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Tupi or not to be - Au nom de Dieu et du New York Times, le différend à propos du récit concernant la destitution et les différents Brésils. (El Pais Brasil)

La journée du 17 avril 2016 (quand la Chambre des Députés a voté la recevabilité du processus d’impeachment de la présidente NdT) a montré de manière évidente que la crise au Brésil n’est pas seulement politique et économique, mais que c’est aussi une crise qui concerne l’identité, l’éthique et l’esthétique. Le projecteur braqué sur la Chambre des députés, dans une transmission diffusée en direct à la télévision, a révélé une véritable galerie des horreurs. Même pour ceux qui soutenaient l’ouverture du processus d’impeachment de la présidente Rousseff. Le lendemain, un autre événement s’est produit, tout aussi révélateur : le différend a été transporté en territoire « étranger ». Ce n’est pas une dispute quelconque, mais une dispute sur la façon de nommer ce qui est arrivé. Cela vaut la peine de suivre cette piste.

La presse internationale montre du doigt le Brésil et dit, avec des variantes, que le spectacle est ridicule, et que ce qui est arrivé était un véritable cirque. La Présidente Dilma Rousseff et le PT sont entrés dans le différend à l’étranger pour nommer l’événement : ce qui arrive est un « coup d’Etat ». Le président de la Chambre des députés, Eduardo Cunha (PMDB), a mandé deux envoyés spéciaux pour assurer un autre récit : la destitution est légitime, les institutions brésiliennes fonctionnent, tout est dans les règles. Des voix s’élevèrent pour accuser Dilma Rousseff d’exhiber le Brésil à « l’étranger », et de nuire à l’image du pays, en le réduisant à une « république bananière ». A l’ONU, Dilma Rousseff retira l’expression « coup d’État » et choisit de le représenter officiellement par un autre mot, « régression », pour éviter la rupture. Mais ce n’est pas là que se joue le conflit. La guerre est sur le territoire des narrateurs. Et les narrateurs contemporains sont (encore) en grande partie dans la presse.

La querelle autour de la destitution a approfondi ce qui avait été déjà constaté dans les événements de 2013 : la crise de la presse brésilienne n’est pas seulement économique, mais également liée à sa crédibilité. Comme pour les partis politiques, la crise de la presse est aussi une crise de représentation, puisque des parties importantes de la population ne se reconnaissent pas dans la couverture des événements. En ce sens, le regard de l’autre, représenté ici par la presse internationale, renvoie quelque chose sans quoi on ne fait pas de journalisme digne de ce nom : l’étonnement, point de départ de celui qui veut déchiffrer le monde qu’il voit.

Et, à partir de cet étonnement, il cherche à comprendre comment une présidente démocratiquement élue par 54 millions de voix, sans crime de responsabilité avéré, assiste à l’ouverture du processus de sa destitution dirigée par un homme mis en accusation par la Cour suprême (Eduardo Cunha, cité plus haut NdT), dans une Chambre des députés dont une partie des membres fait l’objet d’enquêtes pour des crimes allant de la corruption à l’utilisation du travail esclave, au travers d’un spectacle qui révèle de manière grotesque les fractures historiques du pays.

Le récit construit par une partie de la presse brésilienne sur ce moment le plus complexe de l’histoire récente du pays, la manière avec laquelle ces médias occupent leur rôle de protagonistes, ainsi que les conséquences de ce comportement, méritent toute l’attention. Beaucoup de livres, probablement, seront écrits sur ce sujet, les questions ne cessant d’apparaître. Dans cet article, cependant, je veux suivre une autre piste, que je considère par trop fascinante pour être laissée de côté. Il ne s’agit pas ici d’analyser ce que la presse d’autres pays a effectivement dit - et qui est loin d’être homogène selon ce qu’ils veulent vendre. Il ne s’agit pas ici d’« eux », mais de « nous ».

La piste que j’aborde ici prend comme point de départ l’interrogation suivante : que signifie apporter la dispute narrative sur le lieu symbolique du grand autre, « l’étranger » ? Et pas n’importe quel étranger, mais surtout celui qui parle d’abord anglais, puis allemand, français et espagnol (de l’Espagne, pas de l’Amérique latine). Et que signifie donner à cette entité appelée « presse étrangère », le pouvoir de nommer ce qui est arrivé – et ce qui arrive – au Brésil ?

Et quelle est cette horreur qui nous poursuit depuis le dimanche 17 avril ? C’est l’horreur de l’impossibilité du mot. L’horreur est aussi une enfance qui ne finit jamais. Il est tout sauf banal que dans l’un des moments les plus riches de sens de notre histoire récente, les mots manquent pour raconter le Brésil. En partie parce que ces mots ont été arrêtés par des murs de part et d’autre qui empêchent le dialogue. Et les mots qui ne passent pas produisent le silence. Parce que les mots ont été déformés, violés et vidés. Et cela produit un effacement.

Mais il y a plus que cela. Il est tout sauf banal que les mots manquants soient recherchés ailleurs. Parce que si nous ne parvenons pas construire un récit en notre nom propre, comment pouvons-nous constituer un pays ?

C’est là que se trouve l’abîme, comme le savaient déjà les modernistes de 1922. L’abîme est toujours là. Et que cela le soit encore exige que nous nous lancions dans la tâche impérative de trouver maintenant les mots qui manquent. Ou bien de les inventer. Pas dans la langue de Camões, mais « dans les langues qui se frottent à celle de Camões », comme l’a chanté Caetano Veloso.

Qu’au lieu de cela nous nous jetions à la recherche de la manière dont l’autre nous nomme, que l’autre nous dise le nom de la chose qui se passe ici, est tout à fait révélateur. Moins l’Europe maintenant que les États-Unis, moins Paris que New York, moins aujourd’hui Le Monde que le New York Times. Comme si devant la scène encore à déchiffrer nous n’étions pas capables de parler en notre propre nom.

Et ici, il est toujours utile de souligner qu’il ne s’agit pas de nationalisme ou de purisme à la façon d’Aldo Rebelo (Ministre actuel de Dilma Rousseff, dont la position envers la langue brésilienne, par exemple, fait assez penser au mouvement anthropophagique de Mario de Andrade. Cette critique est-elle vraiment justifiée ? NdT). C’est bien le contraire. L’autre, quel qu’il soit, peut et doit parler de nous. Il est important qu’il parle. Mais la question ici est autre : c’est est la raison pour laquelle nous lui déléguons le mot que nous ne sommes pas en mesure de trouver – ou de créer. Et qui concerne le jeu lui-même d’identité/des identité essentiel à la construction d’une personne – et également d’un pays. Et comment cette problématique est à la racine même de la crise.

Le Brésil, ce pays né de l’invasion européenne et qui a promu d’abord le génocide indigène, puis celui des esclaves africains – tous deux encore en cours, il faut le dire – est né par une lettre du portugais Pero Vaz de Caminha. Une partie de notre trajectoire a été racontée à travers le regard de voyageurs remarquables, comme le français Auguste de Saint-Hilaire.

Tout se qui se dit du Brésil, et qui le constitue donc comme histoire, est dit dans une langue étrangère, comme tout pays qui naît de l’usurpation du corps d’un autre.

Le Brésil, étranger à lui-même, puisque ce qui existait ici en 1500 n’était pas le Brésil, est constitué par le conflit, la domination et l’extermination, également exprimés dans la construction de la langue. Même si la langue portugaise s’était imposée en même temps que ses locuteurs, les peuples envahis et ceux mis en esclavage s’en sont emparée. D’abord par les langues autochtones, puis par les langues africaines.

Sans cette contre-invasion par le mot, la résistance des esclaves et des envahis, l’existence d’un pays en son nom propre serait impossible. La vie des morts persiste et résiste dans les courbes du corps de la langue portugaise.

Cette construction est un champ conflictuel permanent. Il suffit de se souvenir des combats de ces dernières années entre la norme dite cultivée du portugais et les variations du portugais brésilien, considérées par les élites comme indésirable et mineures, « erronées ». Il suffit d’écouter les langues créées dans les périphéries urbaines et dans la forêt amazonienne, les langues vivantes qui se disputent le nom propre du Brésil. Qu’au moment où se dispute la narrative sur la chose qui est en train d’arriver ici, ou sur le nom de cette chose, que cette dispute soit apportée sur le terrain de la langue de « l’étranger », c’est peut-être la meilleure traduction de ce que nous sommes.

Il y a plusieurs raisons et significations à cela. Mais il existe aussi peut-être une nostalgie envers le colonisateur. Une demande envers le père. Ou l’autorité.

Dites-nous, vous qui savez ce qui se passe ici. Donnez-nous un nom.

Nos élites, comme on le sait, sont plutôt ringardes. Elles ont d’abord courtisé la France, maintenant c’est le tout anglais. Américain de préférence. Les États-Unis, cette colonie qui a réussi a devenir une métropole et finalement LA grande puissance mondiale.

Qu’une partie de la presse et de l’élite soit maintenant vilipendée en langue anglaise est une ironie des plus intéressantes.

Avec l’arrivée de Lula au pouvoir, le premier président qui n’appartenait pas à l’élite, l’attente de certains, dont moi-même, était la fondation d’une nouvelle idée de pays. Autrement dit, que le Brésil soit moins un imitateur et plus un créateur. Et dans l’économie également.

Eduardo Viveiros de Castro souligne bien cette perspective dans une interview donnée à Outras Palavras en 2012, quand on avait déjà compris que cette possibilité était perdue, au moins au cours du gouvernement Lula : « Je pense que, de toute façon, il faut insister sur l’idée que le Brésil a – ou, à ce stade, aurait – les conditions écologiques, géographiques, culturelles d’élaborer un nouveau style de civilisation, qui ne soit pas une copie appauvrie du modèle américain et nord-européen. Nous pourrions commencer à expérimenter timidement une sorte d’alternative aux paradigmes techno-économiques développés dans l’Europe moderne. Mais je suppose que si un pays va finir par faire cela, ce sera la Chine. Il est vrai que les Chinois ont 5000 ans d’histoire culturelle presque continue derrière eux, et que ce que nous avons à offrir sont seulement 500 ans de domination européenne et une triste histoire d’ethnocide, délibéré ou non. Pourtant, le manque d’inventivité de la société brésilienne est inexcusable, surtout de la part de ses élites politiques et intellectuelles, qui ont perdu plusieurs occasions de s’inspirer de solutions socio-culturelles que les peuples brésiliens ont offerts historiquement, et d’articuler ainsi les conditions d’une civilisation brésilienne au moins un peu différente des publicités télévisées ».

Lula, comme nous le savons, a adopté un modèle de développement qui a ignoré le plus grand défi de ce moment historique, le changement climatique. Et Dilma Rousseff s’est montrée une gouvernante dont la pensée est cimentée dans le 20ème siècle, voire parfois au 19ème. Mais c’est dans la production symbolique qu’il est clair qu’il s’agissait encore de « gagner » sur l’autre. Ou être reconnu « par les grands » – ou « par les adultes ».

Lula a terminé son deuxième mandat fêté en Europe et aux États-Unis comme celui qui avait inclus des dizaines de millions de brésiliens dans le monde de la consommation. « L’invention » du Brésil était très intéressante : sortir les gens de la pauvreté sans toucher au revenu des plus riches. Avec ce miracle « made in Brazil », Lula pouvait être le « Obama’s guy ». « This is my man, right there. I love this guy » (« le voilà, c’est lui, j’adore ce mec »), a déclaré le président en 2009. « L’homme politique le plus populaire sur la Terre ».

Ce qui restait caché au milieu de cette fête était que la « magie » obéissait à une vieille recette : l’exportation de matières premières comme le Brésil le faisait depuis toujours. On oubliait aussi de dire que cette « création » était faite sur la base de la destruction de l’environnement, comme toujours encore depuis 1500. La nouveauté n’était pas si neuve. Et dès que le charme a été rompu, les plus riches, dont les rentes n’avaient pas été touchées par les gouvernements du PT, ils se sont retournés contre Dilma Rousseff.

Le destinataire de la production de symboles se révèle dans le choix des événements qui auraient dû montrer, de manière définitive, que l’éternel pays du futur était finalement parvenu à un glorieux présent. Deux événements internationaux, deux événements à montrer au monde : la Coupe du Monde de 2014 et les Jeux Olympiques de 2016.

Le sujet de cette narrative est plutôt confus. C’est un sujet assujetti. Quand on joue dans le champ de l’autre, et selon les termes de l’autre, on perd par 7 à 1. Quant aux Olympiades, elles sont assombries par un moustique, le super-vilain archaïque (et ses corollaires : le virus zika, la dengue et le chikungunya NdT) qui révèle les vieux maux comme le manque d’assainissement basique. Et la nouvelle piste cyclable de Rio s’effondre en tuant deux personnes, le jour même où la torche olympique est allumée en Grèce [1]. La construction, tant symbolique que concrète ne tient pas debout. « Lost in translation ». [2].

Ce Lost in translation perdurera tant que le nom propre ne sera pas trouvé. Tant que le Brésil ne parlera pas en son nom propre. Tant que le Brésil insistera à vouloir être découvert quand il doit s’inventer.

Cette réalité est le décor de l’extraordinaire pièce de théâtre de Felipe Hirsch et Les Ultralíricos, A Tragédia Latino-Americana (La Tragédie latino-américaine [3]), dans laquelle les éléments de décor sont construits pour s’effondrer ensuite, puis réarrangés pour immédiatement tomber en ruines, et reconstruits encore pour s’effondrer à nouveau, et à nouveau, et à nouveau.

Juché sur ces structures en construction et en dissolution permanente, le personnage de Pero Vaz de Caminha récite sa lettre, narré dans une prose inventive de l’écrivain Reinaldo Moraes. Pour parodier le portugais, le brésilien envahit la langue de l’envahisseur (cette parodie de portugais du Xvème siècle, où des horreurs sont décrites dans une langue érudite et fleurie, est presque impossible à traduire. J’invite les lusophones à se reporter au texte original NdT).

Créer ce qui peut être un « en nom propre » a été le défi des principaux mouvements culturels du 20ème siècle, des modernistes de 1922 [4] au Cinema Novo [5] et le mouvement Tropicalia [6]. Lesquels, et certainement pas par coïncidence, ont été interrompus par des dictatures. En 2013, le peuple à de nouveau occupé en force les rues, pour être réprimé par les bombes lacrymogènes de la Police Militaire (équivalent, en moins policé, de notre Gendarmerie NdT) et par la violence du mot « vandales », utilisé par la presse conservatrice pour faire taire ce qu’elle ne voulait pas entendre, ou à ce qu’elle n’était pas capable d’interpréter.

C’est encore de 2013 dont il s’agit, et pour longtemps encore. De ce qu’il n’est plus possible de contenir, et qui revendique de nouveaux mots pour être dit. Non plus comme discours, comme dans les mouvements de la modernité, mais comme fragments, ou comme discours contre-discours, dans la plus importante irruption esthétique de notre post-modernité.

Le Brésil n’est ni patrie ni matrie, mais fratrie, comme l’a chanté Caetano Veloso. Pour trouver les mots avec lesquels nous construirons la narrative d’aujourd’hui, il faut regarder vers Oswald de Andrade, vers Villa-Lobos, vers Glauber Rocha, vers Zé Celso Martinez Corrêa, vers Davi Kopenawa et Ailton Krenak, vers Mano Brown et Emicida, vers Eliakin Rufino, vers Sérgio Vaz, vers Laerte, vers Mundano [7]. Vers tant d’autres. Vers la perspective amérindienne de Eduardo Viveiros de Castro. Vers la littérature de Carolina Maria de Jesus [8]. Vers la Commission de la Vérité (Comissão da Verdade [9]). Celle des crimes de la dictature. Et celle des crimes de la démocratie.

Il faut regarder vers le funk de celles qui commandent chez elles, qui ne sont pas refoulées. Vers les familles constituées de deux hommes ou de deux femmes, vers celles qui ont trois beau-pères et aucune belle-mère, vers celles où il n’y a qu’une seule femme. Et pour les femmes qui auparavant étaient des hommes. Pour les dieux qui refusent d’être victimes de l’escroquerie proférée au micro du parlementaire.

Pour refonder le Brésil, il faut percevoir que les périphéries sont le centre. Que notre capitale symbolique n’est pas São Paulo, mais Altamira (municipalité de l’État du Pará, plus étendue que le Portugal, connue pour ses problèmes sociaux et ethniques, sa violence, les conflits territoriaux et le barrage en construction de Belo Monte sur le fleuve Xingu NdT).

Il est impossible de ne pas se souvenir des paroles entendues dans Terra em transe, film de Glauber Rocha (1967) :

- Cette fête de barbares colonisateurs n’est pas possible, avec la guerre et le christ à la même position. La force de la foi est impossible, la naïveté de la foi est impossible. (...) Nous n’assumons pas notre violence, nous n’assumons pas nos idées, la haine des barbares endormis que nous sommes. Nous n’assumons pas notre passé. (...) C’est impossible de croire que tout ceci est vrai... Jusqu’à quand allons-nous supporter tout ça, jusqu’à quand allons-nous supporter ça, au delà de la foi et de espérance...

dit le journaliste, après avoir découvert que les mots sont inutiles.

- Ils apprendront ! Ils apprendront ! Je nommerai cette terre. Je mettrai en ordre ces traditions hystériques. Par la force. Par l’amour de la force. Par l’harmonie universelle des enfers nous arriverons à une civilisation !

dit le politicien qui s’est corrompu.

Que faire devant l’horreur ? Reprendre la parole, celle qui traverse les murs. Affronter le défi de construire une narrative, nécessairement polyphonique, sur le moment présent, dans tous les espaces. Sans fuir les contradictions qui pourraient souiller la limpidité du discours. Au contraire. En prenant ces contradictions à bras le corps, car elles créent le discours.

Le nom de la chose est le mot que nous devons trouver pour inventer le Brésil.

Eliane Brum est écrivain, reporter et documentariste. Auteure des livres Coluna Prestes – o Avesso da Lenda, A Vida Que Ninguém vê, O Olho da Rua, A Menina Quebrada, Meus Desacontecimentos, et du roman Uma Duas. Site : desacontecimentos.com Email : elianebrum.coluna@gmail.com Twitter : @brumelianebrum

http://brasil.elpais.com/brasil/2016/04/25/opinion/1461595521_717873.html

Traduction Si le Brésil m’était traduit...

Notes du traducteur :

[1] 50 mètres d’une piste cyclable flambant neuve, longeant la mer à partir de la plage du Leblon, à Rio de Janeiro, s’est effondrée le 21 avril 2015, trois mois après son inauguration, en tuant deux personnes. L’enquête et les informations qui apparaissent peu à peu montrent la collusion privé-public dans les travaux d’infrastructure, et comment l’entreprise responsable de cette construction a vu le nombre de ses contrats avec la Mairie être multipliés par 18 avec l’arrivée du nouveau maire Eduardo Pães, et son Secrétaire municipal au Tourisme, dont la famille est propriétaire de cette même entreprise. Les lusophones peuvent lire l’article édifiant du Jornal do Brasil, daté du 23 avril dernier.

[2] « Lost in translation », référence à une définition de la poésie par le poète américain Robert Frost : « Poetry is what gets lost in translation » dont une traduction possible est : « La poésie est ce qui se perd dans une traduction ». C’est aussi le titre d’un film de Sofia Coppola, sorti en 2003 et qui propose une réflexion sur l’isolement, le mal-être, la désorientation culturelle et le langage.

[3] A Tragedia Latino-Americana, pièce de théâtre de Felipe Hirsch et Os Ultralíricos, montée à São Paulo jusqu’au 17 avril 2016, discute l’héritage de la colonisation en exposant les petites et grandes tragédies du peuple sud-américain par une série de tableaux tirés d’extraits de textes de grands écrivains du continent.

[4] Le Modernisme au Brésil

Le symbole du Modernisme au Brésil est la Semana de Arte Moderna [Semaine d’Art Moderne], réalisée à São Paulo en 1922. Cette manifestation est considérée comme un élément diviseur dans l’histoire de la culture brésilienne. Organisée par un groupe d’intellectuels et d’artistes à l’occasion du Centenaire de l’Indépendance, la Semana déclare la rupture avec le traditionalisme culturel associé aux courants littéraires et artistiques précédents : le parnasianisme, le symbolisme et l’art académique. La défense d’un nouveau point de vue esthétique et l’engagement vis-à-vis de l’indépendance culturelle du Brésil font du modernisme un synonyme de "style nouveau" directement associé à la production réalisée sous l’influence de 1922. Heitor Villa-Lobos pour la musique ; Mário de Andrade et Oswald de Andrade, pour la littérature ; Victor Brecheret, pour la sculpture ; Anita Malfatti et Di Cavalcanti, pour la peinture, sont parmi les participants de la Semana et en rehausse l’ampleur et l’hétérogénéité. Les spécialistes considèrent la période de 1922 à 1930 comme la phase où devient évident l’engagement des artistes avec la rénovation esthétique en contact étroit avec les précurseurs européens (cubisme, futurisme, surréalisme etc.). Un tel effort de redéfinition du langage artistique s’articule à un grand intérêt pour les questions d’ordre national, qui occupent une place spéciale à partir des années 30, lorsque les idéaux de 1922 se diffusent et se normalisent. Bien que le modernisme au Brésil doive être pensé à partir de ses multiples expressions – à Rio de Janeiro, Minas Gerais, Pernambuco etc. – la Semana de Arte Moderna est un phénomène éminemment urbain et pauliste (de São Paulo), connecté à la croissance de São Paulo dans les années 20, à l’industrialisation, à l’immigration massive et à l’urbanisation.

[5] Cinema Novo est un mouvement cinématographique brésilien auquel appartenaient plusieurs réalisateurs brésilien des années 1950 et 1960 qui a influencé le néoréalisme italien et la Nouvelle Vague française. Les membres les plus représentatifs du cinema novo sont Glauber Rocha, Nelson Pereira dos Santos, Carlos Diegues et Joaquim Pedro de Andrade rejoints par après par Walter Lima Júnior ou Ruy Guerra. Leurs films représentent la réalité sociale du pays, son passé historique ainsi que la pauvreté, à la fois dans les grandes villes et dans la désolation du Nordeste.

[6] Le tropicalisme ou tropicália est un mouvement culturel apparu au Brésil en 1967. Son apparition fait suite au coup d’État de 1964, à l’origine de la dictature militaire. Ce courant a synthétisé divers courants sonores et lancé l’idée d’une musique universelle. Les tropicalistes contestaient le nationalisme et la musique populaire brésilienne de l’époque. Ils ont adapté le psychédélisme et le courant hippie à la réalité brésilienne. L’album manifeste du mouvement est Tropicália ou Panis et Circencis de 1968 qui réunit Tom Zé, Caetano Veloso, Gal Costa et Os Mutantes. Ils ont aussi signé un manifeste par un album du nom de Tropicália. En 1992, Caetano Veloso et Gilberto Gil ont enregistré un disque anniversaire, qui porte le nom de Tropicália 2.

[7] Oswald de Andrade (1890-1954), écrivain appartenant au mouvement moderniste ;

Heitor Villa-Lobos (1887-1969), compositeur ;

Glauber Rocha (1939-1981), réalisateur, scénariste, acteur, monteur, compositeur et producteur de cinéma brésilien. Leader du cinéma novo, la nouvelle vague brésilienne, il a également beaucoup écrit sur le cinéma comme journaliste et polémiste ;

Zé Celso Martinez Corrêa, écrivain, comédien et metteur en scène brésilien fondateur du Teatro Oficina en 19601 ;

Davi Kopenawa, chef chaman écologiste, humaniste, porte-parole emblématique international de la communauté d’Amérindiens Yanomami, co-auteur avec l’anthropologue français Bruce Albert de La chute du ciel. Paroles d’un chaman yanomami, préface de Jean Malaurie, Plon, coll. « Terre Humaine », Paris, 2010, 819 p. ;

Ailton Krenak, intellectuel de l’ethnie Krenak, l’un des dirigeants de la lutte indigène des années 1980 qui culmina par la garantie des droits fondamentaux qui furent inscrits dans la Constitution Fédérale de 1988. L’un des fondateurs de l’Union des Peuples Indigènes et de l’Alliance des Peuples de la Forêt, et protagoniste de nombreuses initiatives pan-indigènes.

Mano Brown et Emicida, chanteurs de rap, militants ouvertement contre l’impeachment de la présidente.

Eliakin Rufino, poète, chanteur, écrivain, professeur de philosophie, producteur culturel et journaliste. Il appartient, avec Zeca Preto et Neuber Uchoa, au mouvement Roraimeira – expression culturelle amazonienne, considéré comme fondamental pour la construction de l’identité du Roraima (État de l’Amazone, au nord du pays).

Sérgio Vaz, poète, installé dans la banlieue de São Paulo, a fondé en 2000 la Cooperativa Cultural da Periferia (Cooperifa). Il est également le créateur du Sarau da Cooperifa, qui réunit chaque semaine au Jardim Guarujá environ 400 personnes qui lisent et font de la poésie.

Laerte Coutinho dessinatrice et caricaturiste, considérée comme l’une des plus importantes du pays dans ce domaine. À 57 ans, elle a assumé sa transsexualité, provoquant une importante discussion sur l’identité de genre.

Mundano, artiste graffitiste.

[8] Eduardo Viveiros de Castro, anthropologue. Depuis 1984, il enseigne l’anthropologie au Museu Nacional de Rio de Janeiro. Il a également été Professeur de Latin American Studies à l’Université de Cambridge (1997-1998) et Directeur de recherches au CNRS (1999-2001). Ses travaux récents proposent une réflexion sur la constitution des collectivités amérindiennes, tout en maintenant une approche où se confrontent philosophie et anthropologie.

Carolina Maria de Jesus (1914-1977), écrivain. Née dans l’État du Minas Gerais, au sein d’une communauté rurale où ses parents étaient métayers. Adulte, elle habita la favela de Caninde, au nord de São Paulo, où elle travaillait en collectant les déchets dans la rue. Petit à petit, sur les pages des revues qu’elle ramassait, elle se mit à enregistrer la vie quotidienne de la communauté. Carolina Maria de Jesus est considérée comme l’une des premières et des plus importantes écrivains noirs du pays. Outre quatre livres publiés de son vivant, elle a laissé 58 cahiers (5.000 pages), 7 romans, 60 textes courts, 100 poèmes, 4 pièces de théâtre et 12 paroles de musiques de carnaval.

[9] Comissao Nacional da Verdade – Commission Nationale de la Vérité, commission créée en 2011 pour enquêter sur les crimes et les violations graves des droits humains pendant la période 1945-1988.

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On ne l’a dit pas clairement : on a dit qu’il y avait désormais interdiction d’emprunter à la Banque centrale, ce qui n’est pas honnête, pas clair, et ne permet pas aux gens de comprendre. Si l’article 104, disait « Les États ne peuvent plus créer la monnaie, maintenant ils doivent l’emprunter auprès des acteurs privés en leur payant un intérêt ruineux qui rend tous les investissements publics hors de prix mais qui fait aussi le grand bonheur des riches rentiers », il y aurait eu une révolution.

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