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The revolution will not be televised

La bataille pour le contrôle des médias et, plus concrètement, des nouvelles technologies de l’information et de la communication (nTIC) est devenue une des batailles, si pas la bataille idéologique principale de notre temps ; le terrain privilégié sur lequel se déroule la véritable guerre entre l’idéologie dominante d’un système à bout de souffle et les contre-pouvoirs porteurs de projets de société alternatifs.

Qu’on ne s’y trompe pas : l’épisode Assange restera, sans doute, dans l’histoire, comme un événement marquant ouvrant sur une ère nouvelle. Toutes les conflagrations mondiales, à travers les siècles, ont connu ce détonateur minime, ce "fait-divers" insignifiant, cet "accident" anodin, cette "bavure" que l’on croyait sans autre lien que le hasard contraire, cette "provocation" dont on attendait tout sauf le déclenchement effectif des hostilités.

Les puissants le savent : la guerre a bel et bien commencé, comme le déclarait le cinéaste Moore après les manifestations de début d’année dans le Wisconsin. L’ingérence des services secrets et de police dans les réseaux sociaux, les lois limitant la liberté du Web (sous les prétextes les plus variés mais toujours marquées du sceau des meilleures intentions), les réunions d’Obama avec l’ensemble des grands pontes de la nouvelle économie et la mise à l’agenda comme point d’ordre du jour aussi bien de Davos que du G8 en disent long sur la crainte que ces réseaux provoquent dans des cerveaux et un système habitués au contrôle, engagés, par ailleurs, sur la voie du flicage, du sécuritaire et de la transparence. Qu’il suffise de penser aux caméras dont se peuplent nos villes. Oui, Big Brother is looking forward to controle you

Dans la véritable crise de contrôlite aigue que subissent tous les néodémocrates champions du relooking, maîtres dans l’art du marketing et de la rhétorique populiste, Silvio Berlusconi, en tant que précurseur, possède une place aussi importante que particulière. Investi, dès le début des années ’80 du XXème siècle, de ce rôle de grand communicateur, en même temps que l’ancien Pape, lui aussi appelé le "grand communicateur", dans un pays, l’Italie qui, depuis les années trente du même siècle, a toujours fait office de laboratoire occidental. Pour qui s’intéresse à l’histoire, il est un fait que ce qui se passait en Italie devenait référence pour les uns comme pour les autres (un PC proche de la majorité absolue, des mouvements extrémistes, le terrorisme, la fin de la toute-puissante famille social chrétienne, la polarisation en deux blocs hétéroclites, la dilution de l’Utopie la plus noble dans une gauche pragmatique et postmoderne, la médiatisation et la pipolisationde la vie politique, etc.)

Bien sûr, Berlusconi a des procès sur le dos, bien sûr il perd des villes et des fiefs lors de chaque élection, bien sûr parfois il perd carrément le contrôle, bien sûr… De fait, comme le souligne un journal espagnol, quelles que soient les suites des résultats des élections de ce week-end en Italie ou l’issue des affaires judiciaires dans lesquelles il se trouve impliqué, Berlusconi peut s’enorgueillir d’avoir, d’ores et déjà , gagné la bataille politique et idéologique pour laquelle "le directeur de casting anonyme" l’avait engagé : révolutionner le paysage politique (à la manière dont ses junk-télés ont révolutionné le paysage audiovisuel) et, au départ de cela, renverser durablement le rapport de force entre les antagonismes historiques de la société italienne. L’imago mundi des classes populaires n’est plus autre que celle que projette Tele5. Sarkozy, Obama, le G20 et, au-delà , ce qu’il est convenu d’appeler "la communauté internationale" en bavent sûrement de jalousie… "quelque part"…

A ceci prêt que les scénaristes "anonymes", pour inventifs qu’ils puissent être, en ont tout de même oublié trois données d’importance, dans cette série très bon marché qui constitue leur fond de commerce depuis de longues années déjà . Tout d’abord, le déclin annoncé de Berlusconi and Company tient au fait que l’on enterre l’ère télévisuelle pour entrer, de plain pied, dans celle du cyberespace ; ensuite, la superstructure-dont font partie les médias et donc l’idéologie- constitue le reflet de l’infrastructure et non l’inverse ; enfin, la conscience de classe de l’opprimé ou de l’exploité ne se télécommande pas -même à grands coups de bouquets sportifs, de bimbosdénudées et de discours volontaristes qui, dans le plus pur style Mussolinien, veulent redonner au peuple la fierté et l’honneur perdus en allant les chercher du côté de l’Antique et des "Racines éternelles" de l’archéologie, chirurgicale et "sexy", que j’appellerais hystérique ! Autant de tentatives de dénégation d’un réel tout empreint de privations, de misère culturelle, de crise économique sans fond, de manque de démocratie et de corruption généralisées, de complexe d’infériorité que l’on veut afficher en son juste contraire -comme le Macho Wagnérien maquille son "indiscutable" impuissance…

L’alternative

D’un côté ceux qui croient encore que Facebook et Twitter font les révolutions -alors que ce sont les révolutions qui les utilisent comme les outils qu’ils sont- alors que c’est l’Internet la véritable révolution et le véritable espace alternatif et de liberté (en fin de compte, FB, notamment n’est pas autre chose qu’une pompe à fric, géniale, mais pompe à fric quand même destinée "à engranger des bénéfices au travers de la publicité et d’aider les entreprises à vendre davantage", dixit le patron de FB au G8) ; de l’autre, ceux qui ne jurent que par l’économie réelle, celle du concret et des briques, des chaînes de montage et de la plus-value sur le travail mort (comme disent les marxiens), alors que les uns ne vont pas sans les autres car les moyens de production se sont développés de telle manière qu’aucune marche arrière n’est plus possible et que c’est Zuckerberg qui a raison face aux anciens du G8 : c’est lui l’avenir ! La manière de produire, crée les conditions de l’être ensemble et celles-ci l’idéologie qui lui fait comme un costard sur mesure (jamais l’inverse). La prise de conscience, par les individus, de leur exploitation et de leur aliénation met en place les prémisses de changements qualitatifs potentiels, révoltes, bouleversements, guerres ou révolutions.

Quoi qu’il en soit, quelle que soit l’évolution de la contrôlite compulsive à tendance orthocratique, ces outils resteront ce qu’ils sont : des outils. Ce n’est pas l’outil que la société internationale « anonyme » désire bâillonner, mais bien les Hommes et les Femmes qui les utilisent de plus en plus et de mieux en mieux, grâce, notamment, à la démocratisation du prix comme des savoir-faire (elle-même découlant de l’impérieuse nécessité du dieu Marché de vendre de plus en plus dans un village à présent réellement globalisé). Prédire l’issue de cette guerre larvée reste une tâche des plus ardues. L’Homme et la Femme, citoyens du cyberespace restent une énigme pour les camps en présence. On n’en est qu’au début du développement réel des NTIC et personne ne sait comment elles vont se développer. Aujourd’hui, l’usage varie du somnifère de substitution, machinerie productrice de fantasmes, d’imaginaire et de virtuel, à l’utilisation dite citoyenne en tant que moyen d’échange, d’éducation, d’ouverture sur les autres et sur le monde, d’enrichissement personnel et collectif.

Ces outils ne sont que des porte-voix et les mouvements opérés dernièrement par l’Administration US prouvent, à l’évidence, que la leçon a été bien apprise dans le sens que le porte-voix citoyen peut devenir aussi, in fine, porte-voix politique, militaire et économique : outil supplémentaire de contrôle réel et de manipulation. Au-delà de ce passe-temps addictif et solitaire, dont on disait qu’il allait démonter un peu plus des liens sociaux, par ailleurs, déjà bien détissés, les révoltes Arabes et la #spanishrevolution confirment qu’en la matière, rien n’est définitif ni écrit à l’avance, en même temps qu’elles confirment que l’enjeu véritable reste bien l’Internet (les blogs, les CMS, le libre, l’open-source et l’inter connectivité à base communautaire, etc.), en aucun cas Facebook, Google, Twitter ni même Wikipedia.

Alors, le loup est-il entré dans la bergerie, invité par le berger lui-même ou bien noyé dans une foule de moutons trop occupés à balayer l’écran ? Une chose est sûre : en Espagne, en Italie, en France, en Grèce, aux USA, en Afrique, comme ailleurs, c’est sur ce terrain-là , celui de l’Internet et des nTIC que se gagneront ou se perdront les batailles politico-idéologiques à venir. La "guerre" n’a fait que commencer. A chacun de bouger ses pions et d’agir en conséquence, car qui possèdera le contrôle de la Toile, possèdera, de facto, les instruments permettant l’ouverture ou la fermeture, un saut qualitatif dans le sens de la liberté ou dans celui de l’écrasement, de l’abrutissement, de la manipulation et du contrôle des frontières, même virtuelles, sans lesquelles Big Brother perd une énorme partie de sa trop souvent terrifiante "superbe".

José Camarena 310511

© Hozé 5/2011

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