auteur Jean BRICMONT

Iran : que (ne pas) faire ?

Jean BRICMONT
On ne manque pas de déclarations de soutien aux manifestants en Iran de la part de la gauche occidentale. La France est un cas particulièrement représentatif. J'en ai fait un panorama partiel dans une interview avec Le Grand Soir [1] et je voudrais analyser ici la position d'un des partis français qui est en général le moins mauvais au niveau de la politique internationale, La France Insoumise (LFI) [2] Lors des agressions impérialistes récentes, la gauche s'est souvent réfugiée dans le 'ni-ni' : ni Otan ni Milosevic, ni Bush ni Saddam, ni Bush ni Taliban etc. Cette attitude était parfaitement lâche, parce qu'elle faisait comme si la gauche occidentale était située en dehors de l'espace et du temps et pouvait se contenter d'un rôle de spectateur et d'arbitre, alors qu'elle était justement située dans un camp, celui de l'Otan ou de l'Occident et, de plus, dans tous ces conflits, il y avait un agressé et un agresseur et que le 'ni-ni' revenait à les mettre tous les deux sur le même (…)
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Pourquoi je ne « crois » pas en Bernie Sanders

Jean BRICMONT
Certains de mes amis me reprochent d’être trop critique de Bernie Sanders. Ce n’est pas le cas : je le suivais déjà dans les années 80 quand je vivais aux Etats-Unis et qu’il défendait les Sandinistes au Nicaragua. J’étais alors totalement d’accord avec lui. Depuis il a évolué dans le sens de l’impérialisme humanitaire, comme presque tout le monde, mais ce n’est pas le fond du problème ni même ses réponses au New York Times. Je souhaite qu’il fasse le meilleur score possible ne serait-ce que pour embêter l’establishment démocrate. Le problème ne vient pas de ses intentions ou de ses idées, mais de la structure de la société américaine, mise en place depuis la guerre, et qui n’est pas simplement « capitaliste » mais bien pire et qui consiste en : le complexe militaro-industriel. le complexe de surveillance -CIA, FBI, NSA, ce que certains (mais pas moi) appellent l’état profond. le lobby pro-israélien qui gouverne la politique US au Moyen Orient. la concentration des médias (…)
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Réflexions sur l’importance de la liberté d’expression pour ceux qui ne la comprennent pas.

Jean BRICMONT
D’abord en partant de mon cas personnel puis en généralisant. Depuis que j’ai écrit La République des censeurs (bientôt rééditée en version complétée), et même avant, j’ai été régulièrement censuré ou boycotté, par exemple pour parler de physique (à Nice en mai dernier) ou de philo des sciences (dans un département de physique il y a quelques années) ou à la fête de l’Huma en 2012, sur l’impérialisme humanitaire, sous pression de menaces physiques. Récemment un débat sur les médias en Belgique a été annulé faute de contradicteurs et un autre « débat » sur ce sujet aura lieu en février avec moi seul parce qu'il est impossible de me trouver un contradicteur. Concernant mon séminaire de Physique annulé à Nice, une lettre de protestation a été rédigée par mon ami Alan Sokal et signée par diverses personnalités prestigieuses dont Noam Chomsky, Richard Dawkins, Steven Pinker, Steven Weinberg et, en France, par Gerald Bronner et Peggy Sastre. Sa publication a été refusée par Le Monde, (…)

« On subit les conséquences de la naïveté de la gauche face à la soi-disant lutte contre la haine » (al-akhbar)

Jean BRICMONT

Jean Bricmont, essayiste Belge, professeur (émérite) de physique à l’Université catholique Louvain, et membre de l’Académie royale des sciences de Belgique rudement fustigé en France pour ses opinions politiques en rupture avec l’idéologie dominante, analyse dans cet entretien pour al Akhbar les mécanismes et les conséquences redoutables du terrorisme intellectuel.

Dans un article paru le 20 juillet 2017 dans le magazine Le Point, M. Bernard-Henri Lévy, fervent sioniste, vous attaque directement en parlant « du négationniste Jean Bricmont longtemps préposé, dans le journal [Le Monde Diplomatique], au traitement de l’actualité éditoriale antiaméricaine et antisioniste », qu’avez-vous à répondre à cette accusation ? Pour commencer, je n'ai jamais été préposé à quoi que ce soit au Monde Diplomatique. Depuis 2001, outre quelques courts comptes rendus de livres, j’y ai publié quatre articles, dont un sur la « thèse de sociologie » de l'astrologue Elisabeth Tessier (qui était une imposture manifeste), deux articles sur la gauche française et un autre sur la « mauvaise réputation » de Noam Chomsky (1), dans lequel je soulignais, à propos du procès médiatique fait à cet intellectuel lors de l’affaire Faurisson (professeur de littérature française poursuivi et condamné à de nombreuses reprises pour avoir nié l'existence des chambres à gaz pendant la (…)
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De l’exclusion : réponse à Frédéric Lordon

Jean BRICMONT

L’essayiste belge Jean Bricmont, s'interroge sur le mouvement Nuit Debout et les propos de Frédéric Lordon qui a justifié l'expulsion d'Alain Finkielkraut par les organisateurs du mouvement.

En général, j'aime bien les travaux de François Ruffin, de Frédéric Lordon, le journal Fakir et le film Merci Patron. Je connais moins le mouvement Nuit Debout, mais il a au moins le mérite d'exister. On peut le traiter de « bobo » si on veut, mais il vaut mieux que les gens se rassemblent et discutent plutôt que de rester isolés derrière leur ordinateur. Mais apprécier un mouvement ne veut pas dire s'abstenir de toute critique. Les propos, volontairement provocateurs, de Frédéric Lordon lors d'une assemblée générale organisée par le journal Fakir à la Bourse du travail le 20 avril 2016 ont suscité les cris d'orfraie des bien pensants. En effet, dans son discours, Frédéric Lordon a justifié l'expulsion de la Place de la République de l'intellectuel Alain Finkielkraut, survenue quelques jours plus tôt, et qui avait déchaîné l'indignation des « chefferies médiatiques » comme les appelle Lordon. L'argument de Lordon est qu'un mouvement social n'est pas là pour débattre avec tout (…)