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Le Venezuela résiste au putsch, l’Europe le vote.

Ce samedi 23 février, aux frontières terrestres et maritimes du Venezuela, va se jouer un peu et peut être beaucoup de l’avenir du monde, de celui que nous allons laisser à nos enfants et aux générations à venir. Des colonnes de camions chargés d’ « aide humanitaire » vont tenter de pénétrer dans le pays, malgré le refus du gouvernement légal d’accepter ces chevaux de Troie du putsch et de l’invasion militaire. L’armée vénézuélienne en état d’alerte a été déployée. Au président Trump qui lui donnait lundi l’ordre de se soumettre, l’état-major a rétorqué : « Nous ne sommes pas des mercenaires… Nous n’obéirons jamais aux ordres d’une puissance étrangère. »

Vendredi, c’est d’une indécence folle, cela va même commencer en musique puisqu’une poignée de chanteurs, convoqués par le PDG milliardaire de Virgin, va se joindre aux tambours de guerre étasuniens. La propagande « humanitaire » de l’administration étasunienne est la même que celle qui a fait de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Libye, de gigantesques cimetières « ci gisent les droits de l’homme » et des champs de ruines à l’infini, tout en préservant champs pétrolifères et champs de pavots, c’est selon, enfin totalement à dispo des saigneurs du Nord.

Mais déjà, le monde a commencé à changer depuis l’auto proclamation de Juan Guaido comme président intérimaire du Venezuela. Cet homme déborde de talents car il s’érige en Constituante à lui tout seul : la présidence par intérim n’existe pas au Venezuela.

Un coup de fil de Pence, le vice-président des Etats-Unis, a propulsé ce parfait inconnu sur la scène mondiale. L’individu était presque un quidam dans son propre pays. Elu député, il n’est président de l’assemblée législative que depuis peu et seulement grâce à la règle du chacun son tour. Ses mérites cachés, mais qui sortent peu à peu au grand jour, révèlent une vraie vocation de serviteur de son bon maitre. Jeune étudiant, il avait fait partie d’un groupe envoyé à Belgrade par la CIA pour y apprendre un métier d’avenir, celui de provocateur patenté.

Coup de chance, this guy, ce type, est né là où il le lui fallait. Depuis l’arrivée au pouvoir de Chavez, sa complicité et tout le travail réalisé avec Fidel Castro pour la création de l’Alba, en faveur de l’intégration latino-américaine, Washington n’a cessé de menacer, de comploter et de soudoyer. Les scénarios les plus éculés, ceux que les observateurs politiques les plus distraits connaissent par cœur et reconnaissent au premier regard, ont été utilisés. Sabotage économique, mensonge médiatique, provocations, violences, attentats terroristes.

Tandis que la médiocrité du personnel politique bat des records olympiques en Europe, en Amérique Latine, au Venezuela comme à Cuba il y a soixante ans, comme à Cuba tout au long de ces soixante ans, il en faut -à un peuple et à ses dirigeants - de la détermination et de l’intelligence politique pour résister et garder le cap fixé. Et cela sans pouvoir éviter de se tromper, sans oublier autant que possible, de reconnaître et corriger ses erreurs. Non pas pour parvenir à la perfection que les adeptes de l’immaculée conception réclament aux révolutions qui ont eu le mauvais goût de ne pas finir dans des fosses communes ; Tout simplement parce que l’un des buts du changement de société est précisément de ne pas leur ressembler ; Ne pas ressembler à ces arrogants maîtres du monde à qui les Parlements, les gouvernants et les salons de Paris, de Londres, de Berlin et de Madrid ne demandent jamais de comptes ; Même quand ils arrivent couverts du sang que d’autres ont versé la veille pour asseoir leur richesse et leur puissance. Stade suprême de leur morgue, ce milliardaire devenu président qui éructe et grimace sur nos écrans jusqu’à devenir, dans son enflure, une grotesque caricature de lui-même. Il n’y a pas un Charlie Chaplin là-bas ?

Au Venezuela, this guy, ce type Guaido n’a pas réussi à s’imposer. Son intrépide déclaration pour pousser les autres en première ligne, « les morts ne sont pas un coût mais un investissement pour l’avenir », tourne en boucle, et heureusement en vain, sur Facebook. Elle révèle qu’il a une calculette à la place du cerveau et un coffre-fort à l’emplacement du cœur. Plus parfait dans son genre que s’il avait été commandé et fait sur mesure.

Les images qui parviennent du Venezuela ne sont pas celles d’un pays à feu et à sang (comme à Haïti) ni ne montrent de famine (comme au Yémen). On y vaque à ses affaires : le président Maduro s’adresse à une promotion de nouveaux médecins, certains issus de l’école latino-américaine de médecine de Cuba ; Il félicite quelques centaines de pilotes qui ont renouvelé leur serment d’obéissance à la constitution. Il y a hyperinflation et pénurie, de médicaments par exemple que Iberia refuse par ailleurs d’acheminer alors que l’entreprise privée vénézuélienne les a déjà payés. Cependant, l’on voit des personnes faire leurs courses dans des supermarchés. Il y a du monde dans les rues, des gens dans le métro, les enfants vont à l’école et leurs familles au travail.

Jusqu’ici, et tout indique que cela va encore durer, le coup d’état téléguidé a échoué. La majorité résiste et cela n’a rien d’étonnant. Le Venezuela a voté vingt-cinq fois depuis le début de la révolution chaviste. Les seules élections perdues comme celles des législatives ont été reconnues comme telles. Le même système électoral a vu en mai dernier six millions de citoyens voter pour le président Maduro. Si la droite la plus influente, qui avait elle-même réclamé ces présidentielles, n’y a pas participé, tout le monde sait maintenant, déclarations de l’ex président espagnol José Luis Zapatero à l’appui, que c’est Washington qui le lui avait interdit. Son coup de fil suffit à empêcher l’accord presque signé entre gouvernement et opposition.

Les avions de L’ US Air Force qui ont atterri sur plusieurs aéroports des îles des Caraïbes, les bâtiments de la marine de guerre qui se sont mis en route, prouvent que l’administration Trump a misé sur des affrontements aux frontières ce samedi. Que des députés européens annoncent qu’ils se présenteront aussi, tout comme les présidents de Colombie et du Chili, souligne l’ampleur de la provocation contre la souveraineté du Venezuela. L’Europe porte une lourde responsabilité dans cette montée des tensions. Au lieu d’enrayer le scénario, elle a permis et encouragé l’escalade.

Mis en échec dans le pays, l’autoproclamé Guaido a été reconnu le 31 janvier par le Parlement européen. 439 députés l’ont « élu » président par intérim tandis que 104 votaient contre et que 88 s’abstenaient. Du jamais vu : des députés élus votent et ratifient un coup d’état contre un gouvernement étranger, établi de surcroît dans un continent qui n’est même pas le leur. Comme l’ignominie est sans borne, les gouvernants de France, d’Espagne, d’Allemagne et du Royaume-Uni, tous chantres des « élections démocratiques » et des « droits de l’homme » reconnaissent ensuite un putschiste trumpiste à peine éclot. Au mépris du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, au mépris des règles de non-ingérence en politique internationale, foulant allégrement aux pieds la charte des Nations Unies. Et le Royaume Uni fait main basse sur l’or que lui avait confié la république bolivarienne. Voici que plus lâche, plus abject et criminel que la non intervention durant le coup d’état de Franco vient d’être inventé.

Le vote des uns, la reconnaissance des autres ont contribué à faire du Venezuela l’épicentre d’un enjeu géopolitique mondial. Si le coup d’état allait à son terme, n’importe quel pays, n’importe quel gouvernement, se verrait sommé de se conformer aux ordres et au moule libéral sous peine de se voir l’un envahi, l’autre destitué. Ce monde bipolaire vivrait aux ordres, à la botte, sans règles et sans loi. Le Far West mondial.

Sur l’agenda de l’administration Trump un scénario monstrueux se dessine. Le Venezuela n’est que le premier épisode d’une aventure qui vise le Nicaragua, Cuba, et qui menace la paix du monde. Les hommes de l’administration Trump n’en font pas mystère et leurs menaces ne sont pas que rodomontades destinées à intimider. On nous dit qu’il est peu probable que l’empire ose installer un Vietnam sur son propre continent. Voire ; Les réserves de pétrole sous son nez sont un appât irrésistible et les 60 ans de la révolution cubaine l’exaspèrent. Et enfin, est-on si sûrs que l’incendiaire de Washington et ses conseillers immédiats ont la matière grise suffisante pour réaliser que ni les peuples ni les gouvernants de ces pays n’accepteront la férule que la majorité des tristes sires qui gouvernent l’Europe ont acceptée ?

Maïté Pinero

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