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Mais que veulent les fous ? Elliot des esprits et le Monsieur Robot

« Notre société produit des schizos comme du shampoing Dop ou des autos Renault, à la seule différence qu’ils ne sont pas vendables. » L’anti-Œdipe, Gilles Deleuze, Félix Guattari

« Shit, I’m schizo. »
Elliot Alderson

Le psycho a intéressé très tôt le cinéma américain. Dès 1956, Nicholas Ray signe avec Bigger than life un film éprouvant mettant en scène un homme bon et généreux pris, sous l’effet de la cortisone, d’un délire infanticide. Les grands noms du cinéma s’approprient alors le personnage : Hitchcock, Kubrick, Lynch, Fincher, pour ne citer qu’eux, inscriront la folie dans la culture contemporaine. Ces dernières années, deux séries se penchent sur la thématique : The Leftovers, avec la fin énigmatique de la deuxième et avant-dernière saison, et Mr. Robot.

Cette dernière est particulièrement riche en références, aussi bien à Kubrick pour la mise en scène du malaise, le cadrage des hommes de pouvoir, l’usage de la musique classique, le design du titre, qu’à Lynch, pour la description du délire dans l’épisode 4 et la symbolique de la clef, sans parler de la référence à Fight Club qui, comme le rappelle le morceau des Pixies à la fin de l’avant dernier épisode, est présente partout dans un récit qui, comme dans le film de Fincher, passionne dans sa mise en rapport de la schizophrénie avec une critique sociale et économique.

Pourquoi le schizophrène est-il pris d’un délire révolutionnaire ? La question est difficile et il ne faudra pas compter sur Elliot pour nous éclairer sur ses intentions. Car, pour toute réponse, nous n’aurons, à la fin de l’épisode 9, qu’un « I don’t know… I wanted to save the world. » Même lui semble rire de sa réponse, d’un air de dire : « C’est bien ça qu’est censé répondre un schizo, non ?  »

Les schizos n’ont pas d’intention

Elliot n’est personne, et il en est conscient. L’interroger sur ses intentions, sous ces conditions, n’admet qu’une réponse ironique. Comme il ne cessera de le répéter au fil de la saison, les intentions personnelles ne sont pas pertinentes pour décrire une action. Du point de vue des hommes rationnels, modernes, c’est l’intérêt qui permet de comprendre les actions et leur donne sens auprès d’autrui.

Elliot ne fait pas sens, il délire, il est fou et illisible pour ses proches. Il n’est personne et c’est pourquoi il est aussi le seul personnage de la série qui n’agit pas par intérêt. Son action, comme dans la tragédie antique, dépasse la personne et résonne dans le monde entier. Aussi, la Fsociety, comme une répétition de l’essai d’un autre groupuscule au nom ironiquement proche, le Fight Club, a pour ambition une action dépourvue d’intérêt personnel. Elliot n’a rien à gagner – qu’est-ce qui le pousse à agir, donc, ce fou ?

L’épisode 4 donne les éléments d’une réponse. Elliot philosophe développe le thème de l’inspiration démoniaque cher à la tragédie grecque.

Intentions aren’t relevant.
They don’t drive us.
Daemons do.

Sous les intentions et représentations conscientes grouillent une foule de démons qui nous séduisent, nous manipulent, nous possèdent. Elliot ne croit pas à l’idée de personne et à celle, philosophique, de sujet. Pour la philosophie moderne, née avec Descartes, la conscience de soi est la clef qui nous permet aussi bien d’accéder à la connaissance du monde qu’à celle du sens de nos actions. Le sujet, défini par l’identité personnelle, est battu en brèche par le personnage du schizo. Celui-ci est inspiré voire possédé par des esprits, bons ou mauvais, qui le contraignent à agir. Cela vaut pour tout le monde. La seule différence avec Elliot, comme il le dit lui-même, c’est qu’il en a plus que les autres.

Tout l’intérêt du personnage principal de la série vient du fait qu’il ne se préoccupe pas du sens de ses actions, ni de ses motivations. Elliot est un technicien et analyse son délire en termes de dysfonctionnements dans un programme. Trouver le bug, l’obsession de l’épisode 3. C’est pourquoi il ne croit pas à la psychanalyse malgré son affection pour sa thérapeute. Celle-ci cherche-t-elle réellement à soigner Elliot ? Ou veut-elle l’entendre dire ce qu’elle veut entendre, afin de se conforter dans sa position de névrosée ?

« I wanted a way out of loneliness. Just like you. It’s what you wanted to hear ? »

L’homme normal est un névrosé. - S’il te plaît, Elliot, sors de ta torpeur psychotique et parle-moi le langage de la névrose ! La psychanalyse s’occupe d’expression : elle veut faire parler. Elliot, en technicien, s’occupe de fonctionnement : il veut que ça marche, non que ça parle. La psychanalyse croit aussi aux démons, mais comme à des esprits bavards. Pour Elliot le problème est plus complexe, il est pragmatique, non pas idéaliste. Il veut savoir pourquoi il ne fonctionne pas selon une norme – dans son langage, un programme donné.

Elliot est un héros des profondeurs : sous l’interface belle et lisse, il cherche les dysfonctionnements, les ratés, les déchets du système. C’est toute sa philosophie du bug : sa présence n’est pas un accident, le bug est à la fois intérieur et nécessaire au fonctionnement du programme. Sa méthode, le hacking. Elliot traque sur les réseaux les démons derrière les masques. La personne – dont la notion est héritée du latin persona, qui signifie littéralement masque – n’est, du point de vue développé par la série, qu’une apparence dans un monde d’illusions. Elliot, sceptique à la présence fantomatique, veut voir de l’autre côté du miroir. Les intentions, toujours bonnes par définition, n’existent pas. Mais quoi, alors ?

La recherche se corse. Peu de temps avant le passage à l’acte, le piratage d’un serveur réputé « impénétrable », Elliot est pris d’une crise catatonique. Point mort, délire mis en scène à la Lynch avec pour lieu la maison d’un dealer de morphine (la drogue qui sert à Elliot d’alternative à la famille et aux amis). Le thème de la clef est récurrent. Elliot cherche une issue à ce que son poisson décrit comme un « god damn loop ». Ce dernier finit dans l’assiette d’Angela, Elliot découvre une clef, « OUI ! » : c’est une demande en mariage. La sortie du loop ?

L’amour est en effet l’émotion refoulée qui permettrait au personnage de sortir de son labyrinthe. Gordon l’y invite en lui conseillant de trouver quelqu’un avec qui il peut être lui-même. Elliot comprend cela comme afficher son code source. « Bullshit ». Il s’obstine. Il ne veut pas voir son bug qui, comme il le définit lui-même, est ce que l’on a toujours su sans jamais le reconnaître. Il y croit un temps, invite Shayla au dîner de Gordon, mais se sent malgré tout plus proche d’Angela, son ami d’enfance, avec laquelle il a fait ses premières fugues.

Le mariage ne se fera pas, cependant. Elliot a toujours peur des monstres. Angela lui rend la clef : ça ne passe pas, il n’est pas Elliot. Qui est-il donc ? On l’apprendra plus tard dans l’épisode 9, sans que cela soit une grande surprise : Elliot est Mr. Robot, projection d’une culpabilité refoulée pour avoir trompé la confiance de papa. Tiens, tiens… La colère d’Elliot n’est qu’une rage contre lui-même. Il ne peut pas se voir et pour cela se cache. Peu de temps après, il en aura le cœur net, et se hackera lui-même, la seule personne qu’il n’a finalement jamais voulue découvrir.

Passées les histoires de famille, est-ce à dire que le projet révolutionnaire d’Elliot, sa colère contre le système de la dette, est uniquement une question de culpabilité personnelle ? Le monde peut souffler, tout désir de changement n’est finalement qu’une histoire de famille mal digérée. Sur son fonctionnement, rien à redire, il y a certes des ratés, des bugs, mais ils sont finalement nécessaires au fonctionnement général du programme. D’où la confiance inentamée du patron d’Evil Corp, dans le dernier épisode, bien que Mr. Plouffe annonce en direct le big plouf du système machiavélique, et se fasse harakiri devant l’oeil placide et inquisiteur d’un objectif aux faux airs d’Al, l’ordinateur psychopathe de 2001 l’odyssée de l’espace.

Le thème de la dette prend cependant une telle place dans la série qu’il est permis d’en douter. Les ratés affectifs du schizophrène sont-ils liés à une organisation répressive de la société ? Dit autrement, notre manière de sentir, de désirer et d’agir est-elle liée à la manière dont sont organisés les rapports sociaux ?

Le monde de la dette et le régime de l’angoisse

« We are all living in each other paranoia.
Is that why everyone tries to avoid each other ? »
Elliot, épisode 8

Le bug fait partie du programme. Les déchets sont la part honteuse d’une société. Tout comme des ordures que l’on enterre dans les profondeurs du sol pour les générations à venir, notre société tient les fous à l’abri des regards et des oreilles. La littérature et le cinéma, cependant, leur donnent parfois la parole. La parole du fou fut un temps considérée comme porteuse de vérité, une vérité sur ce que nous dissimulons sous des couches d’habitudes et d’inattention. Une nouvelle fois, force est de reconnaître la sagesse d’Elliot : le bug est bien ce que chacun sait mais refuse de reconnaître. Rien de neuf sous le soleil, encore faut-il vouloir voir. D’où l’intérêt de montrer des déchets à l’écran.

Que nous révèle Elliot sur notre monde que nous avons toujours su sans jamais le reconnaître ? Tout d’abord, dès le premier épisode, Mr. Robot convainc Elliot de la pertinence de son projet révolutionnaire en développant une analyse sur le fonctionnement de l’économie actuelle. Il attribue à la finance la responsabilité de la misère sociale. Cette thèse est bien connue. Depuis la disparition de l’étalon or en 1971, la spéculation sur les monnaies est autorisée, signifiant ainsi qu’il est possible de faire de l’argent avec de l’argent. Le secteur banquier est plus intéressant que la production industrielle, l’économie virtuelle prend le pas sur l’économie réelle. Dans un système guidé par la recherche du profit, il n’est désormais plus nécessaire d’investir de l’argent dans des structures de production réelles : l’argent, comme au casino, est désormais immédiatement rentable par lui-même.

Ce système n’a évidemment pas vocation à perdurer. Ce déséquilibre entre le virtuel et le réel a pour effet de créer des bulles spéculatives, qui, au final, explosent en faisant plus ou moins de dégâts, bien réels ceux-là. La série met en scène de manière très habile les effets physiques de la financiarisation de l’économie. Il s’agit d’un plan très bref, en time-lapse, à l’épisode 9, où l’on voit les changements de propriétaires après la fermeture de la boutique Mr. Robot. À la fin, une banque ECorp. L’espace étant trop cher pour les petits commerçants et les artisans, il se transforme en des étendues conformes et homogènes, de New York à Shangaï partout identiques, uniformément peuplées de banques et de fast-foods.

Cependant, ces bulles créent énormément de richesse en peu de temps. C’est pourquoi le système est profitable à ceux qui le contrôlent. Personne n’est dupe : il s’agit toujours de reproduire le même cycle de spéculation-crise, et ceci indéfiniment : « le bug est nécessaire au programme ». Les conséquences sociales et écologiques sont toujours plus importantes, mais cela fonctionne ainsi depuis deux siècles. Certes, avec par exemple les deux guerres mondiales, il y a eu de gros ratés – les déchets qui révèlent ce que tout le monde sait mais refuse de reconnaître – difficile à enterrer ça, quand même. Alors comment s’y prendre pour que, au final, des gens se battent pour leur asservissement comme s’il en allait de leur liberté ?

Car l’important, dans une démocratie, n’est pas tant que les gens soient libres, mais qu’ils le croient. Tout d’abord, en ce qui concerne la croyance, Mr. Robot reprend une thèse rebattue depuis une dizaine d’années au cinéma ou les séries TV. Notamment dans l’épisode 4, le porte-parole de la FSociety condamne le divertissement des consciences et la capture des imaginaires entretenus par la télévision et le marketing. De son point de vue, notre mode de vie consumériste n’est pas un choix conscient, mais une forme d’assujettissement au système productif.

Cependant, cette explication n’est pas suffisante. Le porte-parole de la FSociety nous prend pour des cons. Mr. Robot va plus loin qu’une explication de l’assujettissement en termes d’illusions de la conscience. La force de la série est de faire apparaître les mécanismes du pouvoir, disons la microphysique des rapports de domination.

Comment dominer des peuples dont les valeurs principales sont l’individu et la liberté ? Mr. Robot donne deux réponses. La première concerne le système de la dette. On comprend bien, notamment grâce à Trenton (la fille qui, pour Mr. Robot, a du Allah Ahkbar en elle), comment le système de la dette opère en chiasme avec celui de la capture des imaginaires. Les parents de Trenton émigrent d’Iran des rêves plein la tête, ils se les offrent encouragés par des crédits à la consommation alléchants, qu’ils ne rembourseront, finalement, jamais bien qu’ils se seront asservis à vie au travail. C’est le système Télé-Banque-Travail : la dette comme vecteur de soumission.

Un second mécanisme est dévoilé dans la série. Il ne s’agit plus d’enchaîner les hommes de l’extérieur, mais de l’intérieur cette fois. Il faut empêcher l’homme de désirer la liberté. Evil Corp, le mal, s’attaque par dedans aux affects de l’homme. Le système, de manière insidieuse, amène les gens à vouloir eux-mêmes leurs chaînes. La série ne cesse de pointer la raison de cette soumission du doigt : il s’agit de la peur.

Le thème de la paranoïa de notre société est constamment présent dans la série. Ainsi, dans les rapports entre les personnages : Elliot ne cesse de faire la distinction entre les bons et les pas bons, Vera ne peut même pas faire confiance à son propre frère, Tyrell craint pour son ego et devient meurtrier, Angela de se faire marcher sur les pieds, Colby de ne plus avoir le respect des gens, Darlene d’être aimée et de se changer en bourgeoise, la psy de la solitude, Gordon de faire couler son entreprise et de laisser ses employés démunis,… Elliot l’avoue dans l’épisode 8 : WhiteRose, le chef de la Dark Army, est une légende parmi les hackers parce qu’il est le plus paranoïaque de tous. La peur crée les mythes…

Par ailleurs, le thème de la sécurité est récurrent. Ainsi, la société AllSafe répond à des angoisses fortes à notre époque : la protection de nos biens et propriétés virtuelles. On construit des coffres-forts pour protéger les fortunes du monde numérique, à savoir des informations. Ainsi le lieu attaqué par la FSociety est réputé impénétrable, comme dans les films de hold-up. D’autre part, Mr. Robot met aussi l’accent sur le battage sécuritaire dans les lieux publics, par exemple dans le métro, où l’on voit régulièrement, au-dessus des personnages, une affiche annonçant en larges lettres rouges : « We are serious about safety – your safety. » Frissons… On a alors envie de demander : « Pourquoi, sans vous je ne le serais pas, en sécurité ? »

Un dernier volet, et non des moindres, concernant le contrôle des affects dans les sociétés contemporaines, apparaît avec le rôle joué par la psychanalyse dans le récit. Certes, la thérapeute d’Elliot veut sincèrement l’aider. Sa méthode, cependant, manque d’efficacité. Parfois elle ferait même preuve d’impatience devant ce qu’elle semble considérer comme de la « mauvaise volonté » de la part d’Elliot. Ton condescendant du médecin : alors tu ne veux pas parler, tu ne fais pas d’effort, tu ne veux pas prendre tes médicaments… Typique, on moralise une question politique. Ce sont les individus qui sont responsables de leur tristesse, de leur solitude et de leurs angoisses. Il y a bien les affaires de famille avec papa, maman et le petit Elliot pris en tenaille. Mais il ne faut surtout pas aller chercher plus loin et remettre en question l’ordre de la société. Ça, ce sont des enfantillages – un adulte responsable, il se tient tranquille et va, comme le tente Elliot dans l’épisode 3, s’acheter une vanille frappée chez Starbucks, court sur son tapis à la salle de sport, se trouve une copine qu’il emmène au dîner organisé par son patron. On ne traverse par hors des clous.

La question partout sur les lèvres et que pose la série est celle de l’origine de la peur. Le pouvoir en a toujours eu besoin pour se maintenir. La seule différence, à notre époque, est celle de sa forme. La coercition ne peut plus être visible car notre époque ne croit plus en l’autorité. Tout le monde s’imagine plus ou moins anarchiste. Le contrôle est désormais invisible et, par là même, d’autant plus effrayant.

Daddy va-t-il laisser Elliot tranquille ?

On apprend dans le deuxième épisode que le père d’Elliot s’est fait virer d’Evil Corp à cause de son cancer. Elliot trompe sa confiance en révélant à sa mère l’existence de la maladie. L’apprenant, son père, fâché, l’aurait jeté par la fenêtre. Ou bien c’est Elliot lui-même qui aurait ainsi tenté, à l’âge de huit ans, de se suicider. La culpabilité aurait fait naître chez Elliot une haine de lui-même dont son projet révolutionnaire ne serait qu’une projection. Abattre les banques et le contrôle des individus par la dette est une manière pour le héros de Mr. Robot de s’affranchir de sa culpabilité envers son père. Après, son démon le laissera tranquille…

Et pourtant, non. Il revient, avec toute la petite famille même. Elliot les prie de partir. Mais ils s’entêtent, lui donnent mauvaise conscience. Elliot, donc, toujours schizo malgré le passage à l’acte, vient aux ordres : « What I’m supposed to do ? » Ainsi aura-t-il sauver le monde de la dette, excepté une personne : lui. Daddy créancier, un moment inquiet, reprend les commandes de la machine Elliot : « You gonna listen to us. » Elliot n’a pas su se libérer de ses angoisses, au contraire, elles redoublent dans son incapacité à affronter ses démons.

L’épisode 9, dans la scène se déroulant dans la boutique Mr. Robot, nous éclaire sur les relations du père et du fils. Devant un crétin arrogant et agressif réclamant les 20 dollars que lui a volés le petit Elliot, le père fait un choix : il refuse. On voit ainsi apparaître un questionnement moral et la différence entre le juste et le défendu. Certes il est défendu par les lois de voler, mais, en cette circonstance, il était bien plus important de préserver son fils d’une humiliation. « Même si ce que tu as fait est mal, tu es quand même un bon garçon, et ce type est un abruti. » Il le dit lui-même : « Sometimes it matters more. » C’est une question de valeur.

On comprend qu’un lien fort les unit. Dès le premier épisode, Elliot nous confie qu’il ne peut parler qu’à son père. Il y a certes Angela, mais il est peu probable qu’elle soit très disponible après avoir retourné sa veste, dans un coup au cynisme de haute volée, pour rejoindre Evil Corp. Il y avait aussi Shayla – Fernando Vera y a mis un terme. Curieusement, il y a Tyrell, son double machiavélique qui a autant d’ego qu’Elliot en est dépourvu. L’ambitieux dirigeant d’ECorp ne cesse de lui faire des avances, mais il disparaît mystérieusement, sans doute liquidé par le père. Une menace pour l’amour du fiston à papa ?

Celui-ci devient jaloux de tout le monde. Il essaie d’isoler de plus en plus Elliot de toutes ses autres attaches. Il critique la psy, dit à Elliot qu’elle ne veut pas qu’il existe. À la fin, il ressuscite toute la sainte famille sur Times Square. Le petit Elliot lui injecte un peu de mauvaise conscience pour l’empêcher de fuir : « You’re hurting your own family, Elliot. » Le papa lui dit que dans ce monde rien n’est réel, pourquoi devrait-ce être un critère de jugement ? L’important, c’est qu’il se sente bien. Il rappelle au fiston comment il souffrait dans la solitude, les nuits de pleurs… Il a fait revenir la petite famille pour le good feeling et, surtout, qu’il ne se fasse pas trop de mouron pour son avenir, le fiston. Destin personnel pris en charge par daddy et la structure familiale.

Avec papa, plus besoin de se poser de question : tu n’est plus seul, je te dirai quoi faire. Reterritorialisation d’Elliot sur le mythe enfantin de l’île paradisiaque. Elliot fait un choix : il ne sera pas lui-même, mais au moins il ne sera pas seul. De nouveau, lâche, faible, il troque la liberté contre la sécurité. Le choix d’Elliot annonce-t-il celui des autres personnages ? Se laisseront-ils eux aussi manipuler par leurs démons ?

Angela, semble avoir succombé au démon qui à l’école lui faisait déjà désirer être une autre fille, celle qui est cool, reconnue et respectée. Elle est restée insensible au judicieux conseil de Shayla qui lui disait, dans l’épisode 5 : « Tu vois cette salope de dur à cuir dans le miroir ? C’est la seule personne dont tu dois t’inquiéter. » Les démons… Celui de Darlene n’est pas mal non plus. Elliot nous prévient en voix-off, dans cette scène où elle observe Trenton prier : « Est-ce que ces moments d’espoir me font peur ? Bien sûr, les démons. » Et Darlene de se réjouir sous l’œil sceptique de Tech pour une fête... Son démon, comme le révèle Trenton, est celui de l’anarchie temporaire. Elle ne supporte aucun lien, même celui de l’amour de son ex, qu’elle quitte parce qu’il voulait la marier.

Le monde a été libéré de l’une de ses chaînes : la dette. Mais la plus grande menace qui pèse sur lui est celle de la peur. On le voit à travers les personnages principaux. Elliot succombe sous l’autorité du père paranoïaque et jaloux. Angela choisit le pouvoir à la justice. Darlene confond toujours les liens avec des chaînes. Il est certain, et la confiance du chef d’Evil Corp invite à le croire, que, sous des conditions affectives et pyschologiques telles, des structures sociales identiques, voire pires, vont se mettre en place. Back to basics ! Avec la croyance en l’autorité du père comme seul guide affectif, on n’est pas prêt de s’en libérer, de la dette.

Car il en est des sociétés comme des couples : c’est le désir qui lie. Jusque-là, les personnages ont noué des liens sur un fond principalement paranoïaque. La FSociety est unie par la menace d’ECorp, Angela rejoint cette dernière pour échapper à l’inexistence sociale, Elliot écoute son père par peur de la solitude. Tout amour a-t-il pour base la peur du manque ? Nous espérons que Mr. Robot ne nous entraînera pas dans ces eaux-là…

Car la peur, c’est la domination, l’asservissement entretenu par l’illusion que le pouvoir est fondé. S’il y a quelqu’un qui prétend nous protéger, comme papa, comme les messages dans le métro, comme Allsafe, c’est bien qu’il y a une menace. Mais qui, de la menace ou de la peur, est premier ? D’où viennent les démons ? Mr. Robot, dans la saison 1, a donné quelques éléments pour comprendre les mécanismes anxiogènes de la domination dans les sociétés contemporaines. Cette domination ne cessera pas sans une lutte affective et psychologique pour échapper aux pinces des démons. Il est certain que ces conflits prendront une place importante dans la seconde saison. En ce qui concerne les saisons à venir (cinq au total seraient prévues), que Mr. Robot nous fasse découvrir les aventures d’un voyage véritablement schizophrénique. Qu’il nous montre comment du désir peut fuir à travers les structures rigides d’une société malade, comment l’amour se réinvente pour créer de nouvelles formes de lien. Nous en avons tellement besoin…

Philippe Staudt

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