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La fin des temps : Les syndicats des zaouïas et des imams parlent politique

Je commence mon texte par un passage du livre De la dictature à la Démocratie du fondateur de la Albert Einstein Institution, Gene Sharp : « Un mythe de la Grèce classique illustre bien la vulnérabilité des supposés invulnérables. Contre le guerrier Achille, nul coup ne portait. Nul sabre ne pénétrait sa peau. »

Alors qu’il était enfant, la mère d’Achille l’avait trempé dans les eaux de la rivière magique Styx. Il était de ce fait protégé de tous les dangers. Il avait toutefois une faille. L’enfant était tenu par le tendon pour ne pas être emporté par le courant, l’eau magique n’avait pas recouvert cette petite partie de son corps. A l’âge adulte, Achille paraissait aux yeux de tous invulnérable aux armes de l’ennemi.

Néanmoins, dans la bataille contre Troie, un soldat ennemi, instruit par quelqu’un qui connaissait la faiblesse d’Achille, visa de sa flèche le tendon sans protection, seul point susceptible d’être blessé. Le coup se révéla fatal. Ainsi, aujourd’hui, l’expression ‘‘tendon d’Achille’’ se réfère à l’endroit de la personne, du plan ou de l’institution qui est sans protection en cas d’attaque. Le même principe s’applique aux dictatures impitoyables.

Elles peuvent ainsi être conquises, plus vite et à moindres frais si leurs faiblesses peuvent être identifiées puis attaquées de manière ciblée ».

Après cette introduction éducative, je continue... Ecoutons une grisaille bavarder : « J’ai interdit à tous les cadres du parti FLN et à tous les adhérents de parler du cinquième mandat ; (...) ‘‘Hetta Yzid Ounsemouh Saïd’’ (Appelez le Saïd dès qu’il naîtra), remplaçant ainsi volontairement ‘‘Bouzid’’ par ‘‘Saïd’’ dans la formule populaire algérienne.

Une formule qu’il répétera à deux reprises, pour qu’elle retentisse dans les cervelles de tous comme un acte délibéré et non un lapsus ». Une autre grisaille fait écho à la première et affirme qu’il n’y a pas de personnalité politique apte, à l’exception de l’actuel Président, à diriger le pays comme le voudrait le deuxième parti au pouvoir. Ouyahia pense que tous les Algériens sont des militants RND et affirme gratuitement que tous les Algériens sont satisfaits des réalisations de Bouteflika.

Par cette affirmation, il nous informe que la terre des héros est stérile et qu’après Bouteflika on importera sans doute un président. Ouyahia me fait penser au maître pharaon qui interdit aux Israéliens de voir ce que le maître pharaon ne peut pas voir. C’est peut-être la faillite politique ou l’infertilité de gouvernance qui pousse la grisaille à penser ainsi. Lorsque j’entends cette schizophrénie politique bavarder, je me sens de plus en plus aigu et je réplique : « Oh temps ! Ce temps qui nous dévore. »

Les mêmes personnes nous commandent et gèrent notre vie et le futur de nos enfants à leur guise. Il y a des matins où nous ne savons plus pourquoi nous nous levons. Tout nous déçoit et plus rien n’a plus de sens. Plus rien ne nous intéresse. Il y a des actions que nous regardons sur le petit écran et des sons que nous entendons à la radio. Hélas, les images et les sons politiques ne nous font plus vibrer.

Des nouvelles qui n’ont rien de nouveau nous harcèlent. Saïd va remplacer Bouzid. Bou hadji part et Bou Zanki le remplace. Les cadenas donnent de bons résultats quand le responsable de l’organe juridictionnel suprême de la République algérienne est muet. Tout est dit et rien ne reste à dire. Il y a même des jours où nous ne savons plus vraiment quelle fonction nous sommes supposés exercer face aux absurdités qui nous entourent. Il y a des jours où nous nous sentons complètement dégoûtés de cette vie fourbe. » La schizophrénie politique et la pagaille imagent bien les dégâts dont ils sont responsables.

Les pédagogues utilisent des exemples pour illustrer la leçon. Je suivrai la même démarche pour parler de pagaille politique. En sport, un footballeur jouant les premières minutes d’un match n’a pas les mêmes idées que celui qui joue la prolongation d’un match de football perdu. Supposons que la vie est un match de football. Une minute de ce jeu équivaut à une année de vie réelle.

Cette impression du temps nous permet de trouver des réponses à certaines questions. A quoi pense un homme le jour de ses 85 ans (5 minutes avant la fin du match), quand tout paraît glisser, tomber, se dérober, quand rien de ce qu’il fait ne semble marcher ou produire un effet positif ? En contraste, à quoi pense un jeune homme de 25 ans quand il assiste à l’anniversaire du celui qui fête ses 85 ans ?
Dans une situation normale, le premier doit penser à l’au-delà et faire son bilan avant d’habiter son caveau. Le deuxième doit penser à son avenir, un métier, un foyer et une belle vie dans la paix et la joie, à avoir des enfants bien instruits et éduqués. En mots clairs, il planifie son avenir.

Nous sommes tous différents. Nous voyons la vie sous différentes formes selon notre âge. Nous ne partageons pas les mêmes idées politiques. Si nous regardons les Algériens en détail, il n’y en a pas deux de semblables : la taille, les habitudes, les vêtements, la nourriture et les idées politiques. Tout est différent ! Donc, il n’y a pas lieu de généraliser. La différence fait bien les choses. La différence est la force d’une nation.

Cette réalité est difficile à être acceptée par un système qui marchande les droits et la dignité humains. Sommes-nous en Algérie ou dans un pays d’outre-mer ? Tout est devenu possible. Tous les soupçons sont permis. La corruption est systématique. L’opportunisme est un acte politique à la mode. L’arrivisme est symbole de réussite politique. Le mensonge est une parole auguste. Dans cette situation, le changement est le seul remède.

Mais, et mille fois mais, le changement d’un système politique corrompu n’est pas facile dans un pays où les jeunes préfèrent la fuite vers l’inconnu. Dans les pays où la vente aux enchères des sièges au Parlement est monnaie courante, les élections ne sont pas un instrument efficace de changement politique. Dans un pays où les zaouïas et les imams ont un syndicat qui soutient la politique de bazar, le changement est presque impossible.

Drôle de modèle démocratique, les fidèles ont un syndicat. Cette histoire de syndicat religieux me rappelle la question du journaliste roumain David Métreau : « Les prêtres peuvent-ils constituer un syndicat et le gouvernement roumain a-t-il le droit de refuser d’enregistrer le syndicat de prêtres orthodoxes ‘‘Sindicatul Pastoral cel Bun’’ (Syndicat du Bon Pasteur) ? » La réponse du gouvernement fut claire.

Oui (pour le refus d’enregistrement), selon la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). La CEDH estime que les autorités nationales n’ont pas pour tâche de juger les différends entre les communautés religieuses et les différentes factions dissidentes. Cette histoire me rappelle une blague politique : « Dans la fin des temps (Akhir Z’men), les syndicats des zaouïas et des imams parleront politique ».

J’attire l’attention du lecteur. Dans certains pays, l’armée est préoccupée par la surveillance des frontières contre une éventuelle attaque étrangère. Dans d’autres pays, l’armée fait de la politique et le business et interdit aux civils de prendre les armes pour surveiller les frontières en cas d’invasion. Dans ces lieux, les coups d’Etat militaires ne sont plus un moyen facile et rapide pour faire disparaitre un régime corrompu.

Cela sous-entend que le changement doit se faire autrement. Il ne faut pas compter sur une puissance étrangère pour un changement vers une gouvernance démocratique. Cette espérance est maladive dans plusieurs circonstances, les puissances étrangères tolèrent et même soutiennent une dictature afin de faire avancer leurs intérêts économiques et politiques. J’affronte et défie toute personne qui peut dire le contraire.

A la lecture des paragraphes précédents, certains lecteurs vont me prendre pour un désespéré qui baisse les bras et accepte la dictature. Non, et mille fois non. Je hais les dictateurs quelle que soit la couleur et je ne suis pas un désespéré. Je crois en mes idées. Je sais qu’il y a aujourd’hui des techniques non seulement plus modernes mais surtout plus efficaces, qui font appel à l’intelligence et au savoir-faire pour faire disparaître les corrompus dans un calme absolu suivi de youyous de joie.

Heureusement que les moyens de communication de masse sont très développés et que le monde de l’information a changé. Les vieilles idées ne sont plus valables. La société civile est éveillée et connaît l’impact du pouvoir de la conscience collective, de la capacité de son influence pour un changement pacifique. Le coup d’Etat raté contre Erdogan est un bon exemple. Dans une allocution à la télévision CNN Türk diffusée via l’application de visioconférence Face Time, Erdogan dénonça le « soulèvement d’une minorité au sein de l’armée » et appela les Turcs à descendre dans les rues pour résister à la tentative de coup d’Etat et le supporter.

Le peuple a estimé son président... Il a obéi... Le journaliste français Antoine Rivarol l’avait prédit : « Quand les peuples cessent d’estimer, ils cessent d’obéir. »

Que dire aux gens qui se collent pour la vie au fauteuil du pouvoir ? Je m’excuse de l’expression que je vais employer : ils ressemblent parfois aux sots qui font abêtir ceux qui les écoutent ou les regardent. Ils profitent de leur autorité pour assouvir leur folie des grandeurs. Ils pensent que les gouvernés ne sont pas conscients de leurs erreurs. Ils continuent dans leur absurdité et ne veulent pas écouter les voix qui leur demandent de disparaître dans la paix et le silence. Mon éducation ne me permet pas d’utiliser un autre mot à la place de disparaître. Pour connaître le mot que j’évite d’utiliser, demandez à nos voisins tunisiens, ils l’on si bien utilisé.

Les problèmes du quotidien s’aggravent dangereusement et un large fossé de mensonges se creuse entre les problèmes réels perçus par le peuple dans ses moments de clairvoyance et les solutions bidon mises en avant par des dirigeants politiques incompétents. Le constat ne s’arrête pas là. Le plus « grave problème », c’est de nous habituer à des décideurs qui pensent, qui parlent, qui agissent comme des dirigeants d’outre-mer.

Quand ils parlent de continuité et nous rappellent les collabos de la France qui étaient pour la continuité coloniale en Afrique et contre les révolutions de libération. Référence historique, l’action du général de Gaulle ; « le général de Gaulle décida alors de bâtir en contrepartie, vis-à-vis de l’Afrique ‘‘noire’’, comme on disait alors, une relation reposant sur le principe de la continuité plutôt que d’accepter avec résignation le "vent du changement’’ (La France et l’Afrique : le crépuscule d’une ambition stratégique par François Gouttebrune). »

Avant de conclure, je reviens à la phrase du célèbre journaliste français Antoine Rivarol : « Quand les peuples cessent d’estimer, ils cessent d’obéir ». Cette phrase enseigne aux politiques une leçon de conduite. Théoriquement, la France est partie, mais ses restes continuent à être un repère, même si ce repère nous mène vers la destruction de nos principes. Nous mimons la France dans notre façon de penser et dans notre nourriture à la baguette. Pour les pharaons, la France est la force centripète du monde. C’est la seule raison pour laquelle ils interdisent aux autres de regarder une force ailleurs. Pour les abbassiens, qui préfèrent prier en face de la télévision, le mot interdit n’est plus utilisé dans la gouvernance moderne.

En conclusion : pour avancer, pour sortir de l’écurie française et faire face aux défis, pour redéfinir et reconstruire notre nation, nous avons besoin d’une université forte, puissante et digne de ce nom. C’est dans ce grand temple du savoir qu’on prépare et forme des identités d’une couche sociale autoritaire et libre. Notre pays a besoin de son université pour produire des cerveaux cartésiens et bien faits, de nouveaux savoirs dans les nouvelles techniques de production et de transformation de la matière.

Notre pays a besoin de centres de recherche spécialisés dans différentes branches du savoir et du savoir-faire. Les jeunes étudiants doivent être conscients de leur responsabilité historique. Ils sont les futurs gardiens des intérêts sacro-saints de la nation. Ils doivent combattre les personnes aux intérêts égoïstes, étroits et passagers qui nous ont menés où nous sommes en ce moment.

Ils doivent dégager les avenues de la science qui ont été barrées par les opportunistes, les arrivistes, les cerveaux vides et la tête cubique malhonnête. Ils doivent travailler durement afin d’acquérir des connaissances utiles et nécessaires pour servir les intérêts supérieurs de la nation. Que Dieu protège notre jeunesse et notre nation !

Omar Chaalal

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