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ALBA : L'AUBE DES PEUPLES

ALBA : Alliance bolivarienne pour les peuples de Notre Amérique. L'alba, c'est l'aube, cette naissance d'un nouveau jour, ici d'une nouvelle époque pour tout un continent ; l'alba, c'est une lueur, une promesse d'avenir.

Et après des siècles de domination espagnole, puis anglaise, et enfin nord-américaine, cet avenir, les peuples d’Amérique du sud l’ont pris en main, assumant et prolongeant la doctrine politique léguée par Simon Bolivar. Le "Libertador" fut le premier à avoir cette vision prophétique d’une nécessaire intégration continentale, d’un destin commun. Dans sa "Lettre de la Jamaïque" (6 septembre 1815), il donne à son combat une dimension continentale. L’Amérique latine ne pourra se libérer que globalement. Une intégration politique qu’il concevait accompagnée d’un "projet d’intégration sociale et raciale".

On comprend dès lors pourquoi l’un des objectifs de la "doctrine Monroe" (1823) : "l’Amérique aux Américains" (du Nord), fut d’empêcher, en fomentant la division, cette intégration régionale émancipatrice. Simultanément, Washington a avancé des projets "intégrateurs", mais impérialistes, sous sa houlette : "Alliance pour le progrès", après la victoire de la révolution cubaine, afin "d’empêcher un autre Cuba", et puis le grand projet stratégique recolonisateur, de l’Alaska à la Terre de feu : la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA, ou ALCA). Lancée avec fracas au Premier Sommet des Amériques en 1994, cette entreprise échouera piteusement au Sommet de Mar del Plata (novembre 2005), repoussée par une majorité de pays du continent. Chacun reconnaît aujourd’hui que le vrai fossoyeur en fut Hugo Chavez. Ce rejet constitua pour les Etats-Unis un revers géopolitique majeur ; il ouvrit la voie à une nouvelle résistance des pays et des peuples.

C’est fin décembre 2004 que les présidents Castro et Chavez, à La Havane, portèrent sur les fonts baptismaux une esquisse d’Alternative bolivarienne pour les peuples de Notre Amérique : l’ALBA. Elle naquit comme un traité bilatéral souple, sans personnalité juridique, pour promouvoir entre pays des coopérations et échanges équitables, équilibrés, réduisant les asymétries, intégrateurs, mutuellement avantageux, hors FMI, Banque mondiale... La naissance officielle fut actée, à La Havane, en avril 2005. H. Chavez avait avancé l’idée en décembre 2001.

Aujourd’hui, 8 pays conforment cet outil politique, qui ne se limite pas au commerce, et s’affirme peu à peu ; cependant, le commerce intra-Alba reste encore faible et ne représente que 5% des échanges entre pays de la région. L’important reste donc l’exemplarité et la faisabilité du projet. Oui, d’autres échanges, d’un autre type, sont possibles.

L’Alba repose sur quatre principes :

solidarité

complémentarité

coopération

respect de la souveraineté

Conçue surtout comme un espace de dialogue entre chefs d’Etat, elle s’est dotée de conseils : présidentiel, politique, économique, social, de comités et groupes de travail, et d’un Conseil des Mouvements sociaux (ces mouvements appelés à être "acteurs" de l’Alba). Chacun peut adhérer à ce laboratoire. C’est ainsi que le Mouvement brésilien des Sans Terre en est membre alors que le Brésil n’a pas rejoint l’ALBA.

Les décisions prises par l’ALBA le sont par consensus politique et débouchent rapidement. Le principe de "supranationalité" en est banni. Elles ne s’imposent à personne.

8 pays la constituent : Venezuela, Cuba, Bolivie, Equateur, Nicaragua, Saint-Vincent et les Grenadines, Antigua-et-Barbuda, la Dominique... Le Honduras s’en est retiré en 2010 après le putsch contre le président Zelaya.

Lorsqu’elle y adhéra, en 2006, la Bolivie y fit inscrire la notion de "Traité de commerce des peuples" (TCP), face aux prédateurs Accords de "libre commerce" impulsés par Washington et l’Europe ; le plus récent, signé entre l’Union européenne, le Pérou et la Colombie, est si cannibale, si défaillant en matière de droits de l’homme, du travail, de libertés syndicales, d’environnement..., qu’il a été condamné par la mollassonne Confédération européenne des syndicats.

L’Alba porte une nouvelle philosophie des échanges. Elle refuse toute concurrence, toute privatisation, et favorise des complémentarités, des avantages coopératifs, le développement des services publics, etc. C’est dans le cadre de l’ALBA qu’un million de personnes ont été opérées gratuitement de la cataracte ("Opération Milagros"), qu’ont été crées des entreprises "gran-nacionales" (et non multi...), la chaîne continentale Telesur (2005), la banque de l’ALBA, la Compagnie Petrocaribe (le Venezuela fournit du pétrole, sans intermédiaire du marché, à prix préférentiel, stable, avec facilités de paiement, à 14 pays de la Caraïbe), et, depuis février 2012, s’est ouvert EcoAlba, un espace économique commun.

L’ALBA (75 millions d’habitants) dispose d’une unité monétaire commune, créée le 16 avril 2009), le "SUCRE" : Système unique de compensation régionale. Mais tout le commerce n’est pas libellé en "sucre", seulement des transactions ponctuelles, des projets ciblés... Les hydrocarbures restent hors échanges en "sucre".

L’exemple le plus emblématique des coopérations albiennes d’un nouveau type est celui du quasi troc entre le Venezuela et Cuba. L’ île reçoit le pétrole de Caracas et fournit au Venezuela environ 30 000 médecins, enseignants, éducateurs sportifs, artistiques...

"L’Alternative bolivarienne", créée en 2005 pour contrebalancer le projet d’ALCA, s’est désormais transformée en "Alliance bolivarienne", pour insister davantage sur le renforcement politique, propulsif, de son contenu novateur.

Jean Ortiz

Universitaire

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