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Washington lance un ultimatum au Venezuela sous couvert du stratagème de « l’aide humanitaire »

Le secrétaire d’État américain a lancé un ultimatum au gouvernement vénézuélien du président Nicolas Maduro mercredi, lui demandant d’ouvrir ses frontières à un plan orchestré par les États-Unis pour fournir de l’« aide humanitaire ». L’objectif de Washington est soit de provoquer une fissure au sein des forces armées du pays, soit de préparer le terrain pour une intervention militaire dirigée par les États-Unis.

« Le peuple vénézuélien a désespérément besoin d’aide humanitaire », a tweeté Pompeo. « Les États-Unis et d’autres pays essaient d’aider, mais l’armée vénézuélienne, sous les ordres de Maduro, bloque l’aide avec des camions et des navires-citernes. Le régime de Maduro DOIT LAISSER L’AIDE ATTEINDRE LA POPULATION AFFAMÉE. »

L’inquiétude soudaine pour la « population affamée » du Venezuela provient d’un gouvernement américain qui a systématiquement oeuvré pour étrangler l’économie vénézuélienne, imposant un blocus financier en août 2017 et un embargo pétrolier la semaine dernière. L’embargo vise à bloquer toutes les ventes à destination et en provenance de la compagnie énergétique publique PDVSA, menaçant le pays de la perte de sa principale source de devises étrangères et de sa capacité d’importer de la nourriture et des médicaments.

L’intention de Washington est indubitable. Il vise à affamer la population vénézuélienne, à rendre le pays ingouvernable et à mener à bien une opération de changement de régime pour installer un gouvernement fantoche de droite.

À cette fin, le gouvernement américain a parrainé un coup d’État politique lancé le 23 janvier avec l’assermentation autoproclamée de Juan Guaidó en tant que « président par intérim », une mise en scène préparée avec l’administration Trump. Washington a immédiatement reconnu Guaidó, un agent du parti d’extrême droite, Voluntad Popular (Volonté populaire), financé par les États-Unis, qui avait été soudainement élevé à la présidence de l’Assemblée nationale contrôlée par l’opposition à la veille du coup d’État. En même temps, l’administration Trump déclarait le gouvernement Maduro « illégitime ».

Les gouvernements de droite d’Amérique latine, ainsi que le Canada et les grandes puissances européennes, ont emboîté le pas dans ce qui équivaut à une lutte criminelle et prédatrice pour le contrôle des réserves pétrolières du Venezuela, les plus importantes de tous les pays de la planète.

Guaidó et la droite vénézuélienne, en étroite collaboration avec la CIA et le département d’État américain, ont lancé une campagne publique bruyante sur l’aide promise par Washington (20 millions de dollars), le Canada (40 millions de dollars) et l’Union européenne (5 millions de dollars), demandant l’ouverture d’un « corridor humanitaire » et déclarant que l’aide est sur le point d’arriver dans la ville frontière de Cúcuta et doit être introduite sans obstacle et sous contrôle de l’opposition de droite au Venezuela.

La cible principale de cette campagne de propagande est l’armée vénézuélienne, qui constitue un pilier clé du gouvernement Maduro et qui, jusqu’à présent, ne l’a pas abandonné.

Le compte Twitter de l’Assemblée nationale dirigé par Guaidó affiche comme message principal : « C’est le moment, soldat de la patrie ! Allez-vous refuser l’aide humanitaire à votre mère ? »

Guaidó, quant à lui, a tweeté mercredi que « dans les heures à venir, nous allons vous informer de l’ampleur et des possibilités de cette aide humanitaire. Aux Forces armées nationales, je dis : laissez entrer cette aide, car elle est pour vos familles aussi. »

La réaction de l’armée vénézuélienne à cette campagne a été de bloquer le grand pont reliant Cúcuta en Colombie à Urena au Venezuela, en stationnant un camion-citerne et deux grands conteneurs sur les trois voies du pont.

Il est absurde de prétendre que les camions de vivres et de médicaments amenés à la frontière entre la Colombie et le Venezuela résorberont la profonde crise économique et sociale qui sévit au Venezuela. L’aide, quand et si elle arrivera, est un cheval de Troie classique, destiné non pas à alléger les souffrances du peuple vénézuélien, mais à provoquer soit un coup d’État militaire, soit une confrontation armée.

La Croix-Rouge et Caritas, le groupe d’aide affilié à l’Église catholique, ont refusé de participer à toute opération impliquant le « corridor humanitaire » américain, invoquant leurs principes de neutralité et d’indépendance.

Les ministres des Affaires étrangères de la Colombie et du Brésil, les deux pays limitrophes du Venezuela, où les « États-Unis ont proposé d’ouvrir leurs « couloirs humanitaires », se trouvaient à Washington mardi pour des discussions avec Pompeo et John Bolton, conseiller à la Sécurité nationale. Ce dernier est apparu lors d’une conférence de presse la semaine dernière avec un bloc-notes portant l’inscription « 5.000 soldats en Colombie ».

Sans aucun doute, l’option privilégiée par les États-Unis est de provoquer une crise sociale, économique et politique d’une telle ampleur au Venezuela qu’elle fera que les militaires changent de camp, renversant Maduro et se rangeant derrière un régime fantoche américain. À défaut de parvenir à ce résultat, cependant, comme Trump l’a déclaré à plusieurs reprises, l’option d’une intervention militaire américaine reste « sur la table ».

Le président américain a réitéré sa reconnaissance du « gouvernement légitime » de Guaidó dans son discours sur l’état de l’Union, mardi, sous les applaudissements des républicains et des démocrates, dont les principaux dirigeants ont approuvé la tentative de coup d’État américain.

Les médias capitalistes américains, quant à eux, se sont alignés sur l’opération de changement de régime de Washington de la même manière qu’ils l’avaient fait avant les guerres américaines en Irak, en Libye et ailleurs. À la demande du département d’État, de la Maison-Blanche et de la CIA, ils diffusent des reportages sur la faim au Venezuela et présentent Maduro comme un méchant pour ne pas avoir ouvert ses frontières à l’« aide » américaine.

Maduro, qui dirige un gouvernement bourgeois qui défend la propriété privée et les intérêts des capitaux financiers nationaux et étrangers, a fait appel au Pape pour servir de médiateur entre son gouvernement et l’opposition de droite soutenue par les États-Unis. Il s’est félicité de l’intervention d’un « groupe de contact » organisé par l’Uruguay et le Mexique, avec la participation de la Bolivie, de l’Équateur, du Costa Rica et de huit membres de l’Union européenne (Espagne, France, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni et Suède), qui devait se réunir jeudi à Montevideo pour trouver une issue pacifique à cette crise.

Pour sa part, cependant, l’opposition de droite dirigée par Guaidó, agissant sur ordre de Washington, rejette tout « dialogue » ou règlement négocié, exigeant un changement de régime inconditionnel et comptant sur la puissance militaire américaine pour y parvenir.

Cette intransigeance repose sur la détermination de l’impérialisme américain à affirmer son hégémonie sur le pays le plus riche en pétrole du monde et à réduire l’influence de la Chine et de la Russie, qui ont toutes deux des liens économiques et militaires importants avec Caracas.

La menace que le Venezuela devienne le centre d’une confrontation majeure entre les principales puissances nucléaires du monde est réelle et croissante. Le New York Times a publié un éditorial mercredi soutenant généralement le renversement du gouvernement Maduro, mais exprimant la nervosité qui existe au sein des sections de l’establishment américain au pouvoir face à la politique extrêmement belliqueuse menée contre le Venezuela.

« En partie à cause du soutien total de l’administration Trump au changement de régime, la crise est devenue une dangereuse lutte de pouvoir mondiale », prévient le journal. « C’est la dernière chose dont les Vénézuéliens ont besoin. »

Citant les liens entre Caracas, Moscou et Pékin, le journal déclare : « Il est tout à fait dans l’intérêt des Américains et des Occidentaux de libérer le Venezuela de ces horribles alliances par le biais de négociations entre les partisans de M. Guaidó et de M. Maduro. »

Et si de telles négociations ne devaient pas avoir lieu ? De toute évidence, il y a tout lieu de s’inquiéter au sein des couches dirigeantes au sujet d’une autre guerre de changement de régime menée par les États-Unis, étant donné l’échec lamentable et sanglant de telles aventures militaires en Irak et en Libye, qui n’ont pas permis de réaliser des gains tangibles pour les intérêts impérialistes américains. Mais en fin de compte, la classe dirigeante américaine dans son ensemble est engagée dans une voie au Venezuela qui ne peut produire autre chose qu’un bain de sang et l’imposition du genre de dictature qui a été porté au pouvoir par la CIA et le Pentagone au Chili, en Argentine et ailleurs en Amérique latine dans les années 1960 et 1970. Et il y a la menace d’une guerre beaucoup plus vaste.

La classe ouvrière aux États-Unis, en Europe et au niveau international doit rejeter avec mépris les prétentions « humanitaires » et « démocratiques » de Washington et des puissances européennes et s’unir à la classe ouvrière du Venezuela et de l’Amérique latine dans son ensemble dans une lutte contre les interventions impérialistes et le capitalisme.

Bill Van Auken

(Article paru en anglais le 7 février 2019)

»» https://www.wsws.org/fr/articles/2019/02/08/vnzl-f08.html
URL de cet article 34548
   
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