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Soeur Emmanuelle et les chaînes publiques

Hier, le journal de France 2 de 13 h, près de 30 minutes ont été consacrées (c’est le cas de le dire !) au décès de soeur Emmanuelle. Et presque autant au journal de 20 h, sans préjudice des infos sur France Inter (et sur tous les médias en général).

Remarques :

1. Dans une période où s’annonce la crise financière (et - malheureusement - sans doute aussi, économique) la plus terrible depuis 1929, avec des conséquences incalculables sur l’ensemble des économies mondiales, il paraît étrange de stériliser autant de temps d’information pour un événement de si peu d’importance. De peu d’importance parce que
la fondation soeur Emmanuelle va continuer sans sa créatrice, et parce que, pour autant que cette fondation se dévoue, elle ne représente néanmoins qu’une microscopique partie du soulagement des misères du monde.

2. Subrepticement, sous couvert des activités humanitaires de la soeur Emmanuelle, les médias instillent l’idée que le dévouement, l’abnégation, l’attention aux autres, le social sont organiquement liés à la religion (et même, plus spécialement, à la religion atholique). Cette insistance à mêler les deux (et à réhabiliter insidieusement la charité en lieu et place de la justice sociale) nous avait déjà été administrée à l’occasion des reportages sur la mort (et même la vie) de l’abbé Pierre et de la mère Teresa. Cela fait bon marché et de ceux qui accomplissent la même chose au sein d’autres religions - ou même dans
des cadres strictement laïques - et, plus généralement, cela déplace la priorité vers le rafistolage des injustices mondiales plutôt que vers leur éradication. Et cela donne bonne conscience à peu de frais à l’opinion occidentale.

3. Enfin, alors que la France est officiellement laïque, alors que les églises sont désertées, alors que les séminaires se vident, alors que certains préceptes religieux (sur la sexualité, la morale, le couple) sont de plus en plus contestés - ou même ignorés - y compris des catholiques, l’insistance à mettre en vedette le catholicisme, à toute
occasion et à intervalles rapprochés - le mois dernier c’était le pape (à une autre occasion les obsèques du cardinal Lustiger), tout cela apparaît pour le moins désobligeant pour tous les Français qui ne partagent pas cette foi. Et même pour ceux qui la confessent...

COMMENTAIRES  

22/10/2008 11:24 par Philippe

Pour reprendre une phrase célébre de Victor HUGO dans " Quatrevingt-treize"
"Vous voulez les pauvres secourus, moi je veux la misére supprimée"

22/10/2008 14:20 par demos

Oui, je suis tout à fait d’accord avec certains éléments de l’article "surmédiatisation de la religion" et dont le but n’est autre que de guider "les âmes égarées" sur la voie de Dieu. Ce qui résume "l’objet" à priez, mais ne vous révoltez point, tendez votre main pour aider votre prochain, mais ne touchez point aux puissants.
Mais s’il y a surmédiatisation de la religion et que nous pouvons comprendre ne pas être d’accord avec cela, ainsi qu’un grand nombre de laïcs. Celà ne doit pas nous empêcher aussi de regarder avec objectivité qu’un certain nombre de religieux analysent assez bien les causes de la pauvreté, de l’injustice. Qu’un certain nombre d’entre eux pensent avec une grande foi et qu’ils sont pour plus de justice sociale.
Certes ce n’est pas l’ensemble du monde de l’église.
S’il faut donc dénoncer à juste titre la surmédiatisation du fait religieux et de certaines prises de position de l’église, de la même façon nous pouvons très bien regarder d’un oeil attentioné quand certains hommes ou femmes aident leur prochain. Cela ne veut aucunement dire que aprouver leurs actions par humanité, nous invitent à la même démarche et aux mêmes modes d’action.
Soeur Emmanuelle, elle a agit en conformité avec sa foi pour aider les autres et son combat n’a jamais empêché le nôtre.
Aider les plus démunis par ses actions quand l’on est croyant, n’empêche nullement l’action révolutionnaire.
L’un et l’autre ne s’opposent pas, croyant et incroyants peuvent partager des mêmes valeurs comme ils peuvent très bien ne pas les partager.
L’essentiel n’est il pas de faire avancer la cause humaine.

22/10/2008 17:17 par Anonyme

Rien à rajouter !

22/10/2008 11:34 par coco_des_bois

Je remercie dieu de ne plus avoir la télé, mais comme tu le soulignes, c’est le même cirque - même vu d’internet - que pour l’abbée pierre. Et pourtant ... il était le premier à cracher sur ce qui représente les politiques économiques et sociales libérales, mais nous n’en sommes pas à une imposture médiatique près !

L’occident riche se redonne bonne conscience avec "sa" religion moisie, "son" pape moisi et sa charité - qui bien qu’ordonnée commence rarement par soi même !

La religion reste un gigantesque fléau sur tous les points, cette stupidité qui a élevé l’humain au dessus de tout pour lui accorder tous les pouvoirs de destruction et de mort... pitoyable.

22/10/2008 11:42 par Anonyme

Opinion tout à fait partagée.
Et il est assez difficile de s’élever contre ce fait, alors que c’est proprement scandaleux.
Bravo donc M. Arnaud pour cette brève.

22/10/2008 12:01 par Anonyme

Ceci montre à quel point la France est un pays hypocrite et faussement laîque. Les français n’ont pas besoin d’aller à l’église, ils ont la religion catholique dans leur maniére d’être. Il suffit de constater combien de français se marient à l’église !!!

Alors que ce pays veut imposer ses valeurs laîques, il est tout sauf laîque. Encore une subtulité française, il faut appliquer aux autres ce qu’on est incapable de faire dans notre pays. A chaque fois que la france a colonisé elle a entrainé une horde d’éclesiastiques precheur de parole d’une église bourgeoise criminelle tout au long de son histoire.

Encore une bizarerie du peuple français, alors qu’il s’émeut contre un foulard ridicule, il semble faciné par des hommes d’église qui si on prend le temps de reflechie, ils n’ont qu’un but final, nous renvoyer vers une religion ridicule fite pur "les simples d’esprits" !

22/10/2008 16:16 par Pin Pon

"Encore une bizarerie du peuple français, alors qu’il s’émeut contre un foulard ridicule, il semble faciné par des hommes d’église"

Vous confondez le peuple francais et les médias qui nous cassent les c******* avec la religieuse.
Et à l’école, ni croix ni kippa ni foulard !

22/10/2008 20:09 par Anonyme

Nous sommes bien d’accord, j’irais même plus loin en disant, ni à l’ecole, ni à la télé et ni chez les hommes politiques.

A chaque fois que je vois un politicien s’inviter à l’église au nom du peuple français ça me désole. On est laîque ou on ne l’est pas.

Ce qui me dérange c’est l’hypocrisie dans tout ça. Je prfére sincérement la laîcité à la religion mais encore un pays qui se reclame ouvertement religieux à pays qui pratique le catholicisme en catimini comme la France.

23/10/2008 09:39 par Pin Pon

Tout à fait. Pour rebondir sur l’article original, il est effectivement suspect de faire autant de tapage autour de la disparition d’une réligieuse qui somme toute, n’a fait que ce pourquoi elle est entré dans les ordres. Cette allégeance de tous nos politiciens envers le cérémonieux-dégoulinant et la bondieuserie est dans la droite lignée de la proposition polonaise d’inscrire le caractère chrétien de l’europe dans une constitution. Choc des civilisations voulu par la fine équipe de la Maison Blanche ?

22/10/2008 12:13 par Ravachol

Oui, mais comme l’église catholique ne "produit" plus de Soeur Emmanuelle ou d’abbé Pierre, peut-être peut-on espérer que la charité personnalisé va décroitre dans les médias...

22/10/2008 12:23 par Régis

D’accord sur les deux premiers points, surtout le second : la justice sociale plus que la charité. Moins sur le dernier : la laïcité ne consiste pas à faire l’impasse sur la religion.

22/10/2008 14:48 par xéno

Chiffonnier elle les a trouvé, chiffonniers elle les a laissés.

Elle leur a enseigné la résignation, ils lui ont apporté la notoriété.

Charité commence par elle-même.

Ainsi fut-elle !

23/10/2008 09:53 par juge et parti

Que ne faut-il pas entendre (ou lire -) )

22/10/2008 16:13 par Anonyme

Stirner disait "nos athées sont des gens pieux".La superstition moteur central du système avec la violence pour la faire régner montre encore une fois sa capacité de rassemblement.Soeur emmanuelle n’aura rien changé au système mais elle aura reunit un pays entier hier soir devant la religion cathodique.

22/10/2008 20:11 par diabolo menthe

Il faut dire que la frangine avait tout prévu, pour sa mort : livre, enregistrement d’un message, enterrement dans la stricte intimité de Notre Dame de Paris, oui, vraiment tout...

heu, sauf peut-être la mort de Mesrine...

22/10/2008 21:35 par lila

Soeur Emmanuelle : l’overdose !

Même sur les revues de mon petit garçon : "mon quotidien" et "clé de l’actualité", Soeur Emmanuelle est en une.

Quand mon petit garçon m’a dit que Soeur Emmanuelle est l’opposée de Ben Laden, car elle c’est une sauveuse et Ben Laden M.exterminator , cette remarque m’a aidé à comprendre tout cet engouement pour la "sauveuse".

Toute cette médiatisation ne serait-elle donc pas humaine mais politique et ferait-elle partie de la guerre des civilisations opposant islam et christianisme : "l’islam est terrorisme et haine, le christianisme est paix et amour" ?

Soeur Emmanuelle a rencontré des chiffonniers et a laissé derrière elle des chiffonniers : rien n’a changé dans la vie de ces miséreux.

La raison est que les chiffonniers égyptiens n’ont pas besoin de charité mais de droits : droit à la nourriture, à l’éducation, à la santé, à un toit et à la dignité.

Ces droits, les chiffonniers et autres miséreux, doivent les arracher aux prix de de leurs vies s’il le faut et pour cela il n’y a pas d’autres moyens que la lutte, une lutte contre un pouvoir corrompu, collaborateur et totalitaire.

Le poète tunisien Abou Al Kacim El Chabi écrivait :
"Quand un peuple veut vivre, le destin doit s’incliner, les chaînes doivent se briser et la nuit doit disparaître"

Oui quand un peuple veut vivre il n’y ni " si dieu le veut", ni "Inchallah" ni la charité de Soeur Emmanuelle.

Vivre digne ou mourir

22/10/2008 22:17 par lila

Mère Teresa et les très douteux ’saints’ de Jean-Paul II

http://www.michelcollon.info/articles.php?dateaccess=2007-11-01%2011:27:19&log=invites

23/10/2008 10:03 par Frère Manu

elle ne représente néanmoins qu’une microscopique partie du soulagement des misères du monde
Et toi, Philippe, qu’as-tu fait ? As-tu partagé la vie de ces chiffonniers, qui ne sont qu’une microscopique partie de la misère du monde ? As-tu un tant soi peu amélioré leurs conditions de vie ? Leur fournir une éducation, fut-ce elle minime ? Ne rien faire parce qu’ils ne représentent qu’une infime partie de la misère du monde ? Je suis athée mais un tel propos me fait sortir de mes gonds. Sinon, tout à fait d’accord avec toi concernant les soirées hommages à foison.

23/10/2008 11:26 par Anonyme

« elle ne représente néanmoins qu’une microscopique partie du soulagement des misères du monde »

... mais pas une microscopique partie des JT.

Et les JT à part vendre de l’espace de publicité grâce aux culpabilisations populistes de cette personne, qu’ont-ils fait ?... à part du pognon à bon compte.

23/10/2008 10:43 par V. Dedaj

En résumé :

1) Emmanuelle, ma foi (eh oui), était une brave fille qui a fait ce qu’elle croyait être le bien. Grand bien lui fasse et que peut-on lui reprocher ?

2) On n’est pas obligé d’être d’accord avec elle et ses méthodes, surtout si on a un minimum de sens politique. Mais elle connait personnellement Jésus alors du coup mes lectures de Marx prennent un coup de vieux...

2) les média, comme toujours, nous emmerdent.

Et, soi-dit en passant, leur engouement soudain pour une "sainte" (une fois morte) serait crédible s’ils ne passaient pas le reste de leur temps à idolatrer des démons (bien vivants).

23/10/2008 14:49 par Maryvonne Le Gland Leray

Surmédiatiser l’abbé Pierre et la soeur Emmanuelle est évidemment de l’ordre du bourrage de crâne... On peut se rappeler aussi la venue du Dalai Lama à Nantes ( ou j’habite) une vraie catastrophe...

Le problème de ces populations marginalisées c’est l’urgence... Oui chiffonniers elles les a laissés comme dit quelqu’un dans un message... Je ne vois pas ce qu’elle aurait pu faire d’autre... Pour devenir "révolutionnaire" il faut d’abord retrouver sa dignité et avec elle le sentiment d’injustice... Chez celui qui lutte tout simplement pour sa survie, il n’y a pas de conscience révolutionnaire...

Mais il faut dire cette chose qui est réelle, dans les milieu réellement défavorisés en France,ou j’ai travaillé pendant près de 40 ans, je n’ai pas rencontré la présence de militants communistes... On peut critiquer la "charité chrétienne" et l’humanisme à l’eau de rose voire à l’eau bénite... et sous prétexte de révolution lointaine ne pas intervenir... la situation n’est pas si simple...

La dialectique supposerait que nous soyons capables de faire les deux : intervenir dans l’urgence et agir pour un changement de société... IL ne s’agit pas d’agir pour les pauvres mais de faire que les pauvres agissent pour eux même...

On a besoin de chiffonnier et il n’y a pas de sot métiers...

Chiffonniers ils sont restés et c’est bien, un chiffonnier peut avoir aussi la conscience révolutionnaire...

23/10/2008 17:58 par Anonyme

Normal que les communistes ne soutiennent pas la charité chrétienne , il faut dire que la Vatican a largement oeuvré en faveur de l’anticommunisme .C’est de bonne guerre.Et jusqu’a preuve du contraire méme le catholique le plus dissident a toujours une oreille pointé sur les nouvelles du vatican.

23/10/2008 18:26 par Maryvonne Le Gland Leray

Je crois que tu n’as pas bien lu mon post... et même pas lu du tout...

Au coeur de la révolution il y a l’homme

C’est une base essentielle que nous ne devons jamais oublier...L’homme finalement est au coeur du processus révolutionnaire.

Et l’homme n’est pas un matériau malléable à volonté, un outil fiable sans pensées et sans émotions...

On dit : « ventre affamé n’a pas d’oreilles ». Le premier souci de l’homme est sa survie et dans un second temps celle de sa famille. Le sacrifice de sa vie pour une cause quelconque, même la plus juste qui soit, n’est pas spontané, c’est le fruit d’une éducation.

23/10/2008 20:49 par Anonyme

Dire que l’on doit intervenir au quotidien et egalement vouloir la révolution n’a pas de sens.Comme tu dis tu utilises la dialectique mais au fonds tu n’arrives pas à échapper à la disparition de susbstance et de sens de notre société.La liberté , l’humanisme ne sont que des concepts qui n’a comme unique intéret pour les puissants de dénaturer la vrai liberté et l’essence de l’homme.La révolution est absolu et purement matérialiste sinon elle n’est que leurre et superstition.Il s’agit d’une conception encore avant gardiste et qui ne peux pas en soi etre éduqué , le pauvre veut naturellement etre plus riche et bénéficier des fruits du système , il n’a pas vocation à etre plus révolutionnaire .Et la religion essaie bien de nous faire croire à ce genre de superstition qui dit que les derniers seront les premiers avec un mépris pour toute révolution socialiste.

23/10/2008 18:22 par Anonyme

Il n’est pire aveugle que celui qui refuse de voir

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23/10/2008 21:01 par Maryvonne Le Gland Leray

je m’en doutais qu’on allait me répondre le secours populaire... Il fait beaucoup c’est vrai...

mais ce n’est pas vraiment de cela dont je parle...

Il y a encore beaucoup à faire...

Le secours populaire est trop souvent la bonne conscience des communistes... tout comme soeur Emmanuel pour les cathos...

Et pour faire taire toute tentation de m’accuser d’anti communisme sachez que je suis communiste et que même j’ai ma carte... c’est pour cela que je me permets d’être si critique... et que je continuerai ...

fraternellement

24/10/2008 05:58 par Pin Pon

Paix, mes frères et soeurs.
Je vais vous réconcilier :

" Quand je donne à manger aux pauvres, ils disent que je suis un Saint. Quand je demande pourquoi les pauvres sont pauvres, on dit que je suis un communiste"
Dom Helder Camara, curé brésilien

Pin pon
Extincteur rouge

24/10/2008 06:44 par emcee

D’abord, cela a été dit, Soeur Emmanuelle n’a pas fait beaucoup plus que ce pourquoi elle a choisi les ordres personnellement. Pourquoi avoir mis cette personne sur un piédestal et, finalement, lui offrir des obsèques quasi-nationales, elle, plutôt que l’enseignant qui s’est "consacré" toute sa vie à l’alphabétisation des démunis ou le médecin à soigner des malades laissés pour compte par le système, par exemple ?

Ensuite, on mélange tout en créant des stéréotypes. Religion, laïcité, athéisme, communisme et surtout charité et solidarité.
La religion n’est pas là pour changer le monde, elle est là pour maîtriser les "pauvres" et leur apprendre à se résigner de leur vivant à leur triste sort, à cette "fatalité" qui les accable et dont on a "pitié" (pouvoir "être assis à la droite de Dieu" - mais une fois morts seulement - devoir "faire le sacrifice de sa vie" et toutes les sornettes qu’inculque la religion pour abêtir le peuple).

La religion se garde d’ailleurs de changer quoi que ce soit à l’ordre établi, au contraire, elle le justifie. S’il y a des pauvres, c’est bien triste et il faut les aider, mais le but, c’est de les empêcher de se révolter, de prendre le pouvoir. Il n’y a qu’à voir comment les prêtres qui dénoncent la pauvreté un peu trop haut, et par conviction (eux), sont marginalisés par l’institution, voire écartés, parfois même assassinés mystérieusement.

Et je ne parle pas du médiatique Abbé Pierre, qui ne demandait pas l’éradication de la pauvreté mais un meilleur traitement, une meilleure prise en compte des pauvres, partant par là même du postulat que la pauvreté comme la richesse étaient inéluctables et étaient non pas dues à la volonté d’une "élite" (puissante et armée) mais à la destinée.

Mais la religion seule n’est pas en cause dans ce traitement des "défavorisés". Bien des organisations caritatives non confessionnelles reproduisent le même schéma. Elles contribuent à pallier les carences de l’État, dissimuler que l’État ne joue pas son rôle, à savoir organiser la société de façon à ce que toute la population ait de quoi vivre décemment - et que chacun ait accès au logement, la nourriture, les soins médicaux, etc.

En distribuant de la soupe, des denrées alimentaires, des vêtements (usagés), etc., ces organisations se substituent à l’État, l’exonèrent de ses devoirs, lui permettent de passer outre les droits fondamentaux des citoyens et servent ainsi le pouvoir établi tout en plaçant les pauvres dans un état de dépendance et d’opprobre.

Dans le cadre de missions caritatives, même si ceux qui y participent sont probablement souvent sincères et dévoués (c’est le système que je dénonce), d’abord, on "choisit ses pauvres", puis, on décide de ce qu’on veut bien leur donner, de ce qui est "bien" pour eux, selon le dogme de l’association (voir le lien édifiant donné par Lila sur Mère Térésa, qui recevait des dons du monde entier et était soutenue par les gouvernements et les groupes capitalistes de toute la planète - et donc probablement milliardaire - et qui laissait croupir les pauvres dont elle avait la charge dans des lieux sordides, qui interdisait aux femmes dans la misère d’avorter en prétendant qu’un énième enfant c’était un "don de Dieu" …)

Il faudrait se demander : Oà™ sont les ressources, les richesses (pétrole, or, uranium, etc.) - toutes ces matières premières qui permettent de produire tout ce dont nous nous servons quotidiennement (et Oà™ sont produits de plus en plus aujourd’hui ces derniers ?) ?

Et QUI les exploite, et au prix de combien de vies humaines, anéanties par les guerres, la maladie, l’épuisement, la pollution, la famine ?

Qui organise ce pillage et qui, parallèlement, envoie dans ces pays dévastés des missions caritatives soi-disant aider les populations alors qu’il s’agit en fait de prodiguer la bonne parole et de créer l’illusion de la "générosité" des pays dits "riches" destinée à masquer les pillages perpétrés au nom d’on ne sait quelle liberté, et faire oublier que le flux économique part en réalité des pays du Sud vers ceux du Nord ?
N’est-ce point, à l’échelle mondiale, le mécanisme même de la charité - qu’elle soit confessionnelle ou non (où une minorité influente aux poches pleines concède quelque aumône à une majorité qu’elle maintient sous son joug par l’humiliation et l’intimidation) ?

Parmi les signataires de la pétition sur le "refus de la misère", on trouve, entre autres, Laurence Parisot. C’est dire si une "Journée Internationale du refus de la misère" est crédible. Pas plus que les appels occasionnels de l’Abbé Pierre, la collecte de pièces jaunes, ou les périodiques "Restaus du coeur" avec leurs chantres.

En conclusion, solidarité et charité sont antinomiques : la charité divise, la solidarité rassemble.

24/10/2008 13:43 par Maryvonne Le Gland Leray

Bon d’accord, c’est vrai que toutes ces associations ne sont pas révolutionnaires et font le boulot de l’état.

j’ai longtemps tenu ces propos...

Mais au nom de grands principes révolutionnaires on fait quoi ?

Il y a des enfants qui vont à l’école le ventre vide

être révolutionnaire ce n’est pas seulement tenir des grands discours et manier les armes...

Heureusement Chavez, Castro et d’autres l’ont compris...

Laisser mourir de faim est un crime et un assassinat même si c’est au nom de la révolution surtout si c’est au nom de la révolution.

24/10/2008 16:17 par lila

Soeur Emmanuelle n’a pas fait ce qu’elle a fait pour rien, son but était surtout de faire du prosélytisme dans un but d’évangélisation.

Occuper le terrain du social est une technique utilisée par les religieux. J’ai vu en Algérie comment les islamistes ont réussi à rallier la population à leur cause en investissant le champ social et se faisant passer pour des humanitaires.

24/10/2008 17:05 par Maryvonne Le Gland Leray

Tu as parfaitement raison et j’ai toujours combattu cela ... mais c’est aussi de notre faute ... ce que l’état laïc ne fait pas les religieux le feront et dans le but que tu dis : le prosélytisme...

ceci dit si c’est si facile de faire ce que cette religieuse a fait pourquoi ne le fait-on pas ?

Sous l’influence de la trahison et de la dégénérescence des organisations historiques du prolétariat, naissent ou se régénèrent, à la périphérie de la IVe Internationale, des groupements et des positions sectaires de différents genres. Ils ont à leur base le refus de lutter pour les revendications partielles ou transitoires, c’est-à -dire pour les intérêts et les besoins élémentaires des masses telles qu’elles sont. TROTSKY

25/10/2008 01:41 par emcee

"ceci dit si c’est si facile de faire ce que cette religieuse a fait pourquoi ne le fait-on pas ?"

Ca, c’est le genre de réflexion qui a le don de m’agacer prodigieusement.

D’abord, faut-il partir pour le Caire au milieu des chiffonniers pour rivaliser ?

Ensuite, était-elle si remarquable que cela que personne ne puisse l’égaler et que les actions routinières peu médiatiques ne donnent pas le même nombre de points de bonus ?

Et qu’a-t-elle donc fait de si "pas facile" ? Elle a enseigné pendant 40 ans dans des établissements pour jeunes filles de bonne famille. Il est, me semble-t-il, des situations d’enseignement bien plus héroïques.

Puis, à la retraite, elle choisit (de son plein gré, donc) de partir vivre au Caire avec les chiffonniers. Elle a une bonne santé, de l’énergie et elle fait ce qui la passionne (c’est elle-même qui le dit). Elle ne rentrera en France que 20 ans plus tard et sans grand enthousiasme, qui plus est. C’est donc bien qu’elle ne s’était pas "sacrifiée". Tant mieux pour elle. Mais faut-il pour autant la béatifier ?

Ensuite, elle est reçue avec déférence dans les médias, par les personnalités politiques et autres figures. Elle n’a pas de soucis financiers, elle a toujours un toit pour l’accueillir et elle s’habille d’un rien.

Je connais des sorts bien moins enviables.

En fait, j’en côtoie tous les jours.

Et pour eux, ce n’est vraiment pas facile.

Quant à diviser la société en deux catégories : ceux qui agissent, les membres des associations caritatives, et les "révolutionnaires" (???), qui passent leur temps en palabres et laissent les enfants partir à l’école le ventre vide ... il me semble que c’est un peu plus complexe que cela, non ?

25/10/2008 13:22 par Maryvonne Le Gland Leray

On va en rester là ... bien que sur le problème des exclus je ne céderais jamais un pouce de terrain... Car je sais (d’expérience) que la prise de conscience politique a souvent commencé par un travail "caritatif" de première urgence...

l’ouverture d’esprit et le non rejet de la réalité est le BABA de la démarche dialectique...

Le retour à la dignité des chiffonniers du Caire est une première étape vers une conscience révolutionnaire... Lire quelques textes de Fidel Castro ne serait pas une mauvaise chose...

On peut relire Lénine aussi... la bonne chose eut été qu’il y ait des révolutionnaires au sein de ces associations... au lieu de pisse vinaigre qui rejettent en bloc l’enfant et l’eau du bain...

En fait je crois que tout cette polémique n’est que le bon prétexte à ne rien faire.... Puisque seule la révolution peut sauver le monde à quoi bon s’engager... et comme la révolution ce n’est pas pour tout de suite c’est bonnard... mais la révolution ça se prépare au sein des masses et des plus démunis d’abord ... car ce sont eux qui ont intérêt à la révolution et qui nous poussent au C..

Contrairement à mère Thérésa soeur Emmanuel a su responsabiliser. c’est important que les enfants aillent à l’école ou se fasse vacciner... c’est par là que commence la révolution il appartient ensuite d’éveiller la conscience...

et la démarche dialectique sait prendre en compte ce qui parait contradictoire et antinomique...

On ne fait pas la révolution en crachant dans la soupe...

fraternellement

29/10/2008 20:47 par emcee

Oui, je crois qu’on va en rester là . Quand on donne des leçons, mieux vaut être clair(e) et ne pas tout mélanger.

La révolution qui passe par les prêchi-prêchas, ça je n’avais jamais entendu cela. C’est probablement une information à creuser.
Moi, j’ai toujours cru bêtement que c’était pour se libérer des pouvoirs totalitaires, y compris la mainmise de la religion et sa charité bien ordonnée.
Cela éclaire enfin ma lanterne.

Quant aux "révolutionnaires" (on ne sait toujours pas de qui il s’agit, mais peu importe) "qui ne font rien" en attendant la révolution pendant que les assoces charitables s’agitent, excusez-moi, mais cela me semble relever davantage du procès d’intention que d’un constat étayé par des chiffres et par la réalité sur le terrain.

En revanche, je suis bien contente que, grâce à Soeur Emmanuelle, les petits enfants du Caire puissent enfin tous aller à l’école et être vaccinés. C’est en effet une réussite admirable.

Quant à mes lectures, j’aime à penser que mon jugement et celui de mes amis est largement suffisant. Alors, merci pour les "conseils", mais je n’ai pas attendu ce jour pour m’intéresser à la révolution cubaine, qui, si je ne m’abuse, n’est pas, elle, partie d’actions caritatives.

Mais on peut toujours se tromper.

29/10/2008 17:14 par Hugo

Comparer le proselytisme des islamistes algeriens et de soeur Emmanuelle auprès des coptes (chretiens au passage) des bidonvilles du caire faut quand meme oser le parallele !!! son but, et je suis athé, n’etait pas la conversion mais l’aide aux plus demunis, il faut quand meme arreter...

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