Forum Al Jazeera Forum Doha Qatar 7-9 Feb. 2026

Intervention de S.E. Dr SEYED ABBAS ARAGHCHI Ministre des Affaires étrangères de la République islamique d’Iran

SEYED ABBAS ARAGHCHI

Excellences,
Chers collègues,
Mesdames et Messieurs,
السلام علیکم

C’est un privilège de m’adresser à vous dans le cadre de ce forum prestigieux et d’aborder la question profonde qui touche notre région : la PALESTINE.

Permettez-moi de commencer par un fait que la région a appris au cours de décennies d’expériences douloureuses, et que le monde est en train de réapprendre au prix d’un terrible coût humain : « La Palestine n’est pas une question parmi tant d’autres ».

La Palestine est la question déterminante de la justice en Asie occidentale et au-delà. Elle est la boussole stratégique et morale de notre région. Elle permet de vérifier si le droit international a un sens, si les droits de l’homme ont une valeur universelle et si les institutions mondiales existent pour protéger les faibles ou simplement pour rationaliser le pouvoir des forts.

Pendant des générations, la crise palestinienne a été principalement comprise comme la conséquence d’une occupation illégale et du déni d’un droit inaliénable : le droit d’un peuple à l’autodétermination. Mais aujourd’hui, nous devons reconnaître que la crise a largement dépassé le cadre de la seule occupation. Ce à quoi nous assistons à Gaza n’est pas simplement une guerre. Ce n’est pas un « conflit » entre des parties égales. Ce n’est pas un effet secondaire malheureux des mesures de sécurité. C’est la destruction délibérée de vies civiles à grande échelle. C’est un génocide.

Le coût humain des atrocités commises par Israël à Gaza a blessé la conscience de l’humanité. Il a déchiré le cœur du monde musulman et a également bouleversé des millions de personnes au-delà de celui-ci : des chrétiens, des juifs et des personnes de toutes confessions, qui croient encore que la vie d’un enfant n’est pas une monnaie d’échange, que la famine n’est pas une arme, que les hôpitaux ne sont pas des champs de bataille et que le massacre de familles n’est pas de la légitime défense.

La Palestine d’aujourd’hui n’est pas seulement une tragédie, c’est un miroir tendu au monde. Elle reflète non seulement la souffrance des Palestiniens, mais aussi l’échec moral de ceux qui avaient le pouvoir d’arrêter cette catastrophe et qui ont préféré la justifier, la permettre ou la normaliser.

Mais la Palestine et Gaza ne sont pas seulement une crise humanitaire. Elles sont devenues le théâtre d’un phénomène plus vaste et plus dangereux : un projet expansionniste mené sous le couvert de la « sécurité ».

Ce projet a trois conséquences, toutes trois profondes et alarmantes :

La première conséquence est mondiale. Le comportement du régime israélien en Palestine et l’impunité dont il bénéficie ont profondément porté atteinte à l’ordre juridique international. Nous devons le dire clairement : le monde s’oriente vers une situation où le droit international n’est plus respecté et ne régit plus les relations internationales.

Le plus dangereux est peut-être le précédent qui est créé : si un État dispose d’une couverture et d’une protection politiques suffisantes, il peut bombarder des civils, assiéger des populations, prendre pour cible des infrastructures, assassiner des individus au-delà des frontières et continuer à exiger d’être considéré comme légitime.

Ce n’est pas seulement un problème palestinien. C’est un problème mondial.

Nous assistons non seulement à la tragédie de la Palestine, mais aussi à la transformation du monde en un lieu où la loi est remplacée par la force.

La deuxième conséquence est régionale. Le projet expansionniste d’Israël a eu un impact direct et déstabilisateur sur la sécurité de tous les pays de la région.

Le régime israélien viole désormais ouvertement les frontières. Il enfreint les souverainetés. Il assassine des dignitaires officiels. Il mène des opérations terroristes. Il étend son influence sur plusieurs théâtres d’opérations. Et il le fait non pas discrètement, mais avec un sentiment de légitimité, car il a compris qu’il n’aura pas à rendre de comptes au niveau international.

Soyons francs : si la question de Gaza est « réglée » par la destruction et le déplacement forcé, si cela devient le modèle, alors la Cisjordanie sera la prochaine. L’annexion deviendra une politique.

C’est l’essence même de ce qu’on appelle depuis longtemps le projet du « Grand Israël ».

La question n’est donc pas de savoir si les actions d’Israël menacent uniquement les Palestiniens. La question est de savoir si la région acceptera un avenir dans lequel les frontières sont temporaires, la souveraineté conditionnelle et la sécurité déterminée non pas par le droit ou la diplomatie, mais par les ambitions d’un occupant militarisé.

La troisième conséquence est structurelle, et peut-être la plus dangereuse.

Le projet expansionniste d’Israël exige que les pays voisins soient affaiblis – militairement, technologiquement, économiquement et socialement – afin que le régime israélien conserve définitivement l’avantage.

Dans le cadre de ce projet, Israël est libre d’étendre son arsenal militaire sans limites, y compris les armes de destruction massive qui échappent à tout régime d’inspection. Pourtant, d’autres pays sont contraints de désarmer. D’autres sont poussés à réduire leur capacité défensive. D’autres sont punis pour leurs progrès scientifiques. D’autres sont sanctionnés pour avoir renforcé leur résilience.

Que personne ne s’y trompe : il ne s’agit pas ici de contrôle des armements. Il ne s’agit pas de non-prolifération. Il ne s’agit pas de sécurité.

Il s’agit de l’imposition d’une inégalité permanente : Israël doit disposer d’un « avantage militaire, stratégique et en matière de renseignement », tandis que les autres doivent rester vulnérables. Il s’agit d’une doctrine de domination.

Mesdames et Messieurs,

C’est pourquoi la question palestinienne n’est pas seulement une question humanitaire. C’est une question stratégique. Il ne s’agit pas seulement de Gaza et de la Cisjordanie. Il s’agit de l’avenir de notre région et des règles du monde.

Que faut-il donc faire ?

Il ne suffit pas d’exprimer son inquiétude. Il ne suffit pas de faire des déclarations. Il ne suffit pas de pleurer. Nous avons besoin d’une stratégie d’action coordonnée – juridique, diplomatique, économique et sécuritaire – fondée sur les principes du droit international et de la responsabilité collective.

Premièrement, la communauté internationale doit soutenir sans hésitation les mécanismes juridiques.

Deuxièmement, les violations doivent avoir des conséquences.

Nous appelons à des sanctions globales et ciblées contre Israël, notamment :

• un embargo immédiat sur les armes
• la suspension de la coopération militaire et en matière de renseignement
• des restrictions à l’égard des responsables
ET,
• l’interdiction du commerce

Troisièmement, nous avons besoin d’un horizon politique crédible fondé sur le droit. La communauté internationale doit affirmer :

• la fin de l’occupation
• le droit au retour et à l’indemnisation conformément au droit international

ET,

• la création d’un État palestinien unifié et indépendant avec Al-Quds Al-Sharif comme capitale

Quatrièmement, la crise humanitaire doit être traitée comme une question relevant de la responsabilité internationale urgente. Les punitions collectives ne doivent jamais être normalisées.

Cinquièmement, les États de la région doivent se coordonner pour protéger leur souveraineté et dissuader toute agression. Le principe doit être clair : la sécurité ne peut se construire sur l’insécurité des autres.

ET,

Enfin, le monde islamique, le monde arabe et les nations du Sud doivent construire un front diplomatique uni.

L’Organisation de la coopération islamique, la Ligue arabe et les organisations régionales doivent aller au-delà du symbolisme pour passer à une action coordonnée : soutien juridique, initiatives diplomatiques, mesures économiques et messages stratégiques.

Il ne s’agit pas d’une confrontation. Il s’agit d’empêcher que la région ne soit remodelée par la force.

Chers collègues,

Que personne ne se méprenne : on ne peut maintenir la stabilité d’une région en permettant à un acteur d’agir au-dessus des lois. La doctrine de l’impunité ne produira pas la paix, mais un conflit plus large.

La voie vers la stabilité est claire : justice pour la Palestine, responsabilité pour les crimes, fin de l’occupation et de l’apartheid, et un ordre régional fondé sur la souveraineté, l’égalité et la coopération.

Si le monde veut la paix, il doit cesser de récompenser l’agression.
Si le monde veut la stabilité, il doit cesser de favoriser l’expansionnisme.
Si le monde croit au droit international, il doit l’appliquer de manière cohérente et sans double standard.

Et si les nations de cette région aspirent à un avenir sans guerre perpétuelle, elles doivent reconnaître cette vérité fondamentale : la Palestine n’est pas seulement une cause de solidarité, elle est la pierre angulaire indispensable de la sécurité régionale.

Je vous remercie.

SEYED ABBAS ARAGHCHI

Traduction de l’anglais par LGS

 https://en.mfa.ir/portal/newsview/782663/Speech-by-HE-Dr-SEYED-ABBAS-ARAGHCHI-Foreign-Minister-of-the-Islamic-Republic-o
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