Auteur Rosa LLORENS

R.M.N. : Dark Vador en Transylvanie

Rosa LLORENS
Disons tout de suite ce que le sujet du film (une communauté villageoise réagit par la haine et le racisme à l’arrivée de trois travailleurs sri-lankais) ne pouvait que nous faire pressentir : contrairement à l’affirmation unanime des médias, R.M.N. n’est pas un film réaliste mais, au contraire, un voile épais de symboles plaqués sur la réalité, et une supercherie intellectuelle, tendant à nous donner de la Roumanie (pays si lointain et mystérieux) une image conforme au récit UE et (…)

Halloween et inégalités sociales chez Agatha Christie

Rosa LLORENS
En Grande-Bretagne, selon la coutume, le soir de Halloween, on se réunit pour raconter des histoires de fantômes ou de morts ; les Etats-Unis ont radicalisé le concept : pour Halloween, on accomplit des meurtres rituels – dans la réalité comme au cinéma. Mais Agatha Christie pratiquait déjà les meurtres de Halloween : il faudrait chercher combien de ses romans se passent à cette époque de l’année (ainsi, Un meurtre sera commis le... commence un 29 octobre). Un roman en tout cas est (…)
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Sans filtre : la lutte des classes dans un film formellement magistral

Rosa LLORENS
Les critiques sur une Palme d’or abondent ; sur ce film, toutes s’accordent sur la maestria du réalisateur, sa force comique et le caractère décapant de la satire. Pourtant, certains se demandent si le film vaut d’être vu et Ecran large intitule son article : « Critique d’une Palme d’or tarée ». Les reproches qu’on lui fait se justifient-ils ? Ne vaudrait-il pas mieux commenter les richesses d’un film rare dans la production actuelle, et aux multiples références culturelles ? Les (…)

Les Mystères de Barcelone, un film social ou un film Halloween ?

Rosa LLORENS
C’est d’emblée, dès les premières images, un film déroutant, tant il multiplie les effets visuels, en un noir et blanc expressionniste, et, certes, on peut se réjouir de voir un film qui ne se contente pas de faire de la télé. Mais on finit par se demander si cette virtuosité fait vraiment un style personnel, et si elle est en accord avec le sujet. On nous présente cela comme un film social : des meurtres d’enfants révèlent les inégalités sociales dans la Barcelone de 1912 ; mais est-ce (…)

L’Ombre de Goya et la falsification de l’Histoire d’Espagne

Rosa LLORENS
Il y a bien des ombres dans L’Ombre de Goya, et d’abord son auteur : l’affiche du film met en valeur Jean-Claude Carrière, mais le générique indique comme réalisateur José Luis López Linares (auteur de divers documentaires). Cette ambiguïté répond à celle du sujet : le film est surtout un hommage à J.-C. Carrière, mort en janvier 2021, pendant le tournage du film, qui le présente, entre autres, comme un « philosophe » ! C’est donc un film hagiographique, et triplement, puis qu’il rend (…)
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De l’intérêt de lire et regarder les oeuvres d’art au lieu de les brûler : l’exemple d’Alexandre Nevski

Rosa LLORENS
Le Kulturkampf ukrainien contre la Russie (un nain qui veut effacer un géant) ferait rire s’il n’y avait pas derrière une vraie guerre et de vrais morts ; mais, bien sûr, empêcher les Ukrainiens d’accéder à leur culture (l’histoire de l’Ukraine a été celle de la Russie jusqu’à ces trente dernières années) les livre sans défense au narratif du pouvoir ukronazi. Un film comme Alexandre Nevski, de Sergueï Eisenstein, apporte un éclairage précieux sur la situation actuelle. Il n’est pas (…)

Avec Agatha Christie, apprenons à affronter les pénuries dans la bonne humeur !

Rosa LLORENS
Quinze ans après le Traité de Lisbonne, qui révoquait le Non du Peuple au référendum sur l’Europe, voici resurgir le spectre des guerres, et des pénuries et ersatz, dont l’huile de tournesol nous donne un avant-goût : les dernières bouteilles que j’en ai vu affichaient la marque inattendue Ahat, et venaient de Bulgarie. La pénurie de gaz qu’on nous annonce depuis l’hiver dernier est bien autrement menaçante : comment nous chaufferons-nous cet hiver ? Autant donc nous habituer à la culture (…)

Birds of America ou l’Amérique comme cimetière

Rosa LLORENS
Arrive dans quelques salles un film qui ne fait pas de propagande russophobe, ni LGBT ; malgré son titre joyeux, Birds of America, de Jacques Loeuille, n’est pas non plus un film à la gloire de l’Amérique : c’est même plutôt un Requiem pour une Amérique défunte. Il s’inspire de l’œuvre du Français Jean-Jacques Audubon, installé aux Etats-Unis en 1803, l’année où la Louisiane, vendue par Napoléon, devient anglaise. Entre 1805 et 1850, Audubon parcourt le territoire traversé par le (…)

De la fête à la guerre

Rosa LLORENS
Les médias ont beau cultiver l’amnésie, on est frappé par la facilité avec laquelle on est passé de la société hyperfestive, selon le terme de Philippe Muray, à la société de l’interdiction et du renfermement, du « N’ayez pas peur » de Jean-Paul II en 1978, à la fermeture d’un couvent, à Pérouse, en Italie, parce que les religieuses n’avaient pas assez peur et refusaient le vaccin. Mais y a-t-il vraiment contradiction entre les rassemblements festifs tous azimuts et la fête comme valeur (…)

Propagande et démocratie : d’Athènes à Washington.

Rosa LLORENS
Dans son documentaire « Epicentro », Hubert Sauper montrait un petit film réalisé par les États-Unis dans le cadre de leur guerre contre l’Espagne pour s’emparer de Cuba en 1898. Mais la propagande démocratique vient de bien plus loin, du régime qu’on nous présente comme le modèle de toute démocratie, l’Athènes du Ve siècle avant J-C. Dans l’enseignement du grec, on essaie de faire passer cette langue pour un phénomène isolé – jamais on ne dira que c’est une langue proche du groupe slave (…)

L’homme de Dieu... ou de Kiev ?

Rosa LLORENS
Récemment, mon attention a été attirée par L’homme de Dieu, film annoncé comme serbe, sur un prêtre orthodoxe : il est si rare de voir un film serbe à l’affiche (en dehors du célébrissime Kusturica, qui est du reste yougoslave, pas serbe) ! En outre, la religion orthodoxe , en ce moment, sent plutôt le soufre, non ? Mais, en même temps que j’étais attirée, je me méfiais ; était-il vraisemblable qu’on laisse passer un film culturellement proche de la Russie, alors qu’on censure même Le lac (…)

Le dernier Houellebecq : un feu de paille de 730 pages

Rosa LLORENS
Dans anéantir, Houellebecq anéantit surtout son propre roman : non seulement les trois fils qu’il met en place dans les premières pages (fil terroriste, fil politique, fil familial) ne se rejoignent pas, comme on l’attendrait d’un roman bien construit, mais ils retombent platement en cours de route, et le roman, à partir de la sixième et avant-dernière partie, bifurque dans une nouvelle direction, finissant en queue de poisson. Le premier à apparaître est le fil terroriste, et on se (…)