RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher

Quelle forme aurait une intervention militaire nord-américaine au Venezuela ? (Hasta el Nocau)

Les États-Unis jouent plusieurs cartes simultanément. Ils parient sur l’une ou l’autre selon l’évolution du scénario, en fonction du résultat du jeu. Ils n’en écartent aucune, même celle qui pourrait sembler la plus lointaine : l’intervention militaire. Donald Trump lui-même s’est chargé de l’annoncer, personnellement et en direct pour le monde entier. La question serait : pourquoi en cet instant du conflit ?

Les élections du 30 juillet ont porté un coup à l’accumulation de force insurrectionnelle par la droite. Il s’est agi d’une égalisation du chavisme, d’une reprise d’initiative, comme un boxeur dans les cordes qui rebondit en portant un direct à son adversaire et restabilise le combat. Avec un avantage évident : la subjectivité. Celui qui sentait qu’il allait gagner s’est retrouvé déconcerté, démoralisé. La droite se voyait déjà – du moins sa base y croyait – en train de prendre le pouvoir, dans un déploiement qui semblait ne pas avoir de limite. Il n’a fallu que deux semaines pour qu’elle perde la rue, l’initiative, le discours, l’épopée : les militants de base accusent les leaders de la Table de l’Unité Démocratique d’être des traîtres et des lâches.

La conclusion du résultat est que la droite n’a pas de corrélation de forces – et ne semble pas non plus en condition de la construire – à l’intérieur du Venezuela pour sortir le gouvernement par la force. Pire encore : ce qu’elle annonçait comme une victoire assurée quel que soit le scénario électoral ne l’est plus. Il est difficile de savoir qui gagnera les élections des gouverneurs qui auront lieu en octobre. Les chants de victoire qu’annonçait déjà la droite ne fonctionnent plus. La défaite a un « effet domino ».

Avec ce scénario, les autres cartes, prévues à l’avance, ont commencé à bouger. D’un côté, et toujours comme transversale et permanente, la carte économique : les attaques se sont accentuées sur la monnaie et les prix. D’un autre côté, publiquement, les annonces de participation électorale : presque toute l’opposition a fini par inscrire ses candidatures. Enfin, en même temps que la carte de la violence souterraine, la carte internationale, liée à la précédente, l’économique et la diplomatique. Un mot résume cette stratégie : intégralité.

La carte souterraine

Un bras armé de la droite, toujours – apparemment – à l’état de germination est en construction. On l’a vu agir depuis le début de l’escalade du mois d’avril. D’un côté, les actions paramilitaires dans plusieurs lieux du pays, avec des attaques de casernes militaires, de commissariats, de corps de sécurité de l’État, de contrôles du territoire, de commerce et de transport. D’un autre côté, et connectés, le développement de groupes de choc qui, au fil des mois, par exemple, à Caracas, ont montré une transformation de l’esthétique, des méthodes, de l’organisation et de la capacité. Entre les premiers encapuchonnés de début avril et les « écuyers » de juin/juillet, une évolution a eu lieu. Où sont ces groupes maintenant que les rues sont calmes ?

A leur tour se sont multipliées les vidéos sur les réseaux de groupes armés, qui, avec des capuches, des armes longues et une esthétique militaire, ont annoncé être préparés pour la confrontation militaire. Leurs objectifs sont, répètent-ils, doubles : tant le gouvernement que les organisations du chavisme.

Ces groupes ont essayé de créer des héros : le premier, Oscar Pérez, qui a lancé les grenades sur le Tribunal Suprême de Justice, et ensuite apparu interviewé sur les écrans. Le second, Juan Caguaripano, qui s’est attribué la direction de l’assaut de la caserne de Fuerte Paramacay où ont été volées plus de cent armes, et qui a été arrêté le vendredi soir. L’objectif semblerait être la création de mythes, de figures qui puissent rassembler et servir de référents à une droite en panne de dirigeant visible. Sous la table certes, elle a des dirigeants : des secteurs nord-américains, ceux-là mêmes qui ont planifié l’escalade insurrectionnelle, et qui battent les cartes avec de manière subordonnée, la droite vénézuélienne, comme Voluntad Popular.

Cette force semble en processus de développement. Elle a mené des essais, suivi des entraînements. Elle essaie d’émerger, de se structurer et de se consolider, maintenant que la perte de la rue par la droite est impossible à cacher.

La carte internationale

C’est celle qui est devenue la plus forte après le 30 juin. Les Etats-Unis ont déployé un éventail de mesures contre le Venezuela, depuis les sanctions économiques, les blocus financiers, les tentatives de sièges et isolements diplomatiques, jusqu’à l’annonce récente par Donald Trump de la possibilité de l’intervention militaire. Remettre l’initiative dans les mains du front international met en évidence la dépendance et l’incapacité de l’opposition au niveau national. Là, comme dans la stratégie générale, ils jouent de toutes les cartes simultanément. Ils mesurent, préparent, évaluent les possibilités pour les discours : les conditions dans le continent ne sont pas les mêmes qu’au Moyen-Orient, en termes militaires, diplomatiques, politiques. Elles ne le sont pas non plus en géopolitique globale.

Ainsi le vice-président des Etats-Unis, Mike Pence, lors de sa conférence de presse de dimanche, après s’être réuni avec le président de Colombie, Juan Manuel Santos, a affirmé que les sanctions seraient économiques et diplomatiques. Il a écarté publiquement la possible intervention militaire qui avait été annoncée par le président états-unien. Cela pourrait s’expliquer par le rejet manifesté par Santos – allié-clef dans le conflit contre le Venezuela – d’une voie militaire, après avoir évalué qu’il n’existe pas de consensus en Amérique Latine pour poser une preuve frontale d’impérialisme disparue depuis des années. Et parce que pour intervenir militairement il n’est pas nécessaire d’annoncer qu’on le fera – ils le font déjà, de fait, à travers l’élaboration d’actions et de financement, direct ou indirect, des groupes armés de la droite.

Pour imaginer l’hypothèse de l’intervention militaire il faut se débarrasser de l’image d’un débarquement de soldats mâchant du chewing-gum, avec l’emblème des Etats-Unis sur le front. Ils n’offriront pas l’a preuve de l’action : la guerre sur chacun de leurs fronts a été posée ainsi. Il semble plus adroit de chercher dans des formes souterraines, comme le déclenchement d’actions qui serviraient de prétextes, des attaques depuis d’autres frontières avec le Venezuela, avec d’autres identités. C’est là que rentre par exemple la connexion avec la tentative de développement d’un bras armé qui pourrait avoir un nom, une direction publique, et se déployer avec une puissance de feu dans certaines zones. La tactique se construirait en fonction du développement de cette structure, sa capacité ou non à avancer et construire un pouvoir. Pour l’instant ce n’est qu’en germe.

Toutes les cartes sont sur la table. Le cours des événements indiquera lesquelles prendront le plus de poids et lesquelles seront écartées. La décision et le rôle des États-Unis est claire, ils posent des temps, des tactiques, ils déploient une force que la droite n’a pas au niveau national. Les élections régionales d’octobre seront des élections-clé : un bon résultat du chavisme enlèverait du poids au secteur de la droite vénézuélienne qui parie sur la résolution électorale. Cela renforcerait la thèse qu’on ne peut sortir le chavisme du gouvernement que par la force, par un bras armé, articulé avec une intervention plus grande venant d’une autre frontière, comme la Colombie ou le Brésil.

Marco Teruggi

https://hastaelnocau.wordpress.com/2017/08/15/como-seria-una-intervenc...

Traduction : Cathie Duval

»» https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/08/19/quelle-forme-aurait-un...
URL de cet article 32220
  

Même Thème
Les 7 péchés d’Hugo Chavez
Michel COLLON
Pourquoi les Etats-Unis s’opposent-ils à Chavez ? Pour le pétrole, on s’en doute. C’est tout ? Les guerres du pétrole, ils sont habitués à les gagner. Mais au Venezuela, on leur tient tête. Ici, on dit qu’il est possible d’employer l’argent du pétrole de façon intelligente et utile. Pas comme à Dubaï où on construit des hôtels à vingt mille euros la nuit au milieu d’un monde arabe sous-développé. Pas comme au Nigeria où la faim tue alors que ce pays est un des plus gros exportateurs mondiaux. Au Venezuela, (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

Cette démocratie si parfaite fabrique elle-même son inconcevable ennemi, le terrorisme. Elle veut, en effet, être jugée sur ses ennemis plutôt que sur ses résultats. L’histoire du terrorisme est écrite par l’État ; elle est donc éducative. Les populations spectatrices ne peuvent certes pas tout savoir du terrorisme, mais elles peuvent toujours en savoir assez pour être persuadées que, par rapport à ce terrorisme, tout le reste devra leur sembler plutôt acceptable, en tout cas plus rationnel et plus démocratique.

Guy DEBORD

Ces villes gérées par l’extrême-droite.
(L’article est suivi d’un « Complément » : « Le FN et les droits des travailleurs » avec une belle photo du beau château des Le Pen). LGS Des électeurs : « On va voter Front National. Ce sont les seuls qu’on n’a jamais essayés ». Faux ! Sans aller chercher dans un passé lointain, voyons comment le FN a géré les villes que les électeurs français lui ont confiées ces dernières années pour en faire ce qu’il appelait fièrement « des laboratoires du FN ». Arrêtons-nous à ce qu’il advint à Vitrolles, (...)
40 
Lorsque les psychopathes prennent le contrôle de la société
NdT - Quelques extraits (en vrac) traitant des psychopathes et de leur emprise sur les sociétés modernes où ils s’épanouissent à merveille jusqu’au point de devenir une minorité dirigeante. Des passages paraîtront étrangement familiers et feront probablement penser à des situations et/ou des personnages existants ou ayant existé. Tu me dis "psychopathe" et soudain je pense à pas mal d’hommes et de femmes politiques. (attention : ce texte comporte une traduction non professionnelle d’un jargon (...)
46 
L’UNESCO et le «  symposium international sur la liberté d’expression » : entre instrumentalisation et nouvelle croisade (il fallait le voir pour le croire)
Le 26 janvier 2011, la presse Cubaine a annoncé l’homologation du premier vaccin thérapeutique au monde contre les stades avancés du cancer du poumon. Vous n’en avez pas entendu parler. Soit la presse cubaine ment, soit notre presse, jouissant de sa liberté d’expression légendaire, a décidé de ne pas vous en parler. (1) Le même jour, à l’initiative de la délégation suédoise à l’UNESCO, s’est tenu au siège de l’organisation à Paris un colloque international intitulé « Symposium international sur la liberté (...)
18 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas | Bernard Gensane
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.