RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher

Des faubourgs aux marches du palais…

Les faubourgs…ça grouille, ça gît, ça vit. Emplis de racailles sans instruction ni avenir, la lie. Combien de révolutions ont été allumées par les faubourgs, combien d’incendies comme autant de coups de semonces au dessus des villes faisant trembler les vitres des palais ? C’est que la faim les tenaille. Alors ils crient, ils ruent, ils attaquent, ils volent, pillent, brûlent et tuent, renversant tout comme une vague boueuse.

Ainsi naissent les révolutions des faubourgs, comme un boomerang ; l’injustice d’une société subie par les plus pauvres rejaillit sur tous. Atteint un certain niveau de résignation la lie vomit sa colère et bouscule tout. A leur place, jeune anglais, pauvre, écervelé sans éducation ni avenir, ayant faim, j’aurais sans doute fais pareil. L’illustre Gavroche avait rejoint les barricades et y ramassait les cartouchières sur les cadavres de soldats de sa nation abattus par le peuple, parce qu’il avait faim. Il en a été de même de la révolte des banlieues en France en 2005. « Banlieue » est l’autre nom des faubourgs. Racaille l’autre nom de Gavroche.

Le citoyen indigné, moi, s’effraie à juste titre et appelle la police, la justice, l’armée, l’ordre quoi ! Et tout rentre dans l’ordre à coups de matraques, d’arrestations et de condamnations de la lie. Comme en 2005 dans les banlieues de Paris ou dans les faubourgs de Londres aujourd’hui. Le bourgeois peut se rendormir. Pour cette fois. Mais pas toujours…

Pas en 1789 où en dernière solution le peuple de Paris, mis en danger par l’impéritie de l’Etat face à la vague boueuse qui se déversait des faubourgs affamés jusqu’aux plus beaux quartiers, eut la drôle d’idée de vouloir s’armer à la Bastille pour se défendre ! Pas en 1830 non plus, pas en 1848, pas en 1871, pas en 1917, pas en 1936, pas en 1968…Machiavel conseillerait les puissants de se méfier de la puissance de la lie, de ce gravier qu’on ne peut écraser sous le talon, et de négocier avec le peuple des « Indignés » encore pacifique avant que les deux ne s’allient un soir d’orage et marchent sur les palais une nuit de tempête. Regardez l’Histoire derrière vous !

Quant aux « Indignés » c’est de patience dont ils sont le moins pourvus malgré les apparences débonnaires et pacifiques de leurs villages de tentes. Les premiers rassemblements sans violences des « Indignés » sont une tentative démocratique de négocier de la part du peuple, ce qu’il faut saluer comme le degré le plus civilisé de la Révolution. On peut s’en fiche cyniquement, mais un jour, concluant à la fin de non-recevoir et les charges encore alourdies, les indignés seront également pris de dégoût, de vomissements et de spasmes. C’est alors qu’en France tout bascule.

Aujourd’hui, toutes sortes de catégories sociaux-professionnelles en ont véritablement ras-le-bol des disfonctionnements et de la gabegie de ce gouvernement et des précédents. Ramassis de bonimenteurs incompétents qui s’échangent les ministères comme les voyous le font des femmes. Ha oui la place doit être bonne ! Mais que faire avec des gouvernants qui ne voient pas arriver des crises financières grosses comme des tsunamis ? Et qui ne savent rien faire d’autre dans l’urgence que d’ajouter des pommes neuves au panier de pommes pourries sans jamais rien régler, et au contraire tout aggraver en endettant d’autant plus. Est-ce qu’ils sont vraiment à leurs places les néoconservateurs bling-bling et autres sionistes violeurs ? N’est-ce pas plutôt en prison ?

Que les puissants se méfient du fleuve français. Qu’ils se méfient de la lie, de la jeunesse, des chômeurs, des smicards, des ouvriers, des employés, des agriculteurs, des pêcheurs, des musiciens, des infirmiers, des petits commerçants et des petits fonctionnaires, des étudiants et des jeunes sous-retraités, du peuple, car depuis 1789 l’Etat c’est nous. Oui, même la lie et la racaille.

Messieurs les puissants, nous acceptons un système de plus en plus contraignant tant qu’il est progressiste et juste, mais si la décadence de nos gouvernants, la précarité et la faim, l’insécurité, l’injustice et la régression sont le salaire, alors les contraintes doivent disparaître et nous reprendrons notre liberté. Il y a déjà eu quatre républiques avant la nôtre, et à moins de prendre de Gaulle pour un dieu, la cinquième n’a pas vocation à l’éternité. Si vous corrompez l’Etat que l’on vous a confié, nous abattrons cet Etat pour en reconstruire un autre. Ainsi vous parlent les Indignés. Ainsi ils vous préviennent. Ainsi ils vous ordonnent. Car ne vous en déplaise, ils sont souverains.

Par le récent décret n° 2011-794 du 30 juin 2011, il vient opportunément d’être défini le cadre où la gendarmerie pourra tirer légalement sur la foule sur ordre du premier ministre, y compris en utilisant ses blindés. Ainsi on peut y lire : « Objet : modification du régime juridique relatif à la dispersion des attroupements. Entrée en vigueur : immédiate. Notice : […] le présent décret précise les modalités d’emploi de la force et les conditions d’usage des armes à feu pour le maintien de l’ordre public. »(1)

Pourquoi tel décret si ce n’est qu’ils savent déjà ce que j’écris ? Mais l’état policier qui se prépare en réponse aux indignations et colères populaires croissantes sera malgré cela un échec, principalement parce que les cadres sont réellement incompétents, corrompus et décadents.
Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 - article 2 : « le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression. »
Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 24 juin 1793 - article 35 : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. »
Monsieur le Président, vous avez toujours un pédophile dans votre gouvernement et faites beaucoup de tort à la gendarmerie en la dressant ainsi contre le peuple souverain.

Méfiez-vous pourtant qu’elle ne se retourne contre vous car c’est ainsi qu’en France les révoltes parties de la lie des faubourgs atteignent parfois, grâce à la troupe, les marches du palais !

Messieurs les gendarmes, le peuple Français dont vous serez bientôt le bourreau ou le héros vous salue !

Vincent Després Levard,
Fraternités des Ignorants
Richelieu le 15 août 2011

(1) http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT00002428...

URL de cet article 14398
  

Même Thème
Histoire de ta bêtise
François Bégaudeau
PREFACE D’abord comme il se doit j’ai pensé à ma gueule. Quand en novembre les Gilets jaunes sont apparus pile au moment où Histoire de ta bêtise venait de partir à l’imprimerie, j’ai d’abord craint pour le livre. J’ai croisé deux fois les doigts : une première fois pour que ce mouvement capote vite et ne change rien à la carte politique que le livre parcourt ; une second fois pour que, tant qu’à durer, il n’aille pas jusqu’à dégager Macron et sa garde macronienne. Pas avant le 23 janvier 2019, date de (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

« La politique étrangère américaine est ignoble car non seulement les États-Unis viennent dans votre pays et tuent tous vos proches, mais ce qui est pire, je trouve, c’est qu’ils reviennent vingt ans plus tard et font un film pour montrer que tuer vos proches a rendu leurs soldats tristes. »

Frankie Boyle, humoriste écossais

Hier, j’ai surpris France Télécom semant des graines de suicide.
Didier Lombard, ex-PDG de FT, a été mis en examen pour harcèlement moral dans l’enquête sur la vague de suicides dans son entreprise. C’est le moment de republier sur le sujet un article du Grand Soir datant de 2009 et toujours d’actualité. Les suicides à France Télécom ne sont pas une mode qui déferle, mais une éclosion de graines empoisonnées, semées depuis des décennies. Dans les années 80/90, j’étais ergonome dans une grande direction de France Télécom délocalisée de Paris à Blagnac, près de Toulouse. (...)
69 
Médias et Information : il est temps de tourner la page.
« La réalité est ce que nous prenons pour être vrai. Ce que nous prenons pour être vrai est ce que nous croyons. Ce que nous croyons est fondé sur nos perceptions. Ce que nous percevons dépend de ce que nous recherchons. Ce que nous recherchons dépend de ce que nous pensons. Ce que nous pensons dépend de ce que nous percevons. Ce que nous percevons détermine ce que nous croyons. Ce que nous croyons détermine ce que nous prenons pour être vrai. Ce que nous prenons pour être vrai est notre réalité. » (...)
55 
Reporters Sans Frontières, la liberté de la presse et mon hamster à moi.
Sur le site du magazine états-unien The Nation on trouve l’information suivante : Le 27 juillet 2004, lors de la convention du Parti Démocrate qui se tenait à Boston, les trois principales chaînes de télévision hertziennes des Etats-Unis - ABC, NBC et CBS - n’ont diffusé AUCUNE information sur le déroulement de la convention ce jour-là . Pas une image, pas un seul commentaire sur un événement politique majeur à quelques mois des élections présidentielles aux Etats-Unis. Pour la première fois de (...)
23 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas | Bernard Gensane
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.