Commentaires sur « La faim du monde » de Hugues Stoeckel.

La lecture indispensable du premier ouvrage de Hugues Stoeckel (1), d’une exceptionnelle densité informative (479 renvois de bas de page invitant à enrichir notre savoir), nécessite une concentration maximale et la mobilisation de l’ensemble des dendrites qui garnissent nos neurones. On en sort d’autant moins indemne que le professeur de mathématiques retraité réfute résolument le « devoir d’optimisme », cette « forme d’aveuglement » que beaucoup « d’écologistes » ( ?!?) instillent, par commodité, inconscience ou négation des réalités, dans leurs écrits.

Son propos se rapproche indéniablement davantage des thèses de Bertrand Méheust (2), de Jean-Christophe Mathias (3) ou de Jean Gadrey (4) que des « Apartés » de Cécile Duflot (5). Le Cassandre éclairé jette à bas « la certitude qu’une conduite collective vertueuse suffirait à nous assurer un bel avenir ». Pour lui, les fariboles de la « croissance verte » et du « développement durable » (6), des « solutions dérisoires » uniquement destinées à « proroger la survie du système », « ne ralentissent même pas d’un iota la course vers l’abîme ».

Briser le quasi-tabou de la surpopulation

Du 1er janvier 2001 au 31 décembre 2005, le monde a utilisé un volume d’énergie (80% par les pays industrialisés, « riches », qui ne représentent que 20% de la population !) supérieur à celui des cinq premières décennies du siècle précédent. Alors que les réserves en brent (35% de la consommation globale), gaz, charbon, uranium… s’épuisent, les économistes orthodoxes, « nouveaux chiens de garde » (7) omniprésents sur les plateaux des télévisions et des stations radiophoniques, professent invariablement la fuite en avant, considérant que la disponibilité en capitaux, la « loi du marché », fixe les bornes du faisable. Or, selon l’auteur, les « grands » projets ne devraient plus être évalués en euros, dollars, yuans, mais quantifiés en millions de tonnes équivalent pétrole ou en « empreinte carbone ».

Contrairement aux leaders de son parti, qui n’affichent qu’une hostilité de façade au nucléaire (8), le membre, si atypique des Verts, dépeint « l’impasse » de cette filière aussi onéreuse que dangereuse, en particulier « le pari fou sur la stabilité de notre société » qui sous-tend la gestion des déchets hautement radioactifs « imposée à nos descendants sur des centaines de générations ». Il fustige en outre « l’aberration » du chauffage électrique, que nos gouvernants et EDF ont surtout favorisé à partir de juin 1981, afin d’écouler les surplus de courant et de légitimer le recours massif à la fission, au moment où un contexte moins plombé qu’aujourd’hui eût facilité l’engagement vers la si cruciale transition énergétique. Je rappelle qu’à l’époque, celui-ci figurait en toutes lettres dans les fameuses « 110 propositions pour la France » et que la part de l’électricité d’origine atomique n’était que de 38% ! Comme moi, Hugues Stoeckel s’insurge des sommes colossales englouties dans la construction des réacteurs. Si elles avaient été dévolues à celle des éoliennes et aux économies d’énergie, nos approvisionnements reposeraient largement sur des ressources régénératives et le casse-tête quant à l’enfouissement des résidus hyper-contaminés ne se poserait pas. Pourtant, il égratigne les thuriféraires du tout-solaire. Selon ses calculs, il faudrait plus de 300 000 kilomètres carrés de capteurs exposés de façon continue, sans nuages, et perpendiculairement aux rayons dardés par l’astre du jour pour couvrir la totalité des besoins mondiaux actuels, dans l’hypothèse la plus sombre où les mieux lotis, donc nous y compris, ne réfréneraient pas leurs irresponsables habitudes de gaspillages. Le coût pour « fabriquer » et transporter les quinze mille gigawatts de puissance, malaisément stockables en l’état, à répartir surtout dans les zones désertiques : quelque 600 000 milliards d’euros. Le délire absolu ! Pour le conseiller municipal de La Petite Pierre (9), les vecteurs renouvelables ne combleraient jamais la déplétion pas si lointaine des éléments fossiles pour satisfaire les exigences surdimensionnées de neuf milliards de terrien(-ne)s à l’horizon 2050. De quoi susciter débats et controverses ! Le sexagénaire pourfend l’idée, que j’ai moi-même reprise telle quelle de Jean Ziegler (10), que l’abondance des denrées vivrières permettrait de nourrir douze milliards d’individus. Et quand bien même, ne conviendrait-il pas de juguler l’explosion démographique et de bannir toute « discrimination positive » envers les familles nombreuses, lesquelles jouissent en France de privilèges fiscaux pour le moins discutables ? En sus des facteurs généralement listés par les « lanceurs d’alerte » anti-productivistes pour expliquer l’accroissement de la famine dans le Tiers-Monde, l’érudit à contre-courant n’hésite pas à briser un quasi-tabou en y ajoutant la surpopulation. Car, sans les matières du sous-sol, en instance de raréfaction, seul un milliard d’êtres humains se sustenteraient à satiété. A méditer ! Rien qu’en songeant à cet aspect des dégâts provoqués par le bien mal nommé Homo sapiens, l’urgence d’amorcer une reconversion mue par une logique radicalement différente vouant les schèmes de l’ultra-libéralisme aux poubelles de l’Histoire, s’impose à tout bipède sensé, non ? « L’effet rebond d’une dénatalité » évacuerait non seulement le spectre d’une pénurie, mais offrirait également à l’humanité un gain substantiel en espace ainsi qu’un surcroît d’agrément. L’Alsacien juge sidérant que l’unique espèce dotée d’un néocortex très développé s’avère incapable de discerner une limite à sa propre prolifération.

« Gabegies faramineuses »

A l’instar du sociologue helvétique précité, il s’indigne des onze mille milliards de dollars que les États occidentaux ont réuni sur trois ans pour sauver du naufrage les parasites financiers après la faillite, le 15 septembre 2008, de la banque Lehman Brothers, officiellement liée à la « crise des subprimes » (11), alors qu’ils mégotent ignominieusement pour débloquer les trente milliards qui suffiraient pour éradiquer la faim, du moins à court terme. Il s’agit donc bien d’un « assassinat » (12) qui frappe trente-six millions de personnes par an (toutes les cinq secondes, un enfant de moins de dix ans). Que l’accès à la nourriture constitue une prérogative inaliénable, gravée dans le marbre de la Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée le 10 décembre 1948 à Paris par l’Assemblée générale des Nations Unies, les spéculateurs et spoliateurs, ivres de cupidité, ainsi que les dirigeants politiques qui cautionnent leurs criminelles exactions s’en fichent comme d’une guigne ! La moitié des victuailles produites ne rassasie qu’un milliard et demi d’individus, soit 22% de la population. 40% des céréales cultivées et 75% des surfaces arables sont dédiées aux animaux d’élevage qui finiront en tranches ou boulettes dans les assiettes des carnivores de l’hémisphère nord.

Par ailleurs, qui avait noté que l’O.N.U avait déclaré 2011 « Année internationale de la forêt » et que cette dernière est « célébrée » chaque 21 mars (13) depuis 1972, sous l’égide de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture, domiciliée à Rome ? Tous les ans, environ treize millions d’hectares disparaissent : coupes illégales par des trafiquants, saccages imputables à l’extraction de l’or et du cuivre, à la « libération » de pâturages pour le bétail, à la construction de routes, de barrages, d’oléoducs, ainsi qu’à la plantation de soja (Argentine Brésil, Paraguay…) ou de palmiers pour l’huile (Indonésie, Malaisie, Thaïlande…). La déforestation, qui pèse pour environ 17% dans les émissions de gaz à effet de serre, impacte très négativement le ruissellement des eaux, accentue l’érosion des sols, affecte la fertilité de ceux-ci et porte une atteinte gravissime à la biodiversité. Parmi les solutions susceptibles d’enrayer les dommages mentionnés en ces lignes et ces « gabegies faramineuses », le retour à la polyculture avec, à la clé, le recyclage des déchets organiques, et « la requalification de la production agricole en service prioritaire excluant toute accumulation de profits », en boostant l’essor du bio. La réorientation d’un secteur si déterminant pour notre survie gripperait le business et les stratégies expansionnistes des grands trusts, lesquels ont inondé le marché de 85 000 substances chimiques de synthèse. Autre signe de coupable égarement : les agrocarburants. Ainsi, pour un 4 x 4 roulant à l’éthanol, un plein de 80 litres engloutit 220 kilos de maïs, l’équivalent de la ration pour un campesino mexicain durant douze mois.

Il conviendrait de diviser immédiatement par quatre notre « empreinte écologique » (14) en nous recentrant vers les biens et services vraiment vitaux. Constatant que la délégation des pouvoirs à des élu(-e)s et gouvernants qui arrêtent des décisions échappant, pour l’essentiel, au contrôle des citoyen(-ne)s confine à un « régime oligarchique » (15), Hugues Stoeckel estime que « tout choix de production devra être validé en tant que réponse à un besoin prioritaire par l’échelon approprié ». Il n’oublie pas de critiquer le budget militaire (16) dont l’objet consiste à « détruire des vies à grande échelle » de même que le commerce des armes (17), des objections complètement étrangères aux pontes d’Europe Écologie/Les Verts (18). Préconisant le rétablissement de frontières étanches aux capitaux et marchandises afin d’assécher les paradis fiscaux, il proclame sa foi en « un mondialisme, nullement antinomique avec le localisme, ni avec la diversité linguistique et culturelle ». Les dilemmes qu’il énonce ne souffrent aucune ambiguïté : « la récession sans fin ou l’organisation démocratique d’une décroissance solidaire, la pénurie belligène ou la sobriété équitable ». Combien de nos contemporain(-e)s se déclareraient disposés à accepter un partage authentique, défini comme « la proscription de la liberté de s’enrichir au détriment d’autrui », et la frugalité comme « sort commun », à « changer leurs modes de vie à l’aune des périls » ?...

René HAMM

Bischoffsheim (Bas-Rhin)

Le 12 juin 2012

(1) Éditions Max Milo, janvier 2012, 319 pages, 16 €.

(2) « La politique de l’oxymore », La Découverte, avril 2009, 167 pages, 12 €.

(3) « Politique de Cassandre. Manifeste républicain pour une écologie radicale », Éditions Sang de la Terre, 1er trimestre 2009, 256 pages, 18,90 euros.

(4) « Adieu à la croissance - Bien vivre dans un monde solidaire », Les Petits Matins, décembre 2011, 214 pages, 15,20 euros.

(5) Avec Guy Sitbon, Les Petits Matins, Février 2010, 216 pages, 15,20 euros.

(6) Cf. par exemple l’excellent article « Le développement durable : une pollution mentale au service de l’industrie » de Benoît Eugène, dans le numéro 34 de la revue marseillaise « Agone », « Domestiquer les masses », 4ème trimestre 2005, 264 pages, 20 €, « Pistes pour un anticapitalisme vert », opuscule coordonné par Vincent Gay, Éditions Syllepse, Les Cahiers de l’émancipation, mars 2010, 132 pages, 7 euros, ainsi que les deux livres indiqués sous (2) et (3).

(7) Cf. le documentaire de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat, qui, en-dehors des circuits de distribution mainstream, a attiré 202 099 spectateur(-trice)s en seize semaines.

(8) Sinon, auraient-ils (elles) avalisé « l’accord » du 15 novembre 2011 avec le Parti socialiste et se seraient-ils (elles) précipités pour obtenir deux fauteuils dans le cabinet Ayrault I ?...

(9) Bourgade bas-rhinoise de 624 habitants située dans le Parc naturel régional des Vosges du Nord.

(10) Cf. « Destruction massive. Géopolitique de la faim », Le Seuil, octobre 2011, 352 pages, 20 €.

(11) Krach, dévoilé à partir de février 2007, des prêts hypothécaires à risque outre-Atlantique, que les emprunteurs, très souvent de condition modeste, ne parvenaient plus à rembourser.

(12) Jean Ziegler dans le bouquin mentionné sous (10).

(13) Gageons que cette « journée internationale » est aussi passée inaperçue que celle du lendemain, dédiée à l’eau, comme toutes les autres décrétées par l’O.N.U., sans que la thématique visée connaisse des retombées positives conséquentes !

(14) Concept forgé en 1994 par l’ingénieur en mécanique bâlois Mathis Wackernagel et l’économiste canadien de l’environnement William Rees, directeur du groupe de reflexion « Redefining progress », respectivement directeur de l’École de planification communautaire et régionale à l’Université de Colombie britannique à Vancouver. Ils explicitent leur outil d’évaluation et leur méthodologie dans « Notre empreinte écologique », livre sorti en septembre 1999 et republié aux Éditions Écosociété à Montréal en octobre 2009, 242 pages, 21,10 €.

(15) Je vous recommande l’essai de Hervé Kempf « L’oligarchie, ça suffit, vive la démocratie », Le Seuil, janvier 2011, 192 pages, 14 euros.

(16) 41,23 milliards d’euros en crédits de paiement pour 2012.

(17) Chiffre d’affaires en contrats d’armements des cent principales firmes impliquées : 418,8 milliards de dollars en 2010 (plus 4,31% par rapport à l’exercice précédent), selon le compendium 2012 du Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité, sis à Bruxelles.

(18) Sur « le changement de paradigme » qui devrait animer tout mouvement et parti écologistes dignes de ce nom, ne loupez pas le numéro 6 des « Nouveaux Cahiers du socialisme », intitulés « Écosocialisme ou barbarie ! », chez Écosociété à Montréal, automne 2001, 328 pages, 22 euros.

COMMENTAIRES  

14/06/2012 17:09 par bibiane

Merci pour cet article, il est malheureusement exact que le sujet de la surpopulation est tabou, y compris chez une majorité de ceux qui dénoncent pourtant le mythe d’une croissance infinie dans un monde fini ... et c’est pourtant le problème qui est premier et aggrave bien entendu tous les autres.
Soit nous en prenons conscience et oeuvrons à mettre en place en douceur des politiques dénatalistes, soit la diminution de la population sera violente conséquence de la raréfaction de l’espace, de nourriture, du chaos climatique lié à la destruction de la biosphère et une dégénérescence liée à l’empoisonnement par la concentration de toxiques dans notre environnement.
Je ne crois pas que nous soyons une espèce supérieure et encore moins intelligente, bien que tous les peuples humains ne soient pas aussi autistes au monde vivant que nous (occidentaux) le sommes.
Tout ce que votre article évoque a déjà été dit depuis des décennies, et malheureusement il semble que pas aujourd’hui que hier, cela n’opère de prise de conscience globale et n’ait d’écho que chez ceux et celles qui sont déjà conscient du problème.

15/06/2012 07:48 par calame julia

OK avec @ bibiane !
Avec une toute petite réflexion : comment pouvons nous avoir une vue nette et logique de ces choses
ayant été nourris à la bouffe industrielle ? Qui ne serait pas bio ? Ce n’est pas simple et un gouvernement
où qu’il soit qui oserait prendre le minimum de dispositions pour éviter le mur serait (convenons-en) la
risée des quelques autres ! Aussitôt la crise de l’adolescence passée, les enfants sont capables de com-
prendre bien des raisons pour se nourrir correctement et sans excès en prenant en compte les dégâts
fait dans les eaux du globe (ceci n’étant qu’un exemple) par des saboteurs d’espèces...
Mais il faut tenir conjointement soudés paroles et actes.

15/06/2012 14:41 par Lionel.

Pourquoi n’est-il pas fait mention de la très forte dénatalité des pays riches ( beaucoup voient leur population diminuer, telle l’Espagne depuis une quinzaine d’années ou le Japon dont la population vieillit de façon alarmante ) et de la forte baisse de la plupart des pays pauvres ???
Les délires démographiques des "spécialistes" des années 80 sont totalement caduques et à chaque nouvelle étude il s’avère que les prévisions ne ressemblent pas aux modèles !
Que la question de la surpopulation soit un tabou dans le contexte néo-libéral mondialisé me semble plutôt une bonne chose, si ce n’était pas le cas, nous serions déjà dans des configurations de réduction drastique des populations... africaines ? ( Au hasard... ).
Comment ?
Vous dites que c’est déjà le cas ?
Ah, les déchets, les pesticides, les famines organisées, la désertification et l’abandon des terres arables sous la pression des multinationales ( transnationales )...
Sans parler des sales guerres que nous colportons en tous lieux et des empoisonnements des populations aux armes à l’U appauvri !
Au fait nous construisons une centrale nucléaire de grande puissance en Inde en plein sur une faille sismique active, celle là elle devrait faire du "nettoyage" bien comme il faut au prochain séisme !
Oui, c’est déjà le cas de mon point de vue, comme on a laissé empoisonner les populations martiniquaises et guadeloupéennes par l’emploi d’un pesticide interdit depuis des années !
Et non, je ne crois pas qu’il soit opportun de parler dans un tel contexte d’une question qui, plus que toute autre, mérite des débats et des consensus de la part de chaque être humain !
Encore une fois nous nous accaparons le débat qui concerne le reste du monde ( oh, à peine 80 % ! ) et exerçons notre si fameux ethnocentrisme nazillon qui veut que nous soyons au dessus de toute remise en cause de nos modes de vie.
La question de la dénatalité n’est un débat que pour celles et ceux qui ont l’eau potable dans la maison, le grand écran dans le coin du salon et la photo défraîchie des enfants sur le coin de la cheminée ( c’est qu’on les voit pas trop souvent, aussi... ) et qui tremblent pour leur retraite plus que sur la misère des autres.
Les neuro-sciences semblent nous apprendre que l’empathie a quelque chose d’inné, sous forme de cellules sensibles aux actes des autres.
Ce que l’on dit moins c’est que le développement de ces cellules se fait en les activant et déjà c’est un peu moins facile, il faut de l’empathie pour en avoir....
Voilà plusieurs années que certains sites dits "écolos" sont très actifs sur ce sujet et que les eugénistes de tous poils s’en donnent à coeur-joie, vous avez raison, ouvrons leur les portes de la popularisation de ces idées dangereuses, le fascisme ne demande qu’à grandir dans tous les pays d’Europe et l’occasion est trop bonne.

Ceci étant dit, je reste totalement en accord avec la conclusion qui veut que l’on ne doive pas prendre en considération l’impact humain en termes monétaires mais bien en termes d’équivalent-carbone, Yves Cochet en parle fort bien comme un vrai spécialiste, pas en mathématicien retraité, depuis déjà de nombreuses années...
Arrêtons de redécouvrir l’eau chaude les gars si l’on veut avancer un tant soit peu.

25/06/2012 13:19 par René HAMM

Bonjour,

Les thèses développées par Hugues Stoeckel, qui soulève quelques questions essentielles, me semblent bien trop pertinentes pour accepter que quelqu’un les caricature et les dénature par des allégations fallacieuses à l’emporte-pièce.
J’eusse éventuellement attendu le grief, par trop classique, de "malthusianisme" (1). Non, l’internaute prénommé Lionel (ou s’agit-il d’un pseudonyme ?) déploie les insultes lourdes : "ethocentrisme nazillon", "fascisme". Bigre !
Dans quel passage de ma recension ai-je laissé entendre que l’auteur de l’essai approuverait des méthodes de contraintes (avortements forcés, sanctions contre les personnes qui procréent...) ou se réjouirait d’un écrémage de la population du globe par des catastrophes naturelles, la famine ou des guerres ? Pour ma part, résolument "tiers-mondiste" (d’aucuns trouveraient sans doute cet adjectif "ringard" ; je le revendique), antimilitariste et antiimpérialiste, je rejoins celles et ceux qui dénoncent l’exploitation, l’oppression des peuples du Sud, exècrent les marchands d’armes et leurs laquais à la tête des gouvernements. Pourtant, je recommande de ne pas oublier que dans les treize dernières années, un milliard d’individus supplémentaire a pris place sur la planète. Depuis le 31 octobre 2011, nous sommes sept milliards. Les démographes en prévoient neuf à l’horizon 2050. Quelle est la masse "supportable" ? Je ne me risquerai pas à balancer de chiffre précis, surtout au regard des disparités et de la "répartition" géographique des êtres humains". Même le critère de la densité présente l’inconvénient de ne refléter qu’une moyenne. Ainsi, les 10,26 habitants au kilomètre carré du Niger donnerait dans l’absolu une impression de non-confinement (par rapport par exemple aux 6273 à Singapour, aux 1080 du Bangladesh ou les 236 en Allemagne). Mais ce pays, un des plus pauvres au monde, affiche un taux de fécondité record de 7,19 enfants par femme et une mortalité très importante (14,11 décès pour 1000 habitants). Pourtant, son sous-sol regorge de minerais, comme le pétrole, l’or, l’étain, le gypse, le charbon et l’uranium. "Ce n’est pas un hasard si pour sa première visite en Afrique, du 18 au 21 décembre 2011, Mme Lagarde, ancienne ministre française de l’Économie, de l’Industrie et de l’Emploi, s’est rendue au Niger. Ancienne colonie française, le pays constitue le pré-carré de la Cogema puis d’Areva qui, depuis des décennies, exploitent de manière peu scrupuleuse l’uranium. Le nucléaire, question clé de la campagne présidentielle française de 2012 a très largement besoin de l’uranium nigérien : près d’un tiers de l’uranium des centrales nucléaires françaises provient du Niger. Le pays est le premier fournisseur d’Areva : la moitié de sa production de 2010 était assurée par ses sites nigériens ... La multinationale française loin d’exploiter les ressources du Niger de manière intelligente, durable, soutenable, et au profit du plus grand nombre est largement responsable d’un énorme scandale écologique et social. En décembre 2003, la Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité (CRIIRAD) a effectué une mission scientifique au Niger afin d’enquêter sur l’impact radiologique des activités d’extraction de l’uranium conduites depuis plus de 40 ans par des filiales du groupe Areva" (article de Pauline Imbach, le 7 février 2012 sur le site québecois "Presse-toi à gauche !"). Bien que le matériel de mesure ait été confisqué par les autorités, cette enquête a permis de mettre en évidence des pollutions radioactives manifestes. Dans la région des villes d’Arlit et Akokan, non seulement les travailleurs des mines, mais aussi l’ensemble de la population est exposée aux radiations, y compris par l’air, l’eau et les sols. Quoiqu’il s’agisse de "faibles doses", les risques sanitaires à terme ne sont pas négligeables. Avec 4 198 tonnes en 2010, le pays pointe au cinquième rang des producteurs mondiaux, derrière le Kazakhstan, le Canada, l’Australie et la Namibie. Le 9 novembre 2007, le président Mamadou Tanja accorda un permis d’exploitation du site d’Azelik à la SOMINA, créée le 5 juin 2007 (67% détenus par le consortium chinois Sino-Uranium et 33% par l’État). Début 2010, il reçut une délégation de l’Empire du Milieu s’intéressant au site d’Imouraren, guigné par AREVA. Cette mine, dont la première pierre fut posée le 4 mai 2009, sera la seconde au monde après celle de Mac Arthur River au Saskatchewan, à l’ouest du Canada. Elle permettrait l’extraction d’environ cinq mille tonnes de minerai par an. Au matin du 18 février 2010, un putsch militaire porta au pouvoir le colonel Salou Djibo, lequel rompit les négociations avec les Asiatiques, réaffirmant la « gratitude et la loyauté » vis-à -vis de la firme drivée depuis le 1er juillet dernier par Luc Oursel. Le 12 mars 2011, Mahamadou Issoufou, ingénieur des mines et ex-cadre de la SOMAà R (5), une filiale…d’AREVA, remporte l’élection présidentielle. A partir de 2013, le consortium français se partagera les bénéfices avec son partenaire sud-coréen KEPCO. Par ailleurs, le F.M.I. avait notamment ordonné la dissolution de 40 000 tonnes de réserves (mil, orge, blé, sorgho…) détenues par l’État. Le département Afrique de l’organisation estimait que ces stocks « pervertissent le libre fonctionnement du marché ». Le Niger regorge d’immenses nappes d’eau fossiles (deux mille milliards de mètres cubes, plus les vingt-deux milliards fournis par le débit du fleuve éponyme et 2,5 milliards de poches souterraines ou superficielles). Il se situe dans une des zones les plus ensoleillées du globe et possède un potentiel éolien non négligeable.
Antinucléaire comme moi, Hugues Stoeckel n’approuve évidemment pas la construction par Areva de six EPR et non un (puissance totale : 9900 mégawatts) à Jaïtapur, sur la côte ouest de l’Inde. La région de Latur et d’Osmanabad dans le Maharashtra est une des plus grandes réserves mondiales de biodiversité. Zone à hauts risques sismiques, Jaïapur a connu ces vingt dernières années trois secousses d’une magnitude entre 5 et 6,3. Le 29 septembre 1993, à Khillari, 9748 personnes périrent, 30 000 furent blessées.
J’ai signé, sur Mes opinions.com, la pétition de soutien aux citoyens de Jaïtapur, contre Areva et le gouvernement indien.
Contrairement à la conclusion péremptoire de l’intervenant, il s’agit bien, pour l’intellectuel alsacien, de remettre radicalement en cause "nos modes de vie".
Le conseil du détracteur, que nous arrêtions "de redécouvrir l’eau chaude" : du bullshit, complètement hors-sujet !

(1) Si Thomas Malthus (13 février 1766 - 29 décembre 1834), que je qualifierais de "réactionnaire", craignait les effets dévastateurs du développement exponentiel de la population, certains théoriciens "néo-malthusiens" comme l’écrivain Octave Mirbeau (16 février 1848 - 16 février 1917) et le pédagogue Paul Robin (3 avril 1837 - 31 août 1912), d’inspiration anarchiste, réfutaient toute doctrine autoritaire. En prônant la limitation des naissances, ils se souciaient surtout des femmes sommées de produire de la "chair à canon" dont les bourgeoisies avaient besoin pour leurs "boucheries", des petits soldats envoyés sur les fronts pour les guerres fomentées par les puissants. Très favorables à la contraception, ils pourfendaient la morale officielle condamnant le plaisir sexuel.

René HAMM

25/06/2012 15:21 par Legrandsoir

Hep, cher auteur,

Avec des retours à la ligne, des paragraphes, on arrive à vous lire. Sinon...

Et c’est dommage, le fond risque de souffrir de la forme.

Vous pourriez nous le refaire en allégé ?

(Commentaires désactivés)