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Juan Barahona, leader populaire : "Le Honduras est un grand champ de luttes"

Je sais, je vais paraître répétitive mais vraiment les assemblées du dimanche du STIBYS (Syndicat des Travailleurs de l’Industrie de Boissons et dérivés) à Tegucigalpa, peuvent exciter la personne la plus froide de la planète. Explosion de joie de résister, de chants, de slogans, aliments préparés par des mains volontaires pour permtettre aux résistants de tenir bon.

C’est l’occasion de connaître Juan Barahona, coordinateur du Front National contre le Coup d’État au Honduras, qui depuis l’école secondaire, lorsqu’il était encore adolescent, a consacré sa vie à la lutte avec les pauvres, avec les plus pauvres.

Ce mouvement national qu’il coordonne me surprend par sa capacité d’agglutiner, de forger un accord entre forces progressistes, celles-là même qui avant le 28 juin, restaient incapables de dialoguer entre égaux.

En parlant avec Juan, un homme plein d’optimisme et de bonne humeur, les chansons de la Résistance tapissent le fond de l’interview. C’est la piste sonore des jours historiques, douloureux, pleins d’espoir et de souffrance, de colère et d’impuissance face à la violence gratuite du gouvernement putschiste de Gorilletti, pardon, Micheletti et ses employés serviles.

"Honduras, le peuple est avec toi"... "Honduras, un peuple qui en se tait pas//Honduras résiste dans la bataille//pour que revienne José Manuel Zelaya", tels sont les mots de l’Hymne de la Résistance, écrit et offert au peuple hondurien par Abiayala, un groupe vénézuélien, une maniére d’aider les rebelles à lutter contre le terrible, violent coup d’État du 28 juin qui a vu l’enlévement et la déportation du président démocratiquement élu Manuel Zelaya Rosales.

Juan Barahona raconte. Le Front National contre le coup d’État est né le 29 juin exactement alors que le peuple hondurien en pleine révolte se répandait dans les rues, encore secoué par le putsch et cependant la décision était déjà prise : la lutte viserait le retour du président Zelaya et l’Assemblée Constituante, jusqu’á la victoire.

Ce jour de juin ls gens ont commencé à se rendre compte qu’ils avaient besoin d’une structure qui leur permette de réaliser la coordination - celle qui actuellement rassemble les secteurs populaires, les indigènes, les maîtres, les féministes en résistance, la population afrodescendante "Garifuna", les médecins, les syndicalistes, les paysans, les travailleurs, une partie des petites et moyennes entreprises, des jeunes et des étudiants, un secteur de l’Église Catholique et évangélique contre le coup d’État, les artistes contre le coup d’État, les avocats contre le coup d’État - et de construire une stratégie de dialogue avec la Coordination du Parti Libéral contre le coup d’État et avec le Parti d’Unificación Democrática.

Personnellement, je suis très intéressée par ce que me dit Juan Barahona de la stratégie du Front, qui se base sur une structure horizontale, participative, plus typique des mouvements sociaux que des partis politiques traditionnels. Les gens sont fatigués de l’élection de représentants corrompus, qui ne respectent pas les promesses faites pendant les campagnes électorales ni leurs engagements, une fois conquis leur "petit" espace de pouvoir.

Le fait nouveau est que certains de ces partis politiques traditionnels sont d’accord avec le changement et le travail au coude à coude avec le Bloc Populaire, le secteur du Front qui rassemble ce peuple hors des partis politiques.

Juan me dit que le coup d’État ne les a pas pris au dépourvu : la rapidité de l’organisation est due aussi à un travail en profondeur dans les quartiers et dans les lieux de travail, dans les assemblées populaires pour informer, préparer la population, qui a permis la projection nationale du Bloc Populaire né le 2 mai 2000, avec ses caractéristiques d’anti-mouvement, anti-systéme et anti-modéle.

La confrontation avec le gouvernement néo-libéral a été très difficile dès le début. En août 2003 le Bloc Populaire a "gagné la rue" en réussissant à convoquer une grève nationale dans la capitale, phénomène qui réussit à paralyser les quatre entrées de la ville. Dans d’autres occasions tout le pays a été paralysé par les bloquages des routes principales du Honduras.

La chose qui m’impressionne beaucoup est le fait que la communauté rebelle considére Zelaya comme un leader indiscutable. Juste avant la conversation avec Juan, le président démocratiquement élu et assiégé dans l’Ambassade du Brésil à Tegucigalpa depuis le 21 septembre, a téléphoné à Barahona et a salué son peuple, au milieu de nombreuses marques d’affection et de joie.

"Nous devons continuer à crier nos vérités, les putschistes tentent de nous faire taire pour perpétrer leurs crimes en toute impunité mais nous ne pouvons pas le permettre, je suis la solution au coup d’État, et non le problème comme dit Micheletti" dit Zelaya.

Réellement, je crois malheureusement que la communauté internationale n’agit pas avec la fermeté suffisante pour obtenir une solution démocratique ; par exemple, une délégation de l’Union Européenne qui s’est réunie pour signer un Accord d’Association entre Amérique Centrale et Europe, a préféré "étudier" depuis le... Costa Rica ! ce qui se passe au Honduras. Sa seule préoccupation était de résoudre le problème du contrat bananier sans trop se rapprocher des rebelles, histoire d’éviter une mystérieuse fièvre progressiste.

Intriguée et fascinée par l’appui au Président, je demande si le Bloc Populaire a appuyé Zelaya dès le début de sa campagne électorale. Sincére, Barahona m’explique que les gens se méfiaient de son origine bourgeoise et que le rapprochement ne s’est opéré qu’a partir d’accords concrets tels que la réduction du prix de l’essence, l’ouverture à l’ALBA (Alliance Bolivarienne pour les Peuples de Notre Amérique) et plus particuliérement la hausse du salaire minimum.

Lorsque Mel comme l’appellent affectueusement ses partisans, a proposé la consultation sur la "quatrième urne" (pour que le peuple se prononce sur la possibilité de convoquer une assemblée constituante), l’ensemble du mouvement s’est disposé à continuer la lutte ensemble. Et comme l’explique Juan "nous sommes disposés à mener de plus belle la lutte, pacifiquement, jusqu’au bout , fidèles á tous les nôtres qui sont tombés, leur mort ne fut pas vaine".

Tandis que Juan prononce cette phrase, un rebelle du Front l’entend et crie dans mon enregistreur un slogan parmi tant d’autres : "Sang des martyrs, semence de liberté". Mais... toute cette énergie, cette conviction et ce dévouement absolu pour la nation, comment sont-il nés chez Juan ?

Le dirigeant syndical, dans un sourire franc, honnête, me dit que dès la secondaire il était jeune militant. Il suivait les cours au Collège le plus grand du Honduras mais aussi de toute l’Amérique Centrale, l’Institut Central Vicente Cáceres. Ici il a aussi appris à lutter dans la rue pour défendre les droits des étudiants. "Cet institut est célèbre pour avoir formé des leaders qui ont lutté pour les causes justes des années 70 et 80 et qui poursuivent aujourd’hui la bataille, puisque nous sommes entrés en résistance. Ils ont enseigné á leurs étudiants á défendre l’école publique, á garder la force, le courage et la volonté de défendre leur pays et d’exiger une nation nouvelle". Tandis que Juan me parle, je me dis qu’il faut réellement envier la force de cet homme, qui a eu récemment 55 ans, le 12 juillet, et n’a pu fêter tranquillement son anniversaire avec les siens parce qu’il était dans les rues, entouré de l’affection de tout un peuple.

Je fixe mon regard sur le béret avec l’image du Che Guevara, un symbole de Barahona, qui permet de le reconnaître de maniére rapide parmi les centaines de "marcheurs" comme on appelle les résistants, lorsque nous nous retrouvons sur les lieux de la réunion tous les matins.

Un symbole si emblématique que, dans le dialogue entre les deux délégations, l’une de Zelaya et celle des putschistes, mené dans un hôtel 4 étoiles et très snob, il lui est resté fidèle. Le compagnon Barahona n’a pas abandonné le Che Guevara ni ses jeans ; c’est pour cela qu’il est apprécié à ce point par les membres du Front : tout leader d’un mouvement est aimé dès qu’il est cohérent avec ses idéaux.

"Compañera, puisque vous avez ce badge de Mel je suppose que vous êtes de la résistance, alors s’il vous plaît dites à Juan Barahona, qu’il m’a ému lorsque j’ai vu comment il était vêtu dans cet hôtel des riches. Il ne portait pas de veston ni de cravate et le Che Guevara a été présent dans le dialogue, dites-lui que les gens l’aiment parce qu’ils n’aiment pas les apparences vides" dit le chauffeur de taxi qui me ramène à la maison oú je logeais. Quand je lui ai rapporté ces propos, Juan m’a regardée avec son large sourire et m’a dit : "je me sens heureux quand les gens comprennent pleinement ma façon de penser, je serai toujours avec eux ; chère amie je suis heureux de ce que vous nous accompagniez dans ces heures difficiles, la presse internationale progressiste est celle qui nous permet de vivre, d’avoir une voix pour crier dans les oreilles des sourds du monde. Le tyran veut nous jeter à l’oubli, au silence, pour que personne ne sache rien des viols, des tortures, des abus de pouvoir que subit le peuple hondurien".

"Les choses qui se sont passées ici sont la cause de la présence du peuple hondurien dans la rue, et il le restera aprés le retour du président Zelaya au pouvoir, et aprés la formation de l’Assemblée constituante, dés que nous pourrons l’organiser".

"Les honduriens ont finalement opéré un tournant dans leur vie, les hommes d’aujourd’hui, ceux d’après le 28 juin, ne sont plus les mêmes que ceux d’avant le 28 juin, nous avons appris à lutter beaucoup plus dans ces derniers quatre mois que dans les dernières 90 années".

Je me rappelle les mots de Fidel Castro au sujet du Honduras : "Nous avons vu naître une nouvelle conscience dans le peuple hondurien. Toute une légion de militants sociaux a blanchi sous le harnais de cette bataille. Zelaya a tenu sa promesse de rentrer. Il a le droit d’être rétabli au gouvernement et de présider les élections. De nouveaux et d’admirables cadres sont en train d’émerger des mouvements sociaux combatifs, et ils sont devenus capables de guider ce peuple sur les voies difficiles que doivent frayer les peuples de Notre Amérique. Une révolution y est en gestation."

Ida Garberi
responsable de la page web en italien de Prensa Latina.

http://www.larevolucionvive.org.ve/spip.php?article629

Traduction : Thierry Deronne, pour www.larevolucionvive.org.ve

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