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Daniel Hale a dévoilé les mécanismes de la guerre clandestine des États-Unis. Pourquoi personne ne semblait s’en soucier ?

Appelez-moi "traître" (New York Magazine)

LGS : Daniel Hale vient d’être condamné à 45 mois de prison. Aujourd’hui, Craig Murray entame une peine de 8 mois de prison...

Daniel Everette Hale était le meilleur plongeur de Nashville. Le plus rapide, le plus efficace, le plus au fait des mécanismes qui font fonctionner un restaurant. Il pouvait prédire quand la cuisine aurait besoin de bols ou de petites assiettes ; il pouvait démonter le lave-vaisselle et donner un cours improvisé sur la façon de le nettoyer correctement. Il avait 31 ans, il était mince, avec une coupe au rasoir et des tatouages le long de ses avant-bras musclés. Même s’il se considérait comme le meilleur, dans l’esprit de ses employeurs il était un peu trop investi. Si quelque chose tombait en panne, comme une buse de pulvérisation, il se présentait le lendemain avec une nouvelle buse de pulvérisation et les outils pour l’installer, sans jamais vérifier auprès de la direction, qui pouvait alors lui rétorquer : "Daniel, nous avons déjà une buse de pulvérisation de secours". Malgré l’excellence de son travail de plonge, il avait été renvoyé de nombreuses cuisines pour avoir été globalement un emmerdeur. Par exemple, en faisant constamment pression sur le personnel pour qu’il réclame des salaires plus élevés, même si généralement son activisme ne fit pas recette.

Un seul restaurant était à la hauteur des attentes du meilleur laveur de vaisselle de Nashville. Il s’agissait du Folk, que Daniel se remémore comme un "magnifique, tout simplement magnifique restaurant flambant neuf avec, genre, une esthétique impeccable et ces grandes fenêtres hautes comme le plafond qui laissent entrer la lumière à la mi-journée et un magnifique bar en marbre et tous ces ingrédients frais, d’origine locale". Le personnel discipliné et qualifié ne se livrait pas au harcèlement sexuel tel qu’il l’avait connu dans d’autres restaurants. Dans la cuisine ouverte, il a découvert "ce lave-vaisselle vraiment cool, une machine à chariot unique que je n’avais jamais utilisée auparavant". Le personnel était "comme une famille" et le chef, très célèbre, était "toujours, toujours disponible", pas du tout comme les "connards de restaurateurs" pour lesquels il avait travaillé auparavant. Mais finalement, comme dans de nombreuses autres cuisines de Nashville, Daniel s’est avéré un employé trop difficile à gérer, trop chronophage dans sa liste toujours plus longue d’idées d’amélioration, et un soir de mai 2019, le chef l’a congédié.

Daniel s’est saoulé, a rencontré une femme, l’a suivie chez elle, avant de le regretter. Dans la nuit, il a ouvert un préservatif sans l’utiliser. Rentré à son appartement au petit matin il a appelé un ami proche auquel il a raconté la perte de son emploi. « J’aimais bien cet endroit », lui confia-t-il assis sous le porche, ce matin de mai humide à Nashville. « J’adorais. J’ai adoré chaque minute. »

Daniel entendit un bruissement dans les feuilles juste à côté de lui. Il a d’abord pensé que c’était peut-être ses colocataires, même si, à la réflexion, ceux-ci se levaient rarement à 6 heures du matin un jeudi. Il se tut.

Un homme vêtu de noir s’est précipité vers lui l’arme au poing. Puis deux autres. Puis six.
Ça y est, se dit Daniel. Enfin.

Les agents du FBI l’ont entouré puis fouillé. La dernière fois, les agents s’étaient montrés méprisants, mais ceux-ci semblaient légèrement honteux, comme s’ils reconnaissaient que tout cela était un peu excessif. Un agent du FBI a plongé sa main dans la poche de Daniel et en a sorti le préservatif déballé.
« T’aurais pas pu me prévenir ? » a dit l’agent.

En chemin pour le travail ce matin-là, le chef a allumé NPR, et c’est ainsi qu’il apprit que le plongeur qu’il avait renvoyé venait d’être appréhendé pour vol de documents concernant le programme d’assassinats secrets, plus souvent appelé « guerre des drones ».

* * *

N’importe qui peut construire un drone de combat. Si vous bricolez un drone de fortune pour votre petit pays, personne ne sera impressionné. On croit parfois que les drones sont indestructibles, blindés, et c’est bien cette impression que leurs constructeurs tentent de créer avec les noms de durs à cuire qu’ils donnent à leurs machines : Predator, Reaper, Hunter. Pourtant le terme original, drone, est parfaitement approprié derrière ces noms qui ne sont qu’une tentative de masquer la délicate sophistication qu’il évoque. Les drones sont des petits mécanismes légers et fragiles, vulnérables aux pertes de contact radio et aux pilotes somnolents, craignant les rafales de vent et les averses violentes, les éclairs et la grêle. Vous enverrez votre drone culbuter dans le sable si vous virez trop sec face à la brise ou si vous pressez le mauvais bouton de votre manette. Que vous voliez dans une zone de bruit électromagnétique excessif ou que vous fassiez accidentellement voler votre drone à l’envers pendant un long moment sans vous en rendre compte, il heurtera une montagne, percutera un avion, tombera sur une ferme, un trottoir ou un cours d’eau. Parfois, les drones cessent tout simplement d’émettre, s’envolent au loin et on ne les retrouve jamais. Des centaines de drones militaires ont ainsi été perdus, éparpillés de par le monde. Ce n’est pas un gros problème : ils sont bon marché, on en fabrique d’autres.

Le plus remarquable n’est pas le drone, mais les systèmes qui le maintiennent en vol. C’est là que s’exprime la supériorité américaine : elle réside dans les satellites que nous lançons dans le ciel et les paraboles que nous fixons au sol. Dans nos bases en béton, les camions qui transportent les satellites, les câbles que les soldats américains posent dans des canalisations creusées dans des déserts étrangers. (« Un putain de paquet de câbles », m’a expliqué un lanceur d’alerte).

La plupart de ces infrastructures lourdes et importantes sont gérées dans le secret par la CIA, laquelle conduit un programme de drones, par l’armée qui en conduit un autre, par les agences qui les servent et les sous-traitants qui sont au service des agences. En 2015, un initié a divulgué des dizaines de pages de documents sur le fonctionnement interne du programme de drones américain, y compris des informations concernant la bureaucratie qui se cache derrière la « kill list » et sur laquelle régnait à cette époque Barack Obama. The Intercept a publié une série de huit articles basés sur ces documents, dont on a finalement fait un livre. « Un second Snowden transmet des informations à The Intercept », annonça CNN, une allitération reprise dans tous les médias : « Un second Snowden divulgue une masse de documents sur les drones », titrera Wired. Amnesty International a demandé une enquête du Congrès. Le « premier » Snowden qualifie cela d’ « acte de courage civique étonnant ».

Personne ou presque n’a su qui était ce « Second Snowden » à l’époque ni au cours des années qui ont suivi. Arrêté lors du fameux raid matinal, libéré sous caution et poursuivi en justice, il a cessé de se raser pour se laisser pousser « une barbe à la ZZ Top », ainsi que le formula un de ses amis. Il a perdu du poids et s’est mis à porter des vêtements donnés par des amis inquiets pour lui ; son pantalon kaki visiblement hérité de quelqu’un d’autre pend, replié à la taille, la ceinture serrée jusqu’au dernier trou. Ses amis le pressent de raconter publiquement le pourquoi du comment, mais Daniel considère qu’en parlant de lui, il condamnerait à l’anonymat les victimes de la guerre des drones. Il quitte rarement sa chambre.

En novembre 2020, son colocataire l’a convaincu d’aller boire une bière dans un bar appelé Moreland’s Tavern dans le nord-ouest de Washington. Lorsque Daniel est arrivé, huit personnes de sa connaissance avaient pris place autour de tables en plein air, dans le froid. Cette réunion avait été organisée par le colocataire et l’un des amis les plus proches de Daniel, un activiste nommé Noor Mir, qui savait que Daniel hésitait à faire appel à d’autres alors qu’il avait besoin d’aide. « Je pense qu’il est difficile pour un homme de comprendre qu’il est normal d’avoir vraiment, vraiment peur », m’a dit Mir.

Chacune à son tour, les personnes attablées ont dit à Daniel qu’il devait se ressaisir. Qu’il devait se défendre. Qu’il devait se préparer à l’éventualité d’une peine de prison. Qu’il devait penser à la prise en charge de son chat. Qu’il devait raconter son histoire, parce que dans le cas contraire, celle de l’accusation serait considérée comme incontestable. Daniel, les pieds sur une chaise, les bras autour des genoux, semblait extrêmement mal à l’aise. Au bout de deux heures, la dernière personne étant intervenue à son tour, tous attendirent la réponse de Daniel.

« Très bien, les gens », a-t-il dit, souriant à moitié pour la première fois de la soirée. « On peut la fermer maintenant ? »

Daniel n’a dit à aucun de ses amis qu’il était prêt à parler, mais le 4 avril, il m’a appelé. Il m’a dit qu’il ne voulait pas être qualifié de lanceur d’alerte. Il préférait le terme de traître.

Un État secret n’appartient à personne et n’est de la responsabilité de personne. A un moment, en 2012-2013, diverses personnes ont commencé à remarquer que les États-Unis menaient une guerre constante et secrète selon un ensemble de règles connues de peu de gens à l’intérieur du Yémen, du Pakistan et de l’Afghanistan. C’est en mai 2013 qu’Obama a finalement jugé nécessaire de prononcer son grand discours sur les drones, dans lequel il a reconnu que les drones étaient moralement compliqués, promis d’ « examiner les propositions visant à renforcer leur supervision », estimé qu’ils étaient une nécessité regrettable pour la sécurité des États-Unis, et généralement donné l’impression qu’il allait rendre le programme plus responsable. Mais toute cette histoire se situe après que ces belles paroles, une fois prononcées, se furent envolées et puis furent oubliées.

* * *

Daniel est entré dans l’armée de l’air, ou plutôt s’est livré à elle. Il a grandi dans la ville de Bristol en Virginie, juste à côté de l’autre Bristol, celui du Tennessee, avec un père routier qui citait la Bible. Il est un descendant d’un certain Nathan Hale qui fut pendu par les Britanniques en 1776 pour avoir cherché à se faire passer pour un maître d’école hollandais afin de voler des informations sur les mouvements des troupes (« pas un très bon espion », dit Daniel). Ses parents étaient soumis au stress continuel de la pauvreté : le garde-manger vide, les sempiternels dîners faits de de riz et de haricots. Les messes rigoristes auxquelles il assistait enfant, « tout feu tout flamme ». D’après sa sœur, écouter de la musique country était un péché suffisant pour mériter l’enfer. Une de ces diverses églises des Appalaches parmi lesquelles l’Emmanuel Baptist Church dont on apprit un jour que le pasteur violait et torturait une jeune fille kidnappée avec l’aide de sa femme. C’était en 1998, Daniel avait 11 ans.

À la fin de ses études secondaires, Daniel ne faisait confiance qu’à une seule source d’information, Democracy Now ! Le père de Daniel avait, dès son plus jeune âge, suggéré l’armée comme moyen de sortir de la pauvreté, mais Daniel était déjà engagé dans un voyage intellectuel au cours duquel il finirait par considérer Edward Snowden comme pas assez extrémiste ; il ne voulait rien avoir à faire avec cela. Il a essayé de s’inscrire dans un campus régional de l’UVA avant d’abandonner. Il a essayé l’université communautaire et a abandonné. Il a rencontré un ami sur Internet en jouant à World of Warcraft, s’est rendu à Las Vegas pour chercher du travail dans un casino, n’en a pas trouvé (« J’étais un peu con à l’époque », dit-il) et est rentré chez lui. Il a répondu à une offre d’emploi qui ne nécessitait pas d’expérience et a reçu un ticket de bus pour Fayetteville, en Caroline du Nord où il a rejoint un groupe de jeunes qu’il décrit comme « principalement des fugueurs ». L’entreprise les logeait deux par chambre dans des hôtels, et leur faisait vendre des magazines en porte-à-porte. Les managers disaient qu’on pouvait devenir riche en s’accrochant. Vous pouviez devenir comme eux. Mais il était difficile d’imaginer un vendeur plus mauvais que Daniel Hale, lequel m’a confié un jour qu’il faisait souvent des cauchemars, parce que « toute personne consciente en Amérique accumule un sentiment de frayeur ». Humilié, il a demandé à son père de le ramener chez lui. Il retrouve alors Bristol à 21 ans sans réelles perspectives d’avenir et avec le sentiment que le monde est cruel pour un homme dépourvu des compétences que l’on attend de lui. Son père et lui se disputaient et leur dispute est devenue un affrontement physique. Daniel est entré dans un bureau de recrutement militaire dans un centre commercial près du Walmart. Il a passé un test, l’a réussi, et on lui a dit qu’il pourrait faire tout ce qu’il voudrait.

Elle n’était pas si mauvaise, cette vie qu’il avait acceptée alors qu’aucune autre ne se présentait, avec un nouveau président qui faisait des promesses auxquelles on était tenté de croire : fermer Guantánamo, mettre un point final aux guerres sans fin. Daniel se doutait bien qu’on ne pouvait pas être président sans devenir un criminel de guerre, et pourtant il avait assisté à un meeting d’Obama dans sa ville natale. À l’Institut linguistique de la défense à Monterey il étudiait le mandarin, pour la plus grande fierté de l’État. Il adorait son camarade de classe Michael, avec lequel il partageait de longues conversations sur la politique et le rap indépendant. Même s’il a souvent réfléchi à un moyen de se faire renvoyer pour cause de déshonneur, il se levait tous les matins pour se rendre aux cours.

Finalement, Obama n’a pas fermé Guantánamo dans ses 100 premiers jours. Il n’a pas mis fin au programme des drones ni inauguré une ère de transparence. Moins d’une semaine après son entrée en fonction, il a autorisé deux frappes de drones qui firent 14 victimes, dont la plupart n’étaient pas visées. Obama a augmenté la fréquence de ces attaques qu’il a étendues, deux ans plus tard, à des citoyens américains. Au début, les frappes se limitaient à « Al-Qaïda et les forces associées », mais progressivement on a considéré qu’elles pouvaient être utiles contre des forces qu’il était extrêmement difficile d’associer à Al-Qaïda. Obama a trouvé opportun d’utiliser des frappes de drones contre des chefs tribaux opposés à différents régimes soutenus par les États-Unis. On s’est mis à cibler non seulement les membres de haut rang de diverses organisations, mais aussi des membres de rang inférieur. Peu à peu l’ensemble du programme d’assassinats s’est transformé en une machine complexe chargée de la contre-insurrection. Dans certaines régions du Pakistan, les habitants ont cessé de boire du thé Lipton, craignant que les sachets ne contiennent un dispositif de localisation de la CIA pour guider les drones.

Début 2001, les États-Unis ne maîtrisaient pas le lancement d’un missile depuis un drone Predator sans endommager celui-ci. Début 2001, on n’aurait pas pu mener un programme d’assassinats basé sur la géolocalisation, parce que les terroristes ne se servaient pas encore de téléphones portables. Quatorze ans plus tard, le Pentagone budgétait près de 3 milliards de dollars en drones pour une seule année. Le président avait accès à des technologies dont aucun président n’avait disposé avant lui et il a choisi d’en faire usage.

Daniel en a conclu qu’Obama était « un clown », « un parfait imposteur » qui allait poursuivre les catastrophiques politiques secrètes de son prédécesseur. Mais voilà qu’en 2010, la capacité de l’État sécuritaire à préserver le secret commence à s’effriter. Daniel raconte qu’à l’Institut linguistique de la défense, un officier est entré dans sa salle de classe pour interdire aux étudiants de rechercher un terme alors relativement neuf : WikiLeaks. La punition encourue était la perte de leur habilitation de sécurité. Julian Assange avait trouvé, montré et dévoilé de façon spectaculaire des images de soldats américains tirant sur un homme brandissant un appareil photo en croyant qu’il s’agissait d’une arme. Sur Youtube, on pouvait voir la vidéo du photographe agonisant, une camionnette s’arrêtant à proximité de lui et un homme qui en sortait pour aider le photographe abattu par des Américains. On pouvait voir aussi, toujours sur Youtube, ces mêmes Américains mitrailler la camionnette, où l’on pouvait distinguer, en regardant attentivement, deux petits enfants qui se tenaient à l’avant du véhicule. On y entendait le profond silence des soldats américains assistant à l’évacuation des enfants inconscients de la camionnette.
« Eh bien, c’est leur faute », entend-on dire un soldat, « d’avoir amené leurs enfants au combat. »

* * *

Daniel a été envoyé à Fort Meade, un lieu qu’il décrit comme « rempli de crétins finis. De crétins les plus complets que vous ayez rencontrés de votre vie. » C’est lors de longues promenades en moto qu’il cherchait la paix loin des abrutis. Il aimait rouler très vite. Michael et sa femme, Diane, lui manquaient. Il s’ennuyait tellement qu’il commençait à réfléchir à l’idée d’être déployé sur un théâtre d’opérations. S’il se trouvait au centre de la guerre, peut-être parviendrait-il à rendre une petite partie de cette guerre légèrement moins injuste ? Certains d’entre eux seront envoyés. Pourquoi pas lui ? Ne valait-il pas mieux savoir que ne pas savoir ? C’est ainsi qu’il donna un semblant de rationalité à sa fuite hors du Maryland.

Daniel avait maintenant 25 ans. A l’instar de toutes les personnes de sa connaissance, il s’était mis à porter sur lui, dans ses poches, une balise qui transmettait en permanence sa position à des antennes gérées par des opérateurs anonymes. C’est pendant ces années que les Étatsuniens se sont lentement habitués à être géolocalisés en échange de petites commodités ou simplement comme prix à payer pour participer à la vie contemporaine. Il était compliqué de désactiver les données de localisation de votre téléphone, et même en faisant cet effort de nombreuses applications continuaient à vous pister, d’ailleurs la plupart d’entre nous ne s’en sont pas inquiétés. S’il était troublant de savoir que la totalité de nos e-mails et de nos messages privés étaient scannés par Google et Facebook, nous avions déjà accepté d’être pistés par nos téléphones. Qu’un assistant virtuel que vous avez vous-même placé dans votre chambre à coucher ait la capacité d’enregistrer des conversations privées n’était certes pas idéal, mais il se trouva même des terroristes pour trouver que cette simplification de la communication l’emportait sur les risques encourus. C’est ainsi que Daniel les trouvait.

Daniel ne savait rien du JSOC lorsqu’il reçut ses papiers d’affectation, mais en arrivant à Fort Bragg, il a saisi qu’il s’agissait d’un poste particulier. Les personnes affectées ici avaient accès à une partie réservée de la base, un des rares endroits où l’on ne portait pas de couvre-chef et où les soldats portaient la barbe. Un capitaine lui avait ordonné de ne pas dévoiler aux autres son appartenance au JSOC. « Tout le monde ici se moquera de vous en disant à quel point c’est cool », lui avait-il dit. Lui y croyait : il trouvait ça cool d’appartenir à cette élite. Pourtant il ne savait toujours pas ce qui s’y passait réellement. « La première étape, raconte-t-il, c’est un cours de base sur la technologie des téléphones portables. Le fonctionnement des téléphones cellulaires, leurs interactions avec le réseau, le fonctionnement du réseau, les bornes réceptrices, la carte SIM, le combiné. » On a montré à Daniel une boîte que l’on plaçait sur un drone capable de se faire passer pour une borne de téléphonie cellulaire, de sorte que les téléphones portables des cibles communiqueraient avec elle. C’est alors qu’il commença à comprendre.

Lorsqu’il arriva en Afghanistan en 2012, le travail de Daniel Hale consistait à fixer un écran lui permettant de guider un drone de là où il se trouvait vers l’emplacement d’un numéro de téléphone cellulaire intéressant l’armée. Lui et ses collègues analystes passaient leurs journées dans un hangar en bois, entourés de vieux ordinateurs poussiéreux fonctionnant encore sous Windows XP. Il y avait des téléphones, des téléviseurs et des nœuds de gros câbles noirs. Depuis son ordinateur, il déclenchait le boîtier du drone qui se mettait à rechercher les données des téléphones portables de la zone. Il fournissait à la boîte des informations sur les personnes que l’armée souhaitait espionner. Il ajustait des paramètres pour tenter de se verrouiller sur ces personnes. Lorsque c’était fait, il prévenait quelqu’un d’autre, celui-ci se chargeant de la mise au point de la caméra. Il n’avait plus la main à ce stade mais il pouvait, s’il le souhaitait, observer le missile qui, en une fraction de seconde et avec une force capable de percer un mur en béton, anéantissait un groupe d’hommes.

Comme c’est souvent le cas dans ce genre de travail, l’ensemble paraissait avoir été conçu de manière minutieuse mais réalisé à la va-vite. Officiellement, chacun était censé se déconnecter à la fin de son service, mais se déconnecter et se reconnecter demandait tellement de temps, requérait tant d’opérations que, selon Daniel, cela se produisait rarement. Une fois, dit-il, il a essayé d’expliquer cela au téléphone à un homme de la NSA, mais celui-ci lui a ordonné de se taire : l’analyste ne voulait pas en entendre parler.

Intuitivement, on reproche aux drones le fait qu’en installant une distance entre l’assassin et sa cible, ils suppriment tout danger dans l’acte de tuer. Cet argument a été brandi à chaque avancée de la technologie militaire depuis la parfaite réciprocité du combat à l’épée : derrière un canon aussi, on se sentait en sécurité. Les armes à feu furent considérées comme l’arme des lâches. Les tireurs d’élite aussi furent traités de lâches, de même les hommes qui faisaient la guerre depuis un sous-marin. Mais la guerre des drones est en réalité une guerre de surveillance. Jour après jour, le drone envoie un signal vidéo qui observe le même homme quittant la même maison et y revenant. On se familiarise avec les schémas de sa vie, et ce que l’on ne peut pas découvrir, l’imagination le construit. La nuit, lorsque la caméra infrarouge est opérationnelle, les gens apparaissent sous la forme de taches rouges. Comme il fait chaud, ils dorment sur le toit. « J’en ai vus faire l’amour avec leurs femmes », dit un pilote de drone. « Deux taches infrarouges n’en font qu’une seule. » Une cigarette allumée est un soleil qui s’allume devant une bouche. Il n’y a pas distanciation croissante entre l’assassin et sa cible, mais au contraire une intimité profonde, à moitié fantasmée, absurde. C’est là que réside la nouveauté.

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Au cours de la guerre contre le terrorisme, comme on disait avant qu’elle ne devienne tout simplement la politique étrangère américaine, des pans entiers du Pakistan et du Yémen ont fait l’objet d’une surveillance par drone 24 heures sur 24, et par conséquent les habitants de ces régions ne peuvent pas traverser la rue sans savoir qu’ils sont filmés, que la vidéo sera envoyée à un satellite puis aspirée dans un serveur où ces images seront stockées en vertu de l’idée que certains se font de la sécurité des États-Unis. Il est très probable qu’elles ne seront jamais regardées, car il n’y a pas assez d’analystes pour analyser toutes les images enregistrées par les États-Unis ; c’est à dire que votre vie privée n’est garantie que par la grâce de l’inefficacité. Les drones, écrit Michael Boyle, chercheur sur la sécurité nationale à l’Institut de recherche en politique étrangère, ont « conduit les États-Unis à remplacer leur objectif initial qui était de combattre Al-Qaïda plus efficacement par un autre, qui est de connaître et peut-être même de contrôler des portions de la terre plus vastes qu’ils ne l’imaginaient auparavant ».

Peu avant l’arrivée de Daniel Hale en Afghanistan, l’armée de l’air déployait ce qu’elle appelait « Gorgon Stare » (« Le regard fixe de la Gorgone », cette créature mythologique capable de pétrifier les hommes d’un regard). Un système de vidéo par drone impliquant 368 caméras pour couvrir 100 km² à la fois. Il fut un temps où l’observation se faisait « par le petit bout de la lorgnette » : la technique permettait de suivre une seule personne qui progressait dans le paysage sans voir les zones environnantes. Ce n’est qu’au cours de la dernière décennie qu’il est devenu possible d’observer le paysage en entier, de suivre tout un groupe d’hommes se rencontrant à un endroit précis puis de les voir rentrer chacun chez lui. Cette forme de surveillance est désormais possible grâce à ce que l’on appelle un drone haute altitude longue endurance, ou HALE.

Au cours des mois où il travaillait pour le programme des drones, Daniel Hale n’a jamais touché un drone, n’en a jamais piloté un, ni même travaillé sur une base d’où ils décollaient. Son idée que sa propre moralité puisse affecter la guerre de quelque manière que ce soit lui sembla absurde. Parfois, on parlait d’« une ogive, une cible » pour qualifier le système qu’il servait, puisque chaque mission ne visait qu’un seul homme. Mais les hommes visés étaient très souvent entourés d’autres hommes au moment où le missile les trouvait. C’est ça qui le travaillait. Il ne savait rien de ces personnes ; aucune n’était la cible désignée de l’attaque, et pourtant elles mouraient aussi. Même si l’administration Obama le nie, de nombreux hommes tués ne sont pas comptabilisés comme victimes civiles mais bien comme « ennemis tués au combat ». Daniel savait bien que des téléphones portables ont pu passer de mains de terroristes présumés à d’autres mains tout à fait différentes, et qu’ainsi des innocents et leur entourage ont été tués à leur place. Il savait bien que personne autour de lui ne s’en souciait. « Il y avait deux mondes », a dit un jour Chelsea Manning : « le monde des États-Unis, et le monde que je voyais. » C’est de l’écart entre ce que les États-Unis faisaient et ce que les Etasuniens savaient que naissait l’horreur, et il semblait qu’on pouvait réduire cet écart.

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Daniel avait autrefois voulu être journaliste, et il n’avait pas encore renoncé à cette possibilité lorsqu’il atterrit à Washington. Nombreux étaient les journalistes avec lesquels il n’était pas d’accord, mais il y en avait un qui lui inspirait confiance pour avoir travaillé pour Democracy Now ! C’était Jeremy Scahill, qui venait d’écrire un livre intitulé Dirty Wars bientôt adapté en documentaire, une adaptation nominée pour un Oscar. En avril 2013, Daniel l’a entendu s’exprimer à la librairie Politics and Prose. Il s’est rapproché de Scahill ensuite par SMS par l’intermédiaire d’un ami, apprenant finalement que le journaliste l’invitait à « raconter [s]on histoire sur les drones lors de la projection d’ouverture de son documentaire. » De retour à son travail, lorsque ses supérieurs l’enjoignirent de « lire tout ce qui te tombe sous la main, car cela fera de toi un meilleur analyste », il se mit à rechercher des infos sur Jeremy Scahill et Dirty Wars sur son ordinateur de la NSA. Ce n’était sûrement pas là l’intention de ses supérieurs, mais c’est ainsi qu’il choisit d’interpréter leurs conseils.

En juin, lorsque Scahill organisa une dédicace de son livre à la librairie Busboys and Poets de Washington, Daniel Hale se trouvait à ses côtés sur une estrade improvisée à l’entrée de la salle. Un an après cette apparition conjointe, The Intercept publiait un document interne de 166 pages jetant la lumière sur les règles employées par l’administration Obama pour placer des noms sur les listes de terroristes à surveiller. Un an plus tard encore, The Intercept publiait les Drone Papers, un rapport en huit articles ensuite publiés en livre dont la préface fut rédigée par un informateur anonyme.

Ensemble, Scahill et son informateur ont organisé un événement qui dévoila aux médias l’existence de guerres menées en secret et l’ineptie maladroite des opérations qui contredisait les promesses de « précision chirurgicale ». « Notre source est une personne directement impliquée dans le programme d’assassinats. Cette personne en est arrivée à un point où elle ne pouvait plus se taire » a déclaré Scahill à NPR. Ce que peu de gens savaient à l’époque est que le gouvernement connaissait avec une quasi-certitude l’identité du « deuxième Snowden » même si, pour des raisons inconnues, il n’a pratiquement rien fait à ce sujet, ni avant ni même des années après la publication des Drone Papers.

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Daniel ne pense pas que la religiosité de son père ait joué un rôle dans cette histoire, pourtant il affirme avoir été appelé à divulguer ces documents parce que, comme le Daniel de la Bible, il eut des « prémonitions » qu’une « justice juste » s’abattrait bientôt sur le pays. À son retour d’Afghanistan il souhaitait poursuivre ses études, et pour cela il avait besoin d’argent. Pour un analyste titulaire d’une habilitation à la sécurité, l’argent était facile à gagner. Six mois après avoir rencontré Scahill, Daniel quittait l’armée de l’air pour travailler chez Leidos, une entreprise qui réalise 10 milliards de dollars de chiffre d’affaires au service du gouvernement fédéral de son utilité. Il s’est dit qu’il ne ferait cela que pendant six mois, et il a tenu parole. Il fut ensuite affecté à une agence gouvernementale peu connue, la National Geospatial Intelligence Agency qui venait de construire un bâtiment de 1,7 milliard de dollars, le troisième plus grand immeuble de bureaux fédéral de la région de Washington.

Le style narratif employé par la NGA possède une qualité chère aux stylistes de la prose militaire qui est l’abstraction inutilement combative. « Dépendre de la technologie n’est pas notre objectif : nous devons la maîtriser et en tirer parti », écrit ainsi le directeur de l’agence en 2020. « Nous allons bientôt arriver à un point, déclara un autre cadre de l’agence plus tard la même année, où nous pourrons, en gros, filmer toute la planète au quotidien ». Vu d’avion, le bâtiment se compose de deux demi-cercles disposés autour d’un dôme de manière à ressembler, dans le style pompier si typique de l’architecture des bâtiments publics, à un œil géant.
Daniel a pris ses quartiers dans l’une des chambres d’un manoir de 4 700 mètres carrés à Lorton, en Virginie, qui appartenait à la mère divorcée d’un de ses amis, dans un quartier aux rues larges et calmes où tous les arbres semblant avoir été plantés la veille. À la NGA, Daniel a pris place à un bureau perdu dans un coin oublié d’une étendue paysagée de postes de travail identiques au sixième étage de l’œil géant, où il était chargé de saisir des données de localisation sur les cartes du gouvernement américain pour des points géographiques situés en Chine. Il put enfin mettre à profit ses connaissances du chinois. C’était un travail fastidieux, avec beaucoup de « journées d’ennui et de réunions stupides ». Il pouvait tracer 1 000 points par jour, et il faisait cela jour après jour alors même que, dit-il, toutes ces informations étaient disponibles sur Google Maps. Derrière lui se tenait un « grand type jovial » qui avait bon goût en matière de musique mais était « très franc sur certains sujets, comme son opposition à l’avortement. » Les personnes les plus intéressantes n’étaient pas les fonctionnaires à vie, mais des prestataires extérieurs invités à réaliser là des prouesses techniques, comme cet analyste avec lequel Daniel passa une journée. Un gars auprès duquel Daniel eut envie d’en apprendre plus, « un type fascinant, une sorte de marginal ». A un moment de la conversation, ce type fascinant demanda à Daniel de lui montrer des images de frappes de drones. « Il avait une fascination maladive pour ça », dit Daniel. « Il voulait voir des gens mourir. Les bras m’en sont tombés, vous savez, et je lui ai dit en gros que c’était dégueulasse. » Daniel lui a dit qu’il avait utilisé les drones, qu’il avait joué un rôle dans cette opération, et l’analyste a été décontenancé.

« Une voix intérieure me parlait, dit Daniel, très ténue, une voix que je n’avais pas perçue depuis mon départ d’Afghanistan, et elle me disait à nouveau : ‘Tu ne peux pas laisser passer ça. C’est ta dernière chance. Si tu ne le fais pas, tu le regretteras pour le restant de ta vie.’ » Considérant son rôle dans la machine de guerre, il a commencé à se percevoir comme un criminel de guerre qui de toute façon méritait la prison. (« Devrais-je être en prison pour avoir payé mes impôts ? » lui ai-je demandé. « Probablement », m’a-t-elle répondu).

Daniel a commencé à faire des recherches sur son ordinateur de travail, employant des mots-clé appris en Afghanistan. Pour la plupart, les documents qu’il trouva étaient aussi neufs pour lui qu’ils le furent pour le public ; il apprenait à quoi il avait participé, lisant sur son écran tout en essayant de surveiller la pièce pour pouvoir revenir à son travail si quelqu’un passait derrière lui. Il y avait là un graphique détaillant la "kill chain", c’est à dire le processus bureaucratique par lequel Obama approuvait une frappe : des petites flèches jaunes pointaient en diagonale tout le long de la page, pour arriver au POTUS [President Of The United States - NDT]. Il y avait également la preuve que tout homme d’âge militaire tué lors d’une frappe était classé combattant, une astuce comptable permettant de réduire le nombre de victimes civiles. Il y avait enfin un compte rendu d’une période de cinq mois en Afghanistan au cours desquels les forces américaines ont frappé 19 personnes cibles et 136 qui n’étaient pas des cibles. Il a été reconnu depuis que les renseignements sur lesquels se basaient les frappes étaient souvent de piètre qualité et que les frappes justement rendaient plus difficile l’obtention de bonnes informations, les personnes qui auraient pu fournir ces informations venaient d’être tuées par la frappe. Il y eut un rapport détaillant les règles secrètes qu’emploie le gouvernement pour placer des personnes sur la liste de surveillance des terroristes. « Chaque découverte me menait à quelque chose d’autre », dit Daniel, « à quelque chose de plus ». Pris dans leur ensemble, ces documents forment l’image d’un pays aspirant des quantités colossales d’informations mais peinant à transformer ces informations en connaissances. On comprend mieux dès lors que la confiance d’Obama en la précision et la rigueur du programme de surveillance par drones ne se base que sur son ignorance du détail des processus.

C’est fin février, trois mois après avoir commencé à travailler pour Leidos, qu’il se mit à imprimer des documents. Six documents distincts le 28 février 2014, dit l’acte d’accusation, avant d’envoyer, le même jour, un SMS à Scahill.

* * *

Il est extrêmement difficile de faire sortir clandestinement des données électroniques d’un endroit conçu pour l’empêcher. Mais le papier est plus difficile à saisir sur le chemin de la sortie. Daniel a donc imprimé les rapports, dont les 17 qu’il aurait remis à The Intercept, qui totalisaient des dizaines de pages. Depuis l’imprimante situé à proximité, il a rapporté les liasses de papiers jusqu’à son bureau. Il les a glissés sous sa chemise derrière son dos. Il n’était pas rare que les gardes vous fouillent à la sortie : parfois ils trouvaient des papiers liés au travail que quelqu’un avait emportés machinalement, et cela passait pour une étourderie, mais des papiers glissés sous la chemise auraient été plus difficiles à expliquer. Il les sortit du bâtiment, serrés sous sa ceinture, terrifié à l’idée d’être fouillé. Il est rentré dans son manoir solitaire entouré d’autres manoirs solitaires.

C’était en soi un acte extraordinairement courageux et imprudent. Chaque recherche effectuée par un employé ayant une habilitation de sécurité sur un ordinateur du gouvernement est supervisée, chaque page imprimée est enregistrée. Il semblerait qu’il les ait passées au journaliste avec lequel il était apparu publiquement, celui qui avait récemment cofondé The Intercept, une publication fondée sur la divulgation de documents classés secrets. Il participa également à un documentaire sur les lanceurs d’alerte sur les drones, ce qui impliquait qu’une équipe de tournage se présentait périodiquement au manoir, installait du matériel et l’invitait à parler longuement, ouvertement, des crimes de l’État.

Ce n’est pas tout. En avril, mai, juillet et août, selon l’acte d’accusation, il a imprimé de plus en plus de documents. En juillet, The Intercept a publié les règles secrètes du gouvernement sur l’inscription de personnes sur la liste de surveillance des terroristes ; ces documents ont servi de base non seulement aux Drone Papers, par lesquels Daniel s’est fait connaître par la suite, mais aussi à une série d’autres articles publiés par The Intercept entre 2014 et 2016. Daniel les sortait clandestinement et parfois, pour ne pas laisser de traces, il les rapportait clandestinement pour les placer dans le sac où tout document secret imprimé était censé finir.

Le 8 août 2014 fut le dernier jour de travail de Daniel à Leidos. En y repensant, il se dit qu’il y avait quelque chose d’étrange dans les manières de chacun ce jour-là, « une étrange gentillesse » dans les gestes : on lui serrait la main, on lui souhaitait bonne chance, on se désolait qu’il ne puisse pas rester plus longtemps.
Il est rentré chez lui, s’est déshabillé et s’est servi un whisky. En slip, jouant à un jeu vidéo dans sa chambre, il entendit un « toc toc policier » à la porte, fort et insistant. En ouvrant la porte, il s’est vu repoussé à l’intérieur, des badges devant la figure. Vingt agents armés on fait irruption chez lui, raconte-t-il.

Avoir pris un risque ne signifie pas qu’on est prêt à affronter ses conséquences. Daniel était terrifié. Un agent l’a conduit vers une petite pièce qui servait parfois de bureau, dans un coin de la maison où il n’était jamais allé, et l’y a enfermé. Il entendait le bruit de la perquisition qui démolissait méthodiquement la maison de la mère de son ami. Pendant sept heures, ils l’ont laissé mariner dans ce réduit. Ils ont fouillé son téléphone et trouvé Scahill dans sa liste de contacts. Vu l’intérêt qu’ils lui portaient, ils devaient déjà être au courant des documents qu’il avait consultés et lesquels il avait imprimés à quelles dates. Du moment qu’ils en savaient assez pour être venus le chercher, il y leur restait sûrement peu de choses à découvrir. Daniel attendit le moment où la fouille allait se terminer et où on l’emmènerait en prison. Il pensait à toutes ces choses qu’il aurait voulu terminer avant la prison, au fait qu’il ne pourra pas s’en occuper maintenant. Bien que sachant qu’ils viendraient un jour, il ne s’y était pas vraiment préparé. Finalement, il s’ennuyait tellement qu’il a commencé à parler aux agents du FBI. Certains avaient eux aussi été mobilisés en Afghanistan, pour des interrogatoires...
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Vers la fin du raid, la propriétaire de la maison qui rentrait chez elle a trouvé des voitures noires dans l’allée et des voisins qui regardaient. Daniel découvrit avec horreur qu’elle aussi fit l’objet d’un interrogatoire en règle. Puis, ce vendredi soir d’août, les agents du FBI ont fini par s’en aller, emportant avec eux livres, ordinateurs et papiers.

Daniel était sous le choc, paralysé par la confusion. Allaient-ils revenir le chercher demain ? S’excusant auprès de sa propriétaire, elle aussi désemparée et confuse, il lui dit qu’il ne pouvait pas lui révéler quoi que ce soit, tout en essayant de la rassurer, affirmant qu’elle ne risquait rien. Il sentait bien qu’il ne pouvait pas rester là, chez elle, une minute de plus.

Daniel a emballé ses quelques affaires restantes, puis il est monté sur sa moto. Alors qu’il s’éloignait, raconte-t-il, un SUV à bord duquel se trouvaient trois agentss’est mis à le suivre. Franchissant un trottoir, il essaya de le semer. A 130 km/h sur l’autoroute, ce qu’il trouvait « plutôt amusant en fait », il a pris la direction de Washington pour se réfugier chez un ami à lui. Le lendemain, il devait rencontrer Jesselyn Radack, une avocate associée à Snowden, Thomas Drake et de nombreux autres lanceurs d’alerte ayant divulgué des informations peu flatteuses pour la bureaucratie américaine.

* * *

Que pouvait-il faire ? Le ministère de la Justice disposait certainement d’assez d’informations pour l’enfermer, probablement pour une décennie, en vertu de l’Espionage Act. Pourtant à ce jour, en août 2014, pas le moindre acte d’accusation n’avait été dressé. Daniel s’est installé à New York, il est retourné à l’école, ainsi qu’il l’avait annoncé. Il s’est inscrit à des cours de grammaire rhétorique, les a suivis, même s’il lui était extrêmement difficile de se concentrer, conscient du fait que le FBI le surveillait. Il a suivi un cours sur la guerre, essayant de ne pas exploser en entendant les élèves de sa classe, des enfants qui n’avaient jamais rien connu de tel, proféraient des énormités. Quelqu’un dans sa classe affirmait qu’il y avait un succès du féminisme dans le fait que des femmes participaient à la guerre, et le fossé entre eux lui paraissait infranchissable.

Il lui était difficile voire impossible de faire ses devoirs, étant donné que ceux-ci impliquaient l’usage de son ordinateur qui désormais lui faisait peur. Il se sentait surveillé par lui. Son colocataire se souvient qu’une fois, alors qu’une publicité surgissait, Daniel rabattit son écran d’un coup sec. Les murs de brique de son appartement étaient poreux ; ce colocataire remarqua que Daniel en avait bouché les trous avec du chewing-gum. Le documentariste qu’il connaissait est venu le voir, désireux de filmer Daniel se promenant dans le parc. Mais ce dernier ne voulut pas sortir de chez lui. Il n’avait plus du tout envie de figurer dans un documentaire.
Un autre documentaire fit du bruit à cette époque. Citizenfour de Laura Poitras sortait cet automne-là. Pour les compagnons de route idéologiques, le film se termine sur un temps fort plein d’optimisme : Glenn Greenwald annonce à Snowden qu’une nouvelle source s’est manifestée et griffonne quelque chose sur un bout de papier visible par Snowden mais caché à la caméra. Snowden lui lance un regard.
« En fait... c’est vraiment dangereux... hum... de la part de la source. Sait-elle comment se protéger ? »

« Il y a un schéma qui a en gros cette forme », dit Greenwald. Il dessine des petits carrés pointant en diagonale vers le haut de la page, et sur le carré supérieur, il écrit POTUS.

Sur un autre morceau de papier, Greenwald écrit : « Il y a 1,2 million de personnes dans différentes catégories de leur liste de surveillance. »
« C’est complètement ridicule », dit Snowden, qui commence à faire les cent pas.
« C’est très choquant », reprend Greenwald.
« Cette personne a un courage incroyable », dit Snowden.

* * *

Le second Snowden était un étudiant de première année terrifié à l’idée d’utiliser son ordinateur. Un jour, un type de Comcast s’est présenté à son appartement où il a installé un routeur. Puis un deuxième gars de Comcast s’est présenté, prêt à installer lui aussi un routeur, ignorant que le premier était déjà passé. Daniel en a conclu que le premier gars de Comcast avait mis son appartement sur écoute. En février, Citizenfour remportait un Oscar. Daniel a échoué à tous ses examens.
Son chat s’appelait Amber, mais il trouva que cela ressemblait trop à un nom de strip-teaseuse, et l’a donc rebaptisée Leila, pour Leila Khaled, la première femme à avoir détourné un avion. Il adorait Leila. Il l’aimait tellement qu’il l’a emmenée avec lui en abandonnant New York pour Nashville. Pour pouvoir attacher la cage de transport du chat à sa moto, il lui fallut se débarrasser de la plupart de ses autres affaires.

En octobre, The Intercept publiait finalement les Drone Papers. Curieusement, personne n’est venu le chercher à ce moment-là. Personne ne s’est manifesté pour quoi que ce soit, d’ailleurs. L’Amérique n’est pas pays qui change ses habitudes à cause de révélations indignes d’un empire. Ce qui change, c’est la vie des lanceurs d’alerte. En 2015, Manning était en prison, avant sa tentative de suicide, Assange se terrait dans une ambassade, avant d’être emprisonné au Royaume-Uni, lequel refusera de l’extrader aux États-Unis à cause du risque qu’il ne se suicide en détention américaine, et Snowden était toujours en exil, intervenant ça et là dans des vidéo-conférences sur le thème de la cyber-surveillance.

Lorsqu’on écoute Daniel raconter ses années à Nashville, on fait la tournée des popotes, ou plutôt des cuisines haut de gamme d’où il a démissionné ou été renvoyé : Le Sel, Sinema, Folk ; renvoyé pour un accès de colère, pour avoir défendu la cause des autres, ou encore pour indiscipline. Mais au printemps 2019, Daniel était heureux. Alors qu’en plusieurs années de travail, de réflexion et de cauchemars sur les drones, Daniel n’en avait jamais touché un seul, pour ce qui est de la vaisselle, on pouvait dire qu’il la touchait au quotidien. Chaude au sortir du lave vaisselle, elle lui brûlait les mains. Travaillant pour un traiteur, il aimait être entouré de mariés ivres et heureux. Il pouvait enfin s’immerger dans l’action, dans l’instant présent, dans la transpiration du travail bien fait. La cuisine sentait le savon et la chaleur, et il était soit absorbé par le processus, soit en train de réparer une panne. La première de National Bird, de Sonia Kennebeck, le documentaire où figurait Daniel, fut présenté à Tribeca Film Festival (New York) puis à Berlin, et toujours personne pour venir l’arrêter. Le Council on American-Islamic Relations a lancé une procédure judiciaire à l’encontre du gouvernement fédéral au sujet de la liste de surveillance des terroristes, l’épais livre de règles secrètes que Daniel aurait divulgué, et là encore, personne n’est venu le voir. Reality Winner pourtant avait été arrêtée et emprisonnée avant même que le seul document qu’elle avait envoyé par courrier ne paraisse dans The Intercept. Daniel essaya de convaincre un plongeur immigré hispanophone d’organiser une action afin d’obtenir une augmentation de salaire... le plongeur a préféré quitter son job et n’est pas revenu.

* * *

La guerre des drones est désormais sous les ordres de Donald Trump, lequel a supprimé les règles relatives à la déclaration des civils tués et a simplifié la procédure d’approbation des frappes. « Les tueurs doivent savoir qu’ils ne peuvent se cacher nulle part, qu’aucun endroit n’est hors de portée de la puissance et des armes américaines », a déclaré Trump. L’armée étudie l’utilisation de l’intelligence artificielle pour faire le tri des images fournies par les drones. Un jour, alors que Daniel préparait des repas, une assemblée de convives est arrivée dans le restaurant pour commander dix hamburgers à dix températures différentes. Le chef, « un tyran et un connard homologué », a fait semblant de ne pas entendre Daniel qui tentait de gérer cette commande un peu spéciale. Cela faisait cinq heures que le chef provoquait Daniel par ce genre de vexation. A bout de patience, Daniel qui voulait que tout fonctionne à la perfection, lança « Bon sang, Tim, arrête de me faire chier ! », frappant de la main sur le comptoir, sans voir le pique-notes qui lui transperça le doigt. L’Afghanistan retournait au chaos alors que le successeur de Trump, renonçant à établir l’ordre, fermait la base où Daniel avait travaillé. « Le TSPT [Trouble de stress post-traumatique - NdT], écrit Hugh Gusterson dans Drone, semblait souvent être en corrélation non pas tant avec l’échelle absolue de la violence brute qu’avec son degré d’insignifiance. »

Au cours de sa vie, Daniel et tous ceux qui l’entouraient en étaient venus à porter sur eux des balises et ils avaient pris l’habitude de ne plus y penser. Daniel a commencé à perdre l’impression d’être surveillé. Tout se passait comme si les hommes qui avaient fouillé sa chambre avaient oublié, ou laissé tomber, comme si Leila et lui pouvaient finalement continuer à vivre sans être inquiétés. Il commençait à croire possible qu’ils ne viendraient jamais le chercher, jusqu’à ce jour de mai 2019 où ils le firent.

* * *

Daniel a plaidé coupable en mars, après que le tribunal eut décidé de ne pas tenir compte de ce que l’accusation appelle ses « soi-disant bonnes intentions ». Avant le prononcé de la peine, dans le respect de la tradition de la famille Hale, Daniel fut déclaré coupable d’espionnage. Lors de son audience de condamnation fin juillet, Daniel devrait faire une déclaration démontrant ses remords. S’il était effectivement rongé par les remords, ce n’était pas pour le crime d’avoir révélé au public américain des documents sur la conduite de leurs dirigeants. De cela, il en était très fier.

Cinq années durant, Daniel a attendu le jour où le FBI viendrait le chercher. Pendant les deux années suivantes, Daniel a attendu le jour où il irait en prison. S’il est difficile de trouver un emploi lorsqu’on est en liberté provisoire, il est difficile aussi de mener une vie amoureuse. Que devrait-il dire aux personnes avec qui il faisait connaissance lors de leur premier rendez-vous ? Qu’il était inculpé d’espionnage ? Ou devait-il attendre la deuxième rencontre ? Il s’est finalement résolu, comme d’habitude, à commencer par la dure vérité. « Alors, pour tout vous dire, » peut-on lire sur sa bio Tinder, « j’ai été accusé l’année dernière d’espionnage pour avoir soi-disant fourni des informations sur la guerre d’Afghanistan à un groupe de journalistes. Mon procès se tient en décembre et si vous connaissez un peu ce genre d’affaires, vous savez que mes chances de gagner sont quasi-nulles. En attendant, j’espère rencontrer quelqu’un de sincère avec qui traîner et peut-être faire un tour en moto pendant qu’il fait encore beau. » Il indiquait également que son morceau fétiche était Vicious, de Lou Reed.

Au cours de ces années, de nombreuses personnes ont commencé à croire à une théorie du complot selon laquelle un informateur de haut niveau déclarait que « l’État profond » était dirigé par des criminels mangeurs d’enfants. Une partie de cette théorie impliquait l’idée que, la NSA disposant de vidéos de tout et de tout le monde, les méchants seraient vaincus par les gentils qui parviendraient à exploiter les images de leurs crimes. Plus tard, d’aucuns ont cru que le vaccin susceptible de mettre fin à la pandémie contenait un dispositif de traçage qui serait injecté dans le bras de chaque Américain. Tout le monde ne croyait pas cela, bien sûr. Beaucoup parmi nous pensent que ces idées sont absurdes. Nous les avons lues sur nos téléphones dont nous n’avions pas désactivé les données de localisation.

Un juge fédéral a déclaré anticonstitutionnelle la liste de surveillance des terroristes contestée par 23 personnes représentées par le CAIR. « La divulgation par Daniel Hale du document non classifié 2013 Watchlisting Guidance a révélé que les critères d’inclusion participent d’un raisonnement circulaire et illogique », ont conclu les avocats de CAIR.

Le bureau de probation a assigné à Daniel un thérapeute, Michael, et ils se sont parlé presque chaque semaine pendant un an. Certaines semaines, Michael était la seule personne à qui Daniel avait parlé, mais leur réunion d’explication, les amis le plus proches de Daniel ont constaté un changement. « Il devait prendre conscience du fait qu’il irait en prison », dit Mir, et effectivement cette échéance approchait. Ainsi ce ne serait pas une surprise, comme le fut le raid. Il aurait le temps de planifier ses actions. Il fallait arrêter de fumer, adopter un mode de vie plus sain. Il avait une liste de choses à faire : inviter des gens chez lui, voir Mortal Kombat avec Mir, préparer un dîner pour ses amis. Il parlait plus de ses craintes pour l’avenir et des aspects sombres de son passé. Il a pleuré, pour la première fois depuis longtemps, lors d’un dialogue téléphonique avec Michael.

En avril, il reçut un courriel de son agent de préventive qui le convoquait au bureau. Daniel supposait que ce rendez-vous avait trait à une analyse d’urine permettant de vérifier qu’il respectait les conditions de sa liberté provisoire. Il voulait profiter de cette convocation pour demander la permission de rendre visite à un ami à Bristol. En arrivant au bureau au palais de justice, il n’y avait personne pour l’attendre. Il actionna le timbre sur le comptoir. Il l’actionna une seconde fois. Il s’assit pour attendre. Il le fit sonner une troisième fois. Il avait un terrible besoin de pisser, s’étant retenu pour l’analyse d’urine. Dix minutes se sont écoulées avant que trois U.S. marshals franchissent la porte pour lui passer les menottes.

Il se souvient d’avoir entendu les marshals affirmer qu’il n’avait pas respecté sa liberté conditionnelle. La raison qu’ils ont donnée pour son arrestation était sa santé mentale : Michael aurait craint qu’il ne soit un danger pour lui-même. Son infraction était donc d’avoir été considéré comme instable, alors que l’État devait s’assurer qu’il soit vivant pour purger sa peine.

Depuis la prison, cette nuit-là, Daniel put appeler un ami. « Ils ne m’ont pas même laissé dire au revoir à Leila », lui a-t-il dit, désespéré. Il n’avait pas pu voir Mortal Kombat, ni rendre visite à ses amis, ni leur préparer un dîner. Il aurait voulu mettre ses pensées sur papier, mais personne ne put lui dire où s’en procurer.

Il pensait toujours à la même chose, l’histoire tournait en boucle : un moment qui faisait que sa divulgation illégale de documents n’était pas, comme il le dit lui-même, un acte de désobéissance civile mais une tentative désespérée d’auto-préservation. Deux mois après le début de son séjour en Afghanistan, Daniel se souvient avoir transmis un numéro de téléphone à un Predator. Ce numéro de téléphone appartenait à une personne surveillée depuis longtemps à Jalalabad, et ce téléphone se trouvait maintenant dans une berline roulant à toute vitesse vers la frontière. C’était une tentative de fuite. Le drone luttait contre le vent, et le commandant dut prendre une décision. Daniel a vu « une explosion sur l’écran, une lumière blanche brillante, de la poussière. » Lorsque la poussière est retombée, Daniel a pu voir que la voiture était intacte, quoiqu’elle ait subi des dégâts à l’arrière. La voiture continuait d’avancer, et lui continuait d’observer. La voiture s’arrêta dans un village et une femme en sortit. Daniel n’avait pas compris que l’homme au téléphone portable avait été remplacé par quelqu’un d’autre à l’intérieur de la voiture. Elle a ouvert le coffre et fouillé partout, puis en a sorti quelque chose. Ensuite elle a sorti du coffre quelque chose de plus petit. Et ils sont repartis.

Voilà ce que Daniel a vu à travers la lorgnette, et ces images le hantent, ainsi que l’histoire qu’il est seul à connaître. C’est une semaine plus tard que son capitaine, raconte-t-il, lui fournit le fin mot de l’histoire. Une famille avait essayé de partir en voiture. Après que des éclats du missile eurent tué les deux petites filles âgées d’environ 3 et 5 ans, à l’arrière du véhicule, l’homme qui était visé par la frappe « a ordonné à sa femme de se débarrasser des petits corps afin qu’ils puissent s’échapper. »

Cette histoire, dit Daniel, lui a été présentée comme une preuve de l’inhumanité des Talibans, mais ce n’est pas là la leçon que Daniel a retenue. En fait, il doit donner raison à Michael et à son évaluation : Daniel pense chaque jour aux deux petites filles, et à ces moments-là, il songe à se suicider.

C’est ainsi que depuis l’été 2021, Daniel passe ses journées dans une cage en béton de deux mètres de long et de trois mètres de large. Un homme fragile dans une pièce en dur, parmi beaucoup d’autres hommes dans beaucoup d’autres pièces. C’est par souci de sa sécurité que le tribunal veut qu’il soit toujours à portée de vue.

Leurs intérêts sont ses intérêts. Ils veulent le maintenir en vie.

Kerry Howley

EN COMPLEMENT, le site de soutien : http://standwithdanielhale.org

Pour les nombreuses références et sources, voir l’article original

Traduction "un héros de plus s’en va dans une discrétion médiatique complice" par Viktor Dedaj avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles

Traduction révisée par Christophe TRONTIN - avec nos remerciements


AVANT SA CONDAMNATION LES AVOCATS DE HALE ONT SOUMIS UNE LETTRE DE 11 PAGES ÉCRITE À LA MAIN PAR DANIEL DEPUIS SA CELLULE DE PRISON AU JUGE DE DISTRICT AMÉRICAIN LIAM O’GRADY.

La transcription ci-dessous a été légèrement modifiée pour faciliter la lecture, mais aucun contenu n’a été altéré de quelque manière que ce soit.

Lettre manuscrite de Daniel Hale :

Cher Juge O’Grady :

Ce n’est pas un secret que je lutte pour vivre avec une dépression et un trouble de stress post-traumatique. Ces deux troubles découlent de mon enfance dans une communauté rurale de montagne et ont été aggravés par mon exposition au combat pendant mon service militaire. La dépression est une constante. Bien que le stress, en particulier celui causé par la guerre, puisse se manifester à différents moments et de différentes manières. Les signes révélateurs d’une personne souffrant de SSPT et de dépression peuvent souvent être observés de l’extérieur et sont pratiquement universellement reconnaissables. Des lignes dures sur le visage et la mâchoire. Des yeux, autrefois brillants et larges, maintenant profonds et craintifs. Et une perte soudaine et inexplicable d’intérêt pour les choses qui suscitaient autrefois de la joie.

Tels sont les changements notables dans mon comportement marqués par ceux qui m’ont connu avant et après le service militaire. [Que] la période de ma vie passée à servir dans l’armée de l’air américaine m’ait marqué serait un euphémisme. Il est plus exact de dire qu’elle a transformé de manière irréversible mon identité d’Américain. Elle a modifié à jamais le fil de l’histoire de ma vie, tissée dans le tissu de l’histoire de notre nation. Pour mieux comprendre comment cela s’est produit, j’aimerais expliquer mon expérience de déploiement en Afghanistan en 2012 et comment j’en suis venu à déroger à la loi sur l’espionnage.

En ma qualité d’analyste du renseignement sur les transmissions stationné à la base aérienne de Bagram, j’ai été chargé de localiser l’emplacement géographique de combinés cellulaires censés être en possession de soi-disant combattants ennemis. Pour accomplir cette mission, il fallait avoir accès à une chaîne complexe de satellites couvrant le monde entier et capables de maintenir une connexion ininterrompue avec des avions pilotés à distance, communément appelés drones.

Une fois qu’une connexion stable est établie et qu’un téléphone cellulaire ciblé est acquis, un analyste d’imagerie aux États-Unis, en coordination avec un pilote de drone et un opérateur de caméra, prend la relève en utilisant les informations que je fournis pour surveiller tout ce qui se passe dans le champ de vision du drone. Le plus souvent, il s’agissait de documenter la vie quotidienne de militants présumés. Parfois, dans de bonnes conditions, une tentative de capture était effectuée. D’autres fois, la décision de les frapper et de les tuer sur place était prise.

La première fois que j’ai été témoin d’une frappe de drone, c’était quelques jours après mon arrivée en Afghanistan. Tôt ce matin-là, avant l’aube, un groupe d’hommes s’était réuni dans les montagnes de la province de Paktika autour d’un feu de camp, portant des armes et préparant du thé. Le fait qu’ils portaient des armes n’aurait pas été considéré comme inhabituel dans la région où j’ai grandi, et encore moins dans les territoires tribaux pratiquement sans loi qui échappent au contrôle des autorités afghanes, sauf que parmi eux se trouvait un membre présumé des Talibans, dont la présence était révélée par l’appareil cellulaire ciblé dans sa poche. Quant aux autres individus, le fait d’être armés, d’avoir l’âge d’être militaire et d’être assis en présence d’un combattant ennemi présumé était une preuve suffisante pour les placer également sous surveillance. Bien qu’ils se soient rassemblés pacifiquement et qu’ils n’aient représenté aucune menace, le destin des hommes qui buvaient maintenant du thé était pratiquement scellé. Je n’ai pu que regarder, assis sur un écran d’ordinateur, lorsqu’une soudaine et terrifiante rafale de missiles Hellfire s’est abattue, éclaboussant de tripes de cristal de couleur violette le flanc de la montagne du matin.

Depuis cette époque et jusqu’à aujourd’hui, je me souviens de plusieurs scènes de violence graphique de ce genre, réalisées dans le froid confort d’un fauteuil d’ordinateur. Pas un jour ne passe sans que je m’interroge sur la justification de mes actions. Selon les règles d’engagement, il aurait pu être permis que j’aide à tuer ces hommes - dont je ne parlais pas la langue, dont je ne comprenais pas les coutumes et dont je ne pouvais pas identifier les crimes - de la manière macabre dont je les ai regardés mourir. Mais comment pourrait-on considérer comme honorable le fait que j’aie continuellement attendu la prochaine occasion de tuer des personnes sans méfiance, qui, le plus souvent, ne représentent aucun danger pour moi ou pour toute autre personne à ce moment-là ? Comment une personne sensée peut-elle continuer à croire qu’il est nécessaire pour la protection des États-Unis d’Amérique d’être en Afghanistan et de tuer des personnes, dont aucune n’est responsable des attaques du 11 septembre contre notre nation ? Malgré cela, en 2012, une année entière après la disparition d’Oussama Ben Laden au Pakistan, j’ai participé à la mise à mort de jeunes gens malavisés, qui n’étaient que des enfants le jour du 11 septembre.

Néanmoins, en dépit de mes meilleurs instincts, j’ai continué à suivre les ordres et à obéir à mon commandement par peur des conséquence. Pourtant, pendant tout ce temps, je devenais de plus en plus conscient que la guerre avait très peu à voir avec la prévention de l’entrée de la terreur aux États-Unis et beaucoup plus à voir avec la protection des profits des fabricants d’armes et des soi-disant entrepreneurs de la défense. Les preuves de ce fait ont été mises à nu tout autour de moi. Dans la guerre la plus longue et la plus avancée technologiquement de l’histoire américaine, les mercenaires sous contrat étaient 2 fois plus nombreux que les soldats en uniforme et gagnaient jusqu’à 10 fois leur salaire. Pendant ce temps, peu importe qu’il s’agisse, comme je l’ai vu, d’un fermier afghan déchiqueté en deux, mais miraculeusement conscient et essayant inutilement de ramasser ses entrailles sur le sol, ou qu’il s’agisse d’un cercueil recouvert du drapeau américain descendu dans le cimetière national d’Arlington au son d’une salve de 21 coups de canon. Bang, bang, bang. Les deux servent à justifier la circulation facile du capital au prix du sang - le leur et le nôtre. Quand je pense à cela, je suis accablé de chagrin et j’ai honte de moi-même pour les choses que j’ai faites pour le soutenir.

Le jour le plus pénible de ma vie est survenu quelques mois après mon déploiement en Afghanistan, lorsqu’une mission de surveillance de routine a tourné au désastre. Pendant des semaines, nous avions suivi les mouvements d’un réseau de concepteurs de voitures piégées vivant autour de Jalalabad. Les voitures piégées dirigées vers les bases américaines étaient devenues un problème de plus en plus fréquent et meurtrier cet été là, et on a donc déployé beaucoup d’efforts pour les arrêter. C’est par un après-midi venteux et nuageux que l’on a découvert l’un des suspects se dirigeant vers l’est, roulant à grande vitesse. Cela a alarmé mes supérieurs qui pensaient qu’il pouvait tenter de s’échapper en passant la frontière pakistanaise.

Une frappe de drone était notre seule chance et déjà, on commençait à s’aligner pour faire le tir. Mais le drone Predator, moins avancé, a eu du mal à voir à travers les nuages et à lutter contre de forts vents contraires. L’unique charge utile du MQ-1 n’a pas réussi à atteindre sa cible, la manquant de quelques mètres. Le véhicule, endommagé mais toujours en état de rouler, a poursuivi sa route après avoir évité de justesse la destruction. Finalement, une fois l’inquiétude d’un autre missile en approche apaisée, le conducteur s’est arrêté, est sorti de la voiture et s’est palpé comme s’il n’arrivait pas à croire qu’il était encore en vie. Du côté passager est sortie une femme portant une burka reconnaissable entre toutes. Aussi stupéfiant que cela puisse être d’apprendre qu’une femme, peut-être sa femme, était là avec l’homme que nous voulions tuer quelques instants auparavant, je n’ai pas eu la chance de voir ce qui s’est passé ensuite avant que le drone ne détourne sa caméra lorsqu’elle a commencé à sortir frénétiquement quelque chose de l’arrière de la voiture.

Quelques jours ont passé avant que j’apprenne enfin ce qui s’était passé lors d’un briefing de mon commandant. Il y avait effectivement eu la femme du suspect avec lui dans la voiture et à l’arrière se trouvaient leurs deux jeunes filles, âgées de 5 et 3 ans. Le lendemain, un groupe de soldats afghans a été envoyé pour enquêter à l’endroit où la voiture s’était arrêtée.

C’est là qu’ils les ont trouvées placées dans une benne à ordures à proximité. La [fille aînée] a été retrouvée morte suite à des blessures non spécifiées causées par des éclats d’obus qui avaient transpercé son corps. Sa jeune sœur était vivante mais gravement déshydratée.

Lorsque mon commandant nous a transmis cette information, elle a semblé exprimer son dégoût, non pas pour le fait que nous avions tiré par erreur sur un homme et sa famille, tuant l’une de ses filles, mais pour le fait que le poseur de bombes présumé avait ordonné à sa femme de jeter les corps de leurs filles dans la poubelle afin qu’ils puissent s’échapper plus rapidement de l’autre côté de la frontière. Aujourd’hui, chaque fois que je rencontre un individu qui pense que la guerre des drones est justifiée et qu’elle assure la sécurité de l’Amérique, je me souviens de cette époque et je me demande comment je peux continuer à croire que je suis une bonne personne, qui mérite sa vie et le droit de rechercher le bonheur.

Un an plus tard, lors d’une réunion d’adieu pour ceux d’entre nous qui allaient bientôt quitter le service militaire, j’étais assis seul, hypnotisé par la télévision, tandis que les autres se souvenaient ensemble. La télévision diffusait les dernières nouvelles du président [Obama] qui faisait ses premières remarques publiques sur la politique entourant l’utilisation de la technologie des drones dans la guerre. Ses remarques ont été faites pour rassurer le public sur les rapports qui examinent la mort de civils dans les frappes de drones et le ciblage de citoyens américains. Le président a déclaré qu’une norme élevée de "quasi-certitude" devait être respectée afin de s’assurer qu’aucun civil n’était présent.

Mais d’après ce que je savais des cas où des civils auraient pu être présents, les personnes tuées étaient presque toujours désignées comme des ennemis tués au combat, sauf preuve du contraire. Néanmoins, j’ai continué à écouter ses paroles lorsque le président a poursuivi en expliquant comment un drone pouvait être utilisé pour éliminer quelqu’un qui représentait une "menace imminente" pour les États-Unis.

Utilisant l’analogie de l’élimination d’un tireur d’élite, dont la cible est une foule discrète, le président a comparé l’utilisation de drones pour empêcher un terroriste en puissance de mener à bien son plan diabolique. Mais d’après ce que j’ai compris, la foule discrète était constituée de ceux qui vivaient dans la crainte et la terreur de voir des drones dans leur ciel et le tireur d’élite du scénario, c’était moi. J’en suis venu à croire que la politique d’assassinat par drone était utilisée pour tromper le public et lui faire croire qu’elle nous protégeait. Lorsque j’ai finalement quitté l’armée, j’étais encore en train de réfléchir à ce à quoi j’avais participé et j’ai commencé à m’exprimer, convaincu que ma participation au programme de drones avait été une grave erreur.

Je me suis consacré au militantisme anti-guerre et on m’a demandé de participer à une conférence sur la paix à Washington, fin novembre 2013. Des gens s’étaient réunis du monde entier pour partager leurs expériences sur ce que c’est que de vivre à l’ère des drones. Faisal bin Ali Jaber avait fait le voyage depuis le Yémen pour nous raconter ce qui était arrivé à son frère Salim bin Ali Jaber et à leur cousin Waleed. Waleed était policier et Salim était un imam respecté, connu pour ses sermons aux jeunes hommes sur le chemin de la destruction s’ils choisissaient le djihad violent.

Un jour d’août 2012, des membres locaux d’Al-Qaïda traversant le village de Faisal en voiture ont repéré Salim à l’ombre, se sont approchés de lui et lui ont fait signe de venir leur parler. Ne manquant pas une occasion d’évangéliser les jeunes, Salim s’est avancé prudemment avec Waleed à ses côtés. Faisal et d’autres villageois ont commencé à regarder de loin. Plus loin encore, il y avait un drone Reaper toujours présent qui regardait aussi.

Alors que Faisal racontait ce qui s’est passé ensuite, je me suis senti transporté dans le temps, là où je me trouvais ce jour-là, en 2012. Faisal et les habitants de son village ignoraient alors qu’ils n’avaient pas été les seuls à regarder Salim s’approcher du djihadiste dans la voiture. Depuis l’Afghanistan, tous ceux qui étaient de service et moi avons fait une pause dans leur travail pour assister au carnage qui était sur le point de se produire. En appuyant sur un bouton, à des milliers de kilomètres de distance, deux missiles Hellfire ont jailli du ciel, suivis de deux autres. Ne montrant aucun signe de remords, ceux qui m’entouraient et moi-même, avons applaudi et applaudi triomphalement. Devant un auditorium sans voix, Faisal pleurait.

Environ une semaine après la conférence de paix, j’ai reçu une offre d’emploi lucrative si je revenais travailler en tant qu’entrepreneur du gouvernement. Je me sentais mal à l’aise à cette idée. Jusqu’à ce moment-là, mon seul plan après après avoir quitté l’armée avait été de m’inscrire à l’université pour obtenir mon diplôme. Mais l’argent que je pouvais gagner était de loin supérieur à ce que j’avais jamais gagné auparavant ; en fait, c’était plus que ce que gagnaient tous mes amis ayant fait des études supérieures. Après avoir mûrement réfléchi, j’ai donc reporté mes études d’un semestre et j’ai accepté le poste.

Pendant longtemps, j’ai été mal à l’aise avec moi-même à l’idée de profiter de mon passé militaire pour décrocher un emploi de bureau pépère. Pendant cette période, j’étais encore en train de digérer ce que j’avais vécu et je commençais à me demander si je ne contribuais pas à nouveau au problème de l’argent et de la guerre en acceptant de revenir comme entrepreneur de la défense. Pire encore, j’appréhendais de plus en plus le fait que tout le monde autour de moi participait également à une illusion et à un déni collectifs utilisés pour justifier nos salaires exorbitants, pour un travail comparativement facile. Ce que je craignais le plus à l’époque, c’était la tentation de ne pas la remettre en question.

Puis, un jour, après le travail, je suis resté dans les parages pour rencontrer deux collègues dont j’admirais le travail talentueux. Ils m’ont fait sentir que j’étais le bienvenu, et j’étais heureuse d’avoir gagné leur estime. Mais ensuite, à mon grand désarroi, notre toute nouvelle amitié a pris une tournure sombre inattendue. Ils ont décidé que nous devrions prendre un moment pour regarder ensemble des images d’archives de frappes de drones passées. De telles réunions autour d’un ordinateur pour regarder du "porno de guerre" n’étaient pas nouvelles pour moi. J’y participais tout le temps lorsque j’étais déployé en Afghanistan. Mais ce jour-là, des années après les faits, mes nouveaux amis ont baissé les yeux et ricané, comme l’avaient fait mes anciens camarades, à la vue d’hommes sans visage dans les derniers instants de leur vie. Je suis restée assis à regarder aussi, je n’ai rien dit et j’ai senti mon cœur se briser en morceaux.

Votre Honneur, le plus grand truisme que j’ai compris sur la nature de la guerre est que toute guerre est un traumatisme. Je crois que toute personne appelée ou contrainte à participer à une guerre contre son prochain est promise à être exposée à une forme de traumatisme. Ainsi, aucun soldat n’a la chance de revenir indemne de la guerre. L’essentiel du TSPT est qu’il s’agit d’une énigme morale qui inflige des blessures invisibles à la psyché d’une personne à qui l’on fait porter le poids de l’expérience après avoir survécu à un événement traumatique. La façon dont le SSPT se manifeste dépend des circonstances de l’événement. Alors comment l’opérateur de drone doit-il traiter cette situation ? Le tirailleur victorieux, sans remords, garde au moins son honneur intact en ayant affronté son ennemi sur le champ de bataille. Le pilote de chasse déterminé s’offre le luxe de ne pas avoir à assister aux terribles conséquences de l’accident. Mais qu’aurais-je pu faire pour supporter les cruautés indéniables que j’ai perpétrées ?

Ma conscience qui avait été tenue à distance, a refait surface. Au début, j’ai essayé de l’ignorer. Souhaitant plutôt que quelqu’un, mieux placé que moi, vienne me prendre cette part du gâteau. Mais c’était aussi de la folie. Devant décider d’agir, je ne pouvais que faire ce que je devais faire devant Dieu et ma propre conscience. La réponse m’est venue : pour arrêter le cycle de la violence, je devais sacrifier ma propre vie et non celle d’une autre personne.

J’ai donc contacté un journaliste d’investigation, avec qui j’avais déjà établi des relations, et je lui ai dit que j’avais quelque chose que le peuple américain devait savoir.

Respectueusement,

Daniel Hale

https://thedissenter.org/daniel-hale-letter-to-court-before-sentencing/amp/
https://sparrowmedia.net/2021/07/former-air-force-intelligence-analyst...

Traduction : https://www.facebook.com/groups/936378890035646

»» http://nymag.com/intelligencer/article/daniel-hale-drone-wars.html
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Israël/Palestine - Du refus d’être complice à l’engagement
Pierre STAMBUL
Entre Mer Méditerranée et Jourdain, Palestiniens et Israéliens sont en nombre sensiblement égal. Mais les Israéliens possèdent tout : les richesses, la terre, l’eau, les droits politiques. La Palestine est volontairement étranglée et sa société est détruite. L’inégalité est flagrante et institutionnelle. Il faut dire les mots pour décrire ce qui est à l’oeuvre : occupation, colonisation, apartheid, crimes de guerre et crimes contre l’humanité, racisme. La majorité des Israéliens espèrent qu’à terme, les (...)
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(...) quelqu’un a dit il y a vingt ans : "vous pouvez croire tout ce qu’on raconte sur cet homme, sauf qu’il est mort".

(...) Ce lieu sera pour toujours un témoignage de lutte, un appel à l’humanisme. Il sera aussi un hommage permanent à une génération qui voulait transformer le monde, et à l’esprit rebelle et inventif d’un artiste qui contribua à forger cette génération et en même temps en est un de ses symboles les plus authentiques.

Les années 60 étaient bien plus qu’une période dans un siècle qui touche à sa fin. Avant toute chose, elles ont été une attitude face à la vie qui a profondément influencé la culture, la société et la politique, et a qui a traversé toutes les frontières. Un élan novateur s’est levé, victorieux, pour submerger toute la décennie, mais il était né bien avant cette époque et ne s’est pas arrêté depuis. (...)

Avec une animosité obstinée, certains dénigrent encore cette époque - ceux qui savent que pour tuer l’histoire, il faut d’abord lui arracher le moment le plus lumineux et le plus prometteur. C’est ainsi que sont les choses, et c’est ainsi qu’elles ont toujours été : pour ou contre les années 60.

Ricardo Alarcon,
président de l’Assemblée Nationale de Cuba
Allocution lors de l’inauguration de la statue de John Lennon à la Havane, Décembre 2000

Hier, j’ai surpris France Télécom semant des graines de suicide.
Didier Lombard, ex-PDG de FT, a été mis en examen pour harcèlement moral dans l’enquête sur la vague de suicides dans son entreprise. C’est le moment de republier sur le sujet un article du Grand Soir datant de 2009 et toujours d’actualité. Les suicides à France Télécom ne sont pas une mode qui déferle, mais une éclosion de graines empoisonnées, semées depuis des décennies. Dans les années 80/90, j’étais ergonome dans une grande direction de France Télécom délocalisée de Paris à Blagnac, près de Toulouse. (...)
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Une allégation de viol inventée et des preuves fabriquées en Suède, la pression du Royaume-Uni pour ne pas abandonner l’affaire, un juge partial, la détention dans une prison de sécurité maximale, la torture psychologique - et bientôt l’extradition vers les États-Unis, où il pourrait être condamné à 175 ans de prison pour avoir dénoncé des crimes de guerre. Pour la première fois, le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, Nils Melzer, parle en détail des conclusions explosives de son enquête sur (...)
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Analyse de la culture du mensonge et de la manipulation "à la Marie-Anne Boutoleau/Ornella Guyet" sur un site alter.
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