Et si l’« état d’urgence » devenait permanent ?

Et si l’état « d’urgence » (en réalité d’exception) perdait son caractère urgent, sans pour autant abandonner son cadre coercitif, et devenait l’état « normal », quotidien, de la société qu’ils voudraient : soumise, surveillée, lobotomisée, manipulable à gré ?

Cela ne relève pas d’un cauchemar orwélien mais de scénarios politiciens caressés par certains pour se refaire une santé électorale, perpétuer « l’union sacrée », dépolitiser les enjeux, reléguer les questions sociales, évacuer les antagonismes de classe, museler le mouvement social... L’interdiction des grandes manifestations citoyennes pour la conférence COP21 sur la justice climatique, l’assignation à résidence de dizaines de militants écologistes ; les « bavures » qui se multiplient, augurent fort mal de l’avenir.

La réponse à la barbarie par la fuite en avant « sécuritaire », par l’instauration d’un climat belliqueux permanent, par la limitation néfaste des libertés, par l’exacerbation des haines, par la fermeture des frontières, peut nous entraîner précisément dans le piège tendu par ceux que l’on doit combattre et vaincre.

Les tueurs du 13 novembre ne sont que des tueurs. Ils n’ont aucune excuse et la lutte contre ces criminels, contre les réseaux terroristes, doit être menée avec grande vigueur, avec les moyens nécessaires et adaptés. Il n’est pas obligatoire pour autant de la médiatiser à grand spectacle anxiogène, jour et nuit, afin d’ alimenter les angoisses, les peurs, la tétanisation des citoyens, et le vote de la « trouille ». Il convient aussi de réfléchir aux causes de cette barbarie, de récuser tous les amalgames insupportables répandus par calcul (terroristes/musulmans, terroristes/migrants...). Il nous paraît également contreproductif, voire dangereux, de parler de « guerre »... Si le premier ministre, comme à son habitude, en rajoute, personne n’est dupe. Il lorgne et louche sur l’après 2017.

La descente aux enfers pourrait continuer si l’on demandait aux Français de « choisir » entre la sécurité et la limitation des droits, des libertés. Ce chantage s’avèrerait liberticide et légitimerait l’inacceptable. Or il pointe déjà son nez.

La France se serait adressée au Conseil de l’Europe pour le prévenir qu’elle pourrait être amenée à ne pas respecter la Convention européenne des Droits de l’Homme. Que nous prépare-t-on au nom de la lutte anti-terroriste ? En 1956, Guy Mollet avait sollicité les pleins pouvoirs pour « faire la paix » en Algérie. Il y fit la guerre. François Hollande a répété lors de l’hommage de la nation aux victimes du 13 N., que « nos soldats » continueraient leurs missions... c’est-à-dire continueraient à bombarder en Syrie et ailleurs. A rajouter la mort à la mort, à sombrer dans une spirale sans fin.

Seuls et seules la démocratie, l’épanouissement des droits humains, la solution politique, négociée, des conflits, peuvent contribuer durablement à la paix, à faire reculer l’intolérance, la violence, le racisme. L’OTAN n’est pas l’ONU : crions-le ! La haine de la France, d’une certaine France, tombe aussi du ciel, dans le sillage des bombes, des sales guerres à odeur de pétrole, et de nos relations coupables avec les pétromonarchies qui soutiennent, arment et financent les terroristes, ainsi que de notre inféodation à Washington...

L’heure est grave. Elle exige lucidité et courage. Nous ne voulons être otage d’aucun calcul politicien. D’aucun.

Jean ORTIZ

COMMENTAIRES  

07/12/2015 08:53 par daniel

Et qu’en pensent les progressistes du Front de Gauche et du PCF, ceux qui ont validé l’état d’urgence ?

07/12/2015 11:17 par Sabaoth

Désormais nos dirigeants ont les arguments nécessaires pour habituer le prolo á la vision de patrouilles bleu-Marine ou bien kaki á chaque coin de rue pour le rassurer. Lui, qu’on a conditionné au quotidien et depuis trop longtemps avec l’insécurité dans les quartiers, voilá qu’on le nourrit aujourd’hui avec la peur du terrorisme et toute la panoplie de la parano et du repli sur soi qui va avec.
La propagande distillée á l’emporte-piece a fonctionné á merveille et avec le cadeau bonus de ces derniers temps abondamment offert, il aura vite fait de faire le choix entre les libertés individuelles et la sécurité de tous.
Foutaises. Il se rend tout juste compte que c’est celui qui mettra en place le tout sécuritaire qui l’a mis en danger.
Le pire, c’est qu’il va se sentir rassuré et qu’il en rajoutera une couche en allant au pas de course et de sa main tremblante déposer son bulletin de vote aux belles couleurs d’un nationalisme extrěmiste qui, tapis dans l’ombre et l’oeil aux aguets, attendait patiemment son tour.
Triste choix que celui-ci, qui ne résoudra en rien nos problemes, bien au contraire.
Les hordes de contestataires, "anarchistes ou bien gauchistes de tous poils" comme l’avait déclaré un certain C. Pasqua auront du souci á se faire car au royaume des aveugles, les borgnes seront réprimés.
Voici venu le temps, non pas des rires et des chants, mais de matraquages á tour de bras et de justice expéditive.
Gardons tout de měme á l’esprit que l’espoir fait vivre et que tant qu’il y a du noir il y a de l’espoir.
C’est bien maigre, mais c’est toujours ca de pris. Et celá au moins, ils ne pourront pas nous le prendre !!

07/12/2015 12:20 par Palamède Singouin

L’OTAN n’est pas l’ONU : crions-le !

L’OTAN s’est placée en dehors et au dessus de l’ONU le jour où elle s’est attribué le droit d’entrer en guerre contre ce qu’il restait de la Yougoslavie (Serbie-Montenegro-Kosovo) en violation totale de la charte de l’ONU et donc en l’absence de toute résolution de cet organisme sur la question.

Il faut se souvenir que la France de Chirac avait été à la tête des va-t-en guerre lors de cette agression.

Il faut se souvenir d’un autre détail : l’OTAN avait été jusqu’à bombarder l’ambassade de Chine à Belgrade. Par erreur, bien-entendu. Malgré ses bombes "intelligentes" qui ne tuent que les méchants !

Et qu’il n’y avait pas eu grand monde pour "crier" alors même que le secrétaire général de l’ONU (Koffi Annan) avait immédiatement déclaré qu’il s’agissait d’un "triste jour pour les Nations Unies".

Depuis, il y a eu l’Irak, la Lybie, la Syrie.....série en en cours.

07/12/2015 17:13 par Tardieu

L’OTAN n’est pas l’ONU dites-vous, vraiment ? Vous en êtes sûr ? On croit savoir pourquoi.

Extrait d’un article publié par le portail suisse Arrêt sur Info

- Le jour où l’Assemblée générale de l’ONU spolia les Palestiniens - Arrêt sur Info 01.12

Le 29 novembre 1947 à New York, l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies (ONU) adoptait la résolution 181 c’est-à-dire un plan de partage de la Palestine entre les Palestiniens et les colons juifs alors que les villes d’al-Quds et de Bethléem devaient passer sous statut international.

A une époque où presque toute l’Afrique et une grande partie de l’Asie étaient encore sous domination coloniale, 33 voix (dont les États-Unis, la France et l’URSS) se prononcèrent en faveur de ce plan, 13 voix s’y opposèrent (tous les États musulmans présents ainsi que la Grèce et Cuba), et 10 s’abstinrent (dont la Grande-Bretagne).

En pleine guerre froide, les États-Unis et l’URSS parvenaient à se mettre d’accord sur un plan visant à asservir la Palestine, et au-delà l’ensemble de la nation arabe.

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