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Quand Médiapart livre ses sources à Macron

Plenel l’écouté devenu écouteur.

Médiapart a livré mardi 5 février 2019, 7 enregistrements à la Justice.
Que dire de plus.... Alors que des journalistes acceptent la prison plutôt que de balancer aux flics, aux juges -même aux Etats-Unis- le patron de Médiapart, tel un livreur Uber, s'en est allé donner son butin au Palais de justice.

Avec ce bon Edwy, nous vieillissons donc ensemble. Où en même temps si vous préférez. Mais en chambres séparées. Il me fait rire l’agité du local. Celui sacré où trône le buste de Léon. Voilà que le phare du journalisme se fait flic, ce qui est normal pour un trotskiste et un ami d’Alain Bauer. Et il balance. Tout le contraire de la vieille éthique apprise, alors que je suis hors d’âge. Jadis les poulets, c’étaient les poulets, les lardus, les juges des « fromages ». Et les journalistes des hommes indépendants, des mal élevés, des anars, souvent des ivrognes, cirrhotiques et divorcés. Mon frère Jacques Renard qui vient de mourir, l’étourdi, répétait « Je ne vais jamais au cinéma, j’ai trop peur qu’il se passe quelque chose dans la rue pendant ce temps ». Pas du genre à se rendre au commissariat avec un paquet cadeau lié de bolduc, façon Noël, pour tenir le secret à l’ombre. Mais l’insubmersible Edwy, lui, est toujours là et c’est pour notre bonheur, notre contre champ. Accompagnant, créant le nouveau journalisme celui de dénonciation. La dernière fois la victime était la malheureuse Sophia Chikirou trouvée dans l’appartement de Mélenchon à l’heure du matin où Edwy lit « La Révolution Permanente ».

Aux derniers coups de cloche de Notre Dame des Victoires je viens d’apprendre que notre Plenel national a confié des enregistrements -obtenus de façon illégale- à ses camarades policiers. C’est dans l’ordre des choses. Bravo Edwy. Avec mon abonnement à Médiapart je t’autorise à détourner quelques euros pour t’offrir la vision d’un film qui s’intitule « La Vie des Autres ». On croirait que tu joues dedans.

Pour les oublieux et les têtes en l’air, je rappelle que Plenel, en 1985, est celui qui a désigné la section du RPR de Nouvelle Calédonie comme responsable du naufrage du Rainbow Warrior, le bateau des écolos de Greenpeace. Qui a également révélé le financement du PS par Noriega (bidon), compté 700 000 morts au Kosovo (alors sous les bombes de ses amis de l’OTAN), un génocide accompli selon un schéma serbe, « Le Plan Fer à Cheval ». Hélas une farce noire inventée par les services secrets Allemands. Tout le monde peut se tromper. Et même déclarer avoir le souhait « de construire une maison commune » avec Tariq Ramadan...

Mais qui se souvient de ces infimes détails quand sonne l’heure du Benalla ? Cet Alexandre représente une bonne partie de tout ce que je déteste. Un type qui réconforte les puissants pour tabasser les faibles, une barbouze. Est-ce une raison pour espionner à titre privé ses conversations, qui le sont tout autant. Existe-t-il une jurisprudence Benalla ? Pour son cou va-t-on rétablir la peine de mort. Et aussi pour son grotesque gendarme Vincent Crase ? Il y a-t-il sur terre des circonstances où le « journalisme » permet tout ? Alors qu’il n’y a pas mort d’homme, et qu’il ne s’agit pas de sauver la peau des Rajman et Manouchian ?

J’ignore si l’expression a encore un sens, dans le Midi, mais cette affaire Benalla est une « gonfle ». Une affaire montée en neige avec des blancs qui sont le mensonge. Un série d’éléments corneculs agités par des crétins et sacralisés par le silence de Macron. Et hop, nous voilà sous les eaux du Watergate. Péché originel : le Président de la République dans son rêve de tout privatiser, même le vent, a mordu à un projet boiteux : une commercialisation de la police. Emmanuel serait désormais entouré de karatékas et, de fil en rasoir, on aura peut-être un jour le bonheur d’avoir une armée privée, du genre Blackwater. Les banquiers pourraient investir en direct dans des hommes et des fusils, comme dans la pâte à tartiner. Une belle idée.

Pour amorcer l’affaire, Benalla avait l’ambition, le bagout, le talent de menteur et l’amour des laisser-passer. Mais pas assez de retenue, d’intelligence de son économie. Mais paf. Une droite à un futur gilet et s’écroule l’édifice. Et le Président, au lieu de dire « Je n’ai rien à faire avec des types aussi cons », semble les soutenir de son mutisme. Il n’en faut pas plus pour alimenter une série en douze épisodes chez Plenel.

Pendant que les pauvres se crèvent à marcher sur des pavés gazés, ensanglantés, et que l’on tente de voler le pétrole du Venezuela, pour masquer à sa façon le hold-up de ses amis de Washington, Edwy agite du Benalla. Comme le dey d’Alger son éventail. Paul Wolfowitz, trotskiste cofondateur des néoconservateurs, et cracheur sur peigne, va être heureux.

Ce qui m’étonne c’est de me souvenir qu’Edwy, comme moi-même, fûmes de grands écoutés. L’Elysée et son Prouteau étaient alors au bout du tuyau et se régalaient de nos mots. Qui n’étaient pas toujours des moindres. Oublié, tout cela, l’espionné espionne. A propos de courage et de déontologie, je rappelle à nos amis qu’aux Etats-Unis, plutôt que de livrer quoi que ce soit à la police ou à la justice, des journalistes acceptent d’aller en prison. Pour être à la coule, avaient-ils oublié de payer leur abonnement à Médiapart ?

Jacques-Marie BOURGET

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