Conspiration salafo-impérialiste

Y. Merabet

La décision américaine de frapper Al-Qaïda, en Afghanistan même, n’était pas illégitime en soi.

Ben Laden, ses complices et ses protecteurs devaient payer. Mais, dans son délire narcissique, George W.Bush a décidé, en 2003, d’envahir l’Irak, un Etat qui n’avait strictement aucune responsabilité, dans les attentats du 11 septembre, à l’inverse de l’Arabie saoudite, gardienne des lieux saints et des puits de pétrole. Lieu de naissance d’Al-Qaïda.

C’est à partir de cette invasion que les Américains ont décidé de changer de stratégie et d’alliances : plutôt que d’en faire des ennemis, les islamistes repentis seront nos alliés et les gardiens de nos intérêts, dans le monde. Sous couvert de démocratie et de droits de l’Homme, nous lâcherons les régimes qui les oppriment et nous les installerons au pouvoir. Nous les appellerons « islamistes modérés », c’est-à -dire, modérément démocrates et hyper-impérialistes. Nous leur fixerons trois lignes rouges à ne pas franchir : notre mainmise sur les richesses énergétiques du monde musulman, la sacralité d’Israël et l’arrêt des actions terroristes qui nous visent.

Ce rapprochement entre les impérialistes et les islamistes, qui réactive la vieille alliance entre le Wahhabisme saoudien et le pragmatisme américain, et, aussi, entre les services britanniques et les Frères musulmans.

Le pédigrée des six Frères musulmans

Six individus ont modifié la politique des Etats-Unis, la Maison Blanche est passée d’une position d’hostilité envers les groupes et organisations islamistes, dans le monde, à celle du plus important partisan de la confrérie des Frères musulmans.

Les six individus sont : Arif Ali-khan, secrétaire adjoint de la Sécurité intérieure pour le développement des politiques ; Mohamed Elibiary, membre du Conseil consultatif sur la Sécurité intérieure ; Rached Hussein, envoyé spécial américain de l’Organisation de la Conférence islamique ; Salem al-Marayati, cofondateur de Muslim Public Affairs Council (MPAC) ; Mohamed Majid, président de l’Islamic Society of North America (ISNA) ; Eboo Patel, membre du Conseil consultatif du président Obama, chargé des partenariats confessionnels d’arrondissements.

Pour eux, Obama est, en quelque sorte, le Messie libérateur, le bras par lequel le dessein d’Allah va se réaliser, pas seulement, dans le monde arabe, mais aussi, à moyen et long terme, dans ce vieux continent fragilisé par une déchristianisation, entamée, depuis plus d’un siècle. Les islamistes ne savent pas encore qu’Obama est plutôt l’Antéchrist, dont la politique conduit droit vers un choc des civilisations, qui fera disparaitre l’Islam, en tant que religion. Pour Obama, diviser les Msulmans, tuer l’Islam, par le poison islamiste, telle est la stratégie machiavélique de l’administration américaine.

Né, en 1968, d’un père indien et d’une mère pakistanaise, Arif Ali-Khan, est un avocat musulman et professeur à l’Université de la Défense Nationale, spécialisé dans la lutte anti-terroriste. Après son succès, en tant que maire adjoint de Los Angeles, il a été nommé, en 2009, par Obama, secrétaire adjoint à la Sécurité intérieure. Il a été, surtout, conseiller d’Obama chargé du dossier des Etats musulmans. Fondateur de l’Organisation mondiale islamique, qui est une ramification de l’Organisation Mondiale des Frères Musulmans, c’est lui qui a assuré les liens et les négociations avec les mouvements islamistes, avant et après le « printemps arabe ».

Né, en Alexandrie, Mohamed Elibiary a grandi, au Texas, où s’étaient installés ses parents, qui ont fui la persécution des islamistes, en Egypte. Mohamed Elibiary, alias le « qutbiste », pour son fanatisme, à l’égard des idées de Saïd Qutb, est un membre éminent des Frères musulmans, aux Etats-Unis. Diplômé en management et en ingénierie réseau, a été directeur de la section de Houston du Council on American Islamic Relations (CAIR), une vitrine des Frères musulmans, aux USA. C’est lui qui a rédigé le discours d’Obama, appelant Hosni Moubarak à quitter le pouvoir.

Né, en 1978, dans le Wyoming, Rached Hussein est un avocat, d’origine indo-pakistanaise, qui était un membre secret des Frères musulmans. En juin 2002, il a participé à la Conférence annuelle de l’American Muslim Council, anciennement dirigée par Abdurrahmane Alamoudi, qui a été condamné, pour financement de terrorisme. Il a, aussi, participé au comité organisateur du Critical Islamic Reflection, aux côtés de grandes figures des Frères musulmans, aux Etats-Unis, telles que Jamal Barzinji, Hichem al-Talib et Yacoub Mirza. Après avoir rejoint l’équipe électorale d’Obama, ce dernier l’a nommé, en janvier 2009, conseiller juridique, à la Maison Blanche. Barack Hussein Obama l’a chargé, aussi, de la rédaction de ses discours, sur la politique étrangère. En 2009, c’est Rached Hussein, qui a rédigé le discours d’Obama, au Caire. Répondant à des critiques, Obama a dit de son ami et conseiller : « Je l’ai choisi pour ce poste, parce que c’est un avocat accompli, et parce qu’il a joué un rôle clé, dans le développement des partenariats que j’ai demandé avec le Caire. Et comme un Hafiz (connaisseur) du Coran, c’est un membre respecté de la communauté musulmane américaine ».

Né, en Irak, Salem el-Marayati est un Américain d’adoption. Il est, actuellement, directeur exécutif de la Muslim Public Affairs Council (MPAC), une organisation islamique, créée, en 1986, par des Frères musulmans. Il a été nominé, en 2002, pour travailler avec la National Security Agency. Les soupçons qui ont pesé sur la MPAC, dans la campagne sécuritaire post 11 septembre 2001, n’ont pas empêché el-Marayati de s’approcher des néoconservateurs, puis, des Démocrates, au sein de l’équipe d’Obama.

Né, dans le Nord du Soudan, en 1965, Mohamed Majid est le fils de l’ancien mufti du Soudan. Il a émigré aux Etats-Unis, en 1987. Après des études complémentaires, il a été, en 1997, enseignant à l’Université de Howard, spécialiste de l’exégèse coranique. Membre des Frères musulmans, il a été très influent, auprès des communautés musulmanes nord-américaines. En tant qu’avocat occasionnel, il a été un militant farouche, pour la criminalisation de toute diffamation de l’Islam. Ayant soutenu la candidature d’Obama aux élections présidentielles, ce dernier lui a confié plusieurs missions associatives de type communautaristes. En 2011, il l’a nommé conseiller au Department of Homeland Security (DHS), pour lutter contre l’extrémisme et le terrorisme. Il est, actuellement, conseiller du Federal Bureau of Investigation (FBI), ainsi que d’autres organismes fédéraux.

Enfin, Eboo Patel est musulman américain, d’origine indienne. Il a fait ses études, en sociologie, dans l’Illinois à Urbana-Champaign. Etudiant, il a été activiste islamiste, auprès des Musulmans originaires de l’Inde, de Sri Lanka et d’Afrique du Sud. Grâce à des fonds de la Fondation Ford, il est l’initiateur de IFYC, en 2002. Frère musulman et ami très proche de Hani Ramadan, il est membre du Comité consultatif religieux du Council on Foreign Relations. Il a été, aussi, très proche de Siraj Wahhaj, un Frère musulman américain, bien célèbre. Eboo Patel est, actuellement, consultant, au Département de la Sécurité Intérieure américaine et membre du conseil Barack Obama’s Advisory.

Hillary Clinton avait aussi sa Musulmane de service

Elle s’appelle Huma Mahmoud Abidin et elle a joué, auprès de madame Clinton, un rôle majeur, au début du « printemps arabe ». Avant de rejoindre l’équipe électorale de madame Clinton, elle vient, aussi, de l’ancien entourage associatif et communautariste de Barack Hussein Obama. Pour montrer patte blanche au big boss noir, Hillary Clinton l’a recruté, parmi ses plus proches collaborateurs. Elle est née, en 1976, de père indien et de mère pakistanaise. Elle a grandi et fait ses études au pays du Wahhabisme, l’Arabie saoudite, où ses parents travaillaient. Lors des primaires démocrates de 2008, elle a été l’assistante personnelle d’Hillary Clinton. Elle est mariée à Anthony David Weiner, membre du Parti Démocrate et élu de New York.

Avec l"’arrivée au pouvoir de Barack Hussein Obama, ce rapprochement entre l’administration américaine et la secte islamiste prend un tournant décisif. Avec un père, originaire du Kenya et de confession musulmane, puis, un beau père indonésien, Barack Hussein a baigné dans cet Islam identitaire, victimaire et communautariste, qui n’a rien à voir avec l’Islam quiétiste, spirituel et décomplexé de la majorité des Musulmans dans le monde. Dans les années 1980, il est travailleur social, plus exactement, « organisateur de communauté » (Community organizer), dans les quartiers Sud de Chicago. A la même époque, il se rapproche de « L’Eglise unie du Christ », localement, dirigée par le pasteur, très controversé, Jeremiah Wright, issu de la secte « Nation of Islam », puis, finit par se « convertir » au protestantisme.

Avec Barack Hussein Obama, à la Maison Blanche, les islamistes ont, donc, trouvé l’allié idéal, qui comprend leur combat et partage leurs idéaux, ainsi que l’opportunité historique de passer à la phase finale de leur conquête du pouvoir, dans le monde arabe.

Dès ses premiers frémissements, le prétendu « printemps arabe » a été une vaste escroquerie médiatique et une grande conspiration islamo-impérialiste, que le peuple tunisien, désireux de liberté et de démocratie n’a pas vu. Avec de telles personnalités islamistes américaines, influentes, dans les instances décisionnelles et sécuritaires, le « printemps arabe » devait, forcément, être un hiver islamiste. Ce n’est pas du tout un hasard, si les deux principaux pourvoyeurs de l’islamisme, dans le monde, l’Arabie saoudite et le Qatar, ont, dès la « révolution du jasmin », soutenu ces insurrections dites spontanées. Ce n’est pas, non plus, un hasard, si ces Etats continuent à financer les attentats, en Irak, et le terrorisme, en Syrie, qu’ils ont mis à feu et à sang, en attendant de passer, sans doute, à l’Iran, au Liban et en Algérie. Pour les ignorants, c’est le siècle du terrorisme islamiste, qui commence. Pour les initiés, c’est la fin de l’Islam, qui est amorcée.

Y. Merabet

Journaliste indépendant (Asfir ex AARI) http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5181597

COMMENTAIRES  

21/04/2013 09:08 par le moine obscur

J’ai failli arrêté la lecture de l’article quand j’ai lu que : "Ben Laden et les talibans devaient payer" ! A bon ? Et le peuple afghan il n’a pas son mot à dire dans cette affaire ? Payer quoi, à part la caste politico-médiatique en occident qui a prouvé que Ben Laden était derrière le drame du 11 septembre 2001 ? C’est peut-être lui qui a réduit en poussière 3 tours dont une n’a même pas été touchée par un avion ? Un peu de sérieux et décence ne feraient pas de mal à certains. Cette arrogance toute étasunienne et occidentale à savoir ce qui est bon pour les autres pays est à vomir surtout qu’elle est souvent une façade odieuse pour masquer (ou tenter du moins) une avidité son nom et ignominieuse qui finira par détruire la planète. Mais passons ! En effet les islamistes servent les intérêts de la caste dirigeante en occident, il ne faut pas être un génie pour comprendre cela. Partout où Al Qaïda cette organisation fantomatique (on ne parle même pas de l’autoproclamé meurtre de Ben Laden, le croquemitaine qui avait suffisamment servi) passe ou est annoncée, l’occident déboule souvent en force. ça ne m’étonnerait que la présence de cette "créature" en Syrie soit le prétexte rêvée suite à certaines attaques (réelles ou fausses, à ce stade de manipulation on n’est pas à ça près) notamment contre Israël pour l’intervention de l’OTAN sous prétexte que Bashar Al Assad ne contrôle plus rien et que ses "armes chimiques" puissent tomber entre de mauvaises mains et ainsi menacer l’entité colonisatrice sioniste voire le "monde" (comprenez les intérêts de la secte dirigeante étasunienne notamment). L’auteur semble surpris que les étasuniens ne s’en prennent pas à l’Arabie Sadaoutie. Mais le tour des bédouins saoudiens viendra promptement, mais pourquoi attaquer un toutou qui n’a pas encore fini de servir ? Autant ils n’avaient plus besoin de Ben Laden et les talibans autant ils ont encore besoin des toutous saoudiens et qatariens entre autres. Mais vu ce qu’il est advenu d’anciennes poupées étasuniennes on sait que le tour de ces gens qui je l’espère pour eux en sont conscients viendra. Car comme a dit Carl Weathers dans le film "predator", ce ne sont que "des outils que l’on jette après usage". L’auteur ne semble pas être au fait de la perversité de la caste dirigeante étasunienne, plus vite il se réveillera, mieux ce sera !

21/04/2013 14:50 par rouge de honte

Absolument le moine,

C’est encore et toujours cette incapacité pour l’occidental d’imaginer que chez d’autres, d’autres mondes existent. Les Afghans comme tous les peuples du monde, aiment, espèrent, désirent et ne sont différent en rien des autres. Ce ne sont pas des choses qui doivent payer.
Pendant longtemps j’ai pensé inconsciemment en voyant les images des grandes famines que les mères n’étaient pas aimantes car elles avaient plus de chair sur les os que leurs enfants...alors que c’est physiologique, un enfant à cause de son petit ventre ne peut ingurgiter et survivre avec autre chose que des aliments riches et ce sont les premiers aliments qui font défaut.
Voilà , je leurs demande pardon et vous donne cette anecdote en exemple des monstruosités que l’on peut penser si l’on n’y prend pas garde.
Et nous en avons plein la tête.

04/07/2013 00:18 par Christophe Nobet

Excellent article, plein de lumière. Merci monsieur Mérabet !

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