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De la famille royale britannique

Je voudrais évoquer ici quelques secrets de famille, qui ne le sont plus vraiment, concernant la famille royale britannique. Pour l’anecdote, ces secrets expliquent peut-être les comportements franchement déviants des plus jeunes rejetons royaux : port d’accoutrements nazis, beuveries multiples et variées.

On pourrait par exemple commencer par l’attitude de la défunte princesse Margaret, soeur cadette de la reine, lors d’une projection officielle, en 1993, du film de Steven Spielberg, La liste Schindler. L’épisode qui met en scène des soldats nazis et des chiens policiers se jetant sur des prisonniers juifs terrorisés provoqua chez la princesse une réaction très vive : elle se leva de son siège en déclarant qu’elle refusait de rester une minute de plus car elle ne voulait plus « entendre un seul mot sur les Juifs ou sur l’holocauste », en ayant suffisamment soupé « pendant la guerre ». Il y a dans la famille royale britannique un fort tropisme antisémite. Est-ce parce que la famille royale britannique est d’origine allemande ? La reine mère, décédée en 2002 à l’âge de 102 ans, dont certains affirment - seul l’ADN pourrait l’attester - que sa mère était une servante dans le château du comte où elle est née (la Reine d’Angleterre serait alors issue de bâtarde !), avait des cousins qui, pendant la Première Guerre mondiale, se sont battus contre les Anglais. Sa belle-mère parlait anglais avec l’accent allemand. Lorsqu’elle assista, en 1936, aux funérailles du roi George V, dernier représentant de la famille allemande de Saxe-Cobourg et Gotha, elle y côtoya un cousin en uniforme nazi.

En 1893, le futur George V avait épousé Marie de Teck (issue d’une vieille famille allemande), précédemment fiancée à son frère Albert, mort brutalement d’une pneumonie. Après avoir succédé à son père en 1910, il mena surtout une vie de gentleman-farmer sur ses terres du Norfolk, constitua une énorme collection de timbres, se rendant le moins possible à l’étranger, sauf pour y inspecter des installations militaires, ou pour rendre visite à sa famille en Allemagne en 1913. Il avait coutume de dire que les pays étrangers étaient horribles : « Je le sais, j’y suis allé. » Son inculture était légendaire. Il ne connaissait pas les soeurs Brontë et leurs célébrissimes romans Jane Eyre et Les Hauts de Hurlevent. Il avait honte de la santé de son plus jeune fils John, épileptique et légèrement débile. Il le fit enfermer dans une ferme du Norfolk, où il mourut en 1919 à l’âge de 13 ans, après n’avoir eu comme contact familial que celui de sa mère. L’enfant fut enterré dans le plus grand secret dans le petit cimetière de Sandringham.

Le père de la Reine Élisabeth, George VI, souffrit, sa vie durant, d’une santé très précaire. Il bégayait, son corps était ulcéreux, ses poumons faibles, ses jambes rachitiques. Est-ce parce que deux de ses arrières grands-parents (la Reine Victoria et le Prince Albert de Saxe-Cobourg et Gotha) étaient cousins germains ? Dans l’intimité avec sa femme, le pauvre George était, comme on disait pudiquement, « nerveux », si bien que la future reine mère dut être fécondée artificiellement à deux reprises, une procédure rarissime à l’époque. On sait, par parenthèse, que cette reine mère fut une joueuse invétérée, et que, dans les années soixante, elle soutint la cause des colons blancs en Rhodésie. Elle qualifiait les Africains de " blackamoors " ou " nig-nogs " (négrots), et elle en voulut toute sa vie à Lord Mountbatten et à sa femme (« dont la mère était à moitié juive », serinait-elle) d’avoir dirigé le processus d’accession de l’Inde à l’indépendance. Pour la reine mère, le quart de sang juif coulant dans les veines de Lady Mountbatten expliquait son goût pour le jazz, les voitures de course, les bains de minuit en tenue d’àˆve. Deux de ses nièces (Katherine et Nerissa, cousine germaines de la Reine Élisabeth), handicapées mentales, vécurent jusqu’à leur mort dans le secret le plus absolu dans un hôpital psychiatrique du sud de l’Angleterre. Il semble que Katherine soit toujours en vie. Nerissa mourut en 1986. Trois de leurs cousines (également apparentées à la reine) passèrent également plusieurs années en institution psychiatrique. Lorsqu’Idonea, l’une d’entre elles, mourut en 2001, elle fut enterrée très modestement, comme ses deux soeurs, dans un cimetière du Surrey. Buckingham palace n’annonça le décès qu’un an plus tard.

Encore que cette histoire ne soit pas totalement attestée (mais on a écrit des livres fort détaillés sur le sujet), il semble bien que la reine mère eut dans sa lignée un véritable monstre, Thomas, l’un des fils de ses arrière arrière-grands-parents. Ressemblant à un « énorme oeuf flasque » (enormous flabby egg), cette créature surnommée la Bête de Glamis, naquit en 1821 dans l’aristocratie écossaise. Il vécut au moins cinquante ans dans l’un des châteaux de la famille. D’autres secrets purent être cachés : l’alcoolisme du roi George VI, l’homosexualité, avant son mariage, du prince Édouard. Avant la Deuxième Guerre mondiale, la reine mère était en faveur de la politique d’apaisement, et même de réelles concessions au Reich. En sirotant l’un de ses nombreux gins quotidiens, elle lut Mein Kampf dans son intégralité, avant de le recommander en ces termes à un ami : « même une lecture rapide vous montre à quel point l’homme est à l’évidence sincère. »

On ne saurait clore ce bref survol sans s’arrêter un instant sur Philippe d’Édimbourg, le mari de la reine. Les époux sont cousins issus de germains. Bien que descendant de quatre familles royales (grecque, anglaise, danoise, russe), Philippe est né, après ses quatre soeurs, en 1921, sur la table de cuisine d’une petite maison de Corfou, sans eau, sans gaz, ni électricité. Son premier contact avec le monde fut donc une toile cirée. Son père était un Allemand, prince de Grèce, et sa mère une Allemande de la famille des Battenberg. Il apprit à communiquer par la langue des signes avec sa mère, sourde depuis la petite enfance. A sa naissance, Philippe fut victime des vicissitudes de l’Histoire de la famille royale grecque. Son père, ayant servi le roi Constantin 1er obligé de s’exiler après la guerre gréco-turque de 1919-1922, fut banni de Grèce et s’installa neuf ans en banlieue parisienne (dans une maison louée par Marie Bonaparte, la protectrice de Freud), où ils vécut de la charité de ses royales familles. En 1930, les autres soeurs de Philippe, qui avaient été élevées en Allemagne, épousèrent des dignitaires allemands (deux princes, un margrave et un grand-duc). L’une des soeurs de Philippe baptisa son fils aîné Karl Adolf en l’honneur du Führer. Une autre soeur épousa Christophe de Hesse-Cassel, membre du Parti Nazi et de la Waffen-SS. Deux oncles du Prince Philippe, appartenant à cette branche, avaient été, pour l’un, messager de Hitler auprès de Mussolini et, pour l’autre, un des créateurs de la Gestapo. Philippe fut abandonné par son père à l’âge de dix ans. Sa mère fut internée, pendant deux ans, dans une clinique après une grave dépression nerveuse et un diagnostique de schizophrénie. Elle ne put assister aux mariages de ses filles. Philippe fut alors pris en charge par ses oncles George Mountbatten, marquis de Milford Haven, et Louis Mountbatten, comte de Birmanie. George et sa femme formèrent un couple assez particulier. Elle prenait des bains de pieds au champagne, avaient des relations homosexuelles. George était un collectionneur compulsif de documents érotiques, pornographiques et d’instruments à caractère sado-masochiste. En dix ans, Philippe fréquenta quatre écoles, dont la célèbre Gordonstoun, fondée par un Juif allemand réfugié en Grande-Bretagne. Il y régnait une discipline militaire de fer (deux douches froides par jour). Pendant les cinq ans de son séjour à Gordonstoun, Philippe ne reçut aucune visite de sa famille. Ce qui ne l’empêchera pas, plus tard, d’envoyer son fils le Prince Charles dans cette école. En 1944, la mère de Philippe vivait à Athènes dans « des conditions très humbles, pour ne pas dire sordides », selon le futur Premier ministre anglais Harold MacMillan. Le soir, elle ne respectait pas le couvre-feu, et comme un jour on lui faisait observer qu’elle pourrait être touchée par une balle perdue, elle répondit : « on m’a dit qu’on n’entend pas le coup qui nous tue et, de toute façon, je suis sourde. Alors, pourquoi se préoccuper pour ça ? » Lorsque Philippe épousa la future reine, sa mère était présente, mais pas ses soeurs. La mère du Duc d’Édimbourg, dont les filles doivent beaucoup à l’Allemagne nazie, demanda à être enterrée sur le Mont des Oliviers, en Israël. Elle fut honorée comme une « Juste parmi les nations » pour avoir caché une famille juive pendant la guerre. Sur les photos, c’est une très belle femme.

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