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Une, deux, trois Bolivie... La déferlante Evo Morales.




Le Courrier, mardi 20 décembre 2005


S’il vivait encore, Ernesto « Che » Guevara fumerait certainement un bon Havane à la santé d’Evo Morales ! Car ce que le plus célèbre des guérilleros n’a pu conquérir par les armes, un solide paysan aymara, qui fréquenta à peine l’école, l’a obtenu dimanche par les urnes. Et avec quel panache !

Malgré les pressions étasuniennes, des médias défavorables et les incessantes campagnes de dénigrement, Evo Morales a pratiquement obtenu la majorité absolue dès le premier tour. Quel que soit le décompte final, nul doute que le leader du Mouvement au socialisme (MAS) sera le premier indigène d’origine populaire à diriger un Etat américain. Trente-huit ans après la débandade des rebelles du « Che » dans la jungle de Santa Cruz, le rêve d’une nouvelle Bolivie est bien vivant.

Certes, comme nous l’écrivions samedi, le plus dur est à venir. Vingt ans de réformes néolibérales et cinq cents de colonialisme meurtrier ne s’effacent pas d’un coup de baguette magique. L’intégration des millions de laissés-pour-compte - paysans pauvres, mineurs exploités, travailleurs précaires - dans la nation bolivienne exigera de la patience et de l’obstination. Le programme du MAS est audacieux, encore faudra-t-il que l’Etat puisse rediriger les moyens financiers vers cette nouvelle économie solidaire et humaine qu’Evo Morales et son colistier Alvaro Garcà­a Linera appellent de leurs voeux.

Une chose est certaine, même battus par les urnes, ceux qui accaparent aujourd’hui les richesses naturelles boliviennes ne laisseront pas filer leurs privilèges sans mot dire. Les curieuses manoeuvres, ce week-end, du Conseil électoral bolivien, qui a exclu du scrutin des milliers d’électeurs modestes sous des prétextes fumeux, préfigurent les entraves que certaines élites ne manqueront pas de mettre devant le gouvernement de M.Morales. D’autant que celui-ci semble avoir raté de justesse la majorité absolue à la Chambre haute du parlement. Quant aux multinationales, visées par les projets de nationalisation des hydrocarbures, elles tenteront par tous les moyens d’empêcher que la volonté populaire ne se fasse.

Mais foin de bémols ! Les raisons de se réjouir sont suffisamment rares pour ne pas partager, sans arrière-pensée, la joie qui depuis dimanche a envahi les quartiers défavorisés d’El Alto ou les plaines du Chapare. Parti de rien il y a dix ans, le mouvement social bolivien a démontré que rien n’est jamais impossible si on ne cède ni au découragement ni à l’intimidation. En ce sens, sa révolution pacifique est exemplaire.

Le contexte régional n’y est certainement pas étranger. Car avant les Boliviens, les électeurs brésiliens, vénézuéliens, panaméens ou uruguayens avaient déjà refusé que la politique de leur pays ne soit élaborée à la Maison Blanche ou à la bourse de Londres. Le virage latino-américain, aussi soudain qu’imprévisible, se confirme. Avec, en Bolivie, des accents anti-impérialistes encore plus marqués. Une leçon de souveraineté et de volontarisme politique dont feraient bien de s’inspirer nos molles social-démocraties européennes !

Il y a quarante ans, le « Che » exhortait les peuples à « créer un, deux, trois, plusieurs Vietnam ». On a envie de le paraphraser : « Une, deux, trois Bolivie ! »

Benito Perez

- Source Le Courrier de Genève www.lecourrier.ch


La déferlante Evo Morales


Par Nadine Crausaz, Bolivie, mardi 20 décembre 2005.


Le futur chef de l’Etat a passé son dernier week-end de syndicaliste-candidat en compagnie d’une cohorte de journalistes étrangers. Récit.


Le syndicaliste aymara Evo Morales est devenu le premier indigène a accéder à la présidence de la Bolivie. Fait historique dans ce pays mais également pour tout le continent américain. Morales a écrasé son principal adversaire « Tuto » Quiroga en obtenant, selon les dernières projections, la majorité absolue. En 2002, le candidat du Mouvement au socialisme (MAS) avait culminé à 21% des suffrages. Morales avait clos sa campagne jeudi dernier dans son fief de Cochabamba dans un stade plein. Vendredi, visiblement marqué par la fatigue d’une campagne éreintante, « Evo » s’est encore prêté de bonne grâce à toutes les sollicitations et a vu défiler les équipes de TV internationales dans son modeste bureau sis au 2e étage du siège du syndicat des cocaleros sur la place Sucre, en face du siège de son parti.


L’hommage à Bolivar

Départ pour le Chapare tropical, samedi, où le leader paysan doit voter parmi les siens. Une centaine de représentants de la presse internationale accourus pour couvrir l’événement le suivent à la trace. Fan du « Che » Guevara, dont il porte le portrait en médaillon, Evo Morales rend hommage à Bolivar : « Ce sera la victoire de tout le peuple bolivien. Nous allons reconstruire la patrie. »

Mais aujourd’hui, l’heure est encore à la détente pour le citoyen Morales. Partageant ses repas avec les journalistes, il s’adonne à la pelota avec quelques amis. Grand passionné de sport, Morales doit cependant faire l’impasse sur le football qu’il adore, en raison d’une récente opération des ligaments du genou effectuée à la Havane. « Le sport est un excellent outil de développement social et éducatif. Le nouveau gouvernement va renforcer son soutien aux jeunes principalement, pour les doter de meilleures structures et les encourager à pratiquer le sport. » Evo est supporter de la sélection et des clubs boliviens. Mais il ne cache pas son admiration pour le Real Madrid, le Brésil et Ronaldo.

Morales ne s’embarrasse pas de service de sécurité et reste d’un abord très facile. Il a fait fi, au cours de la campagne, de nombreuses menaces d’attentats voire de mort sur sa personne : « Je ne réponds pas à ces basses manoeuvres de déstabilisation et de satanisation. La campagne a été rude et nos adversaires ont pratiqué la sale guerre de la diffamation. Mais nous ne sommes pas rentrés dans ce jeu-là . »

Dimanche matin, Evo Morales, entouré de toute la population de la petite Villa 14 septiembre, des médias et des délégués de l’Organisation des Etats américains (OEA), mandatés pour contrôler le bon déroulement de l’élection, rejoint le bureau de vote. Sous les crépitements des flash, il dépose son bulletin dans l’urne. Un acte moins banal qu’il n’y paraît en cet étrange dimanche électoral, où plus d’un million de citoyens ont été privés de leur droit de vote, faute de s’être inscrits dans les délais impartis par un décret de la Cour nationale. Les campagnes de La Paz, Oruro et Cochabamba, bastions du MAS, sont les plus touchées... L’énorme couac administratif n’a pas empêché la déferlante bleue, blanche et noire, les couleurs du MAS, sur tout le pays.


« M. Bush, sortez d’Irak ! »

Mais Evo Morales l’ignore encore. En sortant de l’isoloir, il lance un appel clair aux détracteurs de la production de coca, matière première de la cocaïne, dont la Bolivie est le troisième producteur. « Nous voulons combattre les narcotrafiquants autant que les Américains mais nous n’acceptons pas leur ingérence en matière de pénalisation de la culture de coca. La feuille de coca est un instrument politique. La coca fait partie de notre culture et de notre pharmacopée. Il est exclu que les Etats-Unis utilisent ce prétexte pour venir se mêler de nos affaires. »

Morales se présente comme le pire cauchemar pour les néolibéraux. Il ne cache pas son amitié avec Hugo Chavez ou Fidel Castro : « Mon message à Bush est clair. S’il veut revendiquer la démocratie, il doit sortir ses troupes d’Irak sans délai et retirer toutes les bases militaires US en Amérique du Sud. »


Premier discours au siège des cocaleros

Dans l’après-midi, Morales rallie la Paz en avion pour y retrouver son candidat à la vice-présidence Alvaro Garcà­a Linera, sociologue, analyste politique très présent dans les médias, ex-dirigeant de l’Armée guérillera Tupac Katari (EGTK). Mais une fois les résultats connus, le futur président revient à Cochabamba. Du siège du syndicat des cocaleros, le futur président s’adresse pour la première fois aux Boliviens : « C’est une nouvelle histoire pour tout le peuple. Nous sommes présidents. L’époque de la discrimination, du racisme est terminée. Nous ne laisserons plus personne se faire traiter comme des animaux. »

Redouté pour son programme de nationalisation des hydrocarbures par les investisseurs étrangers, il se veut rassurant : « Nous voulons rompre les contrats illégaux passés entre les anciens gouvernements et les compagnies étrangères, mais en aucun cas nous voulons exclure les personnes et entreprises qui souhaitent reconstruire la Bolivie pour les Boliviens. »

Nadine Crausaz


Presque élu, mais sans majorité au parlement


Les résultats définitifs ne tomberont qu’aujourd’hui, mais tout indique qu’Evo Morales sera le prochain président bolivien. Hier, deux décomptes indépendants donnaient M. Morales élu avec 51% des voix. Un sondage à la sortie des urnes le créditait en revanche de 50% des voix. Toutefois, si l’Aymara n’obtenait pas la moitié plus une voix requise pour être élu au premier tour, le Congrès bolivien serait soumis à une énorme pression pour l’élire.

Ses principaux rivaux ont d’ailleurs concédé leur défaite. « Je félicite publiquement et ouvertement Don Evo Morales », a déclaré son principal rival, l’ancien président conservateur Jorge Quiroga, qui arrivait loin derrière en deuxième position, avec environ 30% des suffrages. « Evo Morales a gagné et c’est tout que j’ai à dire », a de son côté commenté le magnat du ciment Samuel Doria Medina, autre candidat conservateur.

Le gouvernement qui prendra ses fonctions le 22 janvier prochain devra faire face rapidement à une série de dossiers sensibles : menaces de séparatisme à Santa Cruz (est), la riche capitale économique et symbole de réussite, la nationalisation du gaz et les relations tumultueuses entre Evo Morales et les Etats-Unis.

« Evo dispose d’un grand avantage il a obtenu une majorité sans précédent dans le pays et cela lui donne une grande légitimité », souligne l’analyste Guido Riveros.

Toutefois, si M. Morales a dépassé la majorité absolue à l’élection présidentielle, le MAS n’aurait obtenu que la moitié des sièges au Parlement. La Chambre basse lui semble en effet acquise, mais il lui manquerait un sénateur pour faire basculer la Chambre haute. Le risque de blocage n’est pas à sous-estimer. D’autant que les nouveaux dirigeants devront répondre aux attentes des nombreux syndicats paysans qui font partie du MAS où l’ont soutenu et faire face aux menaces de désintégration du pays entre l’ouest andin et pauvre et les régions de l’est possédant les richesses gazière et agricoles du pays. « La forte présence du MAS (40% des voix à la présidentielle) dans les départements de l’est devrait effacer les craintes d’affrontements de l’Altiplano avec cette région », estime Juan Quintana, directeur de l’Observatoire sur la démocratie et la sécurité.

CO/Agences

- Source : Le Courrier de Genève : www.lecourrier.ch


Bolivie, 18 décembre : Evo Morales premier Président Indien ? L’Amérique Latine dit "No mas", par Jason Miller.


Une nouvelle vague révolutionnaire traverse la Bolivie, par Jorge Martin + chronologie de la crise bolivienne.


Telesur, la chaine latino americaine en direct sur internet.<BR>
www.arcoiris.tv

La Bolivie sur RISAL : <BR> http://risal.collectifs.net/rubrique.php3?id_rubrique=12



- Dessin : Allan McDonald


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