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Irak : « Si ces élections avaient eu lieu au Zimbabwe, l’Occident les aurait dénoncées » - Certains n’ont voté que pour avoir à manger.



« Les principes élémentaires pour la tenue d’élections sont tellement peu respectés que si elles avaient eu lieu en Syrie ou au Zimbabwe, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne auraient été les premiers à les dénoncer » affirme Salim Lone, ancien directeur de communication du représentant spécial de l’ONU en Irak, Sergio Vieira de Mello. Démonstration.

Par David Pestieau et Mohammed Hassan, 1er février 2005


57% des électeurs inscrits ont participé aux élections, affirme la Commission électorale irakienne, désignée par l’autorité occupante américaine. 57% des inscrits, la nuance est importante quand on sait que dans les régions centrales d’Irak (les plus peuplées), le taux d’inscription était très faible.
Dans les villes de Mossoul et Baquba, les bureaux de vote étaient déserts. Dans la ville rebelle de Samarra par exemple, seuls 1.400 des 200.000 habitants sont allés voter. A Bagdad, selon la télévision arabe Al-Jazeera, la participation était jugée très basse, particulièrement dans les quartiers populaires du centre et de l’ouest.
Même si certains chefs religieux chiites avaient appelé à voter, d’autres avaient appelé au boycott comme les cheikhs Al-Baghdadi et Al-Hasni, ainsi que le mouvement de Moqtada Al-Sadr. Ainsi dans le Sud à majorité chiite, la participation était beaucoup plus basse dans la grande ville industrielle de Bassora (où le parti chiite Hezbollah avait refusé de participer) que dans les campagnes et les villes saintes.
A l’étranger, où les problèmes de sécurité étaient totalement absents, seuls 25% des Irakiens se sont inscrits sur les listes. Tous ces éléments indiquent qu’en réalité, moins de la moitié des Irakiens, voire même moins d’un tiers sont allés voter.


Les chaînes de télé ont filmé 5 bureaux de vote dans tout l’Irak

« Un exemple de démocratie » affirment a contrario les grands médias. Mais aucun journaliste indépendant n’a pu se rendre hors de certains quartiers de Bagdad, de Bassora et du Kurdistan irakien. Ce qui les rend complètement dépendants des informations de l’armée américaine et des partis pro-occupation. Les grandes chaînes de télé n’ont d’ailleurs été autorisées à filmer que devant... 5 bureaux de vote dans tout l’Irak. Quatre des cinq se trouvaient dans des régions à majorité chiite du Sud où la participation était plus importante.
Un semblant de mission internationale de contrôle a été mise sur pied : elle comprenait... 20 experts internationaux (à titre de comparaison, 2.400 observateurs ont été envoyés en Ukraine pour les dernières élections). Pourtant, les grands médias osent annoncer que « peu de fraudes ont été constatées par les observateurs ».
Enfin, l’immense majorité des candidats étaient inconnus des électeurs car les partis ne les avaient pas rendus publics. D’autre part, « les bulletins étaient si compliqués que même Jalal Talabani, le dirigeant kurde, a dû recevoir un briefing pour savoir comment l’utiliser » affirme Salim Lone. Autrement dit, même ceux qui ont voté ne savent pas exactement pour qui ils ont voté et encore moins souvent pour quel programme.


Quel pouvoir pour les élus ?

Quel sera le pouvoir réel de ceux qui recevront le titre de ministres en Irak ? Pratiquement aucun. « Ils n’ont pas le contrôle sur le pétrole, aucune autorité sur les rues de Bagdad, pas d’armée opérationnelle et de police loyale. Leur seul pouvoir est celui de l’armée américaine » affirme le journaliste Robert Fisk.
Ceux qui auront voté en pensant donner le pouvoir à un gouvernement irakien qui améliorera leurs conditions et obtiendra le départ des troupes US, en seront pour leurs frais. Les mois qui viendront le démontreront. Car rien n’indique que leur situation matérielle s’améliorera et que les Marines quitteront l’Irak d’eux-mêmes : 16 bases militaires américaines sont déjà en construction. Un haut-gradé US à Bagdad a reconnu samedi dernier que les Etats-Unis faisaient face à une insurrection à long terme qui ne cesserait pas avant... une décennie.

Mohammed Hassan et David Pestieau sont les auteurs de L’Irak face à l’occupation (EPO, 2004)


Voir aussi, des mêmes auteurs : "Des élections, ça ?"
www.michelcollon.info/articles

- Et sur la manière dont les médias présentent les événements d’Irak :
www.michelcollon.info/attention

- Ainsi qu’un test-médias :
www.michelcollon.info/testmedia


Certains n’ont voté que pour avoir à manger

par Dahr Jamail

Inter Press Service, 31 janvier 2005


Bien des Irakiens ont déclaré, lundi, qu’avant de pouvoir aller voter, leurs noms avaient été inscrits sur une liste fournie par l’agence gouvernementale fournissant des rations mensuelles de nourriture.

« Je suis allé au bureau de vote et j’ai indiqué à un homme mon nom et le district où je vivais », a déclaré Wassif Hamsa, un journaliste de 32 ans qui vit à Bagdad, dans la zone de Janila, à majorité chiite. « Après quoi, cet homme m’a envoyé à la personne qui me donne ma ration mensuelle de nourriture. »

Mohammed Ra’ad, un étudiant ingénieur qui vit dans le district de Baya, toujours à Bagdad, a fait état d’une expérience du même genre.

Ra’ad, 23 ans, a dit qu’il avait vu au bureau de vote l’homme qui distribuait les rations mensuelles de nourriture dans son district. « L’homme qui distribue les rations alimentaires et que je connais personnellement, bien sûr, a pris mon nom et ceux des membres de ma famille qui allaient voter », dit-il. « C’est seulement à ce moment que j’ai eu mon colis et que j’ai pu aller voter. »

« Deux des préposés à la distribution de vivres que je connais m’ont dit personnellement que nos rations alimentaires nous seraient retirées si nous n’allions pas voter » ; a déclaré Saeed Jodhet, un autre étudiant ingénieur, âgé de 23 ans, et qui a voté dans le district de Hay al-Jihad, à Bagdad.

Il n’y a pas eu d’indication officielle que les Irakiens qui ne votaient pas ne recevraient pas leurs rations mensuelles de nourriture.

Avant les élections, bien des Irakiens ont exprimé leurs craintes que leurs rations mensuelles ne leur soient supprimées s’ils n’allaient pas voter. Ils ont déclaré qu’ils avaient dû signer les registres électoraux afin de pouvoir prendre possession de leurs colis de nourriture.

Leurs expériences de la journée électorale leur ont permis de souligner nombre de leurs inquiétudes à propos des méthodes douteuses utilisées par le gouvernement intérimaire irakien, soutenu par les Etats-Unis, afin d’accroître la participation électorale.

A peine quelques jours avant les élections, Amin Hajar, 52 ans, un homme qui possède un garage automobile au centre de Bagdad, avait déclaré : « Je vais voter parce que je ne puis me permettre qu’on ne supprime ma ration alimentaire. (...) Si cela devait arriver, ma famille et moi-même, nous crèverions de faim. »

Hajar a déclaré à IPS que lorsqu’il avait pris possession récemment de sa ration de nourriture, il avait été forcé de signer un papier affirmant qu’il avait été chercher sa convocation électorale. Il avait craint que le gouvernement n’aille utiliser cette information pour dépister ceux qui ne votaient pas.

Des appels adressés à la Commission électorale indépendante pour l’Irak (IECI) et au ministère de Commerce, responsable de la distribution des rations mensuelles de nourriture, sont demeurés sans réponse.

D’autres questions ont été soulevées sur les méthodes utilisées pour persuader les gens d’aller aux urnes. Les troupes américaines ont essayé d’enjôler des gens à Ramadi, chef-lieu de la province d’al-Anbar, à l’ouest de Bagdad, pour qu’ils aillent voter, rapporte Associated Press.

Des officiels de l’IECI ont néanmoins « revu à la baisse » leurs premières estimations de la participation électorale.

Le porte-parole de l’IECI, Farid Ayar, avait avancé une participation de 72%, chiffre également cité par l’administration Bush.

Mais lors de sa conférence de presse, Ayar revenait sur son ancienne estimation, disant que le nombre d’électeurs enregistrés serait plus proche des 60%.

Le premier chiffre de 72%, dit-il, « n’était qu’une prévision » et « une simple estimation » reposant des « estimations verbales très grossières récoltées de façon informelle sur le terrain ». Il ajoutait qu’il faudrait quelque temps avant que l’IECI puisse proposer les chiffres exacts de la participation électorale.

« Les pourcentages et les chiffres ne viendront qu’après les décomptes et ils seront communiqués lorsque tout sera terminé », a-t-il ajouté. « Il est trop tôt pour dire qu’il s’agissait de chiffres officiels. ».

Là où la participation a été forte, et la motivation de voter et les procédés se sont avérés très discutables. Les Kurdes, au nord, votaient pour leur autonomie, sinon leur indépendance. Dans le sud et ailleurs, les chiites rivalisaient avec les Kurdes pour avoir le plus grand nombre de représentants à l’assemblée nationale, qui comptera 275 membres.

Dans certains endroits comme Mossoul, la participation a été plus forte qu’on ne s’y attendant. Mais bon nombre d’électeurs venaient de l’extérieur et les contrôles d’identité des électeurs s’avérèrent très laxistes. D’autres personnes ont mêmes des propositions d’achat de votes.

L’administration Bush a loué le succès des élections irakiennes mais les pratiques douteuses et les prétentions à propos de la participation électorale font l’objet de controverses.

La violence électorale elle aussi a été perçue différemment selon les diverses factions de l’éventail politique.

Plus de 30 Irakiens, un soldat américain et au moins 10 soldats britanniques ont perdu la vie ce dimanche. Des centaines d’Irakiens ont également été blessés au cours d’attaques qui ont eu lieu à Bagdad, à Baquba (à 50 km au NE de la capitale), de même que dans les villes de Mossoul et de Kirkuk, dans le NE.

Les troupes britanniques étaient à bord d’un appareil de transport C-130 qui s’est écrasé par de la ville de Balad, au NE de Bagdad. L’armée britannique n’a pas encore révélé la cause de l’accident.

Malgré des mesures de sécurité sans précédent qui ont vu 300.000 agents de sécurité américains et irakiens chargés d’empêcher toute violence, neuf attentats suicides et plusieurs attaques de mortier ont prélevé un lourd tribut dans la capitale, alors que plusieurs attentats ont été mentionnés dans le reste du pays. Selon le président américain George Bush, « plusieurs Irakiens ont été tués alors qu’ils exerçaient leur droit en tant que citoyens ».

Dahr Jamail


IPS www.ipsnews.net/new

- Traduit par J-M Flémal pour Stop.USA

- Source : www.stopusa.be

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