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NON, LA CHINE N’EST PAS UN “CAPITALISME D’ETAT”

Bruno GUIGUE
Il y a des expressions qui connaissent une histoire singulière, et le signifiant “capitalisme d’État” est sans doute l’un des plus élastiques de la science politique de notre temps. Lorsqu’il s’agit en Occident de nommer la Chine contemporaine, d’en donner une représentation savante, ou, pour employer un langage marxiste, de désigner la formation sociale qui la caractérise, voilà que le “capitalisme d’État” fait immédiatement irruption dans le discours : de la droite à la gauche, des marxistes aux libéraux en passant par les conservateurs, tout le monde semble tomber d’accord. Comme s’il était frappé au coin du bon sens que la Chine relève d’une telle catégorie, une belle unanimité, de Steve Bannon à Frédéric Lordon, efface les inimitiés idéologiques habituelles. (1) Chez les critiques de droite, désigner la Chine comme un “capitalisme d’État” a une fonction particulière dans un discours en forme de réquisitoire judiciaire : il s’agit d’accuser le gouvernement chinois de ne pas (…)Lire la suite »

Le jeu impérial

Andrés Piqueras
Une analyse matérialiste dialectique des possibilités stratégiques des États-Unis après la poursuite de leur défaite dans la bataille d’Iran
Nombreuses sont les spéculations qui circulent sur les possibles stratégies, ou l’absence de stratégies, de la part de l’hégémon impérial, les États-Unis, pour tenter de préserver leur domination mondiale. Depuis ceux qui affirment allègrement que dans son affrontement avec l’Iran – qui date de longtemps mais s’accentue maintenant – les États-Unis « ont déjà perdu la guerre », jusqu’à ceux qui nous parlent de l’hécatombe nucléaire qui planerait sur la formation perse et sur une bonne partie de l’Asie en général. Pour faire une bonne analyse matérialiste dialectique, nous devons toujours aller au-delà du concret et du partiel, vers la conception ou le regard holistique, d’ensemble, de totalité. C’est la première chose. En outre, il est indispensable de laisser de côté toute personnification des relations sociales qui centre les analyses sur des individus ou des singularités politiques comme responsables des processus historiques. Il est encore plus nécessaire d’écarter les (…)Lire la suite »

Les manipulateurs comprennent que le contrôle du récit est primordial

Caitlin JOHNSTONE
Ils comprennent que les humains sont des animaux narratifs dont la vie intérieure est généralement dominée par des récits mentaux sur ce qui se passe, donc si vous pouvez contrôler ces récits, vous pouvez contrôler les humains.
L'ancienne officieuse du renseignement israélien Ella Kenan a été vue lors d'une récente conférence pro-israélienne déclarant qu'elle dirigeait une opération d'influence en ligne qui travaille avec des « communautés de plus de soixante mille personnes à travers le monde qui rendent notre contenu viral » pour manipuler le discours public et « servir le récit » d'Israël. On m'a assuré que cela n'arrive jamais et qu'il est antisémite de dire que cela arrive, mais bon, d'accord. Passons. « Nous créons également du contenu pour des influenceurs non juifs qui collaborent avec nous », dit Kenan dans une vidéo que j'ai vue pour la première fois diffusée par Chris Menahan d'Information Liberation. Elle s'est ensuite vantée d'avoir inventé le slogan « Le Hamas, c'est Daech » et de l'avoir diffusé avec un tel succès que Joe Biden a fini par le répéter dans un discours. « J'ai proposé "Le Hamas, c'est Daech", j'ai proposé pourquoi, et j'ai donné un petit topo sur la façon dont nous (…)Lire la suite »

Comment la guerre contre l’Iran et le Hezbollah a brisé le bouclier protecteur américain d’Israël

Sharhabil Al Gharib
Les indicateurs qui émanent de Washington ne sont plus de simples chiffres ou des divergences passagères dans les positions ; ils reflètent plutôt une profonde transformation structurelle de la relation entre les États-Unis et Israël. Le récent vote au Sénat américain, où une nette majorité de démocrates a voté contre la fourniture à Israël d’équipements militaires sensibles, a révélé un déclin sans précédent de la position d’Israël au sein des États-Unis, en raison de son implication dans des guerres et des répercussions négatives que celles-ci ont engendrées sur la scène intérieure américaine. Que 40 des 47 sénateurs démocrates aient voté contre la fourniture d’engins de chantier à « l’armée » israélienne, que 36 des 47 aient voté contre la fourniture de bombes, et qu’aucun membre démocrate ayant des ambitions présidentielles n’ait voté pour armer Israël, voilà des données qui ne peuvent être traitées comme un événement isolé ou une circonstance politique temporaire. Elles (…)Lire la suite »

« Comment exterminer une civilisation ? »

Alvaro Garcia Linera
Il existe une prédisposition sociale à l'impensable et à l'abomination, propre à ces temps d'effondrement du système de croyances dominant et à l'absence, temporaire, d'un nouveau.
Comment exterminer une civilisation ? Il existe une prédisposition sociale à l'impensable et à l'abomination, propre à ces temps d'effondrement du système de croyances dominant et à l'absence, temporaire, d'un nouveau. Le 7 avril, sur son réseau social Truth, Trump a proféré sa sentence contre l'Iran : « Cette nuit, toute une civilisation disparaîtra. » Ce qui est terrifiant, ce n'est pas seulement l'intention d'un président d'une puissance nucléaire de se préparer à exterminer toute « une civilisation », mais aussi le silence et le morbide avec lesquels cette déclaration monstrueuse a été reçue par « l'opinion publique » dominante dans le monde entier. Peu de gens ont été horrifiés par la menace publique et officielle d'assassiner des millions de personnes – enfants, adultes, personnes âgées – et de dévaster leur culture, leur histoire, leur religion, leur économie, leur géographie, leurs institutions et leur descendance, car tout cela constitue une « civilisation ». (…)Lire la suite »