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La bêtise humaine, entrave majeure à la Démocratie, à une société pour tous

ce texte est à prendre dans son esprit, et non « au pied de la lettre », à y chercher « la petite bête » pour stigmatiser ce qui serait contestable, sur certains aspects. Merci - Leclairobscur

G.Brassens chantait « quand on est con, on est con . . . c’est pour la vie », c’est aussi le cas de la bêtise, comme le fou, l’être bête ne sait pas qu’il l’est ! La bêtise est spécifiquement humaine, les philosophes l’ont dépeint ainsi : « l’être bête se confine à rester borné, à s’enferrer dans sa logique » . En cela, elle est à différencier d’avec ce que le langage commun entend par l’expression : « j’ai fait une bêtise ». Qu’un individu soit bête, ce n’est pas de sa faute, du moins en sa genèse. Car tout ça, ça remonte à loin dans l’histoire du sujet, à l’époque, où, face à la peur, voire la « terreur » que représente, pour le très jeune enfant, son arrivée dans le monde, il doit trouver en lui et à coté de lui, les leviers de sa réassurance. Qu’il soit, en emprise de ses parents, eux-mêmes enclins à des réponses stéréotypés face au réel, ou en effective situation d’abandon psychique, partielle ou massive, l’enfant, sur ce fond de peur, aura tendance à adopter des chemins courts et immédiats, de pensée et d’action, pour faire avec le réel. « Le pli pris », il n’aura de cesse de conforter cette posture d’être rassurante, qui, in fine, s’enfermera dans la bêtise. La bêtise fonctionne un peu comme la névrose, c’est à dire à l’insu du plein gré du sujet. Quelque soit ses formes d’action dans le réel, il développera un type idoine de réaction que, « seul » un travail personnel, avec une tierce personne attentive et précautionneuse -par ex un psy- pourra l’aider à identifier. Dans tous les cas, même fond psychologique et psychique, mais selon les catégories sociales, elle ne revêtira pas les mêmes modalités, les mêmes apparences. En substance, elle s’établit dans un écart entre le « conventionnel » du nanti et « l’accolé au réel » du précaire.

Le nanti : plus on s’élève dans l’échelle sociale - Bourgeoisie-Bcbg-Bobos mais aussi les cultivés, en résumé, ceux qui parviennent à se conformer au système social, à en profiter, plus le poids des conventions est important. Dans ces milieux là, il est très difficile pour quelqu’un de s’en affranchir, à moins d’être un artiste. Pour lui, la société laisse couler. De la même façon que la pratique du golf se réfère à « l’étiquette », qui définit, sans être écrit, le comportement d’un joueur sur le green, la vie conventionnelle est quadrillée de modalités de « savoir vivre », de semblance aux autres, de façons d’être pour ne pas être en défaut des autres. Un « Avoir du savoir vivre » qui se décline différemment selon les milieux, mais qui cultive le seul entre-soi. Elle s’accompagne de l’adoption d’une « secondarité au réel∴ », avec laquelle la personne installe une mise à distance. Pour lui, l’important est d’avoir un cocon de famille, des "connaissances comme lui » (qui se ressemblent s’assemblent et réciproquement), un accès aux plaisirs de la consommation, le culte du beau . . . à montrer (on pourrait presque faire des « copier-coller dans les manières d’aménager le foyer). Érudit dans ses domaines d’élection, il se pourvoit en culture générale, suit les infos . . . pour être en capacité de dire quelque chose. Lui, qui est en mesure d’accumuler les objets, et les biens reconnus par ses pairs, sans vraiment vivre avec, au fil du temps, le lien se dématérialise pour ne devenir qu’une valeur marchande, il ne sait plus que faire avec, sinon les vendre, faire un don caritatif, les transmettre aux enfants. Il ne donne pas "le coup de poing" car à distance du réel vivant, il ne veut pas s’en mêler. S’il est addictif, le plus souvent, il détourne son addiction aux substances, vers des addictions « non pathogènes », par peur pour sa santé. L’âge venant, sa posture se raidit, se rétrécit, assujetti qu’il est à la peur de la vie . . . de la mort. Et, si l’individu sait préserver son corps, avec l’accompagnement médical, il se dessèche, se flétrit, et « vit » de moins en moins, Alzheimer en étant l’expression « la plus aboutie ».

Le précaire : il l’est par vulnérabilité d’abord psychologique avec une visibilité sociale sur le plan matériel. À l’inverse, il agit lui en « primarité au réel∴ ». Il s’y cogne tellement, que son corps, au fil du temps, porte la marque des coups qu’il s’est lui-même donné (cf : le corps de mon père – Michel Onfray). Certains recherchent ou se complaisent même à être « bête de somme », car leurs vies, c’est de l’action, de l’action, encore de l’action. Il développe un sens directement opérationnel, que le nanti possède peu, mais ça peut aussi l’amener à « donner le poing », quand l’autre « bloque son chemin ». Il a un rapport « matérialiste » et utilitaire aux objets. L’homme bâtit, la femme d’une propreté maniaque au logis. Chez lui, peu ou pas d’éléments « artistiques », il ne va pas dans les musées ou autre sanctuaire de la culture, et il est un adepte du camping, où on peut vivre « à la bonne franquette », sans se prendre la tête, et donc avec peu de conventions. S’il est "addict", ce sera avec des drogues "légales" (vin - tabac) car sinon sa conscience se sentira en faute vis à vis de la réglementation. Sur son lieu de travail, il se réfère massivement au règlement. Car le rapport au règlement flatte son besoin de choses définies et tangibles. Un contre-maître y sera d’autant plus apprécié par les ouvriers, qu’il est issu des mêmes rangs respectueux de cette forme d’organisation de la vie sociale. Et plus l’individu est bête, plus il est en in-tranquillité (souvent due à la hiérarchie), plus il s’accroche à « la lettre du règlement », et non à son esprit. A t-il peur de la mort, comme le nanti, on peut en douter. Avançons prudemment l’hypothèse qu’il la voit, inconsciemment, plutôt comme une délivrance d’une vie de souffrance et de chiches plaisirs.

Et alors, pourrait-on rétorquer ?

Et bien, à l’échelon d’un fonctionnement social, dans sa dureté existentielle, tout ça peut prendre des proportions calamiteuses. Car une personne qui s’attache ainsi, prioritairement, soit aux conventions, soit à la primauté de la matérialité, perd ou occulte sa dimension intime, dimension indispensable pour établir des relations vraies et authentiques avec les autres et avec soi-même. En outre, la bêtise n’est pas en manque de supports pour se cultiver, selon les milieux, selon les contextes. On peut être bête de convention, de névrose, de système, on peut être bête en repères rigidifiés et stéréotypés, mais, répétons le, le fond psychique et psychologique est le même, celui de la peur. Plus on est bête, plus on a peur, et inversement. Et là, ça peut confiner à la connerie - « le bête et méchant » et/ou à l’extrémisme. La peur, les politiques, surtout les gouvernants, ne se privent pas de s’appuyer dessus, et de cultiver et d’appuyer sur les réflexes de peur, du délinquant-mais jamais en col blanc, du musulman, du migrant, du SDF, du malade psychique . . . à longueur de journées, à longueur de médias. C’est là dessus, fondamentalement qu’ils assoient leur légitimité, car quand le peuple a peur, il ne parvient plus à réfléchir . . . posément.

Jetons maintenant un regard sur notre société occidentale « avancée », selon certains secteurs de la vie sociale :

La bêtise en intelligence.

En particulier, celle du scientifique qui inscrit son processus de pensée créatrice dans un systématisme, un esprit de vérification, tendant vers l’intelligence artificielle, la cybernétique. Cet esprit de système (en vigueur aussi chez nos médecins), est là encore à ranger du coté de la bêtise : pas de sentiment, la froideur du diagnostic, du contrôle. Oui, bien sûr, il a permis, il permet encore d’exceptionnelles découvertes, mais sur le plan relationnel, cet état d’esprit conduit à rendre ce « rationnel », parfois « asocial » au pire, à développer un rapport rigide et distant dans les relations personnelles ou sociales, « au mieux »

En intelligence oui, mais aussi en parti politique, en militantisme.

Le parti pris, quel qu’il soit, est orienté, borné, réducteur. Pour être « un bon militant », il faut ne pas remettre en question la doxa. Le bon militant ne cherche qu’à conforter ce qu’il a déjà dans la tête, ce qui dans la réalité cadre avec sa façon de penser. Il s’établit comme « quelqu’un qui développe et soutient, avec une très forte opiniâtreté, un système d’idées, à partir de ses obsessions ». Et dans une contre-verse politique entre un ̎bête ̎et un ̎intelligent ̎, il y a plus de chances que ce soit le 1er qui gagne, car l’opiniâtreté sans faille, c’est lui qui la possède (des exemples, sans citer de noms, existent à la pelle, principalement aux extrêmes de l’échiquier politique). Dans certains contextes, cette « capacité » à rester intangible dans ses convictions, a toute sa place. Pensons aux jeunes communistes résistants de 39-45, pensons à Yasser Arafat (et le Fatha), qui a fondé l’idée d’un peuple palestinien et a fini par l’imposer. Pleinement efficace, en temps et urgence de guérilla, elle se révèle contre-productive quand à gouverner. Et là, Arafat a eu quelque souci !.

En militantisme mais aussi en institution

Prenons l’exemple de l’éducation nationale. Il y a d’un coté, « l’institué », le règlement, les modalités de concertation ou de prises de décision, il est ce qu’il est. Mais il y a aussi toutes ces paroles « entendues » que les professeurs s’échangent (salle des profs), toutes ces paroles « en sous-entendu » adressées ou non aux élèves (conseil de classe, réunions parents, en classe . . .) qui se heurtent aux réfractaires, « mauvais élèves », et autres décrocheurs qui dérogent . . . et ça fait moins de 5 % de jeunes issus des classes populaires accédant à l’université ! Encore une fois, l’attachement à un conventionnel-sacralisé, les enseignants appartenant à la caste des nantis, montre son effet pernicieux, notamment dans la « ségrégation » sociale. (L’école française est l’une des plus sélectives du monde occidental).

In fine

Nous voilà, au débouché de ce billet, qui demande aussi une mise en perspective générale. Car oui, personne n’est à l’abri de se montrer bête, d’être bête pour l’autre, cette dimension, tapie en nous puisque fondamentalement constitutive de l’humain. Alors vigilance !

Le but de cet article n’est pas de parcourir le champs complet du sujet. Il est l’émanation d’une confluence, d’un croisement, entre des intuitions et des prises de repères personnelles, construites au fil d’un long parcours, amical, familial, professionnel, associatif, militant, sources continues d’observations et de ressentis. Il a pour vocation de susciter des réactions . . . constructives, d’amener le débat sous un angle peu ou pas du tout exploré, pour questionner nos fonctionnements sociaux d’occidentaux. Oui, d’Occident, car ailleurs, on peut constater autre chose.

Avec un poème composé en 2012 « L’esprit de vie, guide d’un peuple » http://cjoint.com/?DKEp0sEKSqL , j’avais tricoté l’hypothèse que l’Occident était agi par l’esprit de mort, alors que d’autres contrées, vivaient en esprit de vie. On me taxe souvent de lyrisme utopique, mais, pour moi, je le répète, une politique au bénéfice de tous, doit être conduite à partir du « poétique »(≠ de poésie), en primauté sur le « prosaïque », qui est de l’ordre du technique, de la réalisation (cf : E.Glissant « La poétique de la relation », mais aussi, « le programme du Conseil national de la Résistance », au sortir de la 2ème guerre mondiale).
Une vie dur-ans, à buter sur toutes les conventions, pour dire maintenant  :
Dé-bêtisons nous – Dés-occidentalisons nous – Dés-humanisons nous▪

∴ Rapport au réel

Primarité : rapport direct et opérationnel. L’individu veut que son action se concrétise le plus tôt possible et que ça soit tangible. Il anticipe peu et ne sait pas mettre en place des stratégies réfléchies sur le long terme « d’arrangement » de la réalité à sa convenance.

Secondarité : rapport distancié au réel. La personne jauge l’adéquation entre ce qu’il à faire et ses valeurs. Pour aborder la réalité à sa convenance, il développe des stratégies d’anticipation et de mise en conformité pour qu’elle se plie à ses attentes.

▪ Se dés-humaniser  : prendre inspiration de la spontanéité, du don de soi, de la délicatesse de nos amis les bêtes

et grâce soit rendue à ma bipolarité

le 1 décembre 2014

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