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Fascisme ordinaire, dites-vous ?

Quand un événement poétique international comme l’est le Marché de la poésie décide d’offrir la présidence à titre honorifique de sa quarantième édition, consacrée à la poésie caribéenne, à quelqu’un qui est précisément des Antilles (comme on disait avant...), dont l’œuvre dans ce domaine de création a atteint par sa qualité, sa beauté, son rayonnement et sa richesse une reconnaissance internationale qui l’égale à celle d’un Aimé Césaire, pour ne prendre qu’un point de comparaison, on ne peut qu’applaudir à deux mains et se féliciter d’un choix avisé et judicieux qui fait honneur à ceux qui l’ont exprimé. Alors, comment se fait-il que, pour d’autres, il s’agisse du pire, du plus ignominieux des choix ? Eh ! bien, parce que cette femme a, à leurs yeux, un tort sans rémission : elle est Cubaine, elle aime son pays – sa patrie, dit-elle – elle en est fière, elle y vit, et surtout, horresco referens, elle va jusqu’à le défendre, lui et le « régime dictatorial » qui, selon eux, y sévit depuis maintenant soixante-quatre ans ! Et puis, aussi – mais ça, bien entendu, les contempteurs s’en récrieront – elle est Noire. Bref, Cubaine, noire, « communiste »... Trop, c’est trop ! Sur l’autre plateau de la balance, son œuvre poétique et son action culturelle ne pèsent pas assez. Et voilà pourquoi les organisateurs du 40e Marché de la poésie viennent de retirer à Nancy Morejón la désignation de présidente d’honneur. Je ne vais pas entrer en détail dans sa vie, la moindre recherche sur Internet permet de savoir qui c’est.

Oh, ça ne s’est pas fait tout seul, croyez bien, et il vaut la peine d’y aller voir de plus près. Trois protagonistes : un certain Jacobo Machover, le Pen Club français et les organisateurs du Marché.

Pour Jacobo Machover (et pour d’autres de son acabit), la Révolution cubaine vue en absolu négatif est son fonds de commerce. Par un curieux phénomène qui relève du pathologique, il ne vit que d’elle : le jour où elle disparaîtra, ce qu’il appelle de ses vœux quotidiens, il disparaîtra avec elle. (Mais il sait, sans le dire, qu’il a encore de beaux jours devant lui !) En tout cas, c’est un vieux briscard, on le voit s’agiter sur toutes les barricades « anticastristes », il a même fait le coup de poing devant l’ambassade cubaine à Paris en 2003, il pourfend à dextre et à senestre, frappant d’estoc et de taille tout ce qui ressemble de près ou de loin à l’ombre d’un « castriste » ; tous ses ouvrages relativement nombreux, et jusqu’à sa thèse (de doctorat ?), traitent du même thème par un biais ou par un autre : le « castrisme ». Bref, un spécialiste. Mais un spécialiste d’un genre un peu spécial, à la manière des astronomes (j’allais écrire : astrologues) qui ne voient jamais leur objet d’étude que de loin. Parce que ce monsieur a abandonné de l’île avec sa famille quand il avait neuf ans (d’autres sources disent : six), en 1963 (la Révolution en avait quatre), qu’il n’y a jamais plus remis les pieds depuis et qu’il n’a donc aucun vécu cubain « adulte », ni « réfléchi » dans son expérience vitale. Et que, par conséquent, il ne saurait se faire passer pour un « exilé » (parce que l’exil est un choix, non une obligation), comme il le dit dans sa « Lettre ouverte ». Eh ! oui, parce que la disqualification de Nancy Morejón, reconnaissons-lui ce titre de gloire, vient de lui.

Donc, monsieur Machover, horripilé devant cette désignation, écrit au Pen Club français – qui tient à préciser dans son Communiqué postérieur que l’auteur d’origine cubaine vient d’y adhérer – une Lettre ouverte qui est, c’est le cas de le dire, tout un poème ! Allons donc y voir de plus près :

J’ai appris avec consternation que la poétesse cubaine Nancy Morejón allait occuper la présidence d’honneur de l’édition 2023 du Marché de la Poésie, qui se déroulera du 7 au 12 juin, place Saint-Sulpice à Paris.

Je préfère attribuer cette décision à l’ignorance des responsables plutôt qu’à une complicité affichée avec les autorités culturelles du régime dictatorial de Cuba, le pays où je suis né et dont je suis exilé.

J’aimerais simplement vous rappeler que cette poétesse est actuellement la directrice de la revue Unión, l’organe de la très officielle Union des écrivains et artistes de Cuba, qui n’admet dans ses rangs que les intellectuels qui font allégeance au pouvoir et dont tous les dissidents et éléments critiques sont impitoyablement exclus.

Curieux, ce genre de littérature où il existe un vocabulaire, presque un dictionnaire, bien arrêté où puisent inaltérablement « dissidents » et « exilés », de quelque part du monde qu’ils soient : bien entendu, l’inévitable « régime dictatorial » vient en premier lieu, mais « être officiel » (oficialismo en espagnol), « allégeance au pouvoir », « impitoyablement exclus » font partie de la panoplie linguistique d’usage. Mais qu’a donc fait Nancy Morejón, en plus d’être directrice d’une revue mensuelle au tirage limité et sans grande diffusion nationale, pour encourir les foudres horrifiées de Machover. Eh ! bien, voyez-vous, elle signe avec bien d’autres des déclarations en faveur de la Révolution cubaine et de son régime honni !

À ce titre, elle figure parmi les premiers signataires d’un « Message » d’éducateurs, journalistes, professeurs, écrivains, artistes et scientifiques cubains, résidant encore dans l’île (pour combien de temps ? : nombre d’entre eux s’en échappent dès qu’ils en ont l’opportunité), épaulés par leurs « collègues » étrangers, parmi lesquels figure en première place le journaliste Ignacio Ramonet, biographe officiel de Fidel Castro et du Vénézuélien Hugo Chávez, daté du 5 octobre 2022 et signé à La Havane.

[Il n’allait pas rater l’occasion d’épingler au passage leur bête noire à tous, Ignacio Ramonet... !]

Que dit ce message ?

« Nous sommes partie intégrante des millions de Cubaines et de Cubains qui avons été formés par la Révolution et qui défendent ses valeurs. »

[Curieux que quelqu’un qui vit depuis si longtemps en France, qui est maître de conférences à l’Université d’Avignon, continue de faire d’aussi lourdes fautes de style et de grammaire en copiant une construction espagnole ! Soit c’est « nous », soit c’est « ils ».]

« Nous nous identifions avec l’effort et l’abnégation des autorités cubaines. Conscients des difficultés et des erreurs, le Parti et le gouvernement dirigent la récupération et y participent directement. »

« La répression n’existe que dans les messages qui incitent à la violence (...) »

« Nous condamnons les discours de haine, la diffamation, les déformations de la réalité. »

« (...) Nous défendons la vérité de Cuba. »

La vérité ? Elle n’est pas de ce côté-là, mais de celui des plus d’un millier de prisonniers politiques, arrêtés au cours ou en marge des manifestations pacifiques qui ont eu lieu les 11 et 12 juillet 2021 dans tout le pays et ont été durement réprimées. Les messages « qui incitent à la violence » et les discours « de haine » proviennent en réalité de ceux qui, dans l’ile et en exil, réclament leur libération et l’arrêt de la répression, y compris contre d’autres manifestants pacifiques arrêtés le 7 mai 2023 à Caimanera, une ville de l’est de Cuba. Parmi les personnes détenues et condamnées à des peines démentielles de prison, figurent plusieurs courageux artistes, écrivains et poètes, qui refusent de se plier à l’obligation pour tous, intellectuels et gens du peuple, de se livrer en permanence à l’éloge du régime.

De nouveau, Machover puise dans le vocabulaire langue de b0is dont lui et ses confrères ont le secret : à Cuba, par définition, tous les prisonniers sont « politiques » ; toutes les manifestations et tous les manifestants sont « pacifiques » ; elles sont toutes et toujours « durement réprimées » ; la « répression » doit « cesser » ; les « peines » sont toujours « démentielles » ; les artistes, écrivains et poètes (mais pas les autres ?) sont toujours « courageux » ; le pauvre peuple cubain doit « en permanence faire l’éloge du régime ». Bref, c’est cliché lassant après cliché lassant, ce qui démontre, en tout cas, leur propre carence d’inventivité.

Bien entendu, monsieur Machover fait un choix bien délibéré dans un « Message » qui en dit bien plus et qui offre un contexte qu’il gomme soigneusement. Sa Lettre ouverte ne produit aucune explication sur les faits du 11 juillet par exemple. Et ce ne sont pas les lecteurs qui iront en chercher une. Il faut croire sur parole, reprendre sans ciller le récit des médias « bien-pensants » dont on sait maintenant depuis longtemps que le mensonge est leur pain quotidien. Comme il fallait s’y attendre, Machover puise aux sources qui lui conviennent. Les manifestations du 11 juillet – préfabriquées et préparées de l’étranger grâce aux réseaux sociaux pour déclencher un « printemps cubain » – ont été loin d’être « pacifiques », à moins que des jets de pierre sur les policiers et leurs voitures, le renversement et l’incendie de ces mêmes voitures, les destructions de devantures de magasins et leur pillage, le blocage de rues avec des poubelles incendiées, les attaques à main armée, n’entrent dans cette catégorie ! Par ailleurs, les manifestations ne se sont pas déroulées – mais là Machover traduit un vœu en forme d’acte manqué – dans tout le pays, et n’ont réuni qu’une partie absolument infime de la population, alors que l’écriture veut nous faire croire qu’elles sont massives et presque pain quotidien. La justice n’a condamné que les auteurs d’exactions directes, et pas à des peines démentielles, juste celles que prévoit la loi.

Et si ces casseurs cubains sont des « prisonniers politiques », comment appeler ceux qui s’infiltrent dans les manifestations pacifiques dans toutes les villes de France ! En tout cas, les victimes cubaines de la répression censément impitoyable déclenchée par le « régime » n’ont perdu, elles, aucun œil, aucune main, ni aucun autre organe, comme cela s’est passé et continue de se passer en Macronie ! Quand on voit avec quel harnachement (j’allais écrire : acharnement, mais c’est tout aussi valable...) les polices antiémeutes du reste du monde, dont celle du premier (mais plus pour si longtemps, heureusement) monde dissolvent les manifestations, et que l’on sait comment a agi, en ce fameux 11 juillet, celle d’ici qui n’avait même pas de tenue ad hoc, on peut se demander de quel côté on réprime durement !

Mais, Machover prêche à des convertis et part gagnant : ce genre de tableau dantesque fait partie de la vision habituelle dont on bourre les yeux des aveugles, et ce ne sont pas ses lecteurs du Pen Club qui iront y fouiner de trop près... Notre défenseur de la liberté d’expression, en tant que nouveau membre à part entière du Pen Club, va donc le faire pour eux, remontant, faute de mieux, à vingt ans en arrière, à ce qui fut presque pour lui un moment de gloire, quand il descendit dans la lice et se fit mieux c0nnaître :

La poétesse Nancy Morejón est coutumière de ce genre de pétitions, visant à justifier les plus abominables crimes gouvernementaux. Ainsi, au cours du « printemps noir » 2003, il y a tout juste vingt ans, elle avait déjà paraphé un autre « Message » adressé aux « peuples du monde » pour appuyer l’exécution par les autorités de trois jeunes Cubains qui avaient tenté de détourner un bateau pour s’échapper de la prison que représentait Cuba pour eux et pour des millions d’exilés. Cette missive appuyait également l’emprisonnement et la condamnation de 75 dissidents à des peines allant jusqu’à vingt-huit ans.

Bien entendu, là, de nouveau, pas de contexte : le « castrisme » est un monstre sanguinaire qui ne s’ébat que dans le sang, en tous lieux et en tous temps, un point c’est tout ! Rappeler que Cuba était alors victime d’une vague de détournements d’avions et de bateaux dont les auteurs aboutissant toujours aux Etats-Unis étaient reçu à bras ouverts en héros, et non en délinquants ou terroristes, rappeler que l’administration Bush avait envoyé à la Section d’intérêts à La Havane (il n’y avait pas d’ambassade alors) un certain Cason dont la mission déclarée était de faire tout son possible pour liquider ce chancre à cent quarante kilomètres des côtes étasuniennes, rappeler que Bush avait déclaré sa guerre mondiale au terrorisme, autrement dit non aux vrais terroristes, dont beaucoup nés et grandis sous l’aile de Washington, mais aux gouvernements qui n’étaient pas à la botte, rappeler que ces « trois jeunes Cubains » avaient détourné un bateau avec des passagers à bord (dont des étrangers) qu’ils avaient pris en otage, ce qui est un crime punissable partout, que vous le vouliez ou non, monsieur Machover, et que les forces spéciales du ministère de l’Intérieur cubain parvinrent, même pas armées, à libérer ces otages et à capturer ces délinquants sans coup férir, serait-ce trop demander ? Eh ! bien, oui, soixante-quinze délinquants ont été condamnés à des peines de prison et les trois pirates de la mer à la peine capitale. Après ça, les détournements aériens et maritimes ont cessé.

Curieuse vision des choses, d’ailleurs : apparemment, commettre un crime (prendre des gens en otage) n’en est plus un dès lors que c’est pour échapper au castrisme ! Ce qui a été d’ailleurs la logique en place à Washington : des gens ayant assassiné pour « fuir le communisme » étaient reçus, je le répète, en héros et exonérés de toute faute, ce qui constituait bel et bien un encouragement à continuer de le faire. Mais pourquoi parler au passé ? Le mois dernier, deux Cubains ont volé jusqu’aux Etats-Unis, l’un en s’emparant d’un avion de fumigation qu’il pilotait et l’autre d’un ULM de tourisme : on les a reçus à bras ouverts, sans renvoyer à Cuba, comme le droit l’exige, ni les individus ni les appareils...

Voilà dans quel contexte concret Nancy Morejón a signé, avec bien d’autres, ce « Message » qui scandalise Jacobo Machover. Si celui-ci avait vécu alors à Cuba, il aurait constaté, soit dit en passant, que la majorité de la population cubaine était d’accord avec l’application de la peine capitale, qu’elle considérait comme une mesure de légitime défense face à la menace que représentait la politique de Bush fils. Mais, de ça, bien entendu, les gens comme Machover ne vous causeront jamais : dans leur récit, il y a toujours un énorme trou noir, l’absence des Etats-Unis, qui sont, hélas pour Cuba, la surdétermination qui informe (ou malforme) toute son existence, et pas seulement depuis 1959 ! Quant à la guerre économique impitoyable que la plus grande puissance de notre époque – et sans doute la plus sans scrupules et sans parole qu’ait connue l’Histoire – lui livre depuis maintenant plus de soixante ans, vous n’en entendrez jamais parler...

Parmi ces opposants figuraient d’innombrables poètes. Le plus connu d’entre eux était Raúl Rivero, décédé en exil en 2021, que j’avais eu l’honneur de traduire et de faire publier dans un volume intitulé Mandat de perquisition aux éditions Al Dante, l’une des maisons d’édition qui participent régulièrement au Marché de la Poésie. D’autres écrits de ce grand intellectuel ont paru chez Gallimard.

Nancy Morejón, que le grand poète Reinaldo Arenas, mort en exil en 1990, critiquait déjà ouvertement il y a des décennies, est une complice et une propagandiste active du régime castriste, en place depuis plus de 64 ans !

« D’innombrables poètes »... Mazette ! La dictature, en tout cas, a quelque chose de bon : elle fait fleurir la poésie ! A moins que ce ne soit le résultat de l’obligation faite au petit peuple d’encenser le « régime » ! Ces anticastristes sont tellement obsédés qu’ils ne se rendent même pas compte des sottises qu’ils écrivent ! Quant à la référence Gallimard comme synonyme de qualité, ça, c’était à une autre époque bien révolue ! J’ai travaillé comme vendeur à la librairie Gallimard de la rue Raspail en 1969-1970, et je peux assurer qu’on veillait jalousement à ne pas ternir le prestige de celle qui se flattait de posséder le plus important fonds d’auteurs français et qui ne serait pas abaissée à l’époque à publier les piteux romans d’une Zoé Valdés ! (Qui semble d’ailleurs avoir complètement disparu de la circulation, elle qui rivalisait avec Machover à qui criaillerait le plus fort et occuperait le plus le devant de la scène...) Mais enfin, c’est de bonne guerre : il faut faire croire à l’opinion publique que les « innombrables » poètes et écrivains cubains meurent soit en prison soit en exil.

Et notre défenseur de la liberté de conclure :

Il est parfaitement incongru de lui attribuer la présidence d’honneur du Marché, une manifestation culturelle qui est aussi une affirmation de la liberté d’expression dans le monde. Sa réputation et son image en seraient considérablement ternies.

Je vous demande instamment de corriger cette faute et de retirer à Nancy Morejón l’honneur qui lui a été malencontreusement attribué. Cela ne pourrait que contribuer à la liberté de Cuba, et bien sûr de sa poésie et de sa littérature, qui constituent le patrimoine commun de tous les écrivains et poètes à travers le monde.

Je ne vois pas, soit dit en passant, en quoi destituer Nancy Morejón contribuerait à la liberté de Cuba, mais enfin, quand on se bat depuis tant d’années pour une cause si perdue, on se console comme on peut...

Fin du premier épisode. Le lanceur d’alerte est intervenu. Que va faire le destinataire, un certain André Spire, président du Pen Club français ? Sachant en quoi consiste ce club et quels sont ses affiliés, on pouvait être sûr qu’il ferait chorus, et on ne se trompe pas. Qu’affirme donc le communiqué :

Stupéfaits, les membres du PEN Club français ont souhaité vérifier ces allégations. Aidés par le PEN des écrivains cubains en exil, et des auteurs et artistes cubains exilés, nous avons recueilli quelques informations.

Ainsi donc, il existe un « Pen des écrivains cubains en exil » ? Fondé en 1997 à... allez, ce n’est pas difficile à deviner... oui, vous avez gagné : à Miami ! Auprès duquel l’honorable confrérie va chercher confirmation. Un soupçon d’objectivité n’aurait-il pas dû inciter Spire à s’adresser aussi aux Cubains de Cuba ? Mais enfin, passons. Le Pen Club ne serait pas le Pen Club s’il avait agi autrement. Et, bien entendu, les informations puisées à ces sources confirment l’horrible attitude de l’épouvantable Nancy Morejón ! Spire reprend à son compte la fameuse déclaration de 2003. Et en rajoute une nouvelle couche dont on ne sait si elle est à ses yeux plus grave que l’autre.

Ainsi, en juin 2011, Nancy Morejon a trouvé du bon dans la fameuse « Adresse de Fidel Castro aux intellectuels », de 1961, un texte extrêmement intelligent, vu le contexte conflictuel dans lequel s’était déroulée la réunion qu’elle concluait, que ces messieurs du Pen Club, on peut le parier, n’ont jamais lu et que les « exilés », toujours aussi paresseux, ramènent toujours à une seule phrase (sur un texte d’une soixantaine de pages) qui, sortie de son contexte, ne veut absolument rien dire ou veut tout dire et son contraire...

Pis encore, pour prouver à quel point Nancy Morejón est récidiviste, Antoine Spire (mais je suspecte en fait que le communiqué est rédigé tout bonnement par le nouvel adhérent au Pen Club) hoquète :

Ailleurs, pour commémorer un anniversaire de la mort de Fidel Castro en novembre 2016, Nancy Morejon déclarait en 2021, en pleine pandémie : “Fidel était un artiste.”

Autrement dit, passe encore qu’elle reprenne des idées de Fidel, mais qu’elle admire le bonhomme en soi, c’est là la preuve définitive que cette communiste castriste, noire et défenseur des droit de la femme, est incorrigible et digne des gémonies ! Si je soupçonne que le communiqué est de la pen de Machover, et non de celle de Spire, c’est qu’il faut être absolument obsédé et avoir l’esprit tordu par l’anticastrisme, ou encore être vraiment à court d’arguments, pour penser qu’admirer Fidel est une faute encore plus rédhibitoire « en pleine pandémie » que sans pandémie !

Et, puisque « notre engagement est de faire respecter la liberté d’expression, et de nous opposer fermement à tout ce qui nuirait au respect de cette liberté la plus fondamentale », Spire s’adresse comme suit à la direction du Marché de la poésie, dans une prose qu’on aurait espéré d’une meilleure élégance de la part d’un président de Pen Club et dans laquelle il reprend les clichés et expressions de l’auteur de la Lettre ouverte (d’où, pour ces deux raisons, mon regain de soupçon) :

Chers amis

Nous venons d’apprendre que vous avez nommé la poétesse cubaine Nancy Morejón à la présidence d’honneur de l’édition 2023 du Marché de la Poésie. De tous côtés les Cubains que nous avons consultés nous confirment que depuis des années elle soutient avec force non seulement la politique des autorités de son pays qu’elle a même signé à Cuba plusieurs textes que nous avons en mains qui affirment qu’il n’y a pas de répression dans l’île [sic pour la rédaction]. Elle stigmatise même nombre de ceux qui au nom de la liberté d’expression ont pris partie [sic] contre le gouvernement cubain. Courageux artistes, écrivains et poètes refusent de se plier à l’obligation pour tous, intellectuels et gens du peuple, de se livrer en permanence à l’éloge du régime et se voient trainés dans la boue par Nancy Morejón actuelle directrice de la revue Unión, l’organe de la très officielle Union des écrivains et artistes de Cuba. Vous n’avez sûrement pas comme nous eu le temps d’enquêter sue [sic] la biographie de cette femme, sinon vous auriez renoncé à lui confier cet honneur. Peut-on encore revenir en arrière ? Le Pen club français attaché au marché de la poésie vous le demande instamment.

Antoine Spire
Président du Pen club français

Avec le soutien du PEN des écrivains cubains en exil qui souhaitent être co-signataires de ce courrier.
Fin du deuxième épisode. Le troisième se déroule en deux étapes. Tout d’abord, un certain Vincent Gimeno, de la direction du Marché de la poésie, répond une sorte d’accusé de réception :

Cher Antoine Spire,

Oui effectivement dans cette histoire nous n’avions pas approfondi ce champ.
Nous allons renoncer à la présidence d’honneur de Nancy Morejón ; en revanche nous allons lui proposer de la recevoir en tant eu [sic] poète.
Nous préparons tout cela et revenons vers vous dès que nous avons mis la « déclaration » en œuvre.
Bien cordialement
Vincent Gimeno

Et la deuxième étape conclut officiellement la farce de la bonne conscience :

Conscients des manipulations politiques dont Cuba peut faire l’objet, dans un sens ou dans l’autre, nous avions prévenus en juillet dernier, lors de notre dernière infolettre de la saison 2022 : « En recevant la poésie cubaine en 2023, nous affirmons ainsi notre attachement à toutes les formes de liberté, de création, d’opinion, d’expression. Nous serons attentifs à refuser toutes sollicitations visant à nous imposer des choix qui contrediraient nos valeurs, privilégiant le dialogue et la défense des droits humains. » Afin de couper court aux pressions, rumeurs et tentatives exercées à ce jour – de part et d’autre –, nous avons pris la décision d’annuler la présidence d’honneur du 40e Marché de la Poésie, que nous avions confiée à Nancy Morejón.
Yves BOUDIER (président)
Vincent GIMENO-PONS (délégué général) et le Conseil d’administration de c/i/r/c/é
Jean-Michel Place (vice-président)
Madeleine Renouard (vice-présidente)
Carole Aurouet (secrétaire générale)
Patrick Robin (trésorier)

Je laisse le lecteur juge de la réponse et de la décision. Si ce n’est pas du jésuitisme, ça, alors, qu’on me dise ce que c’est ! Ces messieurs et dames disent qu’ils refuseront toutes sollicitations pour leur imposer des choix, mais à peine le Pen Club les tance-t-il qu’ils font marche arrière au sujet d’une décision prise sans doute depuis pas mal de temps et obtempèrent sur-le-champ, le petit doigt sur la couture du pantalon. Le Pen Club ne fait pas que les tancer, d’ailleurs, il leur rappelle, au cas où ils l’auraient oublié, qu’il est « attaché au Marché de la poésie »...

Selon les dernières nouvelles (« Les Univers du Livre. Actualité »), ce Vincent Gimeno-Pons ponctue : « On ne peut pas être contre la peine de mort chez nous, sans l’être partout dans le monde, quel que soit le régime. » Il affirme par ailleurs que le Marché de la poésie envisage de maintenir une intervention autour de la poésie de Nancy Morejón, une formule assez sibylline pour ne pas s’engager sur la présence sur place de celle-ci, contrairement à la première idée qu’il émet dans son accusé de réception au Pen Club. Toujours selon cette même source, « les organisateurs du Marché ne souhaitent pas entretenir une “polémique inutile, face à des accusations qui n’ont aucun sens”. »

J’ignorais à ce jour – je l’avoue en toute franchise – l’existence de ce Marché de la poésie (curieuse appellation, entre nous) et je n’ai aucune idée des instances, forces tout court et forces politiques ou culturelles et personnalités qui sont derrière, mais il est évident qu’il est dans le droit fil du « politiquement correct ». Quand on consulte la page correspondante, on constate que beaucoup de gens l’appuient, en effet, et qu’il n’est sans doute pas facile de concilier tant d’intérêts divers, depuis le Pen Club jusqu’à l’ambassade française à La Havane !

Laquelle ambassade, d’ailleurs, a été sur la brèche dernièrement, puisque le mois de la culture française à Cuba est, à l’heure où j’écris, en train de se conclure à La Havane ! Les autorités cubaines correspondantes ont-elles exigé des artistes et intellectuels invités à se produire ici qu’ils « fassent allégeance au pouvoir » et « se livrent en permanence à l’éloge du régime », comme dit l’autre, ou qu’ils vouent une admiration béate et inconditionnelle à la Révolution cubaine... ?

Ou alors, si le Pen Club français ou celui de Miami l’exige, le gouvernement français va-t-il retirer à Nancy Morejón l’Ordre des arts et des lettres, au grade d’officier, qu’il lui a décerné en 2013 ?!

Tout ceci est, plutôt que navrant, sinistre. Et soulève bien des interrogations. Au-delà du cas Nancy Morejón.

Ici, on connaît depuis longtemps la capacité d’intolérance de l’ « exil » de Miami, où l’on est capable de brûler des tableaux en plein air (ça ne vous rappelle pas quelque chose ?), d’écraser au rouleau compresseur les disques c0mpact des musiciens et chanteurs cubains (ou même étrangers) qui n’ont pas l’heur de plaire, de boycotter farouchement et de tenter d’empêcher le moindre concert d’un prétendu « castriste », de recourir sans vaciller à la violence physique dans ce but, etc. Un phénomène qui s’est aggravé avec l’essor des réseaux sociaux, qui sont devenus un métier bien rémunéré pour certains. Ici, on sait, depuis encore bien plus longtemps, que les administrations étasuniennes allouent chaque année, publiquement, des millions de dollars pour « changer le régime » et créer une cinquième colonne, etc., etc. Donc, ce qu’on appelle ici les odiadores (les haïsseurs), on connaît. Ça fait partie du quotidien.

Mais la nouveauté, c’est que, précisément grâce aux millions de Washington et aux autres millions obtenus sur les réseaux sociaux, ces odiadores sont devenus puissants et qu’ils ont maintenant le bras assez long pour agir au-delà des frontières. Et pour commencer à sévir en Europe, terre de la liberté face à la barbarie, de l’intelligence face à l’inintelligence, de la subtilité et de la nuance face à l’imbécilité et à la grossièreté, etc., etc. Ainsi, dernier exemple en date, et tout récent, le duo de chanteurs, Buena Fe, très apprécié dans l’île pour ses thèmes sensibles et sa manière de les aborder, a été contraint de renoncer à plusieurs concerts de leur tournée en Espagne parce que des impresarios ou propriétaires de salle ont cédé devant les chantages et les menaces, qui ne transitent pas seulement par voie électronique, mais qui se traduisent concrètement par des tentatives d’agression physique, comme cela s’est passé à Barcelone, où des « exilés » se sont présentés dans le snack de l’hôtel où ils étaient descendus pour carrément leur casser la figure. Même quelqu’un d’aussi connu que la fameuse « diva » de Havana Social Club, Omara Portuondo, qui prévoit une tournée mondiale pour faire ses adieux à la scène, est menacé de boycott en Espagne. C’est une grande dame d’une qualité vocale et interprétative exceptionnelle, d’une gentillesse touchante, pas vedette pour deux sous, mais elle a, tout comme Nancy Morejón et Israel Rojas et Yoel Martínez, les deux compositeurs-interprètes de Buena Fe, la très mauvaise idée d’aimer son pays, de défendre sa Révolution et de ne pas y voir le mal absolu !

Et qu’on ne me dise pas que la première à avoir fait preuve d’intolérance, c’est la Révolution cubaine, et que les « exilés » lui rendent tout simplement la monnaie de sa pièce. C’est exact : elle le fut. Mais elle ne l’est plus. Le tort des « exilés » - faute de vécu direct et parce que ça leur convient – est de rester coincés dans le passé, de ne pas se rendre compte que la Révolution cubaine est en train de changer à rythme accéléré – pas toujours pour le mieux, malheureusement – et qu’eux restent toujours à la traîne, ont toujours un métro de retard. Un seul exemple : celui de Pablo Milanés. Certes, il fut un temps où celui qui fut une des voix les plus belles et les plus « représentatives » de la chanson engagée, un des chantres de la Révolution cubaine à laquelle il doit tout ou presque, n’aurait jamais pu revenir chanter à Cuba, après avoir dit pis que pendre, en « exil », de la Révolution et de ses dirigeants. Mais ce temps est révolu, et il a pu le faire voilà à peine quelque mois, et dans la plus grande enceinte sportive du pays !

Là où l’intolérance s’installe, c’est en Europe. Vue de loin, cette dérive est sidérante. A cent ans presque tout ronds de la marche de Mussolini sur Rome et de l’instauration du fascisme, on se dit que les bourgeoisies, les classes dirigeantes, les élites au pouvoir européennes n’ont absolument rien appris de l’histoire, qu’elles commettent les mêmes bévues, qu’elles sont aussi peu intelligentes qu’avant ! Que la russophobie – non, la russohaine – ait pu s’installer si facilement à tous les étages de la société et en si peu de temps sans que personne ou presque n’y trouve à redire est bien la preuve que le terrain était depuis longtemps fertilisé et prêt à donner ses premiers fruits. Que la classe politique européenne appuie avec autant d’enthousiasme les néonazis et les nazis tout courts de Kiev en dit long sur sa bêtise, si intelligence veut dire savoir où se trouvent ses vrais intérêts et les défendre. Et, en l’occurrence, ce n’est sûrement pas en faisant sienne la diplomatie de Washington qu’elle les défendra le mieux. Jadis, ce fut Hitler qui était censé faire le sale boulot et auquel on laissa les coudées franches pour qu’il y parvienne : la liquidation du communisme qu’incarnait l’Union soviétique. De nos jours, après que l’OTAN a acculé la Russie dans ses retranchements, c’est ce médiocre de Zelinski qu’on soutient à bout de bras pour qu’il refasse le mauvais boulot : empêcher ou retarder le plus possible la montée en puissance de la Russie et, en ultime instance, de la Chine (communiste) et, par voie de conséquence, la disparition de l`hégémonie occidentale (dont en premier lieu les USA) dans le monde, au terme de cinq siècles de règne sans partage, la réduction de l’Europe à un rôle absolument mineur compte tenu de ses pauvres richesses naturelles face aux exigences que posent les nouveaux besoins technologiques, et l’installation en force de ce qui fut jusqu’ici la partie de la planète exploitée et pillée par cette même Europe ! Je ne verrai pas, hélas, la fin de cette hégémonie pour une question d’âge, mais j’ai vécu en tout cas son début : le 24 février 2022...

Tout cela nous éloigne beaucoup, me rétorquera-t-on, de Nancy Morejón, du Pen Club et du Marché de la poésie. Pas tant. Cet épisode est un exemple frappant de cette intolérance dont je viens de parler et qui fut une des marques les plus patentes du nazisme. Qu’on prétende, au nom d’une haine inculquée, supprimer les traces de la culture russe en faisant comme si des géants comme Tchekhov et Dostoïevski, pour ne citer que deux exemples majeurs, n’existaient plus, n’est-ce pas la plus sidérante des intolérances, la plus tangible des barbaries, la pire des incultures ? Sans même parler du sort réservé aux médias russes, comme Russia Today... Comment le Pen Club peut-il défendre la liberté d’expression et accepter qu’elle soit supprimée si radicalement en ce cas ? Car, pour paraphraser l’autre, « on ne peut pas être contre la censure partout dans le monde sans l’être chez nous ». Mais, au fond, pourquoi s’en étonner ou s’en scandaliser ? Jadis, un autre, qui était à plusieurs toises au-dessus de présidents d’un Pen Club et de délégués généraux d’un Marché de la poésie, n’avait-il pas déjà dit qu’il est avec le ciel des accommodements... ?

Mais, bon, je ne crois pas que Nancy Morejón prenne la mouche plus que ça pour ce croche-pied que viennent de lui faire les responsables du 40e Marché de la poésie, capables de virer casaque en cinq sec, et apparemment sans beaucoup de remords, parce qu’un petit « exilé » cubain et ses complices du Pen Club de l’exil de Miami, relayés par le Pen Club français qui ne représente guère que lui-même, ont aboyé un peu trop fort et brandi quelques menaces de représailles... Pour obtenir si vite ce résultat, il fallait que tout ce beau monde soit sur la même longueur d’onde !

Si Anna Netrebko, cette grande soprano russe, infiniment plus médiatique, a vu se fermer devant elle maintes portes d’opéra parce qu’elle refusait de vilipender Poutine, comment Nancy Morejón, qui l’est bien moins et malgré son apport à la culture antillaise et à la poésie contemporaine, aurait-elle pu échapper à la censure, voire à la vindicte des nouveaux Intolérants (j’allais écrire Inquisiteurs) si elle s’entête à ne pas condamner le « régime dictatorial » de son pays ?

Fidel avait l’habitude de dire que le jour où la droite mondiale lui trouverait quelque chose de bon, il devrait s’empresser de faire un sérieux examen de conscience... Je connais un peu Nancy, et je peux supposer qu’elle pense pareil.

Au fond, le Marché de la poésie y perd plus que Nancy Morejón. Et ce n’est pas elle, non plus, qui se disqualifie et discrédite le plus par une telle décision.

Jacques-François BONALDI

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