De Bettencourt à Karachi, par dessus la démocratie

Affaire Bettencourt, tout un symbole

Décidément, toute cette affaire me plaît énormément : à elle seule elle suffit à démontrer l’obsolescence de notre démocratie.

Tout d’abord, il y a le premier procès : une vieille femme immensément riche, en procès avec sa propre fille au sujet d’un homme qui aurait reçu de l’argent de sa part... la vieille est-elle sénile ou folle, voilà toute la question que se posaient il y a peu, conjointement, la presse à scandales et la justice. Comme symbole d’indécence familiale, de décadence morale au profit d’un capitalisme sans pitié, les héritiers de cette grande famille se déchirent des milliards en public, sous couvert d’une protection morale et affectueuse de la part de la plus jeune envers la plus vieille.

Mais aujourd’hui, tout a changé. On apprend que les conseillers de cette personne sont susceptibles d’une part d’avoir organisé l’évasion fiscale d’une partie de sa fortune, et d’une autre d’avoir financé illégalement certains partis politiques, dont celui de l’actuel président. Il y a plusieurs choses à dire à ce sujet, et qui sont très révélatrices du fonctionnement de notre démocratie, et même de la réalité du monde d’aujourd’hui.
Premièrement, on est en droit de s’interroger sur les leçons qui ont été tirées de la crise... les paradis fiscaux existent bel et bien, et ne sont sans doute pas prêts d’être interdits : ils ont le double avantage d’économiser de l’argent, mais aussi et surtout de permettre le financement de certaines activités, licites ou non.

Deuxièmement, on s’aperçoit à quel point les politiques sont hypocrites et injustes, car non seulement ils nous ont trompé sur le coup des paradis fiscaux, mais en plus ils ont permis à cette dame, par l’intermédiaire du bouclier fiscal (et en plus de l’évasion fiscale donc), de toucher la coquette somme de 30 millions d’euros ; rien de moins qu’un euro-million, par an si j’ai bien compris.

Le décalage qui existe entre le commun des mortels et ce genre de personnalités est effarant, et donne le vertige. Mais le pire est que c’est à ces gens que reviennent tous les avantages, et ce sont eux qui s’enrichissent chaque jour un peu plus de notre appauvrissement. Quelle indécence que de pouvoir avouer cela publiquement, et pourtant sans provoquer de révolte de la part du peuple !

Et ce n’est pas tout. En plus de cela, on apprend que l’intermédiaire de ces financements serait le ministre du travail, qui non content de lutter contre la fraude fiscale sans répit, laisse sa femme travailler dans le cabinet de gestion de la fortune de la dame susnommée...en d’autres termes, d’organiser son évasion fiscale. Mais nous sommes en droit d’espérer que ce couple ne parle pas « boulot » à table, secret professionnel, non ?

Voilà où nous en sommes ou à peu près, environ trois semaines après les premières révélations à ce sujet. Un procureur, ami du président, a pris l’affaire en main. Cet homme, qui seul a le pouvoir de classer l’affaire ou de nommer un juge d’instruction, est lui-même, à ce qu’il paraît, cité dans les enregistrements pirates à l’origine de cette affaire. Beaucoup s’en émeuvent, mais pourtant les collusions ne s’arrêtent pas là . Si on y regarde de plus prêt, on verra rapidement que le pouvoir politique est pour ainsi dire en très bons termes avec tout ce que le pays compte d’influents. les amis du président sont de grands magistrats, de grands chefs d’entreprises, de grands personnages influents, et tout ce petit monde se connaît bien. Effet de transparence ou d’opacité ?

On remarque aussi rapidement que la justice est en pleine mutation, et on comprend mieux à quoi servira la suppression annoncée du juge d’instruction. De telles affaires n’apparaîtront sans doute plus une fois la justice mise sous dépendance, et pour couronner le tout, même si il s’avérait exact que la campagne présidentielle ait été financée illégalement, le gouvernement a déjà pris soin, à travers la modification constitutionnelle du début de mandat, de protéger le président de toute attaque judiciaire. Si on ajoute à cela que les amendes maximum prévues par la loi sont inférieures aux sommes gagnées par certaines malversations, ou la loi concernant les délits de « prise illégale d’intérêts » qui a déjà été modifiée, on imagine bien que le président, comme la plupart des gens impliqués dans cette affaire, n’ont pas grand chose à craindre...

Alors pourquoi se défendre de la sorte ?

Et bien gouverner c’est certes prévoir, mais également savoir profiter de toutes les opportunités. Car en effet, toute cette histoire semble bien n’être qu’une vaste fumisterie, dont le gouvernement tente de se servir pour attaquer encore un peu plus nos libertés. A travers cet écran de fumée, on peut entrevoir la future mise au pas de la presse, très critiquée par le gouvernement ; ainsi qu’internet, dont la puissance de frappe et la rapidité d’action sont à craindre. D’ici peu nous pouvons nous attendre à voir des propositions de lois concernant la liberté de la presse fleurir comme en Italie, et un renforcement du contrôle de l’information. La droite et la gauche voteront celles-ci comme un seul homme, juste pour nous éclairer un peu plus sur l’état de notre démocratie. Et la presse se soumettra aussi, au nom d’une loi imposée par l’illusion démocratique.

Et pendant ce temps-là , les équipes du gouvernement sont au travail, et les députés continuent de voter. La loi sur la burqa a été adoptée sans faire de vagues, et la réforme des retraites avance sans nous.

Même les niches fiscales à vocation sociale ou les allocations logement vont sauter, et personne n’est là pour en parler.

Ensuite, cette affaire tombe à pic pour remplacer la désaffection pour la coupe du monde, et permet d’oublier d’autres sujets brûlants, d’autres affaires impliquant des sommes beaucoup plus importantes, des armes et même des morts. L’affaire Karachi, dont on a très vite enterré le rapport, semble devoir être la grande gagnante de toute cette sombre histoire : car une fois l’affaire Bettencourt remisée au placard et les dispositions législatives prises pour protéger les suspects de la première affaire (la plus importante), les portes seront fermées pour l’enquête, et verrouillées pour la presse. Ainsi, quand tout cela sera terminé et que les esprits se seront apaisés, nous ne penserons plus ni à Bettencourt, ni à Karachi, et encore moins à la taupe, celle qui distille une à une les informations dans la presse.

Nous n’aurons plus alors qu’à nous poser une seule question : comment avons-nous pu laisser faire cela ?

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

COMMENTAIRES  

11/07/2010 13:30 par Abdelkader DEHBI

C’est vrai que ce genre de scandale, écran de fumée - ici celui des Woerth / Sarkozy /et autres Bettencourt - et où il n’y a pas de grosses conséquences pénales à craindre, pour les protagonistes, c’est « pain bénit » pour ces délinquants en col blanc, en ce sens qu’il détourne opportunément l’attention de l’opinion publique, et vis-à -vis des problèmes sociaux et des vraies forfaitures politiques, morales et pénales à la fois.
S’agissant du triste M. Sarkozy par exemple, tout le monde sait - du moins à Alger - que lorsque, en novembre 2006, en tant que ministre de l’Intérieur, il avait été reçu par M. Bouteflika, c’était surtout le candidat Sarkozy, en mal de collecte de fonds pour financer sa campagne, qui était venu « conseiller amicalement » au président algérien, de placer une bonne partie de l’excèdent de l’Algérie en pétrodollars - on parle de 43 Milliards de dollars - sur la place financière de New-York, par le truchement de son amie, Mme Christine Lagarde, alors P.d.g. du gros cabinet fiduciaire « Baker & McKenzie ». Aussitôt dit, aussitôt fait, car, dans ces milieux politiques aussi pourris les uns que les autres, il existe une réelle solidarité mafieuse transnationale…. Et ce n’est pas être grand prophète que de deviner la ristourne de quelques millions de dollars reçus par M. Sarkozy. Et pas nécessairement totalement dépensés pour sa campagne-alibi.
En fait si la mondialisation existe bel et bien, c’est certainement au niveau des grands truands qui dirigent la planète qu’il faudra aller l’étudier de près.

http://www.elwatan.com/Vous-n-etes-pas-le-bienvenu-a
http://www.hoggar.org/index.php?option=com_content&task=view&id=290&Itemid=64

11/07/2010 19:01 par tueursnet

La morale n’est pas une valeur
L’amitié en est UNE
Quand on aime celui qu’on a choisi.
La politique n’est pas une valeur
La Fraternité en est UNE
Quand on aime celui qu’on n’a pas choisi.
La vérité n’est pas une valeur
La sincérité en est UNE
Quand on est celui qu’on paraît.
Quand je lis le moindre canard aujourd’hui
Je ne vois qu’une morale qui dégouline
Sur fond de règlement de comptes
Nous nous dénonçons les uns les autres : Vice… Police… ou Malice ?
Parce que nous confondons investigation journalistique et investigation juridique.
Laissons le droit à l’endroit et prions les médias de percer plutôt le secret de l’envers…
Et si nous voulons vraiment être sincères, sauvons le soldat Eric Woerth qui a peut-être moins saisi que d’autres ce que c’est qu’un conflit d’intérêt mais qui semble dire à ceux qui refusent de l’entendre ; que ce conflit n’a aucun intérêt pour sa personne en particulier.
Et que la Presse serait plus inspirée si elle lavait ses machines, plutôt que de se prendre pour une machine à laver.

http://www.tueursnet.com/index.php?video=Balle%20de%20canard

11/07/2010 19:47 par Anonyme

Bettencourt, L’Oréal, la collaboration et le sioniste Sarkozy (Vidéo Fr2) :

http://mai68.org/spip/spip.php?article1342

11/07/2010 21:30 par Radis Call

Cepabo de critiquer la solidarité... entre les nantis !

Fraternité qu’on appelle ça ! Avant c’était pour les pauvres , mais aujourd’hui on leur apprend à se bouffer le nez , donc c’est réservé aux riches !

A+ Caleb Irri

20/07/2010 22:51 par Anonyme

Les revendications des riches !

Ces gens-là ,incompétents et surpayés,devraient organiser une manif,avec Jauni et la mère Bettencourt,pour exiger que de très grosses sommes(des millions d’euros comme s’il en pleuvait)leur soient versé !Ca suffit,ça ne peut plus durer,les très riches doivent être défendus,ils sont vraiment menacés.Il leur faut des indemnités à la louche bien sûr mais surtout des privilèges qui seuls pourront transformer leurs maigres acquis en situations pérennes,définitives.Les riches,les très riches doivent se rebiffer.Il est encore temps de se ressaisir:tout n’est pas perdu.Avec tout ce qu’ils ont volé ils devraient pouvoir tenir pendant des siècles.Mais c’est rien ça.Qu’ils exigent le rétablissement des privilèges avec Jauni !Il devrait bien vous soutenir lui.En plus il est dans les petits papiers des Chirac.Tenez-bon on arrive,on va vous soutenir dans cette difficile épreuve,dans cette lutte.Car il s’agit bien d’une lutte:la pub de l’Oréal insistait sur cette revendication,"Parce que je le vaux bien"...il faut que cela devienne une réalité maintenant.C’est dur,certainement très dur même mais tenez-bon !

21/07/2010 01:35 par zaza

Cette affaire est, humainement, triste à pleurer. Les chiens aboient et les caravanes remplies d’oseille passent pendant que nos poches se vident. Il y a toujours eu des "hommes" pour prendre le pouvoir, faire des manigances, assouvir et opprimer les autres, dans le meilleur des cas. Miss B est une vieille femme, victime ou bourreau d’une mafia politique qui la protégeait jusqu’à maintenant. Vouloir lui règler son compte spécialement maintenant est douteux. IL y a plusieurs toutous et l’os à ronger est énorme ...Quand à l’origine de sa fortune, l’histoire a montré que la France ne s’embarrassait pas avec ce genre de problème. Mais pourquoi cette histoire maintenant ? Sachant que les dés de la justice sont pipés par nos zélites, il n’y a pas grand risque à "sortir" une affaire...
A qui profite le crime, qu’est ce qui se trame derrière ?
De toute évidence, si jamais la tête de l’empereur devait tomber suite à cette affaire, considerez mon post comme nul et non avenu, m’étant transformée, dès lors, en pomme chips
 :-)

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