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Une monnaie réellement socialiste sera-t-elle forcément dévalorisée ?

A l’occasion des réactions suscitées par la republication de l’article

Monnaie, monnaie ! Capitalisme ou Socialisme ?

sur divers sites, se trouve donc posée la question de la relation entre politique monétaire et politique économique.

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/12/14/monnaie-monnaie-quelques-elements-nouveaux-au-debat-sur-agoravox-et-vlr-mai-68/

Les médias au service du système ne manquent pas une occasion de rappeler le lien à établir, selon eux, entre orientation politique "sociale" et dévaluation monétaire, voire carrément, faillite économique...

L’effondrement de l’URSS et du « Bloc de l’Est » étant pour eux l’illustration et la consécration de cette « thèse incontournable ».

« Thèse » renforcée par les diverses tentatives réformistes à prétentions sociales effectuées par les sociaux-démocrates et les « socialistes » occidentaux, aboutissant à des fiascos à peine moins spectaculaires...

Selon ce « principe » ce sont les choix économiques, en l’occurrence, mener une politique supposément « sociale », qui entraîne une défaillance d’abord économique et finalement monétaire...

Mais selon d’autres thèses, plus originales, ce sont les choix de politique monétaire qui conditionnent entièrement les politiques économiques.

Autrement dit, les choix de politique économique n’ont de sens que s’ils sont cohérents avec une politique monétaire préétablie...

Ce qui pourrait passer pour une lapalissade, car effectivement on ne voit pas bien l’intérêt de mener une politique monétaire et une politique économique qui soient contradictoires !!

Mais là où ça n’est pas le cas, en fait, c’est qu’au delà de la cohérence qui s’impose, ce point de vue, considéré de façon univoque, implique que la politique économique n’a pas de possibilité réelle d’influer sur la fonction et le rôle économique de la monnaie, mais lui est au contraire totalement inféodée.

Par contre, elle vise à suggérer qu’un simple choix de politique monétaire différent pourrait ouvrir des possibilités économiques autrement inexistantes par elles mêmes, du point de vue des forces productives, et pourrait amener, par ce simple choix, un nouveau type de développement économique, éventuellement à tendance plus « sociale »...

C’est ce qui nous a été fortement suggéré, à l’occasion des « primaires de gauche », avec la « victoire » de Benoit Hamon, bâtie sur le mythe du « Revenu Universel »... Mythe étrangement sponsorisé par d’importants lobbys médiatiques, pour en arriver à ce résultat.

Mythe qui s’est fort heureusement finalement effondré avec la campagne du premier tour « pour de vrai », et avec sa « caravane du RU » supposé tester la formule, sur le modèle d’un « simulateur » qui n’ a fait que mettre en évidence l’absurdité du système.

Avec « seulement » 100 milliards d’euros supposément empruntés à la BCE, contre un coût de 400 à 600 milliards pour le « RU » (... selon ses différentes « formules » avancées au cours de la campagne électorales...), le programme de Mélenchon n’en ressort pas moins de ce type de choix politique...

Bien évidemment, en cas de « souci », en réalité plus que probable, il lui serait resté l’issue d’un « repli stratégique » à la Tsipras... Bonjour le « progrès social » !

De l’autre côté, rappelons que les lobbys ayant fait la campagne de Benoît Hamon étaient ceux qui avaient déjà fait la campagne de Hollande, cinq ans plus tôt... :

« Dans cette bataille qui s’engage, je vais vous dire qui est mon adversaire, mon véritable adversaire. Il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance. »

http://www.lejdd.fr/Election-presidentielle-2012/Actualite/L-integralite-du-discours-de-Francois-Hollande-au-Bourget-467953

Alors qu’à l’évidence, avec tous les emplâtres déjà essayés depuis des décennies, si la crise du capitalisme pouvait se régler par un tour de « magie monétaire », ça se saurait...

Quand à l’ « effondrement » de l’URSS, si la liquidation totale est bien l’œuvre de Gorbatchev, elle n’en est pas moins l’aboutissement de plus de trois décennies de destruction systématique de ses bases socialistes, depuis l’avènement du khrouchtchevisme, et sa « consécration », saluée par l’Occident, y compris « à gauche », lors du XXème Congrès du PCUS, en 1956.


Alors que quatre ans plus tôt, au XIXème Congrès, et dernier du Parti Bolchévique, à proprement parler, c’est un nouveau pas en avant de la construction socialiste qui était proposé, faisant le bilan des acquis et des difficultés passées, l’URSS étant néanmoins à l’apogée de sa puissance, malgré les destructions et les sacrifices consentis pour vaincre le nazisme.

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/06/20/le-dernier-congres-bolchevique-ou-sest-exprimee-la-ligne-marxiste-leniniste/

Et alors qu’en Occident, jusque dans les partis « communistes » français et italiens, alors les premiers partis dans leurs pays respectifs, on avait capitulé devant le roi dollar et son expansionniste Plan Marshall,

https://tribunemlreypa.wordpress.com/doctrine-jdanov-les-bonnes-feuilles-commentees-selon-eduscol-du-rapport-jdanov-de-1947/

l’URSS, non seulement ne renonçait pas à son indépendance monétaire, mais se préparait bel et bien, selon les recherches actuelles des historiens russes, à se séparer carrément du dollar comme monnaie de réserve, pour lui substituer une « zone rouble » dépassant déjà les frontières, non seulement de l’URSS, mais aussi de l’Europe de l’Est, pour s’étendre à d’autres nations « occidentales », mais désireuses d’échapper aux griffes de l’Oncle Sam...

ЗА ЧТО УБИЛИ СТАЛИНА

http://www.specnaz.ru/articles/195/27/1743.htm

Il est plus clair ainsi qu’un retour aux fondamentaux du marxisme concernant l’utilisation maîtrisée de la loi de la valeur pour la période de transition n’était non seulement pas un handicap économique d’aucune sorte, mais au contraire une base solide pour établir le rouble à la fois comme unité de compte de la valeur-travail en URSS et comme monnaie de réserve, adossée à un développement économique endogène, indépendant et équilibré, permettant de négocier sur une base bilatérale équitable, aussi bien avec les autres nations socialistes qu’avec toutes celles réellement éprises d’indépendance.

Dès sa prise de pouvoir en 1953, et avant même de commencer ses « réformes » contre-révolutionnaires et néo-trotskystes de type « socialisme de marché », c’est ce premier volet de la nouvelle politique économique socialiste que Khrouchtchev s’est empressé de liquider, donnant des gages à l’Oncle Sam de sa fidélité au roi dollar comme monnaie de réserve...

Concernant les « mystères » historiques encore réellement assez opaques de cette étonnante prise de pouvoir, une bonne partie des historiens russes, aujourd’hui, n’hésitent pas à y voir une relation de cause à effet... !

Concernant les considérations « économiques » développées par de pseudos « marxistes-léninistes » français, on se rappellera, à ce propos, la désopilante « avancée théorique » du pathétique « Collectif Défense » :

« Lorsque, sous le socialisme, les prix des marchandises diminuent sous l’effet de la loi de la valeur à cause de la diminution des coûts de production, les salaires sont valorisés, le pouvoir d’achat augmente et la loi de la valeur perd de son intensité et finit par disparaître à terme, car le pouvoir d’achat augmente alors que la monnaie se dévalorise. Ainsi, soit c’est la force de travail qui se dévalorise avec le capitalisme à cause de la diminution des coûts de production et de l’augmentation de la productivité, soit c’est la monnaie avec le socialisme pour les mêmes causes et avec les mêmes lois, mais avec un objectif différent, celui de libérer les travailleurs au lieu de les asservir. »

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/04/02/loi-de-la-valeur-pour-eclaircir-le-debat-du-collectif-defense-2eme-volet/

On avait déjà vu, précédemment, la grande nouveauté « gauchiste » de la Wertkritik selon laquelle le développement du chômage massif menait tout droit à « l’abolition du travail », et dans la foulée, de la loi de la valeur et de l’argent, tant qu’à faire...

On avait alors rappelé le comique ancien Ferdinand Lop, qui, à la suite de Rochefort, avait mis à son programme « l’extinction du paupérisme après dix heures du soir »...

Et on avait donc redécouvert, avec le « Collectif Défense » et ses semblables, que selon leur prétendu « socialisme » la monnaie se dévalorise, avec pour objectif « de libérer les travailleurs au lieu de les asservir. »

A tous points de vues, et d’abord idéologique, une véritable « monnaie de singes »...

Luniterre


ANNEXES :

L’édition de 1955 du Manuel de l’Académie des Sciences de l’URSS est la dernière à contenir encore des traces de l’orientation issue des débats du XIXème Congrès. Toutefois le principe des échanges directs, sans utilisation de la monnaie, et qui avaient été un des enjeux de ces débats, n’y figure déjà plus de manière explicite. L’année suivante, au XXème Congrès, c’est l’ensemble qui est remis en cause par les khrouchtcheviens. La liquidation totale des Stations Machines Tracteurs et donc de ces échanges sera bientôt engagée, et définitive, à partir de 1959.

A la suite, quelques extraits significatifs de l’édition 1955, ainsi que de l’ouvrage de préparation du XIXème Congrès, "Les problèmes économiques du socialisme en URSS".

EN DOC PDF :

ANNEXES_PDF

https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2017/12/annexes.pdf

Article source :

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/12/17/une-monnaie-reellement-socialiste-sera-t-elle-forcement-devalorisee/

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