Référendum en Grèce : les éditocrates et la démocratie en 140 signes

Sitôt l’annonce faite par Alexis Tsipras, Premier ministre grec, de l’organisation dimanche 5 juillet d’un référendum sur le plan d’austérité « proposé » par l’ex-troïka, les éditocrates eurobéats se sont déchaînés sur Twitter. Et, en amoureux de la Grèce, ils n’ont pas manqué de rendre de vibrants hommages à la démocratie, sans jamais, au grand jamais, céder à la facilité, au raccourci ou à l’invective.

Démonstration avec les tweets de trois d’entre eux (Jean-Michel Aphatie, Arnaud Leparmentier et Jean Quatremer), exemples exemplaires de la tendance de certains « grands » journalistes à abandonner toute volonté d’informer avec rigueur et à oublier tout sens de la mesure lorsque les choses ne se passent pas comme ils l’auraient souhaité [1].

À tout seigneur tout honneur, difficile de ne pas débuter cette « revue de tweets » par ce grand connaisseur de la Grèce, où il est allé plusieurs fois en vacances, qu’est Jean Quatremer :

Tout en nuance, le journaliste de Libération prodigue donc ses conseils à « l’Eurogroupe » pour mettre en difficulté – encore un peu plus – Alexis Tsipras. Le moins que l’on puisse dire est que celui qui prétend informer sur les « coulisses de Bruxelles » [2] ne cache pas son jeu : il a choisi son camp. Ce qui l’autorise à porter des jugements pleins de finesse sur l’adversaire :

À l’instar de Jean-Michel Aphatie qui, entre deux rendez-vous pour ses transferts de l’intersaison et après avoir découvert la situation en Grèce « dans les JT » (il était temps), s’est immédiatement fait une opinion :

Il faut dire que Jean-Michel Aphatie avait mis la main à la poche pour aider les Grecs, comme il le faisait remarquer le 20 juin, alors que les négociations étaient dans l’impasse :

Et comme il l’a confirmé après l’annonce du référendum :

Arnaud Leparmentier, vice-pape du Monde, a tenu pour sa part à exprimer immédiatement son souhait de voir les Grecs sortir des difficultés :

Avant de reprendre, en la retweetant, « l’idée » du député européen des Républicains Alain Lamassoure, lui aussi loin de toute caricature :

Une « idée » originale, puisqu’elle a aussi été émise par… Jean Quatremer :

Un Jean Quatremer qui, non content d’être devenu spécialiste en référendum, s’est improvisé constitutionnaliste :

Expertise immédiatement saluée par Arnaud Leparmentier, qui a retweeté… Jean Quatremer :

Tandis que Jean-Michel Aphatie retweetait, de son côté, les questions pertinentes… d’Arnaud Leparmentier :

Et qu’Arnaud Leparmentier, en bon camarade, retweetait les analyses nuancées de… Jean-Michel Aphatie :

Ainsi que les traits d’humour (?) de… Jean Quatremer :

Reprenons. Jean Quatremer (retweeté par Arnaud Leparmentier), Arnaud Leparmentier (retweeté par Jean-Michel Aphatie), et Jean-Michel Aphatie (…) sont d’accord : haro sur le gouvernement grec et sur son projet de référendum ! Et, au cas où les adeptes de Twitter n’auraient pas bien compris le message, ils n’ont pas hésité à le répéter… ad nauseam ?

Etc.

Une belle unanimité et un goût partagé pour la nuance qui leur ont attiré quelques critiques, auxquelles ils ont toutefois su répondre sans perdre leur sens de la mesure et leur force de conviction :

« Zut ». On ne saurait mieux dire.

Julien Salingue

Post-scriptum (30 juin, 16h) : Après avoir pris connaissance de cet article, l’ineffable Jean Quatremer s’est évidemment fendu d’un tweet. Un tweet immédiatement repris par... Arnaud Leparmentier.

Notes

[1] Sauf mention contraire, l’ensemble des tweets récoltés ont été publiés entre le 27 juin et le 29 juin.

[2] C’est le nom du blog de Jean Quatremer, hébergé par Libération.

 http://www.acrimed.org/article4709.html

COMMENTAIRES  

02/07/2015 01:21 par Byblos

Il aura suffi de l’invention des tweets pour tuer la belle période française héritée du latin, et qui permettait d’articuler une pensée complexe. Montaigne, Pascal, Bossué, Voltaire, où êtes-vous ?
France est morte. tweet l’a TUER.

02/07/2015 13:11 par sergio

dans la lignée droitiste la plus nauséabonde qui soit, des minus sans importance qui polluent sans cesse l’espace médiatique (leur soi-disant espace ?!), sans rien apporter de vraiment nouveau (au contraire) ni d’honnête (savent-ils au moins ce que ça signifie l’honnêteté ?), loin du réel... sergio

02/07/2015 14:08 par Michel Rolland

J’ai bien de la difficulté à rester poli avec les néolibéraux et leurs agents de la dictature médiatique. Pourtant, sans le vouloir, Le Grand Soir me glisse les mots dans la bouche. Il parle de « revue de tweets » or, au Québec, existe un homonyme qui s’écrit twit. Il veut dire personne stupide, idiote. Or à la lecture de cette revue, je serais porté à croire qu’il faut être stupide, idiot ou vendu pour tenir de tels propos. Par charité pour ces gens, je propose que nous parlions de « revue de twits »...

Plus sérieusement, les néolibéraux sont antidémocrates. Par leurs dictatures médiatiques, ils ont imposé leurs oligarchies partout en Occident, sauf en Grèce. Lorsque se tient un référendum, leur dictature médiatique procède à une désinformation qui presque à tout coup amène les votants à aller dans le sens des intérêts du capital. Les Grecs sauront-ils résister à la désinformation capitaliste ? Une victoire du oui à 50 % des voix + 1 devrait être considérée, après un tel tripotage de la pensée, comme une victoire à 95 %.

La Grèce est-elle en voie de devenir le Venezuela d’Occident ?

Michel

03/07/2015 10:49 par Michel Rolland

Ce que j’ai dit porte à confusion et je m’en excuse.

Lorsque je dis : « Une victoire du oui à 50 % des voix + 1 devrait être considérée, après un tel tripotage de la pensée, comme une victoire à 95 % » je dis le contraire de ma pensée. Je veux dire : Un refus de l’austérité proposée par le FMI et consorts à 50 % des voix + 1 devrait être considéré, après un tel tripotage de la pensée, comme un rejet des mesures néolibérales à 95 %.

Michel

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