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Venezuela : l’affaire Alex Saab et la doctrine de la souveraineté limitée

Au Venezuela, les faits du 3 janvier 2026 ont marqué un point de rupture sans précédent. Une incursion menée par les troupes spéciales américaines, secondées par les forces britanniques et israéliennes, contre des ports et des installations militaires a fait plus d’une centaine de victimes parmi les soldats et les civils (dont 32 militaires cubains), culminant avec l’enlèvement du président Nicolás Maduro et de la députée Cilia Flores, son épouse. Cet acte a plongé la République bolivarienne dans une situation de lourd chantage institutionnel et de mise sous tutelle de fait (pour certains analystes, un « protectorat »), accélérant les dynamiques internes visant à définir les schémas de pouvoir, la gestion des ressources stratégiques et l’interaction avec les marchés financiers occidentaux.

Dans ce scénario de souveraineté mise en échec s’inscrit le cas de la soudaine extradition vers les États-Unis d’Alex Naín Saab Morán, ex-ministre des Industries et de la Production nationale. Saab a été au centre d’une campagne internationale pour sa libération, qui s’est également déroulée en Italie, pays d’origine de son épouse, Camilla Fabri.

Saab a été arrêté pour la première fois le 12 juin 2020 au Cap-Vert, alors qu’il se rendait en Iran dans le cadre de ce que Caracas a décrit comme une mission humanitaire. Il a été extradé vers le territoire américain en octobre 2021, bien que le Venezuela ait demandé à plusieurs reprises sa libération, dénoncé une violation de son immunité diplomatique et qualifié sa détention d’enlèvement. La procédure a été entachée d’irrégularités : la notification a été émise 24 heures après l’arrestation, il n’existait pas de traité d’extradition avec les États-Unis, et tant la CEDEAO que le Comité des droits de l’homme de l’ONU ont exigé sa libération sans succès.
Pendant plus d’un an, le diplomate a subi des conditions de détention extrêmes — cellule de 3×3 mètres, températures élevées, passages à tabac, manque de lumière et de soins médicaux — et en octobre 2021, il a été extradé vers Miami. Là, dans un refuge sécurisé de la CIA, il a été soumis à la torture par l’eau pour le forcer à coopérer contre Maduro.

En décembre 2023, Joe Biden a accordé la grâce à Saab en échange de dix citoyens américains, vingt détenus de la droite vénézuélienne et la consolidation de Chevron dans le secteur pétrolier du Venezuela. L’échange a révélé l’énorme valeur que Saab avait pour Caracas : sa libération a été payée par des dizaines de personnes et par l’accès à des ressources stratégiques.

La mesure de déportation, exécutée maintenant par disposition du Service administratif d’identification, de migration et des étrangers (SAIME), a donc déclenché une vive polémique au sein même du camp révolutionnaire, mettant au jour de profondes anomalies formelles, procédurales et constitutionnelles mises à nu par plusieurs analystes.
Le gouvernement a justifié l’acte par un communiqué dans lequel il est affirmé que la mesure de déportation a été adoptée parce que le citoyen « colombien » (nationalité d’origine de Saab) est impliqué dans la commission de divers délits aux États-Unis d’Amérique : un « fait public, notoire et médiatique », a-t-on écrit, ce qui a suscité plus d’une vive contestation.

Sur le plan strictement juridique – a-t-on souligné –, cette motivation entre en collision avec les principes fondamentaux du droit public vénézuélien et international pour diverses raisons : en premier lieu, le SAIME est un organe strictement administratif d’identification, totalement dépourvu de compétence juridictionnelle pour la résolution et l’exécution d’une extradition. Une telle mesure requiert des canaux diplomatiques et une procédure formelle devant le système judiciaire, seul habilité à évaluer les demandes étrangères en garantissant la présomption d’innocence et le droit à la défense.
En deuxième lieu, la formule du « fait public, notoire et médiatique » n’a aucune valeur d’imputation juridique. Baser une extradition sur la résonance médiatique ou la propagande d’États étrangers représente un précédent dangereux, qui copie les mêmes dossiers manipulés historiquement utilisés contre le Venezuela par les organisations internationales.

Mais le nœud le plus critique concerne la citoyenneté et la légitimité institutionnelle. La thèse officielle affirme que Saab est un citoyen colombien possédant une carte d’identité falsifiée depuis 2004, et que pour cette raison il n’existe aucun dossier valable au SAIME.
Cette affirmation soulève des questions inévitables sur la responsabilité des propres institutions : si le document était faux, comment a-t-il pu être renouvelé pendant vingt ans, permettant à Saab de participer à des appels d’offres publics pour le logement social, de déclarer ses impôts au SENIAT, d’être inséré dans les canaux formels de l’État et même de voter ?

De plus, la nomination de Saab comme ministre de l’Industrie, sanctionnée formellement par le décret numéro 5.021 du 18 octobre 2024 et publiée au Journal officiel numéro 6.904, entre en violation ouverte avec l’article 244 de la Constitution vénézuélienne, lequel prescrit de manière stricte la possession de la nationalité vénézuélienne pour l’exercice des fonctions ministérielles. La même incohérence s’étend aux précédentes lettres de créance diplomatiques, théoriquement interdites aux citoyens étrangers par la loi sur le service extérieur.

Si l’ex-ministre faisait l’objet d’enquêtes internes pour fraude et blanchiment d’argent, la jurisprudence nationale aurait imposé la tenue d’un procès régulier sur le territoire où les faits présumés ont été commis, étant donné la nature strictement territoriale des lois pénales. La décision de le livrer aux tribunaux américains, en contournant les voies ordinaires et en présence de fortes suspicions d’une activité de renseignement et de conditionnement de la part de la CIA après sa première libération en décembre 2023, montre comment des considérations de politique (imposée) ont remplacé les codes et les garanties de l’État de droit.
Pour comprendre la portée réelle de la livraison d’Alex Saab, il est nécessaire d’analyser sa fonction macroéconomique. Saab n’a pas été un simple fonctionnaire, mais le noyau du circuit du commerce extérieur vénézuélien sous le régime de sanctions multilatérales. Bien qu’il ne fût pas un militant socialiste, mais un homme d’affaires d’origine libanaise, il a décidé de risquer ses biens et son intégrité physique pour servir la cause bolivarienne.

Exploitant des réseaux d’entreprises et de comptes offshore répartis entre la Turquie, Hong Kong, la Suisse, les Émirats arabes unis et le Panama, il a structuré la logistique complexe d’approvisionnement pour la Grande Mission Logement Venezuela et pour la distribution alimentaire des comités CLAP pendant les moments d’isolement les plus durs du pays.
Sa valeur stratégique résidait dans sa capacité à mobiliser l’or et les hydrocarbures en contournant les blocus occidentaux, maintenant opérationnels des canaux commerciaux alternatifs avec des multinationales et des entités financières américaines (comme Chevron ou JP Morgan) qui avaient besoin de rester accrochées à la rente vénézuélienne malgré les impositions de sanctions.
Entre 2025 et 2026, le Venezuela a enregistré une croissance économique significative, avec une augmentation du PIB de +8,66% en 2025 et des prévisions de 12% pour 2026, accompagnée par le retour partiel des marchandises occidentales dans les circuits commerciaux. Cette reprise a été rendue possible précisément grâce à l’existence de ces mécanismes parallèles de transaction, par ailleurs très coûteux pour les pays sanctionnés, car ils les obligent à brader leurs produits pour rendre les risques acceptables pour les acheteurs. Des mécanismes que Washington a décidé d’écraser par la force, comme on le voit du Moyen-Orient au Venezuela et à Cuba.

Comme le fait remarquer l’analyste Diego Herchoren, la déportation de Saab ne répond donc pas à une purge interne générique, mais plutôt à l’imposition d’une transition structurelle des bénéficiaires étrangers de la richesse énergétique du pays. La main de fer sur le gouvernement bolivarien reflète également le choc au sein du secteur financier américain pour le contrôle des actifs extractifs, qui oppose les intérêts de JP Morgan, opérant via Dalinar Energy, et ceux du fonds Amber Energy, dirigé par Paul Singer.

Dans ce cadre, les accords et les canaux logistiques tracés par Saab, calibrés sur l’administration précédente de Nicolás Maduro et sur les accords passés avec le gouvernement de Biden, sont devenus un obstacle pour la nouvelle configuration du pouvoir.

La livraison de Saab « nettoie » la table des anciens intermédiaires et fournit au parquet américain un immense patrimoine informationnel sur les routes mondiales de contournement du blocus, tandis que le chargé d’affaires américain à Caracas gère ouvertement les dynamiques relatives aux médicaments et aux mesures économiques, accentuant la perception d’un pays sous tutelle.
On comprend ainsi également les déclarations de la présidente par intérim, Delcy Rodríguez, commentant l’extradition. Lors d’un acte public dans la capitale, le jour de son anniversaire, elle a répondu ainsi à la question d’un journaliste : « Je veux dire au Venezuela, à tous les Vénézuéliens et à toutes les Vénézuéliennes : toute décision que prend le gouvernement national le fera pour un intérêt qui est l’intérêt du Venezuela. Toute décision à venir et que nous avons prise depuis que nous avons pris la relève après ce qui s’est passé le 3 janvier l’a été pour l’intérêt du Venezuela, pour défendre le Venezuela. Nous ne pensons à rien d’autre – a-t-elle ajouté – qu’aux intérêts, aux droits, à protéger notre pays, à garantir la tranquillité, la paix, le développement, l’avenir de nos enfants, à garantir l’espoir de notre peuple. »

Pendant ce temps, certains habitants lui apportaient un gâteau d’anniversaire, couronné par la carte du Venezuela incluant l’Esequibo, la zone en litige avec la République coopérative du Guyana, pour laquelle récemment l’équipe de Delcy s’est rendue à La Haye, où se trouve la Cour internationale de justice.

Rodríguez a déclaré que, quelle que soit la décision de la Cour, le Venezuela ne la reconnaîtra pas, puisque la seule boussole légitime reste l’Accord de Genève, et la proposition faite au peuple du Guyana de résoudre la question sans ingérences étrangères visant à déstabiliser le continent.

Ce lundi 18, le Venezuela a protesté auprès du gouvernement de Trinité-et-Tobago — l’un des principaux responsables d’avoir ouvert la voie à l’agression des États-Unis — et lui a demandé de se rendre responsable des atteintes environnementales et économiques générées par la marée noire provenant de l’île caribéenne voisine.

Pendant ce temps, Trump, qui souhaiterait appliquer le même « médicament » à Cuba, semble déterminé à serrer la vis de plus en plus jusqu’à faire de la République bolivarienne un véritable protectorat. Le premier objectif est de produire une fragmentation interne, que certains dirigeants radicaux cherchent à éviter à haute voix. Maintenir le contrôle politique pour éviter un carnage et l’occupation complète du pays a été la principale motivation invoquée par la direction bolivarienne pour avoir « choisi » de ne pas réagir par les armes à l’attaque de la principale puissance nucléaire de la planète. La déportation de Saab et la gestion de cette négociation complexe sous chantage mettent cependant en évidence des lignes de fracture au sein du paysage politique vénézuélien, divisant les réactions en trois camps distincts.

D’un côté, l’extrême droite transnationale applaudit ce qu’elle définit comme l’implosion du chavisme. Se mouvant comme un comité d’affaires colonial, cette faction a soutenu l’intervention militaire du début de l’année et exprime sa vision néolibérale à travers les paroles de María Corina Machado qui, lors de sa récente conférence à l’Université de Harvard, a affirmé que le crime impardonnable du chavisme a été de dépenser des fonds publics pour multiplier les universités gratuites.
Il est évident que pour la « sayona » (le diable, ndlr), comme l’appelle le peuple vénézuélien, il est prioritaire de multiplier le commerce lucratif des instituts privés... Parallèlement, des franges étudiantes d’extrême droite, provenant de l’Université centrale du Venezuela (UCV), tentent d’instrumentaliser une affaire judiciaire pour imposer l’agenda de Machado qui vise l’ingouvernabilité du pays.
De l’autre côté, les courants critiques de la gauche communautaire et militante montrent une profonde inquiétude. La position exprimée publiquement par Mario Silva, député chaviste et commentateur « marxiste-léniniste », dénonce l’ostracisme, le manque de transparence et la tendance à déléguer les décisions stratégiques à un comité politique restreint, excluant le débat populaire au sein du PSUV et du Grand Pôle Patriotique.

La plus grande préoccupation concerne le précédent Saab : permettre à une puissance occupante d’extraire un citoyen du territoire national sans garanties constitutionnelles crée un vide juridique qui expose tout le cadre dirigeant aux opérations des commandos d’extraction de la CIA et du FBI qui opèrent sous la couverture de l’ambassade. Et c’est de ces derniers jours que date l’assassinat d’un militant des collectifs, qui avait appelé à la résistance, apparemment tué par un agresseur à Puerto la Cruz.
Enfin, la ligne officielle de la direction défend la procédure institutionnelle au nom de la sauvegarde des intérêts nationaux. Des personnalités comme Iris Varela ont prononcé des discours enflammés contre ceux qui émettent des doutes, avertissant que critiquer les choix de la direction signifie détruire l’unité du chavisme, considérée comme la seule véritable force de négociation qui reste dans cette phase de médiation sous chantage.

Dans cette perspective, personnifiée par la gestion à contrecœur et pragmatique de Delcy Rodríguez, la transition et les concessions tactiques sont vues comme des étapes obligées pour préserver la continuité de l’État et gérer les négociations visant à ramener Maduro et Cilia à la maison : leur procès aux États-Unis est fixé pour la fin juin, précédé par celui de Saab lui-même.

L’ex-diplomate, qui ne pourrait pas être jugé pour les mêmes crimes pour lesquels il a été gracié par Biden, a fait l’objet d’autres mandats d’arrêt. Sera-t-il poussé à témoigner contre Maduro pour traîner tout le gouvernement bolivarien dans la boue ? Et qu’arrivera-t-il alors ? De quelque manière qu’on regarde, l’horizon est teinté de sombres couleurs.
Mais crier à la trahison, alimenter la cacophonie des réseaux sociaux, est un exercice stérile et nuisible. Plus utile, bien que douloureux, est d’analyser la dure réalité, en partant du postulat qu’une défaite militaire est aussi politique, aussi symptôme d’une faiblesse interne dont les racines doivent être recherchées, outre dans l’appauvrissement matériel dû aux « sanctions » criminelles, aussi dans l’appauvrissement motivationnel et la force idéale collective.
D’abord l’enlèvement du président, avec les soupçons consécutifs de trahison interne, et maintenant la déportation de Saab rendent également évidentes les limites de la doctrine défensive adoptée par Caracas ces dernières années. Comme le rappelle encore Herchoren, au cours de ses missions à l’étranger, Saab avait engagé des discussions avec les partenaires russes pour la localisation de la production de drones au Venezuela.

Cependant, l’État, en plus d’investir davantage dans les plans sociaux que dans les armes, a historiquement privilégié les dépenses en armements conventionnels et traditionnels, laissant des milliers de fusils dans les dépôts au lieu d’investir dans la technologie aérienne asymétrique.

Contrairement à l’Iran, qui a su développer une solide capacité de dissuasion basée sur les drones pour protéger ses propres eaux territoriales et ses propres vecteurs maritimes, et a su maintenir vivante la flamme du sacrifice collectif, le Venezuela s’est retrouvé dépourvu de couvertures électroniques et défensives adéquates face à l’attaque navale et aérienne américaine dans la mer des Caraïbes antérieure au 3 janvier.

Le renoncement au modèle de défense russo-iranien en faveur d’un alignement forcé sur les intérêts financiers de Washington marque l’acceptation des lourds coûts d’une retraite stratégique, où les structures de base de la démocratie participative, comme la consultation populaire et les communes, et celles de l’autodéfense, cherchent à résister sur le plan local, tandis que le haut commandement économique de l’État est contraint de se mouvoir dans les marges étroites imposées par la puissance occupante.

Geraldina Colotti

 https://www.resumenlatinoamericano.org/2026/05/19/venezuela-el-caso-alex-saab-y-la-doctrina-de-la-soberania-limitada/

COMMENTAIRES  

21/05/2026 11:37 par Jos

Alex Saab, homme d’affaires d’origine libanaise, qui a décidé de risquer ses biens et son intégrité physique pour servir la cause bolivarienne , pourquoi a t-il été livré comme Maduro aux impérialistes US ????

Des analystes géopolitiques américains critiques envers Trump, Scott Ritter et d’autres, affirment que la CIA a acheté des hauts responsables pour l’enlèvement de Maduro comme pour l’armée irakienne en 2003. Pourquoi personne n’a été puni, à part le changement du ministre de la Défense (c’était la moindre des choses !!) ?

Il se passe des choses bizarres dans ce pays qui devient une colonie US

21/05/2026 17:26 par Jos

Il se passe des choses bizarres au Venezuela. Voici l’article du 20 mai 2026 de Leonid Savin : expert russe en géopolitique :

"Désouveraineté" du Venezuela : Alex Saab extradé vers les Américains

"Cette extradition marque le début d’une purge systématique des anciens membres du personnel.
télégramme VKontakte camarades de classe Lien

En moins de six mois, les dirigeants de la République bolivarienne du Venezuela sont passés d’une position où le pays figurait parmi les moteurs d’un monde multipolaire et du socialisme bolivarien à celle d’un client docile des États-Unis, renouant ainsi avec la situation d’avant Chávez. La logique de cette capitulation géopolitique est limpide : au lieu de choisir la lutte et de tenter de préserver son autonomie et sa souveraineté (paradoxalement, de telles tentatives n’ont jamais eu lieu), le Venezuela a opté pour la dépendance, sous l’emprise d’une simple peur qui a saisi ses dirigeants suite à l’enlèvement du président Nicolás Maduro et de son épouse, Cilia Flores, par les forces spéciales américaines.

L’extradition de l’ancien ministre de l’Industrie, Alex Saab, qui a longtemps été le cerveau financier des chavistes et a contribué à contourner les sanctions américaines, met un terme à cette série d’agissements honteux du gouvernement de Delcy Rodríguez. Cependant, les difficultés pour le Venezuela et son peuple ne font probablement que commencer.

Auparavant, Washington imposait une licence de vente de pétrole (alors que les sanctions n’étaient pas levées), où seuls les États-Unis pouvaient décider à qui et à quelles conditions (désouverainisation du secteur pétrolier, l’un des principaux piliers de l’économie vénézuélienne, ainsi qu’un coup dur porté à son plus proche partenaire, Cuba, à qui le Venezuela fournissait régulièrement du pétrole) ; l’exportation de réserves d’or vers les États-Unis (désouverainisation du secteur financier) et d’uranium enrichi, destiné à servir de combustible pour un réacteur nucléaire (désouverainisation du secteur énergétique), le Département d’État présentant cela comme « l’exportation d’uranium pouvant être utilisé pour fabriquer des armes nucléaires ».

Concernant Saab, suite à son extradition le 16 mai, le bureau du procureur fédéral du district sud de la Floride l’a inculpé de complot en vue de blanchiment d’argent international et de corruption liés au programme de distribution alimentaire CLAP du gouvernement vénézuélien. Les autorités vénézuéliennes ont elles-mêmes annoncé l’expulsion de Saab pour « commission de divers crimes aux États-Unis » et ont affirmé que cette « expulsion » était fondée sur les « intérêts nationaux » du Venezuela.

Alex Saab était déjà incarcéré aux États-Unis. Arrêté au Cap-Vert en 2020, il a été extradé vers les États-Unis en octobre 2021, où il a été inculpé de blanchiment d’argent. La procédure a été entachée d’irrégularités : l’avis d’extradition a été émis 24 heures après son arrestation, aucun traité d’extradition n’existait avec les États-Unis, et la CEDEAO et le Comité des droits de l’homme des Nations Unies ont vainement demandé sa libération. Il aurait également été torturé aux États-Unis.

Saab a été libérée en 2023 en échange de dix citoyens américains, de vingt prisonniers politiques vénézuéliens et du renforcement de la participation de Chevron dans le secteur pétrolier vénézuélien. Cet accord inégal souligne l’importance considérable de Saab pour le gouvernement vénézuélien.

Alors, qu’a-t-il fait ? On sait que, même sous Chávez, il a contribué à établir des relations entre l’industrie pétrolière vénézuélienne et l’Iran. Saab possède plusieurs nationalités (Colombie, Venezuela, Antigua-et-Barbuda) et un réseau de sociétés en Turquie, à Hong Kong, en Suisse et au Panama, qui ont servi à mettre en place une logistique permettant au Venezuela de contourner les sanctions américaines.

Depuis 2011, il a supervisé deux importants programmes gouvernementaux : la construction de logements sociaux (Gran Misión Vivienda Venezuela) et la distribution de subventions alimentaires (CLAP), qui ont nourri les pauvres pendant les pires années des sanctions.

Selon l’acte d’accusation américain, à partir d’octobre 2015, l’homme d’affaires a conspiré avec des complices pour corrompre des fonctionnaires vénézuéliens et prendre le contrôle des contrats d’importation de produits alimentaires de CLAP. Au lieu d’honorer ces contrats, les participants ont utilisé des sociétés écrans, de fausses factures et d’autres documents pour détourner des centaines de millions de dollars destinés à l’achat de denrées alimentaires.

Si Nicolás Maduro est accusé par la Maison-Blanche d’avoir créé et dirigé un cartel inexistant, il sera d’autant plus facile d’inculper Alex Saab de corruption et de blanchiment d’argent, d’autant plus qu’il a effectivement contribué à contourner les sanctions américaines.

Saab a opéré efficacement dans plusieurs juridictions et a mis au point un système d’échange d’or vénézuélien contre d’autres actifs via la Turquie, les Émirats arabes unis et l’Iran. Il a également servi d’intermédiaire dans des négociations avec des entreprises occidentales (Chevron, JP Morgan), qui, de facto, ont continué d’opérer au Venezuela.

C’est précisément pourquoi, après sa libération et son retour au pays, Nicolás Maduro l’a nommé ministre de l’Industrie en octobre 2024. Il a été démis de ses fonctions deux semaines après l’opération américaine du 3 janvier 2026, et Saab laissait déjà entendre qu’il serait trahi et expulsé. En février, des informations ont fait état de son arrestation par les autorités vénézuéliennes, bien que les autorités officielles aient tenté d’étouffer l’affaire.

Diego Herchoren et Ayse Gorjak affirment que l’extradition de Saab a au moins six conséquences politiques pour le Venezuela. Premièrement, l’émergence d’un « nouveau gouvernement » susceptible de livrer une figure aussi importante du régime de Nicolás Maduro signifie que Maduro n’est plus aux commandes. Par conséquent, toute la rhétorique des dirigeants vénézuéliens concernant la protection de Maduro n’est qu’un prétexte. Deuxièmement, l’extradition marque le début d’une purge systématique des anciens cadres. Ceux qui ont contribué à contourner les sanctions et qui étaient auparavant considérés comme des héros seront désormais perçus comme des criminels. Troisièmement, un climat de terreur s’est instauré au sein du pouvoir vénézuélien. L’extradition sert de mécanisme de discipline : aucun haut responsable chaviste ne peut se sentir en sécurité, car les nouveaux dirigeants fantoches pourraient les livrer à la justice américaine. Quatrièmement, elle modifie les règles du jeu géopolitique. Le Venezuela cesse d’être un acteur et devient un objet de manipulation par son voisin du nord. Cinquièmement, elle entraîne une subordination aux intérêts financiers américains. La décision d’extradition ne repose pas sur des critères judiciaires nationaux, mais sur la rivalité entre des fonds d’investissement tels qu’Amber Energy et JP Morgan. La politique vénézuélienne est ainsi subordonnée à des factions du capital financier américain (ces mêmes auteurs soulignent qu’une lutte se déroule actuellement au Venezuela entre deux groupes d’intérêts américains : d’une part, JP Morgan via Dalinar Energy ; d’autre part, Paul Singer, proche donateur de Donald Trump, agissant par le biais d’Amber Energy). Enfin, l’affaiblissement des liens avec la Russie et l’Iran est conforme à la nouvelle politique étrangère américaine.

Comme on peut le constater, les dirigeants vénézuéliens ne participent pas à la prise de décision. Delcy Rodriguez occupe actuellement le poste de « dirigeante intérimaire contrôlée », un rôle qui lui a été proposé par Harry Sargent III, dont la société opère au Venezuela depuis les années 1980 et qui a été approuvé par Donald Trump. Lorsque les États-Unis auront obtenu tout ce dont ils ont besoin et mis en place une nouvelle structure fonctionnelle conforme à leurs intérêts, Rodriguez pourrait bien se retrouver sur le banc des accusés, à l’instar de Diosdado Cabello, toujours inculpé de trafic de drogue et accusé par l’opposition locale d’arrestations illégales et de torture, ayant entraîné la mort de prisonniers politiques. Pour l’instant, ils sont contraints de jouer les Maures, pris en étau entre le marteau de la politique étrangère américaine et l’enclume du mécontentement croissant au sein de leur population."

21/05/2026 18:04 par Vania

Il est important de rajouter à ce texte les explications du président de L’ Assemblée Nationale qui explique la situation
https://x.com/teleSURtv/status/2056851746492645806
https://www.telesurtv.net/jorge-rodriguez-alex-saab-agencias-eeuu/
Il a aussi promis de fournir des détails prochainement. Il a insisté pour dire que la responsabilité face à un crime était Individuelle. Ceci est un aspect important à signaler. Exemple : dans les pays d’Amérique Latine contrôlés par l’extrême droite, le pouvoir utilise la méthode "accusation par association " contre les leaders révolutionnaires .À Rafael Correa on lui attribue des accusations par association et même par "influjo psiquico" ! (Et comme dit bien Rafael Correa, un gouvernement doit lutter contre la corruption, mais il ne peut pas garantir qu’il n’y aura pas de corruption, car ceci est impossible).
D’autre part, il y a une commission du gouvernement qui travaille dans le dossier pour la libération du président et le fils du président fait partie de la dite commission.
Attendons la suite. L’important est d’éviter l’arrivée de l’extrême droite dirigée par Corina Manchado, cette femme est une fasciste très dangereuse, violente, haineuse, voir plus dangereuse que le sioniste Milei.

21/05/2026 20:23 par Carlos Ducasse

"Seule une situation de crise économique politique et militaire aiguë peut (re)créer les conditions d’une expropriation du capital. C’est là le rocher où il faut sauter" Gilles Questiaux

22/05/2026 15:32 par Carlos Ducasse

Le Venezuela autorise un survol américain de Caracas pour un exercice d’évacuation

Caracas, 22 mai (SANA) Le gouvernement vénézuélien a autorisé l’ambassade des États-Unis à Caracas à effectuer un exercice d’évacuation aérienne au-dessus de la capitale, dans le cadre des préparatifs en cas d’urgences possibles au siège diplomatique.

Selon l’Agence France-Presse, le ministre vénézuélien des Affaires étrangères, Yván Gil, a déclaré vendredi dans un communiqué de presse diffusé à la télévision d’État que les autorités avaient accepté, à la demande de l’ambassade américaine, de mener l’exercice samedi prochain, en prévision d’éventuelles situations médicales ou de catastrophes.

Le responsable a expliqué que l’exercice consistera en le survol de Caracas par deux avions qui atterriront dans l’enceinte de l’ambassade des États-Unis, conformément aux protocoles de sécurité et de logistique de la mission diplomatique.

L’autorisation accordée pour cette opération est interprétée comme le reflet de l’évolution récente des relations entre Washington et Caracas, suite aux changements politiques survenus au Venezuela en début d’année.

Dans ce contexte, les relations diplomatiques ont été officiellement rétablies en mars, tandis que les États-Unis ont allégé les sanctions imposées au secteur pétrolier vénézuélien et autorisé la délivrance de licences à des entreprises étrangères pour opérer dans le pays

https://sana.sy/es/world/2312046/

https://x.com/i/status/2057579276069724382

24/05/2026 09:04 par Geb.

Il est temps que les Communes prennent le Maquis.
Pour dîner avec le Diable il faut une longue cuillère.
Et dans le cas de Caracas les Dirigeants n’ont même pas un cure dent.
Y a 3 millions de Bolivariens en armes. Prêts à agir.
S’ils bloquent l’extraction des hydrocarbures par la Guerrilla les USA sont dans la merde.
Il y a un temps où il faut savoir dire "Assez".

25/05/2026 03:42 par Vania

N’oublions Jamais que le président est séquestré, le régime des gangsters le tient en otage. Le régime étasunien comme tout gangster/kidnappeur intimide, provoque, menace et voudrait voir le chavisme divisé et affaibli. Ses actes sont des provocations.
Voici un témoignage de Chavez : "Ce jour là j’ai dû avaler du sable et ficeler mes frustrations ("demonios internos") et me rappeler que je suis un homme d’état, pas un "lance-pierre" de quartier "
https://x.com/madeleintlSUR/status/2058356822797381774
https://x.com/planwac/status/2058383860723806495
Il faut apprendre à contrôler ses émotions et attendre le moment opportun
Témoignage d’une grande internationaliste :Alina Duarte
https://x.com/AlinaDuarte_/status/2058647983147692405

25/05/2026 17:34 par Palamède Singouin

N’oublions Jamais que le président est séquestré, le régime des gangsters le tient en otage.

A-t-il été pris ou livré en otage ? Là est la question... C’était une pratique courante dans l’antiquité, et même dans l’Europe du 16° siècle. On envoyait des princes ou des notables de haut rang chez l’adversaire en garantie de la bonne application d’un traité.

25/05/2026 19:36 par Carlos Ducasse

Quelqu’un a t IL une idée pourquoi lors de ce que le Southcom nomme " un exercice de réponse militaire conduit par les forces conjointes (des États Unis et du Venezuela donc)" et non un simulacre d’évacuation, ont il hissés deux drapeaux, le premier le Stars and stripes, et l’autre un drapeau noir avec le masque rouge du démon Japonais Hannya et un serpent enroulé entre sa bouche et des cornes ?

26/05/2026 00:07 par Vania

Et pourquoi certains considèrent plus important de relayer les manipulations/provocations du régime étasunien et insistent pour réussir à clouer au pilori le gouvernement (E) chaviste afin de les diviser ? Lors d’une séquestration l’important est de critiquer la famille du séquestré et non le kidnappeur n’est-ce pas ?
Cette gauche préfère -t-elle l’arrivée des fascistes de l’opposition comme le prix nobel de la guerre,l’enragée Manchado et ses serpents venimeux ?
https://x.com/ChrisRodrigAl/status/2058933789233959315

26/05/2026 01:50 par Carlos Ducasse

Le « gardien » de Delcy : l’ancien responsable de l’administration Trump, Claver-Carone, détient les clés de Caracas.
Max Blumenthal·25 mai 2026

Artisan de la politique intransigeante de Trump en Amérique latine, Mauricio Claver-Carone ne fait plus partie de l’administration. Mais selon des sources bien informées, il continue de « choisir les personnes autorisées à opérer » au Venezuela, de contrôler l’accès au gouvernement et de créer des conflits d’intérêts.
S’adressant aux journalistes le 21 mai, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a annoncé que la présidente vénézuélienne Delcy Rodriguez était en route pour New Delhi afin de discuter de questions énergétiques, et qu’il se rendrait également en Inde.

« C’est un voyage important, je suis ravi que nous puissions le faire », a lancé Rubio avec entrain après avoir expliqué que les trois nations discuteraient des moyens d’accroître les ventes de pétrole vénézuélien à l’Inde.

Sa déclaration – et l’annonce du voyage de Rodriguez avant même qu’elle ne l’ait fait – illustrait parfaitement la nouvelle dynamique entre Washington et le gouvernement vénézuélien. Après plus de vingt ans de relations hostiles avec les dirigeants vénézuéliens d’orientation socialiste, le secrétaire d’État américain était apparemment si intimement impliqué dans les affaires quotidiennes de Caracas qu’il revendiquait la responsabilité de l’itinéraire international de Rodriguez.

En réalité, selon une source bien informée, proche des gouvernements vénézuélien et américain, l’influence de Rubio sur Rodriguez serait dictée par un seul intermédiaire : l’ancien envoyé spécial de Trump pour l’Amérique latine, Mauricio Claver-Carone. « Mauricio [Claver-Carone] choisit qui peut agir et Delcy [Rodriguez] reçoit des instructions », a confié la source à The Grayzone.

Un ancien haut responsable américain ayant accès aux dirigeants de Caracas et de Washington a partagé le même avis, déclarant à The Grayzone : « Mauricio tire les ficelles en matière de positions économiques du secteur privé, et si quelqu’un veut en faire partie, il doit s’adresser à lui. »

Choisi personnellement par l’ancien conseiller à la sécurité nationale John Bolton pour diriger les opérations en Amérique latine durant le premier mandat de Trump, Claver-Carone n’occupe plus de fonction gouvernementale officielle. Il a en revanche mis à profit son expérience dans le secteur public pour créer une société d’investissement basée à Miami, le Lara Fund, qui pourrait devenir un acteur clé de la frénésie financière qui règne à Caracas au sein du mouvement MAGA.

Décrit par le New York Times comme « l’architecte de la politique intransigeante de Trump envers l’Amérique latine », Claver-Carone est un Cubano-Américain partisan d’un changement de régime et qui, dans sa jeunesse, en est venu aux mains avec des diplomates cubains. Durant le premier mandat de Trump, ce dernier a lancé une offensive financière dévastatrice contre Cuba, imposant de nombreuses sanctions qui ont anéanti la politique de normalisation mise en place sous Obama et replongé l’île dans la misère économique.

Claver-Carone a également orchestré nombre de politiques qui définissent la relation de Trump avec le Venezuela, depuis la reconnaissance de Juan Guaido, jusque-là inconnu, comme « président par intérim » du pays jusqu’à l’expulsion de centaines de migrants vénézuéliens des États-Unis vers la prison de haute sécurité de CECOT au Salvador. Nombre de ces migrants avaient été poussés à entreprendre le voyage vers les États-Unis par les sanctions économiques dévastatrices imposées sous l’impulsion de Claver-Carone.

Les sources de Grayzone décrivent ce vétéran de l’administration Trump comme l’architecte de l’invasion militaire qui a permis de transférer Maduro dans un pénitencier fédéral et d’installer Rodriguez à la présidence après le retrait des forces de sécurité vénézuéliennes.

« S’il était chargé de la mise en œuvre du volet opérationnel, peut-être que [Rodriguez] pense qu’elle doit l’écouter en matière de finances », a déclaré un initié vénézuélien à propos de Claver-Carone.

Un rapport publié en janvier dernier par le journaliste d’investigation Aram Roston décrivait Claver-Carone comme un « soutien clé » de Rodriguez après l’enlèvement de Maduro, et citait des sources affirmant qu’il exerçait une influence décisive sur la politique vénézuélienne malgré son départ du gouvernement.

Claver-Carone serait désormais au cœur de la tâche la plus délicate et lourde de conséquences pour le Venezuela : la restructuration de sa dette souveraine de 170 milliards de dollars en défaut de paiement. Contraint de quitter ses fonctions précédentes suite à des scandales de corruption et des conflits virulents, cet homme, sans poste officiel au sein du gouvernement, semble façonner les contours économiques du « Projet Venezuela ».

« Il contrôle tout. »
En mai dernier, le département du Trésor américain a autorisé Caracas à engager un conseiller financier pour l’aider dans la tâche herculéenne de la restructuration de sa dette. Le gouvernement vénézuélien a choisi Centerview Partners, une société de conseil en investissement et en finance de premier plan basée à New York.

Selon un ancien haut responsable américain, la compagne et collègue de Claver-Carone, Jessica Bedoya, s’est rendue à Caracas en jet privé peu après l’annonce officielle, accompagnée d’un conseiller de haut rang de Centerview. Il s’agissait de son deuxième voyage dans la capitale vénézuélienne, après une première visite en février pour discuter de questions financières.

Claver-Carone n’a pas répondu aux appels de The Grayzone sur son téléphone personnel, ni aux questions détaillées envoyées par SMS et par courriel.

Son associé, Bedoya, est le fondateur de la société d’investissement Lara Fund, dont il est le gérant. Sa biographie indique qu’elle a également travaillé à la CIA et au Conseil de sécurité nationale.

Photos de Jessica Bedoya et Mauricio Claver-Carone, telles que présentées sur la page web de Lara Fund
Certains observateurs craignent que sa présence avérée dans la capitale vénézuélienne, conjuguée à l’influence démesurée de Claver-Carone, ne représente un conflit d’intérêts, leur permettant d’orienter les accords de restructuration de la dette à leur propre avantage.

« Maintenant, il contrôle tout », a déclaré un initié vénézuélien à propos de Claver-Carone. « Il pourrait dire à quiconque veut travailler au Venezuela : “C’est moi qu’il vous faut. J’ai les clés. Si vous voulez jouer le jeu, investissez avec moi.” »

L’ancien responsable américain a déclaré que Claver-Carone levait des fonds pour son fonds Lara alors qu’il était employé spécial du gouvernement au Département d’État. Selon lui, sous la direction de Bedoya, Claver-Carone aurait utilisé son influence au sein de l’administration Trump pour démarcher des investisseurs potentiels.

« Des actes arbitraires et autoritaires qui ont démontré qu’il était un véritable voyou. »
Lorsque Trump a nommé Claver-Carone à la tête de la Banque interaméricaine de développement (BID), devenant ainsi le premier Américain à occuper ce poste, il a également engagé Bedoya comme chef de cabinet. Leur liaison secrète au sein de la banque a déclenché une enquête éthique embarrassante après la découverte d’un contrat manuscrit révélant leur engagement à rechercher le « bonheur absolu ». Ce contrat comportait une clause prévoyant des sanctions, telles que « de la cire de bougie et une boîte à surprises », en cas de violation de l’accord par l’une ou l’autre des parties.

Une enquête indépendante commandée par la BID a révélé que Claver-Carone avait augmenté le salaire de sa maîtresse de 40 %, soit un gain de 133 000 dollars en moins d’un an. Les enquêteurs ont également constaté que le couple avait accumulé des dépenses importantes avec une carte de crédit de la BID lors de leurs escapades romantiques.

Claver-Carone a refusé de participer à l’enquête, accusant ses auteurs de « fabrications ». Finalement, les gouverneurs de la BID ont voté à l’unanimité en faveur de son limogeage. Le gouvernement américain a approuvé cette décision.

« Le refus du président Claver-Carone de coopérer pleinement à l’enquête et la création d’un climat de peur des représailles parmi le personnel et les pays emprunteurs ont fait perdre la confiance du personnel et des actionnaires de la banque et rendent nécessaire un changement de direction », ont-ils écrit .

Le gouverneur argentin de la BID, Guillermo Francos, a dressé un bilan tout aussi sévère du mandat de Claver-Carone. « Claver a été un désastre pour plusieurs raisons », a déclaré Francos en 2022. « Pour avoir entretenu une relation inappropriée, pour avoir augmenté de manière disproportionnée le salaire de cette personne, pour avoir menti et pour ces actions arbitraires et autoritaires qui ont révélé sa véritable nature de voyou. »

Lorsque Claver-Carone est revenu dans la seconde administration Trump, son penchant pour le conflit n’a pas tardé à mettre sa position en péril.

Tout au long de l’année 2025, l’attitude malveillante de Claver-Carone aurait compliqué les efforts de l’administration Trump pour soutenir un allié clé de la droite en Amérique du Sud : le président argentin Javier Milei. Le chef de cabinet de Milei n’était autre que Guillermo Francos, l’ancien gouverneur de la BID, que Claver-Carone tenait pour responsable d’avoir révélé sa relation secrète avec Bedoya. Selon le quotidien argentin Clarin , Claver-Carone a tenté de se venger en faisant pression, sans succès, sur Milei pour qu’il limoge Francos. Il a ensuite tenté de saboter un important prêt du FMI à l’Argentine en exigeant que le pays renonce d’abord à sa ligne de crédit auprès de la Chine. Cette demande a suscité une apparente réprobation de la part du secrétaire au Trésor, Scott Bessent, qui s’est rendu à Buenos Aires pour exprimer sa confiance dans le prêt du FMI quelques semaines seulement après que la banque centrale argentine eut prolongé sa ligne de crédit auprès de Pékin.

Le mois suivant, en mai 2025, Claver-Carone annonça son départ du Département d’État pour retourner à son fonds Lara. Son départ donna l’impression qu’il avait été contraint de démissionner, mais il conserva néanmoins son influence grâce à sa ligne directe avec Rubio.

L’ancien responsable américain a confié à The Grayzone que Claver-Carone cherche désormais à devenir la version cubano-américaine de Jared Kushner, le gendre de Trump qui a profité de sa proximité avec le président et de son rôle de négociateur au Moyen-Orient pour empocher des milliards de dollars d’Israël et de plusieurs monarchies du Golfe, sans pour autant occuper de fonction officielle au sein du gouvernement. Pour ce faire, il se serait immiscé dans le processus complexe de restructuration de la dette vénézuélienne.

Lorsque l’administration Trump a annoncé que le Venezuela pouvait engager un conseiller financier pour l’aider à gérer sa dette souveraine, Rodriguez avait initialement prévu un appel d’offres public pour ce poste convoité. Mais ensuite, selon cet ancien responsable américain, Claver-Carone a apporté son soutien à Centerview, ce qui a conduit à la sélection de ce cabinet. (Des blogueurs de l’opposition ont émis l’hypothèse que Centerview avait été choisi parce que l’un de ses associés, Matthieu Pigasse, se décrit comme un « socialiste pro-marché » et a auparavant travaillé sur des accords avec Maduro et la compagnie pétrolière nationale vénézuélienne PDVSA.)

Selon certaines sources, Claver-Carone aurait tenté ces dernières semaines de discréditer des conseillers financiers qui travaillaient avec le gouvernement vénézuélien à la restructuration de sa dette depuis 2014.

Ils ont déclaré que lorsque la partenaire de Claver-Carone, Bedoya, est arrivée à Caracas ce mois-ci, prétendument à bord d’un jet privé avec Pigasse, elle a commencé à faire pression pour retirer le mandat de conseil à David Syed, un avocat français chevronné qui conseillait Caracas sur des questions liées à la dette depuis plus d’une décennie et qui est considéré comme incorruptible.

« La tentative d’évincer [Syed] a créé de fortes tensions », a fait remarquer cette source vénézuélienne. « On ne peut pas comprendre une restructuration de la dette en débarquant sans le consulter. »

Syed n’a pas répondu à la demande de commentaires de The Grayzone. Hamouda Chekir , un autre associé de Centerview qui travaille sur la dette vénézuélienne, n’a pas répondu aux appels et aux messages textes envoyés sur son téléphone personnel.

Des entreprises entachées de scandales comme instruments d’extraction de profits au Venezuela
Juste avant de quitter le département d’État en mai 2025, Claver-Carone a convaincu Rubio de ne pas renouveler l’exemption de sanctions qui permettait à Chevron de vendre du pétrole vénézuélien sur le marché américain. Ce faisant, il a supprimé un mécanisme conçu précisément pour promouvoir la transparence et empêcher les responsables locaux de détourner des fonds.

En janvier dernier, après l’enlèvement de Maduro, l’administration Trump a accordé des licences confidentielles à deux sociétés de négoce notoirement corrompues, Vitol et Trafigura, pour exporter du pétrole vénézuélien. Cet accord est intervenu quelques mois après qu’un cadre supérieur de Vitol ait fait un don faramineux de 6 millions de dollars à la campagne de réélection de Trump.

Robert Bachmann, analyste au sein de l’organisme de surveillance suisse Public Eye, a déclaré à l’époque au Washington Post : « Trump profite des entreprises qui savent comment contourner la réglementation. »

Les deux entreprises ont été prises en flagrant délit de corruption à grande échelle en Amérique latine et en Afrique. En 2020, le département de la Justice américain a contraint Vitol à payer une amende de 135 millions de dollars pour avoir corrompu des fonctionnaires afin d’obtenir des licences au Mexique, en Équateur et au Brésil. Trafigura a écopé d’une amende tout aussi colossale en 2024 pour un système de corruption lucratif au Brésil. Aux États-Unis, le procureur général de Californie a inculpé Vitol pour manipulation des cours du pétrole sur le marché au comptant.

Mais presque aussitôt après son entrée en fonction, l’administration Trump a neutralisé la division du ministère de la Justice chargée des pratiques étrangères corrompues et de faire appliquer les jugements contre Trafigura et Vitol, au motif qu’elle « entravait les objectifs de sécurité nationale des États-Unis ».

Les profits que ces entreprises entachées de scandales génèrent grâce aux ventes de pétrole à l’étranger – notamment à Israël – sont désormais versés sur un compte géré par les États-Unis, sans véritable contrôle public. Un pourcentage de ces ventes est ensuite reversé au gouvernement vénézuélien. Quant au reste, nul ne le sait.

« Le pétrole appartient aux Vénézuéliens, et nous n’en savons rien. Il n’y a aucune transparence », a déploré José Guerra, économiste proche de l’opposition vénézuélienne, dans une interview accordée au Washington Post au sujet des accords de licence de Trafigura et Vitol.

Trump, de son côté, a quasiment admis que les profits pétroliers vénézuéliens alimentaient une caisse noire destinée à financer ses interventions internationales. « Nous avons extrait tellement de pétrole du Venezuela que nous avons payé le coût de la guerre [contre l’Iran] environ 25 fois », s’est vanté le président lors d’un meeting électoral le 23 mai. Si cette affirmation était absurde, le Venezuela n’exportant actuellement qu’environ un million de barils de pétrole par mois – une quantité à peine suffisante pour couvrir une journée de guerre –, elle a néanmoins révélé son avidité face à l’ensemble de cette opération.

Parmi certains militants de l’opposition vénézuélienne, Claver-Carone est devenu une figure méprisée, en partie tenue responsable de la déclaration de Trump selon laquelle leur dirigeante de facto, la putschiste et lauréate du prix Nobel de la paix Maria Corina Machado, « n’a ni le soutien ni le respect de la population ».

Le soutien apporté par l’administration Trump à Delcy Rodriguez et la soumission sans faille du président vénézuélien aux manœuvres financières de Washington ont incité certains démocrates de premier plan à instrumentaliser Machado à des fins partisanes. En janvier dernier, Chris Murphy, sénateur démocrate influent au sein de la commission des Affaires étrangères du Sénat, a qualifié le chef de l’opposition d’« impressionnant » à l’issue d’une rencontre au Capitole, tout en lançant une attaque virulente contre Rodriguez. « Machado nous a rappelé que Trump avait remplacé Maduro par le chef des tortionnaires de Maduro », a déclaré Murphy.

Si les démocrates remportent le Congrès après les élections de mi-mandat de cette année, les agissements de l’administration Trump au Venezuela feront l’objet d’un examen minutieux de la part de la commission de surveillance de la Chambre des représentants. La pression bipartite s’intensifiera alors en faveur de nouvelles élections pour instaurer un nouveau gouvernement. « Delcy Rodríguez est une personne exécrable », a déclaré ce mois-ci au Wall Street Journal Rick Scott, sénateur républicain de Floride, obsédé par un changement de régime. « Il nous faut des élections rapidement. »

Entre-temps, une nuée de vautours financiers proches du mouvement MAGA a envahi Caracas pour se repaître des ruines de ce pétrole vénézuélien après la chute de Maduro. Donald Trump Jr. serait à la recherche d’opportunités dans la capitale pour son fonds 1789 Capital, tandis qu’une start-up soutenue par les oligarques technologiques pro-Trump Peter Thiel et Palmer Luckey, Erebor Bank, vient de conclure un accord lucratif pour reconnecter la banque centrale vénézuélienne à l’économie mondiale. Au milieu de cette frénésie, une figure sans titre officiel, Claver-Carone, semble instaurer une nouvelle hiérarchie.

Source : https://thegrayzone.com/2026/05/25/delcys-gatekeeper-trump-caracas/

26/05/2026 14:17 par Vincent

"un drapeau noir avec le masque rouge du démon Japonais Hannya et un serpent enroulé entre sa bouche et des cornes ?"

Il n’y a pas d’exercice militaire conjoint entre l’armée des E.U et le gouvernement vénézuélien.
Les exercices menés dans la région par le SOUTHCOM - qui utilise des termes institutionnels très lissés dans ses communiqués de presse - sont simplement des démonstrations de force.

les composantes du SOUTHCOM — notamment le SOCSOUTH (Special Operations Command South) qui regroupe les Navy SEALs, les Green Berets et les Rangers — ont une immense liberté pour créer des écussons et des drapeaux non officiels.
L’imagerie du masque de Hannya est typique des insignes de pelotons ou d’équipes tactiques des Navy SEALs - qui sont les plus grands utilisateurs de l’imagerie japonaise (Samouraïs, masques Oni et Hannya) au sein des forces armées étasuniennes - ou bien encore des forces de guerre électronique.

Au sein du NSWDG (le Naval Special Warfare Development Group, plus connu sous le nom de SEAL Team 6), chaque escadron (Gold, Red, Blue, Silver) possède ses propres variantes d’insignes de combat.
Le fait que le masque soit rouge et entouré d’un serpent correspond typiquement aux codes graphiques de la Red Squadron.
Il peut aussi s’agir du détachement tactique PSYOP (Opérations Psychologiques) rattaché aux forces conjointes, (qui sont uniquement étasuniennes, CQFD).

Arborer un drapeau noir combinant un démon oriental féroce et un serpent venimeux est une technique délibérée de guerre psychologique visuelle : hisser un drapeau noir signifie historiquement qu’aucun quartier ne sera fait à l’ennemi.
Le message envoyé l’est donc - ostensiblement - par des "mâles dominants"...

26/05/2026 17:05 par Carlos Ducasse

Merci pour cette analyse détaillée...
PSYOP

26/05/2026 19:18 par Vania

J’espère que ces informations de Thierry Deronne ne seront pas mises en spam.
https://x.com/venezuelainfos/status/2059100960241201463
Et le pacte de la droite fasciste de Corina Manchado avec l’ambassadeur israelien
https://x.com/ChrisRodrigAl/status/2058933789233959315
https://x.com/Laiguanatv/status/2059068388266094610

27/05/2026 06:27 par Vania

Le gouvernement chaviste (E) doit subir une double pression, celle des gangsters de l’empire qui se battent entre eux pour voir qui peut contrôler quoi ( il serait bon qu’ils puissent s’ auto-détruire.... ) et d’autre part, une partie de la goche occidentale qui achète la propagande étasunienne. Allo !Les agences d’intelligence étasuniennes contrôlent le récit. Ils ont des laboratoires de désinformation/manipulation massive .
Voici quelques informations intéressantes :
Souveraineté alimentaire ;
https://x.com/ChrisRodrigAl/status/2059318411109478717
hélicoptères russes :
https://x.com/PPTIleniMedina/status/2059107567595315517
Laboratoires mobiles russes au Venezuela face aux urgences sanitaires :
https://x.com/EmbSergio/status/2057932619199946773
Bonne réponse pour certaines gauches propagandistes qui croient tout savoir et sèment le désarroi
https://x.com/planwac/status/2059378259478163553

27/05/2026 11:35 par Palamède Singouin

La guéguerre " trahison des autorités vénézuéliennes / diffusion de la propagande US" contribue-t-elle vraiment à éclaircir la situation ?

29/05/2026 22:09 par Vania

Entrevue très intéressante réalisée par Red Whipalas à une communarde du Venezuela
https://nog7ge.noblogs.org/2026/05/29/les-communes-au-venezuela-la-construction-du-pouvoir-populaire-comme-outil-de-resistance/

02/06/2026 02:17 par Vania

Article Intéressant sur La Commune de Paris et celle du Venezuela écrit par Ximena Gonzalez B directrice de l’IVIC
https://venezuelainfos.wordpress.com/2026/06/01/la-commune-est-la-base-de-tout-etat/
[..."Car aujourd’hui, au Venezuela, le pouvoir populaire constituant continue d’écrire sa propre histoire main dans la main avec le pouvoir constitué qu’il s’est donné, chacun depuis son espace, chacun depuis les défis que lui imposent les corrélations de forces existantes. Et tant qu’il y aura une commune debout, un conseil communal en assemblée, une femme décidant du destin de son quartier, un peuple qui refuse d’être effacé, l’idée de la Commune reste vivante...."]

09/06/2026 10:17 par T 34

Concernant Alex Saab voici les archives du Grands Soir

Alex Saab, envoyé du gouvernement vénézuélien, extradé aux États-Unis 17 octobre 2021
Les USA kidnappent en toute illégalité le diplomate vénézuélien Alex Saab au Cap-Vert 25 octobre 2021

Le mieux est de donner la parole aux membres du gouvernement vénézuélien. Attention c’est de l’hypocrisie au niveau stratosphérique :

Dans cet article une vidéo montrant les déclaration des membres du gouvernement vénézuélien lors de la libération d’Alex Saab et leurs déclarations actuelles.
ALEX SAAB : LA INFAME EXTRADICIÓN DEL EXMINISTRO DE MADURO CONTADA POR SUS PROTAGONISTAS (VÍDEO)

Dans cet article on peut voir d’anciens tweets de la présidente intérimaire du Venezuela Delcy Rodríguez qui affirmait alors l’innocence d’Alex Saab et saluait sa libération, on peut aussi y voir des photos des manifestations pour la libération d’Alex Saab :
EL GOBIERNO TÍTERE DE VENEZUELA EXTRADITA A EE.UU. AL EXMINISTRO DE MADURO ALEX SAAB

Le citoyen Alex Saab a été illégalement extradé, la constitution venezuelienne interdisant l’extradition des citoyens venezueliens. Sa épouse et ses enfants ont été déporté en Italie.

On peut aussi ajouter la livraison d’un vieux stock de 13 Kg d’uranium aux Etats-Unis, une loi qui permet de privatiser le pétrole et qui permet à une entreprise de poursuivre l’état vénézuélien devant un tribunal d’arbitrage qui statuera inévitablement en défaveur de l’état vénézuélien . Manœuvres militaires d’une puissance étrangère sans l’accord du parlement vénézuélien en violation de la constitution.

Vente du pétrole et de l’or dont l’argent ira sur des comptes gérés par les États-Unis et PDVSA a émit un communiquer ordonnant que les acheteur paient directement aux trésor public étasunien.

Ouverture de bureau permanent au Venezuela du département de la sécurité nationale des États-Unis et de l’agence antidrogue étasunienne (DEA). Le bureau de la DEA avait déjà été fermé par Chávez en 2005 ce qui avait conduit à une forte augmentation des saisies de drogues. On peut être sur que ce bureau ne s’occupera en rien de la lutte contre la drogue. (cf. Venezuela : Une opération de répression à grande échelle en préparation) C’est un peu comme si les troyens avaient laissé entrer le cheval de Troie sachant tout en étant au courant qu’il y avait des soldats grecs dedans.

PS : Voici comment Chávez traitait avec les Yankis de mierda

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