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« Les individus sont la vraie richesse d’une nation. »

ALGÉRIE : Insuffisance de l’IDH et amère réalité du développement

« Le progrès humain n’est jamais le fruit tardif de l’inévitabilité. Il découle d’efforts inlassables et d’un travail persistant...Sans ce travail ardu, le temps lui-même peut se faire allié des forces de stagnation. »

Martin Luther King

Le 9 novembre a été présenté à Alger sous l’égide du CNES, le Rapport sur le développement humain publié 5 jours plus tôt. Les Représentants du PNUD ont cru bien faire en annonçant que l’Algérie avait avancé de vingt places et qu’elle est classée dans les 10 premiers pays qui ont fait des efforts remarquables.

Nous allons d’abord expliquer ce que c’est que l’Indicateur de développement humain, développé par le prix Nobel Amartya Sen, sa pertinence et ses limites. Ce que dit le Rapport et l’incidence réelle de cet indice sur le développement de l’Algérie.

Peut-on mesurer le développement humain ?

Le Rapport sur le développement humain de 1990 a eu une résonance révolutionnaire en remettant en question la croyance dominante selon laquelle le Produit intérieur brut (PIB) était un moyen adéquat et suffisant pour mesurer la croissance économique, et en introduisant un nouvel Indice de développement humain (IDH) Cet IDH développé met l’accent sur trois indicateurs : l’espérance de vie à la naissance (qui mesure le niveau de santé générale d’un pays), l’éducation (à travers les taux de scolarisation et d’alphabétisation) et le revenu par habitant (à partir du PIB indexé sur le pouvoir d’achat pour mesurer l’accès des individus aux ressources). C’est donc un indice statistique composite. Plus l’indice est proche de 1, plus le pays est considéré comme développé sur le plan humain. Le PNUD classe les pays en quatre catégories selon leur indice : de 0,9 à 1 (développement humain très élevé), de 0,8 à 0,899 (développement élevé), de 0,5 à 0,799 ((développement moyen) et de 0 à 0,499 (développement faible). Aujourd’hui toutefois, malgré les perspectives intéressantes qu’il a ouvertes et son indéniable succès vingt ans plus tard, le monde n’est plus le même. Et l’IDH semble avoir atteint ses limites. Les défauts de l’IDH, qui découlent de sa nature même, sont bien volontiers admis par le monde universitaire et par le PNUD lui-même.

Parmi les « défauts de l’IDH », l’auteur cite : la rigueur des sources statistiques des indicateurs de l’IDH ne peut être que sujette à caution. Si la mesure du développement humain se base en effet sur des données de la Banque mondiale pour ce qui est du PIB, de l’UNESCO pour l’alphabétisation et la scolarisation et de la Division de la population des Nations unies pour l’espérance de vie à la naissance, ces trois institutions utilisent les données statistiques nationales (elles les estiment lorsqu’il n’ y en a pas). Or, le niveau de développement des systèmes statistiques reste très variable dans le monde. (...) Seuls 64 pays dans le monde, dont 4 pays en Afrique (Maroc, Tunisie, Afrique du Sud, Egypte) ont un système statistique qui adhère à la Norme spéciale de diffusion des données (Nsdd) du FMI. La fiabilité des informations statistiques communiquées par les pays n’adhérant pas à ces normes d’excellence, coûteuses au demeurant, ne peut être que sujette à caution. Par rapport à la vision initiale d’Amartya Sen, qui définit le développement comme processus d’expansion des libertés, l’absence de prise en compte des libertés publiques dans l’IDH est un autre défaut sérieux. Les dimensions cruciales d’autonomisation et de libertés politiques et civiques ne sont pas appréhendées, tout comme la soutenabilité et la vulnérabilité environnementales. Autant de défauts qui militent aujourd’hui pour une réforme de l’IDH. (1)

L’IDH a quelques mérites, comme la démocratie et les changes flottants, le PIB est la pire des choses, à l’exclusion de toutes les autres. Pour prendre un exemple sur la composante « savoir », n’est-il pas un peu arbitraire ou naïf de présupposer que les taux de scolarisation en France, à Cuba, au Japon et en Corée du Nord sont comparables ? Ne devrait-on pas introduire une dimension qualitative pour prendre en compte la question (décisive d’un point de vue économique) du contenu des enseignements ?(2)

Que dit le Rapport du PNUD 2010 ?

Publié pour la première fois en 1990, le Rapport sur le développement humain commençait par l’énoncé d’un postulat très simple, qui a servi de fil conducteur à toutes les versions ultérieures du Rapport, à savoir que : « Les individus sont la vraie richesse d’une nation. » Avec éloquence et humanité, le premier RDH appela à une approche différente de l’économie et du développement, une approche qui placerait les gens en son centre. Le RDH de 1990 s’ouvrait par une définition claire du développement humain comme un processus « d’élargissement du choix des gens », mettant en avant la liberté de jouir d’une bonne santé, d’être éduqué et de profiter d’un niveau de vie décent. Mais il soulignait également que le développement humain et le bien-être vont bien au-delà de ces trois dimensions pour englober une gamme bien plus large de capacités incluant les libertés politiques, les droits de l’homme et, reprenant Adam Smith, « la capacité d’apparaître en public sans avoir honte ». Le Rapport de 2010 s’inscrit dans la tradition des versions antérieures, en ce sens qu’il fait reculer les limites de la réflexion en matière de développement. Ces divers chemins du développement humain constituent bien la preuve qu’il n’existe pas de formule universelle pour un progrès soutenable.

La plupart des gens sont aujourd’hui en meilleure santé, vivent plus longtemps, sont mieux éduqués et ont un plus large accès aux biens et aux services. (...) Même dans les pays qui connaissent des conditions économiques défavorables, l’éducation et la santé des gens se sont grandement améliorées. Les défis du présent requièrent également une perspective nouvelle sur les politiques. Et ces progrès ne se sont pas limités à la santé, à l’éducation et à l’élévation des revenus mais ont aussi concerné la faculté des gens à choisir leurs dirigeants, à influencer les décisions publiques et à partager le savoir. (...) Il est frappant que parmi les 10 pays en haut de la liste, plusieurs ne sont pas typiquement décrits comme étant des plus performants. Il s’avère possible d’avoir un IDH élevé tout en menant une politique non soutenable, et en étant non démocratique et inégal. Le progrès est possible même sans ressources massives : la vie des populations peut être améliorée par des moyens qui sont déjà à la disposition de la plupart des pays. Placer les individus au centre du Développement nécessite que le progrès soit équitable, en transformant les individus en acteurs actifs du changement et en s’assurant que les succès du présent ne sont pas acquis au détriment des générations futures.(3)

IDH du PNUDet développement en Algérie

D’énormes progrès en matière de développement humain en Algérie : « Les Algériens ont gagné 13 ans de longévité par rapport à 1980. » « En l’espace de 20 ans (1990/2010), l’Algérie a réalisé des résultats prodigieux dans le développement humain », selon le Rapport mondial du Pnud présenté, hier, lors dune rencontre organisée par le CNES, par M.Mamadou Mbaye, représentant du Pnud à Alger. Le pays a progressé en effet dans ce domaine qui constitue, dit-il, la vraie richesse d’un pays, avec un taux de 41,7%, soit presque du simple au double, en termes, d’accès aux soins, à l’éducation et au revenu. Le secteur de l’éducation a connu également, une hausse en termes, notamment de qualité et de gratuité de l’enseignement ainsi que de la démocratisation de l’accès à l’école. Le Rapport a classé les pays en quatre groupes : les pays à développement humain très élevé (42 pays), les pays à développement humain élevé (43 dont l’Algérie), ceux à développement humain moyen (42) et faible « (4).

« Sur la base de ce critère, l’IDH de l’Algérie a été évalué à 0,6777, sachant que le meilleur IDH au monde en 2010 a été réalisé par la Norvège avec un indice de 0,938, la note parfaite étant 1. A la lecture de ce rapport, il est constaté que l’IDH de l’Algérie est supérieur à l’IDH moyen de l’ensemble des pays arabes qui est de 0,590, ainsi que l’IDH moyen mondial évalué à 0,624, classant l’Algérie à la 84e place sur 169 pays. Par ailleurs, le PNUD observe que sur la base du rythme avec lequel l’amélioration de l’indice de développement humain a évolué entre 1980 et 2010, l’Algérie est parmi les dix premiers pays les plus rapides. En effet, note le rapport, l’IDH de l’Algérie est passé de 0,443 en 1980 à 0,537 en 1990 et à 0,602 en 2000 avant de s’établir à 0,6777 en 2010.Le PNUD indique que l’Algérie consacre 4,3% de son PIB à l’éducation, 3,6% à la santé et 0,1% à la recherche, le PIB étant de 276 milliards de dollars à raison de 4.854 dollars par habitant. Le rapport cite aussi l’espérance de vie qui est passée à 73 ans, et la population sans électricité qui est de seulement 0,6%.(4)

Doit-on s’en réjouir ? Assurément non ! Il est connu qu’économiquement, le PIB est le résultat d’une accumulation sur une longue période de capital physique et humain propre à un pays. Le Qatar avec 1,1 million d’habitants a un PIB de 74.882 $/hab., grâce à la rente pétrolière. Le Gabon pourrait également être cité (PIB de 15.167 $/hab. pour 1,4 million d’habitants). L’exploration d’une rente est par conséquent, valorisée dans un classement par indicateur de PIB alors que l’on sait depuis l’économiste Robert Solow que la croissance de long terme d’un pays résulte d’un processus dynamique d’apprentissages et de diffusion de ces apprentissages dans la population. Un PIB provenant d’une rente minière mal utilisée (ce qui est souvent le cas) est beaucoup moins soutenable à long terme qu’un autre PIB provenant de sources diversifiées de production.(1)

On le voit l’IDH est sensible à l’apport conjoncturel de la rente qui ne s’inscrit pas dans la durée. De plus il y a matière à discuter de la fiabilité des données. Nous ne comprenons pas comment peut-on être contre des indicateurs qui sont le fruit de données objectives. De plus, combien même on rognerait quelques places de plus, il eut été plus élégant de dire que parmi les 10 pays désignés par le PNUD pour leurs efforts dans le domaine de la santé, de l’éducation, la Tunisie 7e et le Maroc 9e ont un développement qui ne dépend pas de la rente. Les pays les plus performants (ceux dont l’augmentation de l’IDH a été la plus forte) incluent des cas de « croissances miraculeuses des revenus » bien connus tels que la Chine, l’Indonésie et la Corée du Sud. Mais ils en comprennent aussi d’autres - comme le Népal, Oman et la Tunisie - où le progrès dans les dimensions non monétaires du développement humain a été tout aussi remarquable. Nous avons vu les défauts cachés de l’IDH dans sa dimension qualitative. Insistons sur le fait aussi que l’IDH ne reflète pas le développement. Dans le cas de notre pays, il y a croissance artificielle sans développement. L’apport de la rente permet d’améliorer la condition de vie des citoyens d’une façon proportionnelle à la durée de cette rente. On dit que le développement d’un pays et son PIB sont proportionnels à l’exportation.

Il se trouve que nos exportations hors hydrocarbures restent insignifiantes. Elles ne représentent que 2% du total des exportations. Lors d’un d’une table ronde organisée par le Forum d’El Moudjahid, sur le thème de la « stratégie nationale en matière d’exportations hors hydrocarbures », les intervenants ont fait un constat d’échec : « C’est avec une espèce d’amertume que je parle des exportations hors hydrocarbures » a en effet, déclaré le président de l’Association nationale des exportateurs algériens (Anexal), Zoheir Benslim. (...) Le président de l’Anexal pense que la tendance actuelle favorise plus l’importation que l’exportation. (...) Pour sa part, le président du Conseil national consultatif pour la promotion des PME, Zaïm Bensaci, a souligné le manque criant de sous-traitance. (...) Il a cité l’exemple des avions achetés pour renforcer la flotte d’Air Algérie pour 400 millions USD, avec des contrats qui n’incluent aucune mesure d’accompagnement, comme l’implantation en Algérie d’une filiale qui fabrique la pièce détachée. (5)

Nous ne sommes encore pas arrivés à dépasser l’IDH qui tend à être remplacé par le Bonheur intérieur brut, concept ancien mais de plus, n’est plus adopté. C’est au début des années 1970 que le roi du Bhoutan, a évoqué l’idée du Bonheur national brut (BNB). L’objectif affiché était de suivre un modèle de développement en accord avec les préceptes du bouddhisme et donc de tourner le dos à la mesure en vogue du Produit national brut (PNB). Le BNB n’est pour autant pas coupé de la réalité économique puisqu’il prend en compte la création intérieure de richesses (PIB) et l’indice de développement humain auxquels sont adjointes des notions plus relatives à la préservation du patrimoine culturel, l’épanouissement individuel et la conservation de l’environnement. Cette approche a fait des émules et le BNB a ouvert la voie à l’indice de bonheur mondial (classement pour 60 pays sur www. globeco.fr)

De plus en plus, il s’agit de se détacher des mesures économiques pour prendre en compte dans l’état d’avancement d’une société le bien être général comme une source de développement.(6)

Exemple récent : la Commission justice et citoyenneté du Sénat brésilien (CCJ) a approuvé, le 10 novembre, un amendement de la Constitution dit du droit au bonheur. Selon le texte proposé, l’article 6 de la Constitution fédérale brésilienne devra désormais affirmer que « les droits sociaux essentiels à la recherche du bonheur sont l’éducation, la santé, l’alimentation, le travail, le logement, le repos, la sécurité sociale, la protection de la maternité et de l’enfance et l’assistance aux plus démunis »(7).

Pourquoi pas en Algérie ? Pour peu que l’on réhabilite l’effort, le travail, la création de richesse qui ne peut émerger qu’avec une université en prise directe avec le développement. Qu’attendons-nous pour tourner le dos à la rente et à adosser chaque calorie exportée à une création de richesse pérenne seule ceinture de sécurité pour la génération de 2030 qui verra l’extinction des hydrocarbures.


Pr Chems Eddine CHITOUR

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

1.http://omdh.hcp.ma/Peut-on-mesurer-le-developpement-humain_a206.html

2.Matthieu Mucherie : http://www.melchior.fr/L-indice-de-developpement-huma.3959.0.html

3.Rapport 2010 Pnud. La vraie richesse des nations 4 novembre 2010

4.El Watan Le Pnud classe l’Algérie parmi les pays à développement humain élevé 5.11.10

5.Mohamed Mahdjane - Algérie : Y a-t-il une réelle volonté d’exporter ? novembre 2010

6. G. Ribouet http:www.lexpress.mu/story /16404-perilleuse-mesure-du-bien-etre.html10/07/10

7.http://www.courrierinternational.com/breve//le-droit-au-bonheur-inscri....

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