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Le "Concept de Révolution" chez Fidel

On trouvera ci-dessous le « concept de révolution » proposé par Fidel tout au début du discours qu’il prononce le 1er mai 2000, sur la place de la Révolution. Le pays est alors engagé depuis plusieurs mois dans une bataille gigantesque pour arracher le petit Elián González aux mains de la fausse famille qui l’a séquestré à Miami. Nous sommes en plein dans cette bataille d’idées » que Fidel a lancée justement dans ce but et qui a pour but une conscientisation accrue de la population, alors que Cuba est quasiment la seule au monde, non seulement à vouloir perpétuer la construction du socialisme, mais encore à en prendre les moyens. Ce fragment a été repris fréquemment depuis et utilisé comme enseignement à suivre. Et il a même acquis une importance telle que, dans le cadre des hommages que le peuple cubain est en train de rendre à son guide, tous les Cubains qui le veulent sont invités à signer de leur nom et à ratifier ce « concept » considéré désormais comme un des grands legs de Fidel. On le verra à la lecture, c’est une conception viscéralement morale qu’il traduit. S’il est, en effet, une caractéristique essentielle de la Révolution cubaine, c’est bien qu’elle fait constamment appel au meilleur de l’homme, qu’elle aspire – selon l’idée que le Che n’a pas inventée, même s’il lui a donné tout son prestige et ses lettres de noblesse – à créer « l’homme nouveau » en même temps qu’elle transforme et bouleverse les structures et la vie matérielles. Fidel n’a cessé d’insister sur cette nécessité de modifier le spirituel si l’on veut que la transformation du matériel prenne tout son sens. À cet égard, la Révolution cubaine est profondément « humaniste », n’en déplaise à certains marxistes dogmatiques qui voient là un retour regrettable au jeune Marx encore hégélien. Des millions de Cubains ont sûrement déjà signé solennellement ce « concept » et continueront de le faire les jours prochains dans des milliers de locaux préparés à ces fins, devant la reproduction en grand de ce texte et devant la seule photo « officielle » qui préside à cet hommage national : Fidel en guérillero, vu de profil, le sac au dos dans la Sierra Maestra. C’est un peu, mutatis mutandis, le scénario vécu en juin 2002 : face à la politique très agressive de l’administration Bush fils, résolument décidée à obtenir ce qu’aucune des précédentes n’avait obtenu, liquider la Révolution cubaine, 8 198 237 Cubains votèrent un amendement à la Constitution aux termes duquel le socialisme à Cuba était irréversible et irrévocable (soit dit en passant, la Constitution française a prévu ce même cas de figure puisque son article 89 stipule : « La forme républicaine du Gouvernement ne peut faire l’objet d’une révision ») et qu’aucun gouvernement ne pouvait établir de relations avec une nation étrangère en butte à des pressions ou à des menaces.

Les scènes qui se sont déroulées pendant toute la journée tant à La Havane que dans le reste du pays prouvent bien ce que Fidel représente pour l’immense majorité du peuple cubain et combien, dix ans après son retrait de la vie publique, il reste la figure grandiose, la figure tutélaire de cette Révolution qui, même si elle est l’œuvre du peuple cubain tout entier, n’existerait pas et ne s’expliquerait pas sans lui. Assistant à ces scènes de douleur parfois déchirante, je me demandais : quel « dirigeant » occidental est-il capable à sa mort d’arracher des larmes si vraies et des sentiments d’amour, de reconnaissance et d’identification si vibrants ?

Jacques-François Bonaldi (La Havane)

« Révolution, cela veut dire avoir le sens du moment historique ; cela veut dire changer tout ce qui doit être changé ; cela veut dire l’égalité et la liberté pleines ; cela veut dire être traité soi-même et traiter autrui comme un être humain ; cela veut dire nous libérer par nous-mêmes et par nos propres efforts ; cela veut dire défier de puissantes forces dominantes dans l’arène sociale et nationale et au-dehors ; cela veut dire défendre des valeurs auxquelles on croit au prix de n’importe quel sacrifice ; cela veut dire modestie, désintéressement, altruisme, solidarité et héroïsme ; cela veut dire lutter avec audace, intelligence et réalisme ; cela veut dire ne jamais mentir, ne jamais violer de principes moraux ; cela veut dire conviction profonde qu’il n’existe pas de force au monde capable d’écraser la force de la vérité et des idées. Révolution, cela veut dire unité, cela veut dire indépendance, cela veut dire lutter pour nos rêves de justice en faveur de Cuba et en faveur du monde, qui est la base de notre patriotisme, de notre socialisme et de notre internationalisme. »

Je voulais conclure ici, mais, le relisant, je ne résiste pas au plaisir de reproduire la fin de cette allocution de Fidel : face à quelqu’un qui semble – qui l’eût cru ? – encore plus taré, plus crétin, plus analphabète, sans parler de ses positions politiques, que le locataire de la Maison-Blanche en l’an 2000, qui incarne encore mieux que lui ce que les États-Unis ont de pire, et qui, comme celui-ci, en Yankee typique, commence, vis-à-vis de la Révolution cubaine, à rouler des mécaniques et à se donner des allures de matamore, les avertissements de Fidel voilà seize ans prennent (ou reprennent) une actualité étonnante, parce que, exception faite du terrorisme, rien n’a beaucoup changé sur le fond dans les rapports entre les USA et Cuba...

Nos pères qui ont lancé la tradition héroïque de notre patrie face aux visées annexionnistes des États-Unis vis-à-vis de Cuba, voilà deux cents ans, nous ont appris que les droits, on les exige, on ne les mendie pas ! Rien ne sera facile pour Cuba à l’avenir. Quarante années de résistance à des agressions et à des injustices de toute sorte et la bataille d’idées que nous livrons sans relâche depuis cinq longs mois nous ont beaucoup fortifiés. Nous nous battrons sans trêve contre la loi assassine dite d’Ajustement cubain, contre la cruelle loi Helms-Burton dont les auteurs sont passibles – selon les traités signés en 1948 et 1949 et souscrits tant par Cuba que par les États-Unis – de condamnation pour crime de génocide ; nous nous battrons contre la loi dont l’auteur, Robert Torricelli, est l’allié de la mafia terroriste de Miami ; nous nous battrons contre le blocus et la guerre économique auxquels notre peuple a su résister durant presque un demi-siècle ; nous nous battrons contre les activités subversives qui se réalisent depuis les États-Unis pour nous déstabiliser, y compris le terrorisme, et nous nous battrons pour qu’ils rendent enfin à notre patrie le territoire qu’ils y occupent illégalement. Nous tiendrons tous les engagements que nous avons juré de tenir à Baraguá face à la mémoire indélébile et immortelle du Titan de bronze.

[…]

Il serait sage que les dirigeants actuels et futurs des États-Unis comprennent que David a grandi. Il s’est converti en un géant moral dont la fronde ne lance pas des pierres, mais des exemples et des idées face auxquels le Goliath aux finances, aux richesses colossales, aux armes nucléaires, aux techniques les plus perfectionnées et au pouvoir politique mondial qui repose sur l’égoïsme, la démagogie, l’hypocrisie et le mensonge, se retrouve sans défense.

[…]

Les peuples d’un monde ingouvernable, qui souffrent de la pauvreté et de la misère, toujours plus exploités et mis à sac, seront nos meilleurs compagnons de lutte. Pour coopérer avec eux, nous ne disposons pas de ressources financières. Nous pouvons compter en revanche sur un capital humain extraordinaire et dévoué qui fait défaut et fera toujours défaut aux pays riches.

Vive le patriotisme !

Vive le socialisme !

Vive l’internationalisme !

La patrie ou la mort !

Nous vaincrons !

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