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Soumaïla Cissé : le choix de la France pour le Mali.

Le 28 mars 2013 sur France 2, François Hollande, président de la France et ses dépendances africaines a ordonné : "Nous voulons qu’il y ait des élections au Mali à la fin du mois de juillet. Et ça, nous serons intraitables là dessus." Cet ordre élyséen sera exécuté avec aux commandes le bourricot Dioncounda Traoré. Il faut dire que cet homme-ci, avec son cache-col blanc déployé sur son costume-cravate aussi bien sous le soleil malien qu’à l’étranger, de par son obséquiosité à François Hollande qu’il adore littéralement, est l’une des marionnettes des plus méprisables qu’il est donné de voir dans l’histoire africaine. Ceux qui ne sont pas contents et qui veulent le report des élections au Mali pour mieux les organiser ne peuvent assister qu’en spectateurs, impuissants au déroulé de l’agenda français. C’est le cas d’ailleurs de Tiébilé Dramé, fervent et effervescent partisan du déploiement des forces armées françaises qui, selon lui, ont juste pour mission de guerroyer pour les Maliens, puis quitter tranquillement les lieux. Le candidat Dramé a demandé en vain le report du vote, avant de jeter les éponges mi-juillet. Toutefois, Tiébilé Dramé, vieux renard flairant les "bonnes occasions" politiques, a fini par rallier Soumaïla Cissé pour qui il appelle ses partisans à voter.

Plus récemment, lors d’une conférence de presse tenue avec François Hollande le 15 juillet dernier à Paris, Ban Ki-Moon, secrétaire général de l’ONU a, à son tour, prescrit : « La tenue de l’élection du 28 juillet 2013 est non négociable. Et les résultats devront être acceptés par toutes les parties même si le scrutin est imparfait ». Autrement, scrutin imparfait, c’est-à dire, probablement truqué et préfabriqué mais incontestable.

Pourquoi cette insistance ? Et surtout qui veut-on voir "régenter" le Mali après ces fameuses élections ? A bien examiner la situation, il apparaît que la France et Associés veulent placer Soumaïla Cissé au palais de Koulouba, surnom de la présidence du Mali. Son parcours parle. Soumaïla Cissé est "économiste" formé en France. Il a travaillé au sein de grandes entreprises françaises (IBM-France, le Groupe Pechiney, le Groupe Thomson et la compagnie aérienne Air Inter) avant de rentrer au Mali en 1984. En 1993, il est nommé ministre des Finances , ministre des Finances et du Commerce en 1994, de nouveau ministre des Finances en 1997 et ministre de l’Équipement, de l’Aménagement du territoire, de l’Environnement et de l’Urbanisme en 2000. De 2004 à 2011, Soumaïla Cissé a été président de la Commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), un des instruments les plus importants implantés par la France afin de garder la main ferme sur les économies de ses territoires en Afrique occidentale française. L’UEMOA regroupe 8 territoires à savoir : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Mali, le Niger, le Sénégal, le Togo, la Guinée Bissau, dernier pays à y adhérer en 1997.

Pour Cissé, le franc CFA est l’un des meilleurs dons que la Métropole ait offert aux colonies. Ainsi, les difficultés connues par l’euro auquel est arrimé le franc CFA menacent-elles ? Pour Cissé : "le franc Cfa n’est pas menacé, nos fondamentaux sont bons."

Un franc CFA trop fort ? Pour Cissé : "Il y a des avantages et des inconvénients d’avoir un franc fort. Nous avons un franc fort parce qu’il est arrimé à l’euro ; Avec un euro fort, nous avons plus de capacité pour importer nos matières premières."

Les territoires de la zone CFA sont-ils menacés par la crise de la dette ? Pour Cissé " nous ne sommes pas très endettés". Mieux, " La plupart de nos pays sont passés par l’initiative Pays pauvre très endettés (Ppte)." Toutefois "Nous avons une crise qui a des répercussions sur les transferts de nos migrants, l’aide au développement, les investissements directs étrangers. Voilà des choses qui nous interpellent."

Rodé au discours libéral porté mécaniquement par les vassaux africains, Soumaïla Cissé, aime les Programmes d’ajustement structurels dont les conséquences ravageuses en Afrique sont pourtant selon ses propres mots "des atouts", puisqu’on a "privatisé, on a réduit la taille de la fonction publique, on a un peu serré les vices." Et, tranche-t-il "tous les pays qui ont des difficultés en Europe c’est qu’essentiellement ils n’ont pas fait cette cure d’amaigrissement. On ne peut pas vivre au dessus de ses moyens, qu’on soit Africain, Européen, Américain." C’est dire combien les Africains vivent mieux, se soignent bien, s’éduquent convenablement depuis l’imposition des programmes d’ajustement structurels. Vivement que le libéralisme soit renforcé en Afrique ! On comprend alors pourquoi, naïvement et bêtement, des africains répètent à travers les rues et sur la toile que Cissé est "l’un des meilleurs économistes d’Afrique" et qu’il est "l’Alassane Ouattara du Mali"

Le Journal Jeune Afrique, quant à lui, nous apprend que Cissé "celui qui a signé de ses mains l’acte validant la dévaluation du franc CFA, en 1994, alors qu’il présidait le Conseil des ministres de l’Économie de l’UEMOA, défend l’arrimage du franc CFA à l’euro. Entre autres arguments avancés : la stabilité macroéconomique et les importations à bas coûts".

Ce parcours francophile, carriériste et destructeur pour les africains de Soumaïla Cissé, Les Echos du Mali daté du 19 juillet 2013 le décrit à l’insu de son plein gré quand le lecteur est informé que "un homme semble rassurer le peuple et réussir à constituer un pôle d’attraction multicolore : Soumaïla Cissé, candidat de l’URD. Déjà avant de se lancer dans la course à Koulouba, l’ancien président de la Commission de l’Uémoa a séjourné dans les différentes capitales de la sous-région où, en raison de son expertise économique et de son attachement à la République, il a bénéficié des bénédictions des chefs d’Etat ; ces derniers craignent comme la peste de voir le Mali tomber dans la main d’un mauvais gestionnaire qui s’empresserait de dilapider l’aide internationale et de replonger un pays convalescent dans la crise.

Partout où Soumaïla a rencontré, à l’étranger, nos compatriotes, il a été salué comme le Alassane Ouattara malien, c’est-à-dire le sauveur de la nation. Ce n’est pas fortuit puisque dans son programme de renouveau du Mali, le candidat place les Maliens de l’extérieur en bonne place. En tant qu’économiste chevronné, il sait l’importance de l’épargne mobilisée par la diaspora malienne." Conclusion : "S’il y a consensus sur l’expertise économique de Soumaïla Cissé, il y a aussi consensus sur sa capacité à rassembler les Maliens."

Comme on peut le voir, Cissé est prisé et il le dit lui-même à Paris, à Bruxelles où il se rend habituellement pour parler de la "zone UEMOA" et de "l’avenir du Mali". Cet homme est un acteur très important du système qui assassine froidement les africains.

Il faut le dire et le redire : le cadre africain est un cadre colonial. Dans un cadre colonial comme c’est le cas dans l’Afrique actuelle, le pouvoir d’Etat ne peut être remis en n’importe quelle main. Il ne peut que quitter une main soumise pour retomber dans une autre encore plus servile. Lorsque, par le hasard de l’histoire, ce pouvoir parvient à un homme qui n’est pas coopté par la Métropole, la vie de ce dirigeant devient un enfer. Tout est mis en œuvre pour l’assassiner (Sankara et bien d’autres), et lorsqu’on ne peut ou ne veut le tuer, on le renverse (Laurent Gbagbo et bien d’autres). Ce système ne peut dès lors se sentir que renforcé si la transmission du pouvoir se fait avec la participation du peuple à travers la voie électorale comme c’est le cas au Mali. Le peuple africain de ce territoire va donc "choisir" le changement de personne dans la continuité d’un système. Mais pour beaucoup d’Africains tout ceci n’est qu’accessoire voire anecdotique.

Ce cadre fonctionne pour satisfaire les besoins de l’extérieur au mépris des préoccupations endogènes. Tant que ce cadre ne sera pas remis en cause, détruit et reconstruit à l’aune des valeurs, des expériences et des besoins intérieurs, c’est peine perdue qu’on se tue à doter les proto-Etats africains de présidents et des gouvernements. Espérer que l’Afrique sortira des rapports d’exploitation et de soumission qu’elle entretient avec l’extérieur (notamment avec l’Occident) par des élections à l’issue desquelles on attend des élus des réformes revient à jouer à la poule qui couve des œufs pourris avec l’espérance que les 21 jours de couvaison déboucheront sur l’éclosion de poussins. On ne réforme pas la colonisation, on la détruit. Si tel n’est pas le cas, alors les rapports coloniaux deviennent selon les mots prononcés par De Gaulle dans son allocution radiotélévisée du 6 avril 1962 , des "rapports de coopération" qui en réalité continuent par servir la Métropole.

Un compatriote du Mali interrogé dans les rues de Bamako disait quant à lui "on veut être recolonisés. Je veux que la France reste au Mali".

Peut-être, n’y-a-t-il pas meilleure conclusion : on veut que la France reste chez nous et on veut être recolonisés.

Komla KPOGLI

27 juillet 2013

Web : http://lajuda.blogspot.com

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