une guerre civile, lorsque le frère tire sur le frère, à cause des différentes religions ou de toute autre considération. Dans ce cas, vous commencez par un comité constitutionnel. L’opposition a fait sa liste pour le comité constitutionnel. Vous présenterez-vous au prochain mandat présidentiel ? Comment restaurer cette structure politique de votre pays ?

Président Assad : Tout d’abord, nous n’avons pas de guerre civile, parce que la guerre civile est basée sur des lignes sectaires, des lignes ethniques, des lignes religieuses, et ainsi de suite. Nous n’avons pas cela en Syrie. Vous pouvez aller partout, en particulier dans les zones sous le contrôle du gouvernement, et vous pouvez y voir le spectre complet de la richesse/diversité de la société syrienne existante, et les gens qui vivent ensemble et coexistent.

En fait – et ce n’est pas une exagération, c’est un fait –, la guerre a été une leçon très importante. Ainsi, cette société diversifiée est devenue beaucoup plus unifiée qu’elle l’était avant la guerre, parce que nous avons appris une leçon. Alors que si vous allez dans les zones sous le contrôle des terroristes, ils ne représentent aucune couleur de cette société ; en réalité ils ne reflètent que leur incubateur, et les gens qui n’ont pas d’autre choix que de vivre dans ces zones, qui n’ont pas d’autre choix. Donc nous n’avons pas à nous inquiéter d’une (pseudo) guerre civile. Ce ne sont pas des gens qui se tirent dessus ; ce sont des mercenaires, ce sont des terroristes. Vous avez des terroristes dans votre pays, en Russie, et ils sont Russes, mais ils ne représentent pas une partie de la société, ils représentent leur propre idéologie. Nous avons la même situation en Syrie. Donc en ce qui concerne l’unification du peuple, elle ne pose aucun problème.

En ce qui concerne la présidence, il y a deux facteurs : le premier est ma volonté, et elle reposera sur le deuxième facteur qui est la volonté du peuple syrien. Nous avons encore trois ans. À ce moment-là, en 2021, le peuple syrien sera-t-il prêt à accepter cette personne, ce Président, oui ou non ? Si ce n’est pas le cas, qu’est-ce que je pourrais faire à la Présidence ? Je ne pourrais rien faire, je ne pourrais pas réussir, je ne pourrais rien apporter à mon pays, donc la réponse sera non. Si le peuple syrien souhaite ma présence, j’y réfléchirai, mais il est encore tôt, nous avons encore trois ans jusqu’à ce moment-là.

Journaliste : Mais qu’en est-il de toutes ces réformes constitutionnelles qui ont été demandées par les Nations Unies ?

Président Assad : Nous avons fait des réformes en 2012, et maintenant nous avons la conférence de Sotchi, ils vont en discuter. Toute réforme constitutionnelle n’est pas liée au Président, elle n’est pas liée au gouvernement, elle est liée au peuple syrien, donc il doit y avoir – si nous devons procéder à n’importe quel amendement ou changement ou quoi que ce soit –, cela se fera par référendum, un référendum national. S’il y a un référendum national et que le peuple soutient une nouvelle Constitution, bien sûr que nous allons le faire, mais ce n’est pas lié à la volonté des Nations Unies ou des pays étrangers, ce n’est pas le cas. Ce processus sera complètement syrien. Si les Syriens ne veulent pas de changement, il n’y aura absolument aucun changement. [...]

Journaliste : L’un des principaux acteurs (du conflit en Syrie) est les États-Unis, et Trump a tenu sa réunion à Singapour avec Kim [Jong-Un]. Récemment, l’Iran a dit qu’ils ne rencontreront jamais Trump, parce que Kim n’est pas musulman Un tel propos sectaire de la part de l’Iran est impossible et absurde et qu’il ne comprend pas ce qui se passe, ils ne parleront jamais à Trump. Seriez-vous prêt, s’il le faut, à rencontrer Trump directement ou indirectement ? Pensez-vous qu’il vous est nécessaire de parler à Trump ?

Président Assad : Nous pensons que discuter, parlementer ou négocier avec votre adversaire, et bien sûr avec quiconque, est productif, mais dans ce cas, depuis que nous avons eu la première négociation avec les Etats-Unis en 1974, nous n’avons jamais abouti à quoi que ce soit dans le moindre dossier. Le problème avec les Présidents américains, c’est qu’ils sont otages de leurs lobbies, des grands médias, des grandes sociétés, de la finance, du pétrole, de l’armement, etc. Donc, ils peuvent vous dire tout ce que vous voulez entendre, mais ils feront le contraire ; c’est actuellement le cas, et ça devient même de pire en pire, et Trump en est un exemple très frappant. Donc parler et discuter avec les Américains maintenant sans raison, sans rien obtenir, ne serait qu’une perte de temps. Nous ne sommes pas heureux de parler avec les Etats-Unis simplement parce qu’ils sont les Etats-Unis. Nous sommes prêts à discuter avec quiconque pourrait être productif, et nous ne croyons pas que la politique américaine sera différente dans un avenir prévisible. Donc encore une fois, ce serait simplement une perte de temps maintenant.

Journaliste : Chaque fois que je pense à la Syrie, je me rappelle que vous êtes médecin de carrière, que vous avez vécu longtemps à Londres, que vous avez été intégré dans cette société, et que cette société vous considère maintenant comme un symbole du mal sur la terre, et tout le monde y affirme – dans les journaux, les politiciens – que vous empoisonnez les gens avec des armes chimiques, que vous infligez toutes ces choses horribles à vos propres citoyens. Comment vous sentez-vous à ce sujet ? Cela exerce-t-il une pression émotionnelle sur vous, sur vous et votre famille ? Comment leur expliquez-vous ce qui se passe ?

Président Assad : En fait, sur le plan émotionnel, nous vivons avec le désastre en Syrie depuis sept ans. Donc quand vous avez un désastre plus important, vous ne ressentez pas la pression inférieure, vous ne la ressentez même pas. Je veux dire chaque goutte de sang d’un seul syrien qui a été répandue quotidiennement va susciter beaucoup plus d’émotion que leur faux récit. Voilà pour le premier point.

Deuxièmement, quand vous savez qu’ils mentent, vous ne ressentez rien d’émotionnel. Vous pourriez ressentir quelque chose s’il y avait des critiques crédibles basées sur des faits et des histoires convaincantes, disons. C’est là que vous pourriez ressentir, disons, de la douleur ou de la pression émotionnelle, etc. Le problème avec l’Occident, c’est qu’ils n’ont plus d’hommes d’Etat. Le substitut des hommes d’Etat et de la vraie politique est la fausse politique, et la fausse politique a besoin de fausses histoires, et les histoires chimiques font partie de ces fausses histoires. En fait, la politique occidentale... Je ne parle pas des gens, seulement des politiciens : ils n’ont aucune morale, ils n’ont aucune valeur. Donc lorsque vous faites face à des gens sans valeurs, sans morale, ils n’ont aucune influence sur votre cœur, votre cerveau ou votre esprit.

Journaliste : C’est probablement ma dernière question : chaque fois que nous allons dans la Ghouta occidentale, nous voyons les signes laissés par Daech ou Al-Nosra : « Nous reviendrons ». Pour nous [Russes], c’est effrayant, parce que nous avons dépensé beaucoup d’argent, nous avons perdu beaucoup de vies en soutenant la Syrie dans sa lutte contre le « califat ». Donc pour nous, il est effrayant qu’un jour ce terrorisme puisse revenir. Quelle est votre estimation ?

Président Assad : Tout d’abord, c’est une idéologie, c’est une idéologie sombre qui a été promue pendant les cinquante dernières années, près de cinq décennies – parce qu’elle a commencé à la fin des années 60, et pas seulement dans les années 90 ou après – dans le monde entier par les wahhabites saoudiens, et bien sûr avec le soutien des États-Unis et de l’Occident en général. C’est donc un danger religieux avec un soutien politique, c’est les deux. Donc ce n’est pas quelque chose de spontané. Ils reviendront, bien sûr, parce qu’ils vont être utilisés encore et encore par les puissances occidentales, mais peut-être sous différentes marques. Ces forces étaient en Afghanistan il y a trente ans et Reagan les appelait les « guerriers saints » (moudjahidines), il ne les appelait pas des terroristes. Maintenant, ils sont appelés terroristes, mais ils utilisent quand même ces terroristes. Peut-être que dans dix ans, ils vont être utilisés quelque part dans le monde sous une marque différente ; le même produit, mais avec une nouvelle marque. C’est donc un outil occidental. C’est pourquoi il est correct de poser des questions sur ce sentiment de danger. Voilà pour le premier point.

Deuxièmement, vous avez raison de ressentir cette inquiétude, même en Russie, mais pas parce que vous avez perdu des vies en Syrie. (Plutôt) parce que vous avez le même terrorisme en Russie. Comment est-ce que je vois les choses ? Si ces terroristes étaient victorieux en Russie, je serais en danger : ils viendraient en Syrie et dans d’autres pays, et vice versa. Donc en défendant les Syriens, vous avez défendu les Russes. Vous avez payé un prix en Syrie pour défendre les Syriens, mais vous défendez aussi les Russes, parce que le terrorisme n’a pas de frontières politiques ; pour eux, c’est un même champ de bataille de la Russie à la Syrie, peut-être jusqu’à l’Indonésie, et peut-être jusqu’au Maroc et à l’océan Atlantique.

Journaliste : Comment pouvez-vous mettre fin à l’occupation dans le nord de la Syrie avec cet accord entre les Etats-Unis et la Turquie ? Manbij est sur le sol syrien ?

Président Assad : Nous avons adopté deux voies : la première et la principale est la réconciliation ; elle a réussi. C’est par la réconciliation que nous avons pu ramener (de nombreuses) zones à la normalité, où les gens mènent une vie normale et où le gouvernement contrôle la vie des gens à travers les institutions. L’autre voie est d’attaquer les terroristes chaque fois qu’ils n’abandonnent pas (le combat) et refusent la réconciliation. Nous allons les attaquer et prendre le contrôle par la force, ce qui n’est pas notre voie préférée, mais c’est le seul moyen de reprendre le contrôle du pays.

Journaliste : Mais ils ont fragmenté le territoire, ils l’ont partagé entre eux, je veux dire les Etats-Unis et la Turquie, ils le considèrent comme le territoire qui contrôle le...

Président Assad : Ne croyez pas cela. Les Etats-Unis contrôlent tout, ils contrôlent la Turquie, ce sont les Etats-Unis qui ont envoyé la Turquie, et il y a cinq ans, ce sont les Etats-Unis qui ont retenu la Turquie lorsque Erdogan a voulu envahir la Syrie, ils lui ont dit non. Pourquoi ? Parce qu’à l’époque, les terroristes gagnaient sur le terrain, ils progressaient, alors quel besoin les Etats-Unis avaient-ils d’Erdogan ? Quand les terroristes ont commencé à battre en retraite, ils ont dit à Erdogan qu’il pouvait interférer maintenant, parce que ça allait mieux pour les Syriens, pour les Russes, pour les Iraniens et pour les groupes qui combattent les terroristes (Hezbollah, etc.), alors vous feriez mieux d’intervenir pour leur compliquer la tâche. C’est ce qui se passe, mais toutes ces zones sont sous le contrôle des États-Unis, et de personne d’autre.

Journaliste : C’est pourquoi ils exercent une telle pression sur l’Iran ? C’est ce que vous voulez dire ?

Président Assad : Exactement, pour différentes raisons, mais en fin de compte, les Etats-Unis contrôlent Daech à l’est, ils soutiennent Daech à l’est, ils soutiennent al-Nusra à Idlib dans le nord-ouest, et ils soutiennent al-Nusra, Daech et d’autres factions dans le sud, mais ils assignent des rôles différents à différents pays. Parfois, ils demandent aux Turcs (d’intervenir), parfois ils le demandent aux Saoudiens, parfois au Qatar, et ainsi de suite, mais tous ces pays, y compris les Français et les Britanniques, sont tous des marionnettes et des satellites américains, pour être très simple et clair.

Journaliste : Merci beaucoup.

Président Assad : Merci.

Traduction : Sayed Hasan

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