RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher
USA/Cuba : Disparition des financements (étasuniens) pour la dissidence anti-castriste

La colère de Kerry et l’indignation de Miami. (Il Manifesto)

Selon une enquête du journaliste étasunien Tracey Eaton, correspondant pendant de nombreuses années du Dallas Morning News depuis La Havane, les administrations étasuniennes de 2007 à 2011, c’est-à -dire celles de Georges W. Bush et de Barack Obama, ont attribué 94 millions de dollars pour « promouvoir la démocratie à Cuba » ; ou pour « fomenter la subversion à Cuba », selon La Havane ; ou, troisième version incontestable, pour « financer la dissidence ».

En avril dernier le sénateur démocrate John Kerry, président de la Commission des Affaires étrangères au Sénat a annoncé qu’il allait bloquer le financement des 20 millions de dollars de « fonds réservés » et destinés à l’opposition cubaine. Non pas que le démocrate Kerry ait enfin reconnu, après plus d’un demi siècle, que financer (d’ailleurs sans succès) la déstabilisation d’un autre pays est une activité illégale. Il n’exige que d’avantage de clarté et transparence dans l’utilisation des fonds, après les malversations de ces dernières années.

Mais en demandant un compte-rendu plus clair, Kerry semble avoir commis un gros péché, si bien que certains des groupes anti-castristes de Miami, qui servent de canalisateurs des fonds vers la dissidence cubaine de l’intérieur, se sont indignés. L’un d’eux, comme le notait sur son blog Fernando Ravsberg, correspondant de la BBC à La Havane, en est arrivé à refuser sa part en soutenant que « pour des raisons de sécurité » il ne peut révéler ni comment arrivent les sous ni qui sont les bénéficiaires parce qu’il redoute que l’Usaid, l’agence étasunienne pour les aides, soit infiltrée par les services cubains (cette manie du complot chez les amis de l’administration étasunienne… NdT).

Cependant la révision complète des « programmes pour promouvoir la démocratie » à Cuba et la fiscalisation des sous s’y rapportant semblaient inévitables. Ces dernières années, le comptable du groupe anti-castriste Center for Free Cuba a été condamné pour avoir empoché 600 mille dollars d’aides. Le Gao, Government accountability office du Congrès, a découvert que l’exilé cubain a dépensé une partie de l’argent en Playstation, vêtements, outils de jardin, chair de crabe, chocolat… ( !?!, NdT). Un autre groupe reconnaît avoir dépensé 4 millions pour envoyer 900 mille dollars d’aides à Cuba ; un autre a payé 1.6 millions en « messages démocratiques » adressés à des téléphones portables dans l’île. Même les opposants de l’île se plaignent de ces pratiques de truand.

Les groupes de l’exil anti-castriste s’indignent mais sont prêts à s’entretuer pour ces millions et prétendent que personne ne vienne se mêler de la façon dont ils les dépensent. Comme dit Ravsberg, aucune agence d’aides au monde excepté l’Usaid n’accepterait de telles conditions. Le directeur-adjoint, Mark Lopez, a dû promettre désormais « transparence et bilans des comptes de tous nos programmes ».
Peut-on le croire ? A Washington, d’Obama jusqu’au bas de l’échelle, quelqu’un se hasarde-t-il à défier les foudres bipartisanes des politiciens cubano-étasuniens ? L’ultra (républicaine) Ileana Ros-Lehtinen, présidente de la Commission affaires étrangères de la Chambre, grogne sur Kerry. Les sénateurs Bob Menéndez (démocrate) et Marco Rubio (républicain) ont exprimé de sérieuses réserves sur la capacité de Jonathan Farrar, chef de la Section d’intérêts étasuniens à La Havane depuis 2008, à diriger l’ambassade au Nicaragua d’Ortega, en tant que trop souple avec le gouvernement de Raùl Castro. Farrar aussi s’est entaché d’un péché mortel, dévoilé par WikiLeaks : avoir envoyé un câble au Département d’Etat en soutenant que les dissidents n’ont pas d’appui social, qu’ils sont minés par des personnalismes et haines internes, et qu’ils sont trop dépendants de l’argent qui arrive des USA.

En réalité la corruption avérée chez les exilés de Miami et l’avidité excessive des dissidents intérieurs sont un boomerang pour cette « transition à la démocratie » que Washington, ignorant toute règle de légalité et de décence, finance depuis un demi siècle. Kerry a maintenant gelé les 20 millions prévus pour 2012. Mais l’argent circule quand même. Le 16 juin, l’USAID a débloqué une partie précédente de 21 millions de dollars pour financer des programmes de « coopération » : 6 millions pour potentialiser « la liberté d’expression » des jeunes ; 6 millions pour développer « l’usage d’Internet » et élever de nouvelles super-blogueuses type Yoani Sanchez ; 9 millions pour soutenir des « associations civiles et religieuses ».

Sans aucune pudeur, mais aussi un peu couillons. Si tout cet argent disparaît à Miami, ils l’auront bien mérité.

Maurizio Matteuzzi

Edition de mercredi 6 juillet 2011 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20110706/m...

Traduit de l’italien par m-a p.

URL de cet article 14167
  

Même Thème
Cuba, Fidel et le Che - ou l’aventure du socialisme
Danielle BLEITRACH, Jacques-François BONALDI
Voilà notre livre, il est enfin sorti de l’imprimerie, tout chaud comme un petit pain… Il faut que je vous explique de quoi il s’agit, comment se le procurer s’il vous intéresse et comment organiser des débats autour si bien sûr vous êtes en mesure de le faire… Danielle Bleitrach D’abord sachez que ce livre inaugure une collection du temps des cerises, collection qui portera le nom "aventure du socialisme" Je reviendrai sur cette idée du socialisme comme aventure. L’idée donc du livre (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

"Si les Etats-Unis voyaient ce que les Etats-Unis font aux Etats-Unis, les Etats-Unis envahiraient les Etats-Unis pour libérer les Etats-Unis de la tyrannie des Etats-Unis"

Vignolo

"Un système meurtrier est en train de se créer sous nos yeux" (Republik)
Une allégation de viol inventée et des preuves fabriquées en Suède, la pression du Royaume-Uni pour ne pas abandonner l’affaire, un juge partial, la détention dans une prison de sécurité maximale, la torture psychologique - et bientôt l’extradition vers les États-Unis, où il pourrait être condamné à 175 ans de prison pour avoir dénoncé des crimes de guerre. Pour la première fois, le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, Nils Melzer, parle en détail des conclusions explosives de son enquête sur (...)
11 
Hier, j’ai surpris France Télécom semant des graines de suicide.
Didier Lombard, ex-PDG de FT, a été mis en examen pour harcèlement moral dans l’enquête sur la vague de suicides dans son entreprise. C’est le moment de republier sur le sujet un article du Grand Soir datant de 2009 et toujours d’actualité. Les suicides à France Télécom ne sont pas une mode qui déferle, mais une éclosion de graines empoisonnées, semées depuis des décennies. Dans les années 80/90, j’étais ergonome dans une grande direction de France Télécom délocalisée de Paris à Blagnac, près de Toulouse. (...)
69 
Appel de Paris pour Julian Assange
Julian Assange est un journaliste australien en prison. En prison pour avoir rempli sa mission de journaliste. Julian Assange a fondé WikiLeaks en 2006 pour permettre à des lanceurs d’alerte de faire fuiter des documents d’intérêt public. C’est ainsi qu’en 2010, grâce à la lanceuse d’alerte Chelsea Manning, WikiLeaks a fait œuvre de journalisme, notamment en fournissant des preuves de crimes de guerre commis par l’armée américaine en Irak et en Afghanistan. Les médias du monde entier ont utilisé ces (...)
17 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas | Bernard Gensane
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.