Du 11 septembre à Mohamed Merah, la propagande a fait son oeuvre.

Du 11 septembre à Mohamed Merah, la propagande a fait son oeuvre.

L’autre jour, monsieur Sarkozy a rapproché ce qu’on appelle désormais «  l’affaire Merah » des évènements du 11 septembre 2001. Certains se sont bien sûr insurgés contre cet amalgame récupérateur, mais c’est négliger la finesse de celui qui le prononce : car si les deux évènements n’ont en apparence aucun lien direct, leur utilisation électoraliste et leurs conséquences ne sont pas si éloignées.

 

En effet, c’est depuis le 11 septembre qu’a été révélée au monde la nouvelle croisade des occidentaux qui, comme il y a plusieurs centaines d’années déjà , a permis d’exploiter les ressources et les hommes pour entretenir la «  croissance » des monarchies d’alors, ou pour «  lutter contre la crise » de l’époque. Car le 11 septembre est arrivé à un moment «  propice » de l’Histoire, c’est-à -dire au moment même où la puissance des pays occidentaux était remise en cause par l’émergence de ceux qu’on appelait encore «  pays en voie de développement ». Ce retournement du capitalisme, conséquence logique d’une course à la rentabilité à travers une mondialisation incontrôlable, a atteint les limites de l’idéologie de ce système et a contraint les dirigeants occidentaux à rechercher d’autres justifications de leur domination : les différences de valeur des «  civilisations ». Et le 11 septembre est le point d’appui qui a servi au basculement de l’idéologie capitaliste à celle du «  post-capitalisme », c’est-à -dire le retour à l’obscurantisme.

 

Puisque les règles du capitalisme ne suffisaient plus à asseoir l’hégémonie occidentale ni à justifier les injustices propre à ce système, il leur fallait trouver un autre moyen que celui économique pour continuer à dominer le monde. Et face à une contestation populaire qui s’exprime désormais internationalement pour lutter contre des injustices devenues flagrantes, les dirigeants lui opposent une vision autoritaire qui ne peut être acceptable que si un «  ennemi » assez fort et assez diffus lui permet de le justifier. Cet ennemi, c’est la religion, l’Islam. Devenu par amalgames successifs islamisme puis terrorisme, cette religion est le truchement qui permet de rassembler dans un même terme tous les contestataires que l’on désire y mettre. Il permet d’introduire la civilisation dans les causes de l’état de délabrement du monde actuel, de diviser et d’opposer les peuples, de stigmatiser des boucs-émissaires, de faire accepter des mesures liberticides, d’installer la peur et la haine entre les hommes. En distinguant l’Islam des autres religions, les gouvernants occidentaux sont parvenus ainsi à établir les bases d’un nouveau régime sécuritaire fondé sur le repli sur soi, la fermeture des frontières, la peur de l’étranger, la suspicion et la haine.

 

La propagande qui s’est installée depuis le 11 septembre avec la prétendue volonté des musulmans (à travers ces amalgames) de détruire la «  civilisation occidentale » a réussi à scinder le monde en deux entités ennemies, le «  bien » contre le «  mal », en confondant tour à tour la civilisation et la race, la culture et l’origine ethnique ou géographique, la religion et la politique. Elle a établi que même athée en France nous provenions tout de même d’une civilisation «  judéo-chrétienne » (bien que nos ancêtres aient été pour la plupart païens), et qu’il fallait lutter contre celles des musulmans qui y serait opposée (ce qui est historiquement faux). Et elle a surtout permis le Patriot Act, Guantanamo, les invasions afghane et irakienne, prépare celles de l’Iran et la Syrie. Et ce que le 11 septembre a autorisé aux Etats-Unis, on veut nous le faire subir en France à l’occasion de drames comme celui de Toulouse. Car au-delà des élections présidentielles il y a le choc des civilisations. Pour quoi ?

 

Pour terroriser non pas les terroristes mais les peuples, pour bloquer et empêcher toute révolte, tout changement de système qui proviendrait de ceux qui commencent à comprendre qu’ils ont été bernés depuis trop longtemps, que le système est truqué et que le capitalisme ne favorise pas les meilleurs mais les plus forts… Cette terreur qui se propage provient en réalité des dirigeants occidentaux, qui ont profité des terroristes pour créer une tension, des conflits, de la peur et de la haine entre les peuples. Elle crée les conditions favorables à la mise en place effective d’une structure internationale et organisée du terrorisme, seul ennemi capable de justifier des attaques «  préventives » et les sacrifices exigés en retour de ces mêmes peuples à qui on a fait peur, tout en leur permettant de créer une sorte de «  nouvelle définition » du terrorisme susceptible d’englober n’importe quel opposant au système qui se met en place, qu’il soit musulman ou pas.

 

Caleb Irri

http://calebirri.unblog.fr

COMMENTAIRES  

04/04/2012 13:18 par babelouest

En tant qu’athée, je suis d’autant plus en mesure de dénoncer ce crime visant à assimiler l’Islam à une force de meurtre et de perversion du Monde.

Les Occidentaux (ceux que pour ma part je persiste à appeler civilisation du Nord) n’ont plus que l’argent comme seul objectif, seule motivation, seule raison de (vivre ????) . Pour cela, tout, je dis bien tout leur est raison, prétexte d’intervenir pour asseoir leur suprématie glauque, fétide et idiote. Un jour ou un autre, ils seront submergés de façon d’autant plus violente qu’eux-mêmes auront été plus violents. Mais les imbéciles qui conduisent cette pseudo-croisade n’en ont cure. Drogués par l’argent jusqu’aux yeux, jusqu’aux cheveux, ils n’ont plus le sens commun. Ce ne sont plus que des fous.

Il n’y a plus qu’un issue : prendre la direction des opérations, et parquer ces obstinés par six dans des cellules pour deux, comme cela est devenu la règle pour presque tous les détenus dans notre pays (y compris les innocents). Laissez mijoter, et servez bien chaud.

04/04/2012 14:59 par Michail

Je serais plus optimiste pour ce qui me concerne, s’agissant des faits divers tragiques de la région toulousaine, il semblerait pour l’instant que la propagande n’ait pas fait son oeuvre justement au grand dam des Machiavels, car les ficelles étaient manifestement trop grosses et les gens ne ne sont pas toujours complètement stupides.

Dans les deux cas le fait qu’il n’y ait pas de coupable(s), faute de jugement et de condamnation, aux dernières nouvelles dans une société qui se respecte et se dit de droit, il n’y a pas de coupable(s) dans ce cas, constitue bien sûr une opportunité en or pour les apprentis sorciers de la propagande, mais ça ne fonctionne pas à tous les coups semble-t-il.

Il faut dire que faire passer les délires solitaires meurtriers d’une petite frappe de banlieue pour l’oeuvre d’une organisation internationale terroriste structurée c’était peut-être un peut énorme comme bobard ?

Mais enfin toujours est-il que l’effet escompté sur la courbe des intentions de vote ne s’est pas produit jusqu’à preuve du contraire, malgré le grand battage médiatique grotesque, qu’ils tentent de maintenir jusqu’à l’heure qu’il est...

04/04/2012 15:08 par legrandsoir

@ Michael

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04/04/2012 17:26 par Safiya

Merci Caleb IRRI !

"(...)... cette terreur qui se propage provient en réalité des dirigeants occidentaux, qui ont profité des terroristes pour créer une tension, des conflits, de la peur et de la haine entre les peuples. (...)"

Pour ma part, je reste persuadée que les dirigeants occidentaux n’ont pas seulement profité des terroristes mais les ont également crées.

Je ne me souviens pas avoir connue, au long de ma vie, d’actes terroristes musulmans avant la première guerre islamo-communiste afghane qui a été organisée par les Etats-Unis pour contrer l’influence de l’URSS sur l’Afghanistan de l’époque et barrer la route au communisme et sans doute pour beaucoup d’autres choses aussi.

Si, il me revient l’assassinat de Sadate attribué à un terroriste faisant partie des Frères musulmans égyptiens mais même là je doute... L’Egypte de l’époque avait estauré l’accord de paix et établi des relations avec l’entité sioniste mais restait isolée du monde arabe, la plupart des pays arabes avaient rompu alors leurs relations diplomatiques avec elle.

Il fallait donc redorer le blason égyptien. Sadate tué, Moubarak prit les rènes du pays, la situation diplomatique s’est rétablie avec la plupart des autres pays arabes sans que l’Egypte ait eu à changer quoi que ce soit de sa coopération avec l’entité sioniste.

Donc, après la guerre afghane, il y eut cette attaque contre une ambassade américaine, il me semble, en Afrique, je ne me souviens hélas ni du nom du pays ni de la date de l’attentat mais c’est à sa suite que j’ai appris l’existence d’Al Qaïda...

Dans les années-90, l’Algérie fut sous la terreur et le feu pendans dix ans sinon plus. Pendant cette période, les plus beaux fleurons de notre industrie furent privatisés. La sidérurgie à Mittal, les poudres à laver et autres lessives à Henkel, etc., etc., etc.

Des milliers de travailleuses et de travailleurs licencié(e)s... et des morts, et des femmes violées, et des enfants nés de ces viols, etc., etc., etc.

Le crescendo avec pour apothéose le 11 septembre 2001 où fut sonné l’hallali contre l’islam et la destruction des pays musulmans les uns après les autres, l’Afghanistan, l’Irak, la Somalie, la Libye, aujourd’hui le Mali, en préparation la Syrie et l’Iran et la liste s’allongerait au fur et à mesure des réussites de la "mission"...

Je me demande, au prix de la facture, qui doit craindre le plus l’autre ?

Qui est un danger avéré pour l’autre ?

Qui est en premier laminé par l’autre ?

Est-ce les dirigeants occidentaux ou les musulmans ?

Cordialement !

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