Venezuela : que les bouches s’ouvrent !

Venezuela, il faut organiser le soutien à la résistance et défendre la souveraineté nationale, refuser la mise sous tutelle. "Le Venezuela doit redevenir le Venezuela".

VENEZUELA,

"Tout peut se négocier, sauf les principes"
(Fidel Castro)

A l’évidence on ne comprend pas ce qui est entrain de se jouer et se passer au Venezuela et en Amerique Latine. Or, on ne peut dissocier les évènements au Venezuela de la longue liste des défaites successives enregistrés par la "gauche" ces derniers mois en Amérique Latine avec non pas le retour de la droite, mais avec l’arrivée de l’extrême droite fascisante, poussée en avant et financée par Trump et l’administration US, comme on vient encore de le voir en Colombie. On doit également tenir compte dans l’analyse de la situation internationale et du déclin occidental qui s’accélère et s’illustre à travers la défaite politique et militaire de Trump, de l’état terroriste d’Israël et de l’Union Européenne dans le détroit d’Ormuz face à l’Iran.

Il nous faut admettre, qu’au Venezuela, il s’agit bien d’une recolonisation US, une doctrine Monroe appliquée aux conditions d’aujourd’hui. Cette stratégie porte un nom : "Strategie de Sécurité Nationale 2025 des Etats-Unis". Il faut en tenir compte dans les analyses, d’autant qu’on voit bien à travers la situation présente combien chez des militants l’ignorance est patente. C’est là un probleme qui réduit chez certains, la référence faîte fréquemment à l’imperialisme et à la lutte de classes à de la simple rhétorique.

Sur place au Venezuela l’écrivain de renom Luis Britto Garcia, l’ancien ambassadeur du Venezuela qui fût nommé au Conseil d’Etat par Hugo Chavez, les personnalités signataires du manifeste de Maracay ou encore Mario Silva, le disent avec éloquence, la souveraineté du Venezuela a non seulement été violée, elle a été subtilisée, confisquée. Depuis le 3 janvier 2026, le Venezuela est un pays sans souveraineté et placée sous tutelle. Sommes nous d’accord sur ce point ? Je dois avouer que quand je lis certains commentaires j’en doute, car si c’est le cas pourquoi ne pas en tirer les conséquences politiques, car il ne s’agit plus de soutenir le gouvernement "progressiste et chaviste" du Venezuela, il s’agit de soutenir la résistance populaire qui s’organise et s’affirme chaque jour.

Depuis le 3 janvier et après avoir fait place nette pour les multinationales US de l’industrie pétroliere les Etats Unis ont pillé ou volé l’équivalent de 13 milliards de dollars au pays. J’a lu le témoignage d’une membre d’une "Communa", elle dit " si on ne soutient pas le gouvernement, on aura pas de financement". Que d’illusions pour justifier qu’il faudrait attendre. Mais attendre quoi ? Les americains vont payer ce qu’ils volent ? Mais surtout comment accepter et justifier le chantage, les menaces et la repression à l’egard du peuple pour empêcher sa résistance ?

Par conséquent, le probléme je dirai la contradiction principale se situe bien entre l’interêt national du Venezuela, sa souveraineté et l’accaparement par les USA de tout un pays, ses richesses naturelles et son peuple. Comme le dit avec éloquence Luis Britto Garcia " le Venezuela doit réapprendre à être le Venezuela". Il faut faire respecter les principes de souveraineté, de droit a l’autodetermination, d’intégrité territoriale et d’indépendance qui sont inscrits dans la Charte des Nations Unies et que soutenait le Venezuela de Chavez avec détermination.

Car comment fermer les yeux sur un gouvernement pourtant explicitement made in USA, qui abandonne à Washington le contrôle et la production de sa principale ressource naturelle, qui ne fait plus référence à la liberation de Maduro et de Célia, qui coupe l’approvisionnement à Cuba, qui agit en permanence sur ordre de Washington, qui ouvre ses portes à l’armée terroriste de Tsahal et qui entend rétablir les relations diplomatiques avec Israël, qui condamne l’Iran, qui fait arrêter et livrer aux américains l’ancien ministre proche de Maduro Alex Saab, qui a donné l’ordre de rentrer chez soit à ceux qui voulaient se battre la nuit du 3 janvier. Comment ne pas être indigné par ailleurs par cette nouvelle récente. Le milliardaire Mathieu Pigasse qui possède les médias pro "gauche" au sens très large et qui se félicite de ses bonnes relations avec la dirigeante socialiste Carole Delga la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet et fait ouvertement "campagne" a été désigné pour restructurer la dette du Venezuela en lien avec Trump et Caracas.Le gouvernement vénézuélien a signé pour une commission colossale sur la restructuration de la dette par Pigasse (on parle de centaines de millions de dollars pour un pays en crise), même pour la Grèce on avait pas vu autant. En fait en vue des présidentielles françaises, beaucoup de choses se jouent la, car son appui sera crucial pour 2027 et Pigasse, l’homme de gauche exigera retour sur investissement en cas d’élection. Soutien idéologique, de sociaux démocrates à sociaux démocrates.

Il faut faire la clarté, y compris dans nos propres rangs, ou on nous suggère de poursuivre de fermer les yeux. La naïveté ou la mauve foi à ce point c’est presque désarmant. Il faudrait se satisfaire de l’analyse sur commande de Kimberley Miller une sociologue US, doctorante de l’université de Floride dont on aimerait connaître qui finance l’organisation "Black alliance" qui avec une loghorrée de gauche nous explique que c’est quand même mieux sans respect des principes. Fidel Castro avait l’habitude de dire " Tout peut se négocier sauf les principes.

Pour toutes ces raisons il y a urgence à s’exprimer sans détour si l’on veut prétendre à une crédibilité. Attendre l’arrivée hypothétique d’un nouvel ambassadeur du Venezuela ne résoudra rien d’autant qu’à Paris et Bruxelles on maintient les sanctions à l’égard de Caracas, il défendra la position officielle du nouveau gouvernement, ce qui d’ailleurs est son rôle. L’attendre et voir ne peut donc être que d’une utilité relative sauf à vouloir soutenir un pouvoir dont l’indépendance a été confisquée et qui dans l’etat actuel des choses a renoncé à se battre.

Pour ma part, j’ai comme d’autres militants et amis du Venezuela soutenu l’idée qu’il s’agissait d’un replis tactique, l’essentiel étant la mobilisation populaire. Il y a aujourd’hui une évidence : nous n’en sommes plus là. C’est ainsi. Maintenant organisons la solidarité avec la résistance vénézuelienne qui se développe à travers les rassemblements, meetings, manifestations y compris dans les quartiers populaire, les Communas, chez les intellectuels, les fondateurs et dirigeants chavistes. En 2007, lors de son investiture pour un nouveau mandat Hugo Chavez Frias déclarait : " Nous sommes à un moment existentiel de la vie venezuelienne. Nous avançons vers le socialisme, et rien ni personne ne pourra l’empêcher". Soyons cohérents et fidèles à ce qu’il disait.

Jean Pierre Page

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