RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher

64 ans plus tard... Cuba et la colère du dieu de l’enclos.

Pourquoi l’État cubain n’accepte-t-il pas ce que les États-Unis lui demandent pour qu’ils laissent l’île tranquille et lèvent le blocus ? Pourquoi cette révolution persiste-t-elle à aller à contre-courant de l’empire le plus puissant qui ait jamais existé sur terre, si cela lui a valu tant de problèmes économiques et sociaux en punition, et qui s’aggravent chaque jour ? Cela vaut-il la peine de s’obstiner autant ? La grande majorité des pays du monde ne veut pas d’impositions américaines. Alors ?

Oui, parfois j’y ai pensé. Mais en réalité ces réflexions ne sont pas de mon fait, bien qu’elles m’aient aidé à imaginer les situations possibles. Plusieurs personnes m’ont posé ces questions aussi naturellement et innocemment que des millions d’autres dans ce monde le font face au « cas » cubain.

Les transnationales reviendraient sûrement sur l’Ile et commenceraient par reconstruire et remettre en fonction beaucoup d’industries obsolètes ou fermées. Cuba se remplirait de touristes gringos qui laisseraient des chewing-gums et des ordures partout, mais aussi beaucoup de dollars, si nécessaires à l’économie. Sur la place de la Révolution, un McDonald’s serait installé, symbole de progrès, de liberté et de viande, les images du Che et de Camilo resteraient car elles attirent les touristes. Fait très important : n’importe qui pourrait installer un chariot et vendre n’importe quoi n’importe où, en signe d’esprit d’entreprise et de libre-échange.

Il est vrai que quelques petites choses pourraient ennuyer ou déranger la grande majorité des Cubains, mais avec l’aide de la propagande médiatique, elles passeraient pour de simples petits détails, nécessaires à la réorganisation et à la modernisation du pays sur le chemin du capitalisme salvateur.

Par exemple, la santé et l’éducation ne seraient plus gratuites, parce que le nouvel État devrait cesser d’être « paternaliste » : celui qui voudrait en bénéficier devrait se battre pour elles et les obtenir, ou qu’il accepte son sort s’il en était incapable.

Par exemple, aussi, les maisons et les bâtiments que les Cubains occupent depuis le début de la révolution devraient être rendus à leurs « anciens propriétaires », ces riches qui ont fui au début de la révolution. Ce sont des babioles indispensables pour le retour des « agents du progrès ».

« Si les moustiques donnaient du fromage », disait mon grand-père. Parce que la fin de la révolution et le retour de Cuba dans le giron étasunien est un petit problème, un petit détail, une petite question, une petite chose qui est tout le contraire de simple.

La Révolution cubaine a radicalement transformé l’essence même de Cuba, et sans s’imposer, parce qu’elle s’est construite d’en bas, avec et pour le peuple. Cela n’a pas été le fait d’illuminés, bien que Fidel ait rayonné en tant que guide. C’est un processus avec l’odeur et le goût des gens, et c’est pourquoi il a résisté le foudre et les éclairs, les ouragans, les séismes et les tsunamis économiques et politiques envoyés par le voisin et ses alliés.

Puisqu’elle se proposait d’être une révolution où les Cubains décideraient du destin de leur vie et de leur nation, elle se devait d’être anti-impérialiste, puisque c’était l’empire qui avait régné jusqu’au premier janvier 1959. Et l’empire s’est révélé très sensible. Face à un mouton quittant l’enclos, il a réagi avec la rage typique des dieux vengeurs.

Mais il faut comprendre la colère du dieu de l’enclos. Dans de nombreuses régions du continent, son autorité a commencé à être remise en question. L’anti-impérialisme est devenu une cause juste, parce qu’il était synonyme de dignité, de liberté et de souveraineté. C’est pourquoi l’Amérique latine n’a plus été la même à partir de la date où Fidel et ses barbudos sont entrés à La Havane et ont commencé à contrarier Washington.

Cuba anti-impérialiste a désorganisé la cour du Tout-Puissant. Elle a prouvé que c’était possible. Mais elle ne s’est pas arrêtée là. Le plus grave restait à venir. La révolution cubaine anti-impérialiste naissante a eu l’audace de prendre d’assaut les mers et d’atteindre des pays lointains pour combattre l’impérialisme et ses sbires. Elle a aidé plusieurs nations d’Afrique à se libérer du joug colonialiste, et beaucoup de ses fils ont laissé leur vie dans ces pays lointains. Son anti-impérialisme, bien que beaucoup ne le sachent pas, a aussi permis d’en finir avec la ségrégation raciale inhumaine et aberrante en Afrique du Sud, qui était nourrie par celle qui se dit la plus grande démocratie de l’univers (c’est-à-dire au-delà de la planète Terre).

Cuba est anti-impérialiste. Que ça plaise ou non. Même si ce mot fait penser à de vieux textes ou à des discours. Mais l’impérialisme est toujours vivant. Ce centre du pouvoir établi à Washington qui a fait, et fait encore, tant de mal à l’humanité, est un empire. Si puissant que j’ai dit un jour que lors de ses élections législatives et présidentielles, nous, la majorité des citoyens du monde, devrions prendre part au vote car c’est là que se décide une bonne partie de nos vies.

Aujourd’hui, je vois cet empire vraiment vaciller. Ici et là, son pouvoir est remis en question et son arrogance moins tolérée. Beaucoup d’autres nations veulent se libérer de ce joug, de cette serre qui les écrase.

Cuba anti-impérialiste a été et continue d’être un exemple de dignité. J’ose dire que les quelques nations qui disent aujourd’hui « non » à l’empire ont vu un exemple dans cette île appelée Cuba et dans sa révolution.

Si Cuba, cette île des Caraïbes, est au cœur de la colère de l’empire et fait régulièrement l’actualité dans les médias du monde entier, c’est parce que sa révolution doit avoir quelque chose de très bon et de très révolutionnaire, parce que l’on parle rarement des pays normaux.

Alors pourquoi accepter ce que l’empire demande ? Pour qu’il devienne un ami ?

Laisse-moi tranquille avec ce vin : tu le trouves aigre, mais c’est le vin de ma vigne. Imaginons si les Cubains abandonnaient leur révolution au voisin impérial : mais c’est la vengeance qui leur tomberait dessus pour avoir été si rebelles ! Le phare de la rébellion et de la dignité anti-impérialiste s’éteindrait.

Et cette « éventualité » n’est pas possible. Ce n’est tout simplement pas possible parce que c’est impossible.

Hernando CALVO OSPINA

URL de cet article 38444
  

Même Auteur
Tais toi et respire ! Torture, prison et bras d’honneur
Hernando CALVO OSPINA
Équateur, 1985. Le président Febres Cordero mène une politique de répression inédite contre tous les opposants. En Colombie, le pays voisin, les mêmes méthodes font régner la terreur depuis des décennies. Équateur, 1985. Le président Febres Cordero mène une politique de répression inédite contre tous les opposants. En Colombie, le pays voisin, les mêmes méthodes font régner la terreur depuis des décennies. Quelques Colombiennes et Colombiens se regroupent à Quito pour faire connaître la violence et (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

Puisque le commerce ignore les frontières nationales, et que le fabricant insiste pour avoir le monde comme marché, le drapeau de son pays doit le suivre, et les portes des nations qui lui sont fermées doivent être enfoncées. Les concessions obtenues par les financiers doivent être protégées par les ministres de l’Etat, même si la souveraineté des nations réticentes est violée dans le processus. Les colonies doivent être obtenues ou plantées afin que pas un coin du monde n’en réchappe ou reste inutilisé.

Woodrow Wilson
Président des Etats-Unis de 1913 à 1921

"Un système meurtrier est en train de se créer sous nos yeux" (Republik)
Une allégation de viol inventée et des preuves fabriquées en Suède, la pression du Royaume-Uni pour ne pas abandonner l’affaire, un juge partial, la détention dans une prison de sécurité maximale, la torture psychologique - et bientôt l’extradition vers les États-Unis, où il pourrait être condamné à 175 ans de prison pour avoir dénoncé des crimes de guerre. Pour la première fois, le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, Nils Melzer, parle en détail des conclusions explosives de son enquête sur (...)
11 
L’UNESCO et le «  symposium international sur la liberté d’expression » : entre instrumentalisation et nouvelle croisade (il fallait le voir pour le croire)
Le 26 janvier 2011, la presse Cubaine a annoncé l’homologation du premier vaccin thérapeutique au monde contre les stades avancés du cancer du poumon. Vous n’en avez pas entendu parler. Soit la presse cubaine ment, soit notre presse, jouissant de sa liberté d’expression légendaire, a décidé de ne pas vous en parler. (1) Le même jour, à l’initiative de la délégation suédoise à l’UNESCO, s’est tenu au siège de l’organisation à Paris un colloque international intitulé « Symposium international sur la liberté (...)
19 
Le fascisme reviendra sous couvert d’antifascisme - ou de Charlie Hebdo, ça dépend.
Le 8 août 2012, nous avons eu la surprise de découvrir dans Charlie Hebdo, sous la signature d’un de ses journalistes réguliers traitant de l’international, un article signalé en « une » sous le titre « Cette extrême droite qui soutient Damas », dans lequel (page 11) Le Grand Soir et deux de ses administrateurs sont qualifiés de « bruns » et « rouges bruns ». Pour qui connaît l’histoire des sinistres SA hitlériennes (« les chemises brunes »), c’est une accusation de nazisme et d’antisémitisme qui est ainsi (...)
124 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas | Bernard Gensane
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.