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Bénis soient les traîtres

Daniel Hale a révélé le meurtre généralisé et aveugle de non-combattants dans le cadre de la guerre mondiale menée par les drones états-uniens. Pour son héroïsme, il risque dix ans de prison tandis que ceux qui supervisent ces crimes de guerre poursuivent leur folie meurtrière.

Daniel Hale, un analyste du renseignement de l’armée de l’air en service actif, s’est tenu dans le campement Occupy du parc Zuccotti en octobre 2011 dans son uniforme militaire. Il a brandi une pancarte sur laquelle on pouvait lire ’Libérez Bradley Manning’, qui n’avait pas encore annoncé sa transition. C’était un acte de conscience singulier que peu de personnes en uniforme ont eu le courage de reproduire. Il avait pris une semaine de congé de son travail pour rejoindre les manifestants dans le parc. Il était présent à 6 heures du matin le 14 octobre lorsque le maire Michael Bloomberg a fait une première tentative pour faire évacuer le parc. Il était solidaire des milliers de manifestants, dont de nombreux travailleurs syndiqués des transports en commun, des enseignants, des Teamsters et des travailleurs des communications, qui formaient un cercle autour du parc. Il a vu la police reculer devant les acclamations de la foule. Mais cet acte de défi et de courage moral n’était que le début. 

À l’époque, Hale était stationné à Fort Bragg. Quelques mois plus tard, il a été déployé sur la base aérienne de Bagram, en Afghanistan. Il apprendra plus tard qu’alors qu’il se trouvait au parc Zuccotti, Barack Obama a ordonné une attaque de drone à quelque 20000 km de là, au Yémen, qui a tué Abdulrahman Anwar al-Awlaki, le fils de 16 ans du religieux radical et citoyen américain Anwar al-Awlaki, qui avait été abattu par un drone deux semaines auparavant. L’administration Obama a affirmé qu’elle visait le chef d’Al-Qaïda dans la péninsule arabique, Ibrahim al-Banna, dont elle pensait, à tort, qu’il se trouvait avec le garçon et ses cousins, qui ont tous été tués dans l’attaque. Ce massacre d’innocents a été rendu public, mais il y a eu des milliers d’autres attaques de ce type qui ont tué sans raison des non-combattants et dont seuls Hale et les personnes ayant des autorisations de haute sécurité étaient au courant.

À partir de 2013, Hale, alors qu’il travaillait comme entrepreneur privé, a divulgué quelque 17 documents classifiés sur le programme de drones au journaliste d’investigation Jeremy Scahill, bien que ce dernier ne soit pas nommé dans les documents judiciaires. Les documents divulgués, publiés par The Intercept le 15 octobre 2015, ont révélé qu’entre janvier 2012 et février 2013, les frappes aériennes des opérations spéciales américaines ont tué plus de 200 personnes. Parmi celles-ci, seules 35 étaient les cibles visées. Pendant une période de cinq mois de l’opération, selon les documents, près de 90 % des personnes tuées par les frappes aériennes n’étaient pas les cibles visées. Les morts civils, généralement des passants innocents, étaient systématiquement classés comme ’ennemis tués au combat’.

Le 31 mars, Hale a été contraint par le ministère de la Justice de Biden à plaider coupable d’un chef d’accusation pour violation de l’Espionage Act, une loi adoptée en 1917 et conçue pour poursuivre ceux qui transmettent des secrets d’État à une puissance hostile, et non ceux qui exposent au public les mensonges et les crimes du gouvernement. Dans le cadre de l’accord sur le plaidoyer, Hale a reconnu avoir ’conservé et transmis des informations relatives à la sécurité nationale’ et avoir divulgué 11 documents classifiés à un journaliste. Il est détenu au centre de détention pour adultes d’Alexandria, en Virginie, et attend le prononcé de sa peine le 27 juillet. S’il avait refusé l’accord de plaidoyer, il risquait de passer 50 ans en prison. Il risque maintenant jusqu’à dix ans de prison.

Tragiquement, son cas n’a pas suscité l’attention qu’il aurait dû. Lorsque Nick Mottern, de la campagne ’Interdire les drones tueurs’, a accompagné des artistes projetant l’image de Hale sur les murs du centre-ville de Washington, il a constaté que tous ses interlocuteurs ignoraient le sort de Hale. D’éminentes organisations de défense des droits de l’homme, telles que l’ACLU et PEN, sont restées largement silencieuses et indifférentes. Le groupe Stand with Daniel Hale a demandé au président Biden de gracier Hale et de mettre fin à l’utilisation de la loi sur l’espionnage pour punir les lanceurs d’alerte, a organisé une campagne de lettres au juge pour demander la clémence et recueille des dons pour le fonds juridique de Hale. 

’Daniel Hale est l’un des lanceurs d’alerte les plus importants’, a déclaré Edward Snowden lors d’une table ronde organisée le 1er mai à l’université du Massachusetts-Amherst à l’occasion du cinquantième anniversaire de la publication des Pentagon Papers. ’Il a tout sacrifié - une personne incroyablement courageuse - pour nous dire que la guerre des drones, qui, vous savez, se produit de manière si évidente pour tout le monde, mais que le gouvernement continuait à nier officiellement de tant de façons, est là, elle se produit, et que 90 % des victimes sur une période de cinq mois étaient des innocents ou des passants ou n’étaient pas la cible de la frappe du drone. Nous ne pouvions pas établir cela, nous ne pouvions pas le prouver, sans la voix de Daniel Hale.’

Quelques semaines plus tard, lors de l’émission Democracy Now ! avec l’animatrice Amy Goodman, Daniel Ellsberg a convenu que Hale ’a agi de manière très admirable, d’une manière que très, très peu de fonctionnaires ont jamais fait en faisant preuve du courage moral nécessaire pour se dissocier des activités criminelles et des activités illicites de leur propre administration, et y résister, tout en les exposant’.

Hale ayant été inculpé en vertu de la loi sur l’espionnage, il n’a pas été autorisé, comme d’autres lanceurs d’alerte, dont Chelsea Manning, Jeffrey Sterling, Thomas Drake et John Kiriakou, qui a passé deux ans et demi en prison pour avoir révélé la torture systématique de suspects détenus dans des sites noirs, à expliquer ses motivations et ses intentions à la cour. Il n’a pas non plus été autorisé à fournir à la cour des preuves que le programme d’assassinat par drone a tué et blessé un grand nombre de non-combattants, y compris des enfants. Il a été jugé dans le district Est de la Virginie, dont une grande partie de la population a des liens avec l’armée ou la communauté du renseignement, et dont les tribunaux sont devenus célèbres pour leurs condamnations sévères au nom du gouvernement. 

Le rapport ’Living Under Drones’, publié en 2012 par la Stanford International Human Rights and Conflict Resolution Clinic, fournit une documentation détaillée de l’impact humain des frappes de drones américaines au Pakistan. Les drones tirent souvent des missiles Hellfire qui sont équipés d’une tête explosive d’environ 20 livres. Une variante du Hellfire, connue sous le nom de R9X, transporte ’une tête inerte’, selon le New York Times. Au lieu d’exploser, elle projette environ 30 kg de métal dans un véhicule. L’autre caractéristique du missile comprend ’six longues lames logées à l’intérieur’, qui se déploient ’quelques secondes avant l’impact pour trancher tout ce qui se trouve sur son chemin’ - y compris, bien sûr, les gens.

Le nombre de civils tués par les frappes de drones américaines se compte en milliers, voire en dizaines de milliers. Le Bureau of Investigative Journalism (TBIJ), une organisation de journalistes indépendants, a par exemple rapporté que de juin 2004 à la mi-septembre 2012, les frappes de drones ont tué entre 2 562 et 3 325 personnes au Pakistan, dont 474 à 881 étaient des civils, y compris 176 enfants.

Les drones planent 24 heures sur 24 dans le ciel de l’Irak, de la Somalie, du Yémen, de l’Afghanistan, du Pakistan et de la Syrie. Sans prévenir, les drones, opérés à distance depuis des bases de l’armée de l’air aussi éloignées que le Nevada, tirent des munitions qui détruisent des maisons et des véhicules ou tuent des groupes entiers de personnes dans des champs ou lors de rassemblements communautaires, de funérailles ou de mariages. Les fuites relatives aux plaisanteries des jeunes opérateurs de drones, qui traitent souvent les meurtres comme s’il s’agissait d’un jeu vidéo amélioré, révèlent la brutalité de ces meurtres aveugles. Les opérateurs de drones qualifient les enfants victimes d’attaques de drones de ’terroristes miniatures’.

’Vous avez déjà marché sur des fourmis sans y penser ?’ a déclaré au Guardian Michael Hass, un ancien opérateur de drone de l’armée de l’air. ’C’est ce qu’on vous fait penser des cibles - comme de simples taches noires sur un écran. Vous commencez à faire ces gymnastiques psychologiques pour faciliter ce que vous avez à faire - ils l’ont mérité, ils ont choisi leur camp. Vous devez taire une partie de votre conscience pour continuer à faire votre travail chaque jour - et ignorer ces voix qui vous disent que ce n’est pas bien.’

L’omniprésence des drones dans le ciel, et la conscience qu’à tout moment ces drones peuvent vous tuer, vous et votre famille, induit des sentiments d’impuissance, d’anxiété et de peur constante.

’Leur présence terrorise les hommes, les femmes et les enfants, donnant lieu à une anxiété et à un traumatisme psychologique parmi les communautés civiles’, peut-on lire dans le rapport de 2012 sur la guerre des drones au Pakistan. ’Ceux qui vivent sous les drones doivent faire face à l’inquiétude constante qu’une frappe mortelle puisse être déclenchée à tout moment et à la conscience qu’ils sont impuissants à se protéger. Ces craintes ont affecté les comportements. La pratique américaine consistant à frapper plusieurs fois la même zone, et les preuves que ces frappes ont tué des secouristes, font que les membres de la communauté et les travailleurs humanitaires ont peur ou ne veulent pas aider les victimes blessées. Certains membres de la communauté évitent de se réunir en groupe, y compris les organes importants de résolution des conflits tribaux, de peur d’attirer l’attention des opérateurs de drones. Certains parents choisissent de garder leurs enfants à la maison, et des enfants blessés ou traumatisés par les frappes ont abandonné l’école.’

Les drones sont devenus des machines à tuer qui distribuent la mort au hasard et handicapent généralement de façon permanente les victimes qui survivent.

’Les missiles tirés par les drones tuent ou blessent de plusieurs façons, notamment par incinération, par des éclats d’obus et par la libération de puissantes ondes de choc capables d’écraser les organes internes’, peut-on lire dans le rapport. ’Ceux qui survivent aux frappes de drones souffrent souvent de brûlures défigurantes et de blessures par éclats, d’amputations de membres, ainsi que de pertes de vision et d’audition.’

M. Hale, aujourd’hui âgé de 33 ans, a toujours eu des doutes sur la guerre, mais il s’est engagé en 2009 lorsque M. Obama a pris ses fonctions. Il espérait que ce dernier mettrait fin aux excès et à la criminalité de l’administration Bush. Au lieu de cela, Obama, quelques semaines après son entrée en fonction, a approuvé le déploiement de 17 000 soldats supplémentaires en Afghanistan où 36 000 soldats américains et 32 000 soldats de l’OTAN étaient déjà déployés. À la fin de l’année, Obama a encore augmenté de 30 000 le nombre de troupes en Afghanistan, doublant ainsi le nombre de victimes américaines. Il a également développé massivement le programme de drones, faisant passer le nombre de frappes de quelques dizaines l’année précédant sa prise de fonction à 117 au cours de sa deuxième année de mandat. Lorsqu’il a quitté ses fonctions, Obama avait présidé au meurtre d’au moins 3 000 suspects et de centaines de civils. Il a autorisé ce que l’on appelle les ’frappes spéciales’, qui permettent à la CIA de lancer des attaques de drones contre des groupes de militants présumés sans obtenir d’identification positive. Il a étendu la portée de la guerre des drones en établissant des bases de drones en Arabie saoudite, en Turquie et dans d’autres pays afin d’étendre les attaques à la Syrie et au Yémen. L’administration Obama a également inculpé huit lanceurs d’alerte en vertu de la loi sur l’espionnage, soit plus que toutes les administrations précédentes réunies. L’administration Biden, comme les administrations Trump et Obama, continue de lancer des frappes de drones généralisées à l’échelle mondiale.

’Avant de m’engager dans l’armée, j’étais bien conscient que ce dans quoi j’allais entrer était quelque chose que je réprouvais, avec lequel je n’étais pas d’accord’, déclare Hale dans le film documentaire de 2016 ’National Bird’. ’Je me suis quand même engagé par désespoir. J’étais sans abri. J’étais désespéré. Je n’avais nulle part où aller. J’étais au bout du rouleau. L’Air Force était prête à m’accepter.’

Dans le film, Hale fait allusion à une enfance difficile et chaotique.
’C’est assez drôle, un peu ironique aussi, parce que jusqu’à présent, je suis le seul homme adulte de toute ma famille, proche et éloignée, qui n’était pas allé en prison jusqu’à présent’, dit-il. ’Je viens d’une longue lignée de prisonniers, en fait, une très fière tradition de ratés qui se soûlent et prennent le volant, ou vendent de l’herbe, ou portent une arme quand ils ne devraient pas en porter, au mauvais endroit au mauvais moment, pas mal de ça d’où je viens.’

Il a été affecté au commandement des opérations spéciales conjointes à Fort Bragg et a suivi une formation linguistique et de renseignement. Il a travaillé pour l’Agence nationale de sécurité (NSA) en Afghanistan en tant qu’analyste du renseignement identifiant des cibles pour le programme de drones. Son habilitation de sécurité ’Top Secret/Sensitive Compartmented Information’ (TS/SCI) lui a permis d’accéder à la vaste guerre mondiale des drones, cachée au public, et aux énormes ’kill lists’ secrètes d’Obama.

’Il existe plusieurs listes de ce type, utilisées pour cibler des individus pour différentes raisons’, a-t-il écrit dans un essai intitulé ’Why I Leaked the Watchlist Documents’, publié à l’origine de manière anonyme dans le livre ’The Assassination Complex : Inside the Government’s Secret Drone Warfare Program’ de Jeremy Scahill et de l’équipe de The Intercept. Le livre est basé sur les documents divulgués fournis par Hale qui ont d’abord été publiés dans une série de huit articles intitulée ’The Drone Papers’ publiée par The Intercept.

’Certaines listes sont scrupuleusement maintenues, d’autres impliquent plusieurs agences de renseignement et de police locale’, écrit Hale dans son essai. ’Il existe des listes utilisées pour tuer ou capturer des ’cibles de grande valeur’ supposées, et d’autres destinées à menacer, contraindre ou simplement surveiller l’activité d’une personne. Cependant, toutes les listes, qu’elles soient destinées à tuer ou à réduire au silence, proviennent du Terrorist Identities Datamart Environment, et elles sont tenues à jour par le Terrorist Screening Center du National Counterterrorism Center. L’existence de TIDE n’est pas classifiée, mais les détails de son fonctionnement au sein de notre gouvernement sont totalement inconnus du public. En août 2013, la base de données a franchi le cap du million d’entrées. Aujourd’hui, elle compte des milliers d’entrées de plus et connaît une croissance plus rapide que jamais depuis sa création en 2003.’ 

Le Terrorist Screening Center, écrit-il, ne stocke pas seulement les noms, les dates de naissance et d’autres informations d’identification des cibles potentielles, mais aussi ’les dossiers médicaux, les relevés de notes et les données des passeports ; les numéros de plaque d’immatriculation, les adresses électroniques et les numéros de téléphone portable (ainsi que les numéros d’identité internationale d’abonné mobile et d’identité internationale d’équipement de station mobile du téléphone) ; vos numéros de compte bancaire et vos achats ; et d’autres informations sensibles, y compris l’ADN et les photographies capables de vous identifier à l’aide d’un logiciel de reconnaissance faciale.’

Les données sur les suspects sont collectées et mises en commun par les agences de renseignement connues sous le nom de Five Eyes, l’alliance de renseignement formée par l’Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande, le Royaume-Uni et les États-Unis. Chaque personne figurant sur la liste se voit attribuer un numéro personnel TIDE, ou TPN.

’D’Oussama ben Laden (TPN 1063599) à Abdulrahman Awlaki (TPN 26350617), le fils américain d’Anwar al Awlaki, toute personne ayant été la cible d’une opération secrète s’est d’abord vu attribuer un TPN et a été étroitement surveillée par toutes les agences qui suivent ce TPN, bien avant d’être finalement inscrite sur une liste distincte et condamnée à mort de manière extrajudiciaire’, écrit Hale.

Il a également exposé que les plus d’un million d’entrées dans la base de données TIDE comprennent environ 21 000 citoyens américains.

Après avoir quitté l’Air Force en juillet 2013, Hale a été employé par l’entrepreneur privé de défense National Geospatial-Intelligence Agency en tant qu’analyste en géographie politique entre décembre 2013 et août 2014. Il a dit avoir pris ce travail, qui était rémunéré 80 000 dollars par an, parce qu’il avait désespérément besoin d’argent et qu’il espérait aller à l’université. Mais à ce moment-là, il était dégoûté par le programme de drones et déterminé à faire prendre conscience au public de ses abus et de son caractère illégal. Inspiré par le militant pacifiste David Dellinger, il avait décidé, comme lui, de devenir un traître à ’l’American way of death’. Il allait faire amende honorable pour sa complicité dans les tueries, même au prix de sa propre sécurité et de sa liberté.

’Lorsque le président se lève devant la nation et dit qu’ils font tout ce qu’ils peuvent pour s’assurer qu’il n’y aura presque pas de civils tués, il le dit parce qu’il ne peut pas dire le contraire, parce que chaque fois qu’une action est entreprise pour abattre une cible, il y a une certaine part de hasard dans cette action’, dit Hale dans le film. ’Ce n’est qu’après le largage de n’importe quel type de munitions que l’on connaît l’ampleur des dégâts réels. Souvent, la communauté du renseignement dépend, le commandement conjoint des opérations spéciales, la CIA incluse, dépend des renseignements qui viennent après coup et qui confirment que la personne qu’ils visaient a été tuée dans la frappe, ou qu’elle n’a pas été tuée dans cette frappe.’

’Les personnes qui défendent les drones, et la façon dont ils sont utilisés, disent qu’ils protègent les vies américaines en ne les mettant pas en danger’, dit-il. ’Ce qu’ils font vraiment, c’est enhardir les décideurs, parce qu’il n’y a pas de menace, il n’y a pas de conséquence immédiate. Ils peuvent faire cette frappe. Ils peuvent potentiellement tuer cette personne qu’ils veulent absolument éliminer en raison du danger potentiel qu’elle représente pour les États-Unis. Mais s’il se trouve qu’ils ne tuent pas cette personne, ou que d’autres personnes impliquées dans l’attaque sont également tuées, il n’y a aucune conséquence. Lorsqu’il s’agit de cibles de grande valeur, chaque mission ne vise qu’une seule personne à la fois, mais toute autre personne tuée lors de cette frappe est considérée comme un associé de la personne ciblée. Ainsi, tant qu’ils peuvent raisonnablement identifier que toutes les personnes dans le champ de vision de la caméra sont des hommes d’âge militaire, c’est-à-dire toute personne dont on pense qu’elle a 16 ans ou plus, elles sont une cible légitime selon les règles d’engagement. Si cette frappe se produit et les tue tous, ils disent simplement qu’ils les ont tous eus.’

Les drones, prévient-il, rendent le meurtre à distance ’trop facile, trop commode.’

Le 8 août 2014, le FBI a fait une descente à son domicile. C’était son dernier jour de travail pour l’entrepreneur privé. Un agent du FBI et une femme lui ont mis leur badge sous le nez lorsqu’il a ouvert la porte.

’Immédiatement derrière eux sont arrivés environ 20 agents, pratiquement tous avec des pistolets dégainés, certains portant des gilets pare-balles’, dit-il dans le film. ’À ce moment-là, j’étais extrêmement effrayé. Je ne comprenais pas ce qui se passait. Au total, il devait y avoir au moins 30 à 50 agents qui entraient et sortaient de la maison à différents moments de la soirée, prenant des photos de chaque pièce et de tout, cherchant différentes choses.’

Lorsqu’ils ont terminé, sa maison avait été vidée de tous ses appareils électroniques, y compris son téléphone portable.

Pendant les cinq années suivantes, il a vécu dans l’incertitude de son sort. Il a lutté pour trouver du travail, a combattu la dépression et a envisagé le suicide. La loi lui interdisait de parler de sa situation critique, même avec un thérapeute. En 2019, l’administration Trump a inculpé Hale pour quatre chefs d’accusation de violation de la Loi sur l’espionnage et un chef d’accusation de vol de biens gouvernementaux.

Les milliers d’assassinats ciblés effectués par des drones, souvent dans des pays qui ne sont pas en guerre avec les États-Unis, constituent une violation flagrante du droit international. Ils montent des pans entiers de la planète contre nous. Les listes secrètes d’exécutions, qui incluent des citoyens américains, ont transformé le pouvoir exécutif en juge, jury et bourreau, supprimant le droit à une procédure régulière. Ceux qui commettent ces meurtres n’ont pas de comptes à rendre. Hale a sacrifié sa carrière et sa liberté pour nous avertir. Il n’est pas un danger pour le pays. Le danger auquel nous sommes confrontés provient du programme secret des drones, qui échappe à tout contrôle et qui est en passe d’être adopté par les forces de l’ordre nationales. Si l’on n’y prend garde, la terreur que nous imposons aux autres, nous l’imposerons bientôt à nous-mêmes.

Chris Hedges

Traduction "loin des yeux, loin des tribunaux" par Viktor Dedaj avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles

»» https://scheerpost.com/2021/07/12/hedges-bless-the-traitors/
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