Honneur et gloire à nos héros tombés en combat ! (Cris de « Honneur et gloire ! »)
Proches et familles ;
Compagnons d’armes et amis de nos combattants ;
Compatriotes,
Le 3 janvier 2026, à l’heure la plus obscure du petit matin, tandis que son noble peuple dormait, le Venezuela a été lâchement attaqué sur ordre du président étasunien Donald Trump.
C’était là une nouvelle confirmation, mais cette fois dans sa patrie de naissance, que Bolívar avait vu juste de façon prémonitoire quand il avait affirmé que les Etats-Unis semblaient destinés par la Providence à cribler de misères l’Amérique au nom de la liberté [1], tout comme Ernesto Che Guevara n’avait pas eu tort de nous avertir qu’on ne pouvait faire aucune confiance à l’impérialisme, « même pas ça ! » [2]
Des bombes et une séquestration, telle a été la réponse des Etats-Unis aux déclarations du président vénézuélien qui, à peine quelques heures avant, s’était montré disposé à dialoguer sur n’importe quelle question.
Aurore difficile pour Cuba, quand elle a commencé à recevoir les premières nouvelles de l’attaque surprise contre plusieurs États du pays frère où des centaines de coopérants cubains sont en mission.
Des heures très amères se sont écoulées au milieu de l’indignation et de l’impuissance après que nous avons appris que le président Nicolás Maduro Moros et sa femme Cilia Flores avaient été enlevés.
Nous qui considérons les courageux combattants de la Sécurité personnelle comme faisant partie de la famille et connaissons leur disposition spartiate à défendre les vies qu’ils protègent, nous savions, avant n’importe quelle confirmation, qu’ils se porteraient comme des titans jusque dans leur dernière bataille. (Applaudissements.)
« Ils devront passer sur mon cadavre pour emporter ou assassiner le président », avait déclaré plus d’une fois le premier colonel Humberto Alfonso Roca, chef du petit groupe de Cubains qui, ce matin-là, ont protégé le couple présidentiel au prix de leurs vies. (Applaudissements.)
Aux côtés des combattants des Forces armées révolutionnaires qui sont aussi tombés sous le bombardement des attaquants, ils résument dans leurs admirables états de service toutes les qualités qui distinguent les héros, les héros cubains ! (Applaudissement.)
Ils ont franchi les frontières nationales pour s’insérer comme modèles dans l’histoire des luttes pour une Amérique unie, ce rêve de Bolívar et de Martí encore irréalisé.
Les restes sacrés de nos trente-deux compatriotes sont arrivés hier dans la patrie, comme soldats éternels de l’intégration à laquelle nous nous devons. Ils sont la seule mesure possible du courage et du caractère des Cubains, loyaux à une fraternité forgée dès les temps de Bolívar, exaltée par Martí et devenue aujourd’hui légendaire par la relation étroite entre Fidel et Chávez, leaders de l’intégration régionale, ce qui a permis en à peine quelques années d’apprendre à lire et à écrire, de rendre la vue et d’apporter des services médicaux et de surpassement à des millions de Vénézuéliens et d’autres Latino-Américains et Caribéens. (Applaudissements.)
Les fauteurs de l’attaque et de l’enlèvement du président Maduro et de son épouse, recourant aux méthodes les plus abominables du fascisme, ont tressé un épaisse trame de mensonges et de diffamations contre les dirigeants bolivariens avant de se lancer lâchement contre le Venezuela. Bafouant ouvertement les limites du droit international qui garantissait jusqu’ici un minimum de coexistence civilisée entre les nations, l’administration étasunienne a ouvert la porte à une ère de barbarie, d’exactions et de néofascisme, sans se soucier le moins du monde de ce que cela peut signifier en surplus de guerre, de destruction et de mort.
Les nouvelles de l’agression nous ont touchés durement. Cuba et le Venezuela ont, depuis plus de vingt-cinq ans, partagé des idéaux et des œuvres en faveur d’un monde meilleur possible, prêts à conquérir toute la justice, sur les voies du socialisme, chaque pays selon ses méthodes à lui et en fonction de réalités différentes.
Seuls ceux qui ignorent la valeur de l’amitié, de la solidarité et de la coopération qui se forgent entre les peuples peuvent confondre la relation entre les Cubains et les Vénézuéliens avec une simple affaire ou avec un vulgaire échange de produits et de services.
Nous sommes avant tout, Cubains et Vénézuéliens, des frères ! (Applaudissement.)
Donner son propre sang, voire sa vie, pour un peuple frère peut en surprendre d’autres, pas les Cubains.
Des fonctionnaires étasuniens ont reconnu avec étonnement, mais aussi avec une admiration non dissimulée, la bravoure de cette poignée d’hommes qui, malgré leur net désavantage en forces et en puissance de feu, ont offert une résistance féroce aux preneurs d’otage, blessant même plusieurs effectifs ennemis et endommageant partiellement, que nous sachions, un de leurs moyens de transport.
Auraient-elles beau s’entêter à vanter leurs soldats en tenue de camouflage, à casques, gilets pare-balles et lunettes de vision nocturne, surprotégés par des avions, des hélicoptères et des nuées de drones, au milieu d’une obscurité intentionnelle, les autorités étasuniennes savent que l’assaut des terroristes Delta n’a pas été cette partie de plaisir qu’elles prétendent vendre au reste du monde !
Un jour, nous saurons toute la vérité, mais même Trump n’a pu nier que plusieurs de ses attaquants ont été blessés.
Nos courageux combattants, avec des armes classiques et sans d’autres gilets que leur morale et leur loyauté à la mission qu’ils remplissaient, se sont battus jusqu’à la mort et ont causé des pertes à leurs adversaires ! (Applaudissement.)
Aucun n’était un superhomme : ils étaient tous des militaires d’honneur, formés dans l’école éthique de Fidel et de Raúl au patriotisme, à l’anti-impérialisme et à l’unité ; héritiers des idéaux d’Antonio Maceo qui s’est immortalisé à Baraguá en refusant catégoriquement de négocier une paix sans liberté [3], et de Juan Almeida qui, sous une pluie de balles, au milieu d’une plantation de canne à sucre, s’est écrié : « Ici, personne ne se rend ! [4] » (Applaudissement.)
L’empereur de la Maison-Blanche et son infâme secrétaire d’Etat n’arrêtent pas de nous menacer. « Je ne crois pas qu’on puisse exercer beaucoup plus de pression », a affirmé Trump, reconnaissant ainsi, tacitement, les degrés extrêmes où il a porté le blocus que son pays impose à Cuba depuis plus de soixante ans.
« Entrer et tout détruire », voilà tout ce qu’il lui reste à faire, selon sa conception impériale, pour nous soumettre. Cette phrase grotesque, qui a profondément indigné le peuple cubain, ne peut s’interpréter que comme une incitation au massacre, sans égards pour un pays qui n’a jamais fomenté la haine contre l’autre.
Le patriotisme cubain, José Martí l’a exprimé très tôt dans Abdallah [5] :
Ah ! L’amour, ô mère, de la patrie
N’est pas celui qu’on voue, inutile, à la terre,
Ni à l’herbe que foule notre plante sur l’aire :
C’est la haine invincible de celui qui l’opprime,
C’est la rancœur pérenne de celui qui la brime. (Applaudissements.)
Le peuple cubain n’est pas anti-impérialiste à force de manuels. C’est l’impérialisme même qui nous a faits anti-impérialistes ! Mais pas seulement Cuba : le monde sera toujours plus anti-impérialiste à partir de cette violation de toutes les normes internationales, de cet affront à l’intelligence et à la dignité humaines, de cet acte d’arrogance criminelle d’un empire qui attaque un État souverain et méprise le reste des nations.
Toutes les victoires du peuple cubain sont associées à la solidité de son unité. Chaque fois que les forces patriotiques se sont divisées, nous avons perdu. Chaque fois qu’elles se sont unies, nous avons vaincu. Et ça, les ennemis de notre nation le savent bien et c’est pourquoi ils misent sur la rupture de cette unité.
Leurs menaces actuelles nous rappellent celles de presque toutes les administrations étasuniennes contrôlées par les faucons, par les fauteurs de guerre. Les faucons d’aujourd’hui savent-ils que notre stratégie de défense révolutionnaire, connue comme la Guerre du peuple tout entier, est née en réponse aux pires menaces d’autres faucons ? Savent-ils combien leurs prédécesseurs guerriers ont investi en vue de l’après-Castro, une fois que toutes leurs tentatives de détruire un leadership indestructible ont fait fiasco ?
Les jeunes ont viralisé sur les réseaux ces derniers jours l’anecdote du barracuda, vécue et racontée par Fidel lui-même. Il raconte que, en plongée, il a vu arriver sur lui un barracuda et que sa première réaction a été de reculer, mais qu’il s’est ressaisi, qu’il s’est lancé vers ce poisson connu pour son agressivité et que celui-ci a alors disparu. C’est ainsi qu’il faut agir face à l’empire, qui est tout à la fois barracuda, piranha, requin et vermine ! (Applaudissements.) Mais j’insiste et le répète : ce sont des jeunes Cubains qui ont viralisé cette vidéo sur les réseaux sociaux.
Et nous voici ici, pas un, mais des millions à poursuivre l’œuvre de Fidel, de Raúl et de leur génération héroïque. Ils devraient en séquestrer des millions ou nous rayer de la carte. Et même ainsi, ils seraient hantés à jamais par le fantôme de ce petit archipel qu’ils auront dû pulvériser, faute de pouvoir le soumettre ! (Applaudissements.)
Non, messieurs les impérialistes, nous n’avons absolument pas peur de vous ! Et nous n’aimons pas beaucoup, comme l’a dit Fidel, qu’on nous menace. Vous ne nous intimiderez pas [6] ! (Applaudissements.)
Tels les joncs noués en faisceau au centre de nos armoiries, l’unité est l’arme la plus puissante de notre Révolution.
Chers compatriotes,
Plusieurs compagnons qui se sont battus en première ligne du feu sont désormais dans la patrie, les corps criblés d’esquilles de mitraille comme des médailles au courage. C’est l’un d’eux, le lieutenant-colonel Jorge Márquez, qui a touché l’hélicoptère et allez savoir combien d’hommes à bord en maniant son arme antiaérienne, bien qu’il ait été blessé à une jambe qui perdait beaucoup de sang. (Applaudissements.)
Le mot par lequel ils décrivent tous l’affrontement aux agresseurs est : courage. Et ils nomment le premier colonel Lázaro Evangelio Rodríguez Rodríguez, qui a commandé la tentative de sauver les premiers hommes tombés, jusqu’à ce qu’il ait été touché par un drone. « Je suis blessé. Vive Cuba ! » Tels ont été ses derniers mots. (Applaudissements.)
C’est juste au moment où il semblerait que le monde ensevelit jusqu’à la dernière utopie, que l’argent et la technologie priment sur tous les rêves humains, que l’humanité se lasse, c’est juste à ce moment, donc, que trente-deux Cubains courageux offrent leurs vies et deviennent des géants dans une bataille féroce livrée jusqu’à la dernière balle ! Jusqu’au dernier souffle ! (Cris de : « Gloire à eux !) Nul ennemi n’est capable d’apeurer un tel héroïsme !
Le fait que la plupart des tués au combat était des jeunes pleins de promesses nous ramène à la mémoire les vers que Martí a consacrés aux huit étudiants de médecins assassinés par la métropole espagnole en 1871 :
Cadavres aimés, vous qui un jour fûtes
De ma patrie les rêves… [7]
Tout ce que nous savons de leurs histoires personnelles, de l’amour et de la bravoure qui distinguaient leurs actions, de l’engagement, du dévouement et de l’abnégation avec lesquels ils sont allés au combat accentue notre douleur. Une douleur qui ne cède pas, mais qui rehausse encore plus le patriotisme et la générosité des Cubains. (Applaudissements et vivats.) Elle porte maintenant trente-deux nouveaux visages, trente-deux nouvelles histoires, cette définition insurpassable de Martí : la patrie, c’est l’humanité !
Ils n’ont pas défendu seulement la souveraineté du Venezuela, le président Nicolás Maduro et son épouse Cilia Flores : ils ont défendu la dignité humaine, la paix, l’honneur de Cuba et de Notre Amérique. Ils ont été l’épée et le bouclier de nos peuples face à l’avancée du fascisme. Et ils seront à jamais un symbole, une preuve qu’il n’y a pas de petit peuple quand sa dignité est si ferme !
Merci de votre courage et de votre exemple, compagnons ! (Applaudissements.)
Nous étreignons aujourd’hui vos êtres chers, mères, pères, épouses, fils, petits-fils, frères, grands-pères, vos compagnons d’armes et vos amis. « On ne saurait dire que la douleur se partage – disait Fidel aux funérailles des martyrs de la Barbade – la douleur se multiplie. Et quand un peuple énergique et viril pleure, l’injustice tremble [8] ! » (Applaudissements et reprise en chœur de « L’injustice tremble ! ») Silvio [9] chantait alors : « Que l’injustice tremble quand pleure le peuple aguerri de Fidel. »
Cuba ne menace pas, ne jette pas de défi ! Cuba est une terre de paix ! C’est ici, à La Havane, à l’initiative de Cuba, que, voilà douze ans, au Deuxième Sommet de la CELAC, l’Amérique latine et les Caraïbes se sont proclamées Zone de paix, une conquête brutalement bafouée par le coup de main fasciste au Venezuela.
Cette vocation de paix ne diminue en rien notre disposition à combattre et à défendre notre souveraineté et notre intégrité territoriale. S’il arrivait que nous soyons agressés, nous nous battrions avec une bravoure identique à celle que nous ont léguée plusieurs générations de vaillants combattants cubains depuis les guerres d’Indépendance au XIXe siècle, la Sierra Maestra, la clandestinité [10] et l’Afrique [11] au XXe siècle, et jusqu’à Caracas au XXIe siècle. Il n’y a pas de reddition ni de vacillation possible, de même qu’il n’y aura jamais aucun terrain d’entente sur des bases de coercition ou d’intimidation !
Cuba n’a aucune raison de faire la moindre concession politique, et ce point n’entrera jamais à une table de négociations en vue d’une entente avec les Etats-Unis. Il est important qu’ils le comprennent : nous serons toujours disposés au dialogue et à l’amélioration des relations entre nos deux pays, mais sur un pied d’égalité et sur des bases de respect mutuel. C’est ce que nous affirmons depuis plus de soixante ans. L’histoire ne sera pas différente maintenant !
Nous disons à l’empire qui nous menace : Cuba, nous sommes des millions ! Nous sommes un peuple prêt à combattre, si on nous attaque, avec la même unité et la même bravoure que les trente-deux Cubains tombés le 3 janvier.
Compatriotes,
Marchons unis ! Et, en honneur à leur exemple héroïque, jurons :
La Patrie ou la mort !
Nous vaincrons ! (Cris de : « Nous vaincrons ! »)
La Patrie ou la mort !
Nous vaincrons ! (Cris de : « Nous vaincrons ! »)
La Patrie ou la mort !
Nous vaincrons ! (Cris de : « Nous vaincrons ! »)
Jusqu’à la victoire à jamais ! (Cris de « À jamais ! ». Cris de : « Jusqu’à la victoire à jamais ! » et vivats à la Révolution. Ovation.)
Miguel Mario Díaz-Canel Bermúdez
Explications et réflexions
J’ai décidé d’interrompre ce que j’étais en train d’écrire pour traduire quelque chose qui me semble bien plus important que mes élucubrations : le discours prononcé par Miguel Díaz-Canel avant le départ de la Marche du peuple combattant, sur le Malecón havanais. Le chef de l’Etat et du Parti communiste y fixe sans ambages la position de la Révolution cubaine face aux menaces du sinistre locataire de la Maison-Blanche. Qu’on le lise, et l’on verra qu’il se passe de commentaires de ma part ! On retrouve là tout le courage politique d’un peuple qui sait de quoi il retourne, parce qu’il est en guerre directe et indirecte contre l’Empire depuis maintenant 67 ans.
Juste deux petites réflexions :
1) Quelle différence avec l’approche apparemment peureuse et craintive du gouvernement bolivarien, qui semble prêt, malgré ses dénégations, à tenter d’amadouer le molosse qui a montré les dents et mordu. Vouloir parvenir à un « ordre du jour de coopération » avec l’infâme qui vient de vous séquestrer votre président, de vous bombarder et de vous tuer une centaine de vos concitoyens est une politique qu’on a du mal à s’expliquer et surtout à digérer vue du balcon cubain ! Il est vrai que les trajectoires des deux révolutions sont loin d’être semblables.
2) L’Union européenne ferait bien de prendre de la graine du côté de la Révolution cubaine. Avoir peur du molosse est la pire attitude qui soit. Plus vous vous montrez faible, plus le molosse s’enhardit. Je parle bien sûr des visées sur le Groenland de ce fou furieux, qui ne comprend que la force et ne répond qu’à elle. Face aux « forts » qui n’ont pas peur, je parle de la Russie, de la Chine, de l’Iran et de quelques autres, il fait moins le faraud. Quand on voit la peur sur le visage que suait la ministre danoise qui est allée ces derniers jours à Washington comme on va à Canossa et la riposte absolument ridicule des politiciens médiocres qui règnent en Union européenne, on se dit que, vraiment, l’Europe est tombée bien bas, comme si elle avait oublié à son tour comment son attitude timorée d’alors avait ouvert toutes grandes les portes à Hitler et lui avait les coudées franches. Quelle pitié !
Jacques-François Bonaldi
