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1943, le problème de l’ouverture d’un « deuxième front »

Le 22 novembre 1943, Staline, Roosevelt et Churchill se retrouvent à Téhéran. Parmi les questions les plus importantes discutées figuraient le problème de l’ouverture par les Alliés d’un « deuxième front ».

C’était la question la plus difficile. L’Angleterre et les États-Unis ont fait de leur mieux pour retarder l’ouverture d’un deuxième front en Europe occidentale. La décision d’ouvrir ce « deuxième front », c’est-à-dire le débarquement des troupes alliées en Europe et la création du front occidental, était censée accélérer considérablement la chute du Troisième Reich. Après le tournant stratégique survenu lors des batailles de Stalingrad et de Koursk, la situation sur le front de l‘Est s’est développée favorablement pour l’URSS. Les troupes allemandes avaient subi des pertes irréparables et ne pouvaient plus les rattraper. Les Allemands avaient perdu l’initiative stratégique dans la guerre. L’Armée rouge avait repoussé l’ennemi, libéré le Donbass, traversé le Dniepr et repris Kiev. Les Russes avait également chassé l’ennemi du Caucase du Nord et ont débarqué en Crimée.

Mais la victoire était encore loin : l’Empire allemand était encore un adversaire redoutable doté de forces armées puissantes et d’une industrie forte. Les Allemands contrôlaient de vastes zones de l’URSS et de l’Europe de l’Est. Afin d’accélérer la défaite du Troisième Reich et de ses alliés, un effort conjoint des trois grandes puissances était nécessaire. Les Alliés avaient promis d’ouvrir un deuxième front en 1942, mais une année s’est écoulée et aucun progrès n’a été enregistré. Militairement, les Alliés étaient prêts à commencer l’opération en juillet-août 1943, alors qu’une bataille acharnée se déroulait sur le front de l’Est, sur le renflement d’Orel-Koursk. Une armée expéditionnaire de 500 000 hommes a été déployée en Angleterre, qui était en pleine préparation au combat, elle disposait de tout le nécessaire pour le débarquement, et pour assurer la supériorité aérienne. Mais, le front n’a pas été ouvert principalement pour des raisons géopolitiques. Londres et Washington n’allaient pas aider Moscou. Les renseignements soviétiques ont découvert qu’en 1943, les Alliés n’ouvriraient pas de deuxième front dans le nord de la France. Ils attendraient « que l’Allemagne soit mortellement blessée par l’avancée russe ».

Londres et Washington voyait le Troisième Reich comme un « bélier » capable d’écraser les bolchevicks. Dans un premier temps, ils ont cru que l’Allemagne pourrait vaincre l’URSS, et que lors de ce duel de titans elle serait affaiblie, ce qui permettrait aux Anglo-Saxons d’obliger le Reich à une paix qui leur serait bénéfique. Ce n’est qu’après qu’il fut devenu évident que l’Allemagne hitlérienne ne serait pas en mesure de vaincre la Russie et l’URSS que Londres et Washington ont révisé leur scénario de guerre mondiale. Les Britanniques et les Étasuniens élaborèrent un plan stratégique pour attaquer depuis le sud, à travers l’Italie et les Balkans, Rome devait se ranger du côté du bloc anglo-étasunien. En attendant de voir ce qui se passe sur le front de l’Est.

Il était possible que les Allemands créent une défense stratégique solide et que la Seconde Guerre mondiale se prolonge par le massacre mutuel des Russes et des Allemands. L’Allemagne et l’URSS subiraient d’énormes pertes et leurs forces armées seraient vidées de leur sang. Dans le même temps, des plans étaient élaborés pour le débarquement des troupes alliées en Grèce et en Norvège. Ainsi, les maîtres de l’Occident attendraient le dernier moment que l’URSS et l’Allemagne soient exsanguinées au cours de la bataille titanesque. Cela permettrait à la Grande-Bretagne et aux États-Unis d’agir en position de force et de dicter les conditions de l’ordre mondial de l’après-guerre.

Les Britanniques et les Étasuniens convainquirent les Russes que le débarquement dans le nord de la France était compliqué par le manque de transports, ce qui créait un problème d’approvisionnement. Alors que progresser à travers les Balkans serait un scénario plus rentable. Cela permettra aux alliés de se connecter sur le territoire roumain et de frapper l’Allemagne par le sud. En fait, Churchill voulait couper la majeure partie de l’Europe de l’URSS. Cela permettait de développer de nouveaux scénarios antisoviétiques et d’affaiblir l’importance de l’Armée rouge dans la phase finale de la guerre. En particulier, le scénario d’un coup d’État anti-hitlérien en Allemagne était en cours d’élaboration, lorsque les nouveaux dirigeants allemands comprendraient le désespoir de la situation, ils accepteraient un accord séparé avec l’Angleterre et les États-Unis. Les Allemands autoriseraient alors les troupes anglo-étasuniennes à pénétrer sur leur territoire pour sauver le pays de l’Armée rouge.

Après de nombreux débats, la question de l’ouverture d’un deuxième front était dans une impasse. Staline s’est alors déclaré prêt à quitter la conférence : « Nous avons trop de choses à faire à la maison pour perdre du temps ici. À mon avis, rien de valable ne fonctionne ». Churchill s’est rendu compte que la question ne pouvait plus s’envenimer davantage et a trouvé un compromis. Roosevelt et Churchill promirent au dirigeant soviétique d’ouvrir un deuxième front en France au plus tard en mai 1944. Il était prévu que l’heure finale de l’opération soit déterminée dans la première moitié de 1944. Lors de l’opération alliée, les troupes soviétiques durent lancer une offensive pour empêcher le transfert des divisions allemandes d’est en ouest.

Depuis, on nous raconte chaque matin que ce sont « les Américains » qui ont libéré la France, alors que celle-ci n’a été rendue possible que par l’immobilisation à l’Est de l’Europe de 200 divisions de la Wehrmacht face à l’offensive soviétique menée sur plus de 2000 kms en Normandie, seule une partie des cinquante divisions allemandes stationnées en France combattait les Alliés. ll faut donc le dire et le répéter : sans l’offensive soviétique, les forces américaines et britanniques n’auraient jamais pu débarquer ! Mais cela, les médias de l’oligarchie n’en font guère état.

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