Quantcast
RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes

Les doubles standards, entre Alep et Mossoul

Alors que la presse internationale se lamente de la « reprise des bombardements russes » sur Alep avec l’accord des autorités syriennes, elle se réjouit des « frappes » que prépare la coalition internationale sur Mossoul, avec l’accord des autorités irakiennes. Deux poids, deux mesures. Comme d’habitude, la propagande atlantiste utilise deux vocabulaires distincts : « frappes » généralement « ciblées » ou « chirurgicales » lorsqu’il s’agit des uns, « bombardements » pour les autres.

On pouvait se demander pourquoi, depuis cinq ans que dure la guerre civile syrienne sponsorisée par les « amis » du pays, le martyre d’Alep faisait soudain couler autant d’encre virtuelle mêlée de larmes de crocodile. Le secrétaire d’État Kerry qui hier encore semblait rechercher un accord avec son homologue russe claquait la porte, lançait le terme de « crimes de guerre » et menaçait en termes de moins en moins voilés de traduire les autorités russes devant une cour internationale. Lesquelles autorités russes ne cessaient de protester de leur bonne foi et de leur volonté d’éradiquer les terroristes islamistes.

Un élément de réponse se trouve peut-être dans cet article pêché sur Sputnik News, qui affirme que l’armée russe est convaincue qu’Alep est le « dernier bastion » du terrorisme (anti-Assad) en Syrie et que donc, à l’issue de cette bataille, la guerre pour la préservation du status-quo en Syrie serait pratiquement gagnée. Rodomontades, affirmations exagérément triomphalistes ? Peut-être. Mais cette opération a curieusement le don d’exaspérer les Américains dont on sait qu’ils favorisent les « rebelles modérés » qui leur ont coûté si cher en équipement et en formation.

D’ailleurs si les Russes sont maîtres du terrain en Syrie, ils doivent désormais compter avec un énième coup fourré de la part de leurs amis d’outre-détroit de Béring : la bataille de Mossoul, dont la « Coalition internationale » (c’est à dire les alliés d’Oncle Sam) affirme, là aussi, qu’il s’agit d’écraser le dernier bastion en Irak du terrorisme salafiste / des djihadistes de Daech, enfin allez savoir, des méchants vilains pas-beaux, en leur ménageant une porte de sortie ... vers la Syrie.

Il faut ici préciser une information indispensable à la compréhension des enjeux : dans le lexique officiel US (repris à l’identique par l’ensemble du « monde libre »), l’EI, ou Daech, ou les djihadistes, sont d’affreux terroristes où qu’ils se trouvent, sauf en Syrie. Dès qu’ils franchissent les frontières de ce pays, les affreux terroristes se transforment magiquement en « rebelles modérés » et ils doivent alors être aidés et protégés de toutes les façons possibles.

C’est à cette condition que tout s’éclaire soudain : les parachutages « par erreur » d’équipements et de munitions au front Al-Nosra en Syrie, les bombardements alliés « par erreur » sur les forces gouvernementales qui s’apprêtaient à donner le coup de grâce à un bastion rebelle, les négociations de la mi-octobre à Lausanne puis à Londres entre Russes et Américains avec les représentants de l’Arabie saoudite et du Qatar (mais sans la France et le Royaume-Uni).

L’adage « votre terroriste est notre combattant de la liberté » a encore de beaux jours devant lui.

Christophe Trontin
24/10/2016

URL de cet article 31083
   
Même Thème
TOUS LES MEDIAS SONT-ILS DE DROITE ? Du journalisme par temps d’élection
par Mathias Reymond et Grégory Rzepski pour Acrimed - Couverture de Mat Colloghan Tous les médias sont-ils de droite ? Évidemment, non. Du moins si l’on s’en tient aux orientations politiques qu’ils affichent. Mais justement, qu’ils prescrivent des opinions ou se portent garants du consensus, les médias dominants non seulement se comportent en gardiens du statu quo, mais accentuent les tendances les plus négatives inscrites, plus ou moins en pointillé, dans le mécanisme même de l’élection. Ce sont (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

Du vivant des grands révolutionnaires, les classes d’oppresseurs les récompensent par d’incessantes persécutions ; elles accueillent leur doctrine par la fureur la plus sauvage, par la haine la plus farouche, par les campagnes les plus forcenées de mensonges et de calomnies. Après leur mort, on essaie d’en faire des icônes inoffensives, de les canoniser pour ainsi dire, d’entourer leur nom d’une certaine auréole afin de « consoler » les classes opprimées et de les mystifier ; ce faisant, on vide leur doctrine révolutionnaire de son contenu, on l’avilit et on en émousse le tranchant révolutionnaire.

Lénine

Le DECODEX Alternatif (méfiez-vous des imitations)
(mise à jour le 19/02/2017) Le Grand Soir, toujours à l’écoute de ses lecteurs (réguliers, occasionnels ou accidentels) vous offre le DECODEX ALTERNATIF, un vrai DECODEX rédigé par de vrais gens dotés d’une véritable expérience. Ces analyses ne sont basées ni sur une vague impression après un survol rapide, ni sur un coup de fil à « Conspiracywatch », mais sur l’expérience de militants/bénévoles chevronnés de « l’information alternative ». Contrairement à d’autres DECODEX de bas de gamme qui circulent sur le (...)
96 
Revolucionarios : "On ne nait pas révolutionnaire... on le devient."
Chères lectrices, cher lecteurs du Grand Soir Nous vous proposons à la diffusion un documentaire intitulé « Revolucionarios ». Durée 57 Min – Version VOSTFR. Ce film, le premier d’une série, c’est la révolution cubaine racontée par celles et ceux, souvent anonymes, qui y ont participé d’une manière ou d’une autre. Des témoignages qui permettront de comprendre la réalité de ce que vivait le peuple cubain avant l’insurrection, de découvrir les raisons de cet engagement dans la lutte et de voir comment chacun (...)
18 
Cette épuisante sensation de courir dans l’eau (plaidoyer pour rompre définitivement avec le PS)
Vous avez déjà essayé de courir dans l’eau ? Epuisant n’est-ce pas ? Au bout de quelques pas, je me dis que j’irai plus vite en marchant. Alors je marche. Comme je n’ai jamais pris la peine de me chronométrer, je ne sais ce qu’il en est réellement, mais la sensation d’aller plus vite et plus loin est bien là. Et quoi de plus subjectif que le temps ? Préambule défoulant : Socialistes, j’ai un aveu à vous faire : je ne vous supporte plus. Ni vos tronches, ni vos discours, ni vos écrits, ni vos (...)
57 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.