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Onze contre onze millions

9 millions de personnes officiellement « sous le seuil de pauvreté » dans notre pays. On parle ici du seuil officiel : avoir moins de 846 euros de revenus par mois. Mais même cette définition ne met pas tout le monde d’accord en France, un autre seuil à 1015 euros existe…

Rajoutez à ce chiffre quelques millions de gueux supplémentaires, qui bien que n’atteignant pas ce graal du seuil de pauvreté, rament quand même pas mal à la traîne des premiers de cordée (chômeurs, familles monoparentales, temps partiels imposés, etc.) et vous dépassez sans effort le chiffre de 11 millions. Tout ce calcul donc, juste pour pouvoir faire un bon jeu de mots, et un bon titre, me direz-vous ?

Ben pas forcément. Car il y a aussi ces millions de personnes qui vivotent juste au-dessus du fameux seuil : bénéficiaires du minimum vieillesse, étudiants , chômeurs, RSA, invalides du travail, accidentés de la vie comme l’état le dit si pudiquement… Avec tout ça, toutes ces cohortes, vous atteignez sans aucun doute un chiffre beaucoup, beaucoup plus important.

Tellement important qu’il devient impossible à cacher, à truquer, à manipuler. Oh, avec un peu de malice, on peut faire dire beaucoup de choses aux chiffres : mais même comme ça, au bout d’un moment, ça finit par se voir.

Selon le Monde Diplomatique, treize années, c’est ce qui sépare l’espérance de vie d’un français riche de celle d’un français pauvre.

Not’bon président demande des efforts à tout le monde : pour le plan pauvreté, censé donner un petit ballon d’oxygène aux illettrés, aux fainéants, aux cyniques que notre pays compte donc par dizaines de millions, il faudra attendre encore un peu. Peut-être pas treize ans (ça porterait forcément malheur, et puis il n’a pas le temps, il est tellement jeune, et pressé, regardez l’ISF, ça n’a pas traîné), mais quelques mois, d’ici la rentrée au mieux. « Des arbitrages sont en cours ». Comprenez : on regarde où est-ce qu’on peut encore gratter un peu.

Il y a d’autres priorités, bien plus fondamentales : aller féliciter 11 gamins surpayés pour taper dans une baballe, et surtout les remercier dans le vestiaire, car sans eux, « la France n’aurait pas pu rêver ».

Effectivement, ça n’est pas vous, môssieur le président, qui nous faites rêver, ah, ça non.

Ça n’est pourtant pas peu dire que ce plan était attendu par les associations spécialisées : notamment le paiement des jours de cantine pour les enfants des familles les plus défavorisées, ou la fameuse « Garantie Jeunes », qui concernerait au bas mot 200 000 fainéants entre 16 et 25 ans, incapables de trouver par eux-mêmes un bon job chez Rothschild, ou d’intégrer –c’est comme ça qu’on dit, les sans-dents rentrent, les premiers de cordée intègrent- une école de commerce suffisamment cotée, et qui préfèrent vivre aux crochets de leurs parents.

N’est pas président qui veut.

Il faut dire aussi que la folie collective qui s’est emparée de notre pays fait un peu bizarre quand même : moi qui croyait que c’était la sinistrose, depuis quelques jours, je constate que j’ai dû me tromper.C’est ça l’effet coupe du monde : aller jusqu’à se tuer pour plonger dans une flaque d’eau en l’honneur des « bleus », c’est quand même une preuve que ça ne va pas si mal que ça, non ?

Accessoirement, ça démontre aussi que les français ont un besoin quasi inconscient de se mobiliser, de se lâcher, de tout déballer. Et quoi de mieux qu’un bon défoulement collectif, une grande catharsis, avant de retourner au boulot bien sagement –pour ceux qui ont la chance d’en avoir un- dès lundi ?

En fait oui, c’est ça : ces scènes de liesse quasi surréalistes, où on a vu un type se mettre à poil dans une fontaine, et un autre grimper sur une statue à plus de dix mètres de hauteur, pendant qu’un groupe d’une centaine d’autres chargeaient les CRS avec fougue, tout ceci, n’est rien d’autre qu’un gigantesque exercice psychiatrique.

Chorégraphié, mis en œuvre, et joué à la perfection : tu m’étonnes, qu’il y avait du monde dans la file d’attente, pour la gagner et la ramener à la maison, cette coouupe du moooonde ! Que chef d’état ne rêverait pas de ça ? Au moins six mois de gagnés avant que les gens ne sortent de leur hébétude post ballon rond !

Non mais vous imaginez quand même : pendant au moins quinze jours (en étant large, très large je l’avoue), les français vont enfin se sentir solidaires, ils vont porter le drapeau partout, ils vont faire la fête et plus (trop) la gueule à leurs voisins, ils vont être heureux (heu-REUX ! on vous dit), par opposition aux grincheux que nous sommes, nous qui non seulement n’aimons pas le foute, ce qui après tout est notre droit le plus strict (du moins pour encore quelques temps, un peu comme avec Charlie en fait) mais le voyons pour ce qu’il est réellement.

Une arnaque, une gigantesque arnaque. En fait, -et surtout pour me prémunir des attaques imminentes de tout ce que le pays compte de passionnés du ballon rond- , le foot est devenu un business comme un autre, repris, amplifié, surinvesti par le capitalisme le plus débridé qui soit.

Ça n’a sans pas toujours été le cas –lire l’excellent essai de François Ruffin « Ils nous ont volé le foot » pour s’en convaincre. Le foot a été réellement quelque chose de populaire, un peu comme la démocratie : par le peuple et pour le peuple. Mais ça, c’était, bien sûr, avant.

On y met désormais en avant des soi-disant « valeurs » qui sont complètement enterrées sous des tombereaux de mensonges, et que les faits viennent systématiquement contredire : dépassement de soi, résistance, compétition…cherchez l’intrus, car oui, il y en a un.

La compétition : oui, voilà le cœur du réacteur dans ce sport, comme dans d’autres. Et ce réacteur est aujourd’hui complètement en surchauffe, alimenté par un carburant lourd qui se nomme pognon.

Ce sport est devenu complètement hors-sol, pourri par tout ce que la planète compte de corruption et de faux-semblants, mais ça, chuut, faut pas le dire. Ne restent que le bonheur des jeunes et des moins jeunes. C’est tout ce qui importe. Vraiment ?

C’est vrai que quand on me dit foot, comme des millions de mes compatriotes, la première image qui me vient à l’esprit c’est celle de ce gamin, seul dans la cour de sa favela, qui tape dans un ballon, et qui rêve, car il sait qui un jour deviendra grand. Ronaldo, Zidane ou un autre chanceux du genre. Chanceux parmi des millions qui crèveront sur le bas-côté.

Alors, cette compétition : en quoi est-ce si bien ?

Ce pays, comme pratiquement tout l’occident, est bouffé par la compétition.

Ce concept érigé en dogme par macron et son monde, détruit l’individu et les écosystèmes. Génère des montagnes d’inégalités, d’injustices, de frustrations et de souffrances inutiles. Inutiles, peut-être, mais pas forcément pour tout le monde : je parie que les oligarques qui nous regardent sont eux aussi HEU-REUX, mais pas pour les mêmes raisons. Il y a forcément quelqu’un à qui tout ce cirque profite, j’entends profite pour de bon.

Car au fond, quelles sont ces valeurs soi-disant portées par la compétition ? Et a-t-on jamais vu qui que ce soit, ou quoi que ce soit vraiment rendu meilleur par la compétition ?

Certains argueront, un brin sur la défensive, que c’est le rêêêve qui importe, que la compétition fait rêver, et que ça c’est bien. Et, devant ma rétivité à l’admettre, ils me sortiront l’argument massue : « ces étoiles dans les yeux de mes gamins », et patati et patata.

Allez dire ça aux gamins qui cousent vos ballons de foutebol estampillés « FIFA 2018 », payés à coups de crottes de nez pour des cadences infernales, sans garantie de quoi que ce soit, même pas de bouffer à la fin de la journée, alors rêver…

Et puis, vos gamins, si vous vouliez vraiment les faire rêver, vous iriez déjà leur inculquer ces fameuses valeurs qui feraient d’eux des Etres Humains, et pas des robots-consommateurs, une fois passés leurs dix ans. Ces valeurs dont vous vous targuez mais dont vous n’avez même pas l’once du début du commencement d’un iota d’idée, car vous-mêmes vous êtes perdus. Perdus dans ce grand jeu de la compétition, du narcissisme, du dépassement de soi qui consiste surtout à essayer d’enterrer l’autre.

En fait, votre compétition, c’est du darwinisme social : mort aux vaincus et aux faibles, gloire aux vainqueurs qui ont su s’imposer. C’est une valeur promue, mise en avant, portée, et entretenue par ceux qui tiennent vos chaînes d’une main, et vous lancent parfois une baballe de l’autre, quand ils constatent que vous remuez trop.

C’est justement parce que nous sommes des êtres Humains que nous devrions nous affranchir de ce que même les bêtes, comme nous les appelons si présomptueusement (et qui sont paradoxalement cent fois moins connes que nous), ont compris : on se bat pour la survie, mais on coopère quand les conditions sont favorables.

Nous en sommes là : nous nous battons alors que la bouffe abonde, que les prédateurs n’existent plus, et que les conditions sont favorables pour nous épanouir. Nous préférons nous grimper dessus, littéralement, plutôt que de tendre la main à nos voisins.

Alors… si seulement on pouvait l’interdire, cette compétition ! rassurez-vous, je ne parlais pas de la coupe du mooonde en tant que telle (on n’est pas des staliniens quand même !), mais juste cette notion même de compétition.

La remplacer par celles de coopération, d’entraide, de Solidarité, de partage.

« Mais l’un n’interdit pas l’autre, non ? » C’est vrai cher contradicteur imaginaire, tu as une fois de plus raison : mais quand tu vois que pour les retraites, les Services Publics, l’Education, le Code du Travail, en gros tout ce qui permettra à ton gamin, un jour, de se permettre le luxe de rêver sans finir affamé à la rue avec sa famille, pour cause de maladie, d’endettement, d’invalidité ou pire…quand tu vois donc, que pour tout ça, pour la mère des batailles, celle de la Dignité, il y a juste cent fois, mille fois moins de monde dans la rue par endroits…

Tu te dis que c’est vrai : on est vraiment les Champions du Monde.

David Garcia

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