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Comment Monsanto exploite la crise alimentaire en tentant d’imposer son maïs GM aux fermiers mexicains

Mexique : Monsanto et l’épi de la mort

AMonsanto a fait de la chute des réserves internationales de maïs et du désastre causé par le froid dans les cultures de céréales du nord du pays son argument principal pour imposer les semences commerciales de maïs transgénique au Mexique en présentant ses graines manipulées comme la solution pour pallier à la raréfaction de la graminée,et à la pénurie.

La firme va même plus loin : dans une conférence de presse, le président de la multinationale en Amérique Latine, José Manuel Maduro, a osé affirmer que ".... la décision du Mexique de ne pas les autoriser [les transgéniques] a contraint ce pays à importer 10 millions de tonnes de maïs et c’est la raison pour laquelle une décision rapide est nécessaire." Monsanto est déterminé à imposer l’épi de la mort.

Le cynisme de Monsanto semble ne pas avoir de limites. La firme prétend que si le Mexique n’est plus autosuffisant en maïs et doit en importer des millions de tonnes annuellement, ce n’est pas à cause d’une politique agricole favorable aux multinationales ni d’un modèle injuste de libre-échange qui privilégie les importations et a abandonné la majeure partie des productions nationales, mais parce que la pays n’a pas adopté les semences commerciales du maïs transgénique.

Les efforts persistants de la multinationale ont eu des résultats. Après que le gouvernement lui ait refusé l’autorisation de tester la semence pilote du maïs transgénique à Sinaloa, à la fin de l’année dernière, voilà que maintenant, le secrétaire de l’Agriculture, de l’Elevage, du Développement Rural, de la Pèche et de l’Alimentation (SAGARPA) vient d’autoriser Monsanto à semer du maïs jaune, génétiquement modifiée pour résister à l’herbicide glyphosate, dans le cadre d’un programme pilote du premier cycle agricole de Tamaulipas.

Pourtant le vrai danger -un danger mortel pour l’alimentation, la santé et la culture du pays- serait de choisir Monsanto au lieu de fortifier l’agriculture nationale.

La culture de maïs transgénique augmentera la perte de souveraineté alimentaire du pays et contaminera les espèces d’origine locales. Selon la Commission Nationale pour l’Usage et la Connaissance de la Biodiversité (CONABIO), on trouve 16 espèces de maïs d’origine mexicaine à Tamaulipas sur les 59 recensées. Dans une étude récente, la CONABIO recommande que "les seules institutions publiques qui ont les capacités nécessaires en matière de sécurité" puissent autoriser la culture de maïs transgénique, et ajoute que "cette culture ne peut être autorisée que dans les zones où le risque de contagion est minimal."

L’étude a été financée par la SAGARPA et, contrevenant à ses propres recommandations, on a appris qu’au même moment a été donnée l’autorisation d’un ensemencement pilote par Monsanto à Tamaulipas -un état qui, comme toute le reste du nord et tout le territoire du Mexique, est le berceau du maïs originel.

Une campagne de pressions

Il y a une intense campagne de promotion des transgéniques au Mexique : les gros agriculteurs du nord du pays font pression pour que le gouvernement accélère la culture de maïs transgénique et la presse et la télévision ne manquent pas de se faire l’écho des thèses de Monsanto. Et même à la foire internationale du livre du Palacio de Mineria, on a eu droit à cette propagande entremêlée d’arguments scientifiques.

Le programme de la foire traditionnelle organisée par l’Université Nationale Autonome du Mexique incluait une série de conférences intitulées "Les organismes transgéniques sont arrivés au Palacio" présentées par le principal promoteur de la biotechnique au service des multinationales, Luis Herrera-Estrella.

L’homme de science mexicain, considéré comme le co-inventeur des transgéniques, s’est transformé en défenseur des allégations de Monsanto, une entreprise qui, selon ses propres dires, lui a volé le brevet de cette technologie. En fait, les liens qui unissent le CINVESTAV -le laboratoire où travaille le chercheur- et la multinationale sont de notoriété publique. Herrara-Estrella a même été accusé d’être l’exécuteur "des basses oeuvres" de Monsanto.

Après que Ignacio Chapela, professeur à l’université de Berkeley ait révélé la contamination génétique des cultures de maïs de Calpulapan dans l’état d’Oaxaca, à l’automne 2001, Monsanto a monté contre lui une campagne de diffamation à laquelle Herrera-Estrella n’était pas totalement étranger. Après des années de persécution et alors que deux inspecteurs internationaux de l’Université de Berkeley avaient accepté de titulariser Chapela au poste de chercheur, son contrat fut rompu suite à la réception la lettre d’un expert qui l’attaquait. La lettre était de Luis Herrera-Estrella.

Le cycle de conférences de la foire du livre abordait la question des transgéniques seulement de point de vue positif. Une partie des auditeurs s’en plaignit pendant la conférence de Herrera-Estrella. La présidente de l’Union des Scientifiques Engagés pour la Société (UCCS) Elena à lvarez-Buylla qui était dans le public a rapidement brossé un tableau critique de la biotechnique transgénique et a parlé d’un chercheur français reconnu pour ses recherches indépendantes sur les risques des transgéniques qui avait récemment gagné un procès contre des groupes de biotechnique qui avaient fait campagne pour le discréditer.

Elle n’a pas pu parler longtemps car Herrera-Estrella et ses partisans, contrariés par ses commentaires, l’empêchèrent grossièrement de s’exprimer. On nota aussi que le conférencier n’avait pas mentionné les dangers avérés pour la santé du glyphosate, l’herbicide fabriqué par Monsanto, associé à une de ses variétés de maïs transgénique.

Les opérations de relations publiques agressives visant à introduire au Mexique le maïs modifiée génétiquement par Monsanto se sont intensifiées depuis l’année dernière parce que les profits de la firme et la valeur en bourse de ses actions ont baissé à cause de la diminution des ventes de l’herbicide Roundup et des graines transgéniques de maïs et de soja en Amérique Latine et en Europe.

Le marché mexicain représente pour Monsanto des profits potentiels de l’ordre de 400 millions de dollars par an et il y a des gens au gouvernement qui pensent que c’est une raison suffisante pour ignorer les risques que cela fait courir aux espèces locales du maïs, à l’économie et à la santé des Mexicains. Pendant ce temps, dans l’Union Européenne, selon une étude que les Amis de la terre ont publiée il y a quelques semaines, les ventes de semences transgéniques dégringolent au fur et à mesure qu’augmente le nombre de pays qui les interdisent. Selon cette source, sept état membres de l’UE ont interdit la culture du maïs transgénique de Monsanto à cause des nombreuses preuves de leur impact sur l’environnement et l’économie et en application du principe de précaution sanitaire.

L’opposition du public aux transgéniques est montée à 61%. De manière surprenante -et non sans contradictions- en décembre le gouvernement fédéral mexicain a refusé à Monsanto l’autorisation de réaliser un projet pilote de cent hectares de maïs transgénique dans le Sinaloa, une état du nord-est du pays. Le projet pilote est la seconde des trois étapes inscrites dans la Loi de Biosécurité des Organismes Génétiquement Modifiés, celle qui suit la phase expérimentale et qui précède la libre production et la libre commercialisation.

Depuis octobre 2009, quelques mois après une réunion entre Felipe Calderon et Hugh Grant, le président de Monsanto, le gouvernement fédéral a approuvé 29 demandes d’expérimentation du maïs transgénique, rompant ce faisant un moratoire de plus de dix ans. La majeure partie des autorisations ont été octroyées à Monsanto et à Dow Agro Science dans le but de "tester" la résistance des maïs à l’herbicide et aux épidémies sur plus d’une douzaine d’hectares. L’année dernière, après avoir gardé secret le site des tests et sans avoir rendu public leurs résultats, et donc en violation de la Loi de Biosécurité, le gouvernement a enregistré 20 demandes d’expérimentations supplémentaires des ces deux multinationales plus Syngenta.

Si ces demandes sont acceptées, le maïs transgénique couvrira plus de mille hectares. Les contradictions et les hésitations de la position gouvernementale qui refuse les premiers permis pour la phase pilote de Sinaloa et autorise l’ensemencement d’un quart d’hectare à Tamaulipas s’expliquent sans doute par l’action des organisations de paysans et d’écologistes et les efforts incessants d’organismes comme la UCCS à l’approche de la période électorale -cruciale pour un régime qui essaie d’évaluer le coût politique de ses décisions.

Depuis la fin de l’année 2009, l’Union nationale des organisations régionales de paysans autonomes (UNORCA) a commencé une campagne sur le thème " Non au maïs transgénique ; Monsanto dehors !" en organisant des forums de discussions dans les médias et dans les espaces publiques. Il y a eu des forums à Navojea (à quelques kilomètres de l’un des centres d’expérimentation transgénique) à Chilpancingo et Zacatecas.

L’année dernière dans le Guadalajara et le Morelia, l’expérimentation de maïs transgénique a été qualifiée de crime contre l’humanité. Il y a désormais de nombreuses voix qui se lèvent contre ce danger. L’opposition s’étend de la UCCS jusqu’à la municipalité de Tepoztlan dans l’état sudiste de Morelos qui conteste la constitutionalité de la culture du maïs transgénique au Mexique.

Souveraineté alimentaire ou dépendance ?

Il y a quelques jours la UNORCA, par la voix de son dirigeant national Olegario Carrillo, a affirmé qu’il n’était pas nécessaire que le Mexique se jette dans les bras de Monsanto pour récupérer son autosuffisance en maïs. Au contraire, céder aux pressions de la multinationale qui cherche seulement à s’approprier la richesse agro-génétique des Mexicains ne fera qu’augmenter la forte dépendance alimentaire qu’a engendrée le Traité de Libre Echange de l’Amérique du Nord (NAFTA), et qui fait que les importations dépassent déjà 40% de ce que le pays consomme selon les données du chef auditeur de la Fédération.

Le problème de fond n’est pas technique ; il vient de ce que le gouvernement mexicain n’a pas de politique agricole adéquate et qu’il ne se donne pas d’objectifs de production alimentaire. Le régime néolibéral a préféré privilégier les importations pour le plus grand profit des multinationales qui se sont appropriées le processus de production. Et bien sur, la multinationale ment quand elle affirme que sa biotechnologie peut résoudre le problème alimentaire du Mexique : il est tout à fait prouvé que les transgéniques n’augmentent pas la production.

Les maïs transgéniques n’ont pas été conçus pour augmenter les rendements ; la grande majorité des transgéniques sont conçus pour résister aux herbicides produits par Monsanto lui-même. En réalité, ils engendrent davantage de dépendance parce qu’il faut acheter les semences, parce qu’ils contaminent les variétés d’origine locale, et aussi parce qu’ils détériorent l’environnement, l’économie et la santé des gens. Le fait est qu’il serait tout à fait possible de doubler la production annuelle de maïs au Mexique (24 millions de tonnes) si l’on changeait de politique agricole, qu’on aidait les paysans et qu’on développait les surfaces cultivables dans le sud et le sud-est, là où il y a assez d’eau.

La richesse génétique du maïs mexicain permettrait d’augmenter la production sans avoir à payer des royalties à Monsanto étant donné que le pays possède 60 espèces locales et des milliers de variétés adaptées à tous les types de terrain et de climat. La multinationale nie le risque de contamination du maïs mexicain par le transgénique qu’elle fabrique bien qu’il soit avéré que la coexistence entre la technologie transgénique et la biodiversité est impossible. Monsanto ment comme d’habitude en faisant passer ses profits avant la santé des personnes, la protection de l’environnement et le bien commun comme cela a été amplement prouvé par les recherches effectuées pendant toutes ces années.

En s’appuyant sur des rapports de la FAO et de l’UNESCO entre autres, la UCCS affirme que les transgéniques, non seulement n’augmentent pas les rendements, mais ils augmentent le niveau de produits chimiques toxiques et détruisent le sol et ne sont d’aucun profit pour les agriculteurs pauvres ni pour les communautés. De plus, ils contribuent à la crise climatique parce qu’ils renforcent un modèle d’agriculture dépendant du pétrole.

Les organisations de paysans et les scientifiques engagés proposent un modèle alternatif soutenable basé sur la protection de la biodiversité, le recyclage des éléments nutritifs, la synergie entre les cultures, la protection des sols et des ressources stratégiques (comme l’eau) ainsi que l’intégration de nouvelles techniques compatibles avec des systèmes soutenables.

Les scientifiques sont arrivés à la conclusion que l’agriculture mexicaine a les ressources nécessaires pour garantir l’autosuffisance alimentaire sans utiliser de technologies transgéniques. Selon le chercheur Antonio Turrent Fernández, les petits agriculteurs, membres des ejidos [terres exploitées en commun NdT] ou des communautés peuvent jour un rôle clé dans la production d’aliments de base et dans la gestion des nombreuses et diverses ressources phytogénétiques spécifiques au Mexique. Mais pour cela il faut des subventions publiques pour l’infrastructure, la recherche, le transfert de technologies et de services - c’est à dire qu’il faut changer radicalement le modèle dominant et l’orientation des budgets publiques- et rétablir le moratoire sur la culture du maïs transgénique.

Alfredo Assedo est directeur de la communication sociale et conseiller à la Unión Nacional de Organizaciones Regionales Campesinas Autónomas México.

Pour consulter l’original : http://www.bolpress.com/art.php?Cod=2011032503

Traduction : D. Muselet pour LGS

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