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Lula n’est plus le bienvenu à Porto Alegre, par Sergio Ferrari .

Porto Alegre, jeudi 27 Janvier 2005


DISGRà‚CE - Le bilan à mi-mandat de Lula, qui fera un saut aujourd’hui au 5e Forum social mondial, sera abondamment disséqué... et critiqué.


Le président brésilien refait en 2005 le même trajet qu’il y a deux ans. Un petit saut aujourd’hui à Porto Alegre avant de monter dans l’avion pour la Suisse et son Forum économique mondial de Davos. Mais cette fois, Lula n’a pas été invité officiellement par le Forum social mondial mais par quelques organisations. Un signe de l’insatisfaction grandissante des mouvements sociaux brésiliens quant à la politique menée par un président qu’ils avaient porté au pouvoir en 2002.
« Lula a hérité d’un pays ruiné », suite à huit ans d’un projet économique néolibéral poussé à l’extrême. Pour Marcos Arruda, militant critique du Parti des travailleurs (PT) et directeur du PACS (Institut des politiques alternatives du cône Sud), la question de la dette est l’un des exemples les plus révélateurs de la politique gouvernementale actuelle.
« Quand Fernando Henrique Cardoso (le prédécesseur de Lula à la présidence, ndlr) est arrivé au gouvernement, la dette du Brésil atteignait 148 milliards de dollars US. En huit ans, le Brésil a payé à ses créanciers 345 milliards de dollars pour les seuls intérêts. Malgré cela, en 2003, le montant de la dette se chiffre à 230 milliards de dollars. »

LE PAYS DES INÉGALITÉS

Malgré ce « lourd héritage », il n’y a pas eu un changement d’orientation significatif favorable aux secteurs populaires durant les deux premières années du gouvernement Lula, relève M. Arruda.
La réalité brésilienne reste tragique : dans ce pays de 182 millions d’habitants, 10% des plus riches contrôlent 42% de la richesse nationale, alors que le revenu du 10% des plus pauvres n’en atteint que le 0,8%. Une situation de « polarisation extrême, avec plus de 100 millions de pauvres et où l’on a constaté durant les 24 derniers mois une baisse du salaire moyen estimée à 13% ». La nomination de l’ancien président de la banque de Boston à la tête de la Banque centrale brésilienne « fut un mauvais signe », rappelle M. Arruda.
Malgré certaines ouvertures en politique internationale, le nouveau gouvernement n’a pas modifié essentiellement durant ces deux dernières années un rapport de forces intérieur, où « les programmes sociaux compensent à peine la détérioration économique ».
Mais la plus grande déception de M. Arruda réside dans « le manque de communication et de consultation avec la population. Jusqu’ici, pour donner un exemple, le président n’a pas discuté avec les réseaux qui avaient lancé le plébiscite contre l’ALCA (Traité de libre commerce des Amériques) ou avec Jubilé Sud, qui propose le non-paiement de la dette extérieure. »

« IL N’EST PAS DE GAUCHE »

« Nous ne devons pas nourrir l’illusion que Lula soit le porte-drapeau des transformations. » Responsable national du secteur de l’éducation pour le Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST), Edgard Kolling ne dissimule pas une certaine frustration, voire même de la colère.
« La société brésilienne vit une grave crise, tant économique que sociale : on n’avait jamais eu auparavant des taux de chômage avoisinant 25%. » Et cette crise touche aussi la politique, « vu que l’élection de Lula n’a malheureusement pas altéré le rapport de forces toujours en faveur des secteurs conservateurs ».
Pour le dirigeant du MST, l’actuel gouvernement du Parti des Travailleurs (PT) a été formé comme produit d’une alliance entre plusieurs secteurs politiques et forces sociales. « On y trouve la droite, le centre, la gauche... et ce gouvernement se caractérise lui-même comme centriste. Et il se comporte comme tel. En tout cas, il n’est pas de gauche, vu qu’il ne représente pas les intérêts du peuple, le changement et la rupture ».

NOUVELLES MOBILISATIONS

Les timides avancées sociales de ces deux dernières années, spécialement en matière de réforme agraire, ne convainquent pas le MST. Le mouvement semble se distancier toujours plus de la politique gouvernementale... Et tout laisse présager que l’année 2005 connaîtra une nouvelle période de mobilisation « avec l’objectif de remettre le thème de la réforme agraire au centre de l’agenda politique national », souligne M. Kolling.
Le MST, avec d’autres secteurs de la paysannerie, a déjà convoqué une marche nationale d’environ 300 kilomètres, qui se déroulera du 17 avril au 3 mai 2005 et se terminera dans la capitale, Brasilia. Il espère une participation de 10 000 personnes.

- Traduction : Jean-Pierre Renk

« Lula pense au possible, pas au désirable »

Qui est mieux placé pour évaluer le bilan de Lula ? Frei Betto vient de quitter ses fonctions de coordinateur du programme « Faim zéro ». [1] L’écrivain et théologien de la libération est un proche du président brésilien. Rencontre.


Le Courrier : Pourquoi avoir démissionné ?
Frei Betto : « Parce que je n’avais plus d’arguments pour défendre la politique économique du gouvernement. Je l’ai dit clairement à Lula et il l’a compris. Mais, même si le gouvernement avait été meilleur, j’aurais aussi démissionné. Je n’ai pas de vocation de fonctionnaire.

Lorsque vous êtes entré en fonction en 2003, imaginiez-vous pareil scénario ?
- Je n’ai jamais été naïf. Je savais que la politique économique serait conservatrice... mais pas à ce point. Je pensais aussi que les politiques sociales seraient plus faciles à mettre en oeuvre.

Et le temps presse pour un changement réel.
- Ce n’est pas forcément vrai... surtout si l’on pense que la réélection de Lula en 2006 est garantie.

Mais les mouvements sociaux brésiliens s’impatient déjà .
- Cela ne se traduira pas en 2006 par un non-soutien à Lula, mais par la recherche d’une alternative militante en dehors du Parti des travailleurs (PT).

Certains disent que Lula est « encerclé » ou « mal conseillé »...
- Non. Lula est responsable de toutes les décisions gouvernementales. Je ne pense pas qu’il soit mal conseillé. Je crois qu’il a pris une option face à la contradiction que vit le pays, entre une politique sociale dynamique et une politique économique conservatrice. Il en est tout à fait conscient. Selon moi, un véritable développement durable du Brésil sera difficile tant que l’équipe économique restera en place.

Plusieurs enquêtes d’opinion relèvent une croissance de la popularité du président, particulièrement auprès des secteursmarginalisés de la population. Comment l’expliquez-vous ?
- Lula a augmenté l’auto-estime du peuple brésilien. Si un ouvrier qui n’est jamais allé à l’Université peut gouverner le pays, chacun d’entre nous peut gagner sa dignité. Ils apprécient beaucoup le charisme de Lula. Ils s’identifient à lui sans avoir en permanence dans leur tête une analyse politique élaborée.

Depuis plus de vingt-cinq ans, une amitié très forte vous lie à Lula. A-t-il changédepuis l’époque où il était militant de base chez les métallurgistes ?
- J’étais son ami et le suis toujours. Lula est resté le même. Il n’a pas perdu sa très grande sensibilité sociale héritée de la misère qu’il a personnellement connue. Concernant sa vision stratégique pour parvenir à créer un pays plus juste, je crois qu’il a changé. Aujourd’hui, il se situe moins à gauche. Il est plus pragmatique. Il travaille à ce qu’il pense possible et non pas à ce qui est désirable.

Pensez-vous que le PT a cessé d’être un parti de gauche ?
- Non, parce que le parti reste traversé par des luttes internes et des contradictions. Certains secteurs du PT sont euphoriques par rapport à la politique économique de ce gouvernement. D’autres secteurs sont perplexes ou mécontents.

Et vous-même, comment vous définiriez vous ?
- Comme un perplexe optimiste.

Propos recueillis par Sergio Ferrari

- Traduction : Jean-Pierre Renk

- Source : Le Courrier de Genève www.lecourrier.ch

- Lire aussi sur le site du Courrier : Retour au bercail chaleureux, un reportage de Benito Perez

Une foule immense a lancé la rencontre altermondialiste par une immense manif pacifiste et une grande fête d’ouverture.

[1La lutte contre la malnutrition constitue un objectif prioritaire du président.


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